Sorcier !

Chapitre 3 : Jour sans fin

2531 mots, Catégorie: G

Dernière mise à jour 14/12/2021 09:57

Cette nouvelle est publiée dans le cadre du défi fanfictions.fr de Novembre-Décembre 2021 « Coupez ! On la refait ! ». Il s’agit de proposer un développement de l’action canonique et originelle, de façon originale pour les lecteurs avertis, mais sans perdre les novices pour qui elle n’est pas familière. Et ce, en mille cinq cents mots ou plus, y compris quelques mots de vocabulaire imposés sur le thème de l’automne.

.oOo.

« ... seul sur la cime de l'Orthanc. (…) Je n'ai aucune chance de m'échapper et mes jours sont amers. Je suis transpercé de froid et je n'ai qu'un espace restreint à arpenter tout en broyant des idées noires sur la venue des Cavaliers dans le Nord. Encore et encore... »

Le Seigneur des Anneaux – La communauté de l’Anneau, Livre 2, Le Conseil d’Elrond. J.R.R Tolkien

.oOo.

Souffrance. Sourde et lancinante. Mon crâne résonne encore des échos de l’affrontement. Il a fini par me terrasser.

Respirer est un supplice. Le roc est dur, lisse et froid. Je gis écrasé par ses sortilèges et le souvenir de ma défaite.

Saroumane a trahi. Il s’est emparé de moi et m’a relégué au secret sur la cime d'Orthanc, d’où le félon a coutume d'observer les étoiles et de sonder l’avenir.

Les étoiles !

Ouvrir les yeux est une torture. Des éclairs de douleur me vrillent les tempes.

Les bris de mon âme errent épars.

Me rassembler. Faire front. Me relever.

Chaque parcelle de mon corps hurle les tourments endurés.

Je retombe.

Néant.

.oOo.

Souffrance. Sourde et lancinante. J’endure le duel encore et les coups résonnent sous mon crâne.

Les étoiles pâlissent. Un jour blême se lève sur l’ordalie de Gandalf le Gris.

Me rassembler. Faire front. Me relever. Où est mon bâton ? Le traître l’a brisé. Ou se l’est approprié…

Le fiel de ses sortilèges irradie dans mon corps défait. Debout, Gandalf, ou ce qui en reste !

L’aube verse lentement sa triste lumière dans la vallée d’Isengard. Mes yeux troublés voient s’allumer un à un les puits et les forges du magicien renégat où naguère fleurissaient les vergers.

Le vertige me prend. Il n'y a aucun moyen de descendre, à part un étroit escalier de plusieurs milliers de marches, et la vallée paraît extrêmement loin en contrebas.

Chaque parcelle de mon âme hurle la défaite endurée.

Je retombe.

Néant.

.oOo.

Souffrance. Sourde et lancinante. Ma cervelle endolorie endure le dard de mes remords et l’amertume de mes vanités.

Les étoiles pâlissent. Un nouveau jour, blême, se lève sur la vallée d’Isengard. Chaque matin semble se répéter indéfiniment.

Me rassembler. Faire front. Me relever. Dissiper le poison de cette douleur omniprésente...

L’aube verse lentement sa pâle tristesse dans mon cœur. Mes yeux en pleurs se posent sur les ruines fumantes des jardins d’autrefois, où hurlent à présent des hordes d’Orcs élevés pour rivaliser avec la Tour Sombre.

La nausée me prend. Il n'y a aucun moyen d’avertir nos alliés, et l’avenir paraît désespéré.

Chaque parcelle de mon âme hurle la défaite annoncée.

En titubant, je me tourne vers le levant. De la cime d’Orthanc, Saroumane a coutume d'observer les contrées alentours et de peser sur leur avenir. Malgré mon regard brouillé, ma vision fait un bond en avant, portée par un pouvoir oublié de Númenor, quelque enchantement de la tour de guet, insufflé jadis par le génie et la foi de l’architecte au service de son Roi.

Anéanti par la vision qui se révèle, je retombe, écartelé sur la pierre dure et froide.

Néant.

.oOo.

Souffrance. Sourde et lancinante. Mes erreurs me deviennent plus insupportables que cet indicible mal de crâne.

Les étoiles pâlissent. Un nouveau jour blême se lève sur la vallée d’Isengard. Chaque matin semble se répéter indéfiniment.

Me rassembler. Faire front. Me relever. Dépasser cette douleur omniprésente...

L’aube verse lentement son poison dans mon cœur, embrasant de sang les sombres fumées enserrant les flancs d'Orthanc. Prisonnier sur cette île au milieu des nuages, je contemple avec effroi les armées du traître Saroumane. Il n'y a aucun moyen d’avertir nos alliés et l’avenir paraît désespéré.

Atterré, je scrute l’orient. Au loin, une lueur rouge, attentive et malveillante, brûle sous des nuées noires. Minuscule mais nette et menaçante, la flamme me happe de son rayon ardent et m’abat.

Je m’effondre, terrassé sur la pierre dure et froide.

Néant.

.oOo.

Souffrance. Sourde, lancinante et insupportable.

Les étoiles pâlissent. Un nouveau jour blême se lève sur la vallée d’Isengard. Chaque matin se répète indéfiniment.

Me rassembler. Faire front. Me relever. Dépasser cette douleur omniprésente...

L’aube verse lentement son poison de désespoir dans mon cœur.

Atterré, je scrute l’orient. Au loin, sur les plaines du Rohan, chevauchent neuf cavaliers, ombres de terreur échappées du Mordor.

La course à l’Anneau est lancée ! Les Nazgûls sont sortis ! Frodon est en danger !

Et il n’y a rien que je puisse faire…

Je m’assieds, terrassé, sur la pierre dure et froide.

Le néant m’envahit.

.oOo.

Souffrance. Sourde, lancinante et insupportable.

Les étoiles pâlissent. L’aube douloureuse vide lentement mon cœur du moindre espoir. Chaque matin se répète indéfiniment.

Sur les plaines du Rohan, chevauchent neuf cavaliers, ombres de terreur lancées après l’Anneau. Et il n’y a rien que je puisse faire.

Maudissant mes erreurs, je me tiens assis, atterré, sur la pierre dure et froide.

Le jour se répète, égal à lui-même, n’apportant que douleur, remords et impuissance.

Soudain je tressaille : il est là !

Le Seigneur de l’Isengard, drapé d’une étole blanche et de l’arrogance du vainqueur, est venu se gausser de ma défaite, se repaître de ma détresse.

Je bondis sur lui avec la férocité du désespoir.

D’un geste vif et impérieux, Saroumane le Blanc m’abat de son bâton.

Imperméable à toute pitié, il sourit d’un air cruel.

Je m’effondre sur la pierre dure et froide.

Néant.

.oOo.

Souffrance. Sourde, lancinante et insupportable.

L’aube monte pâle et désespérante, se répète égale à elle-même, remâchant douleur, remords et impuissance.

Sur les plaines du Rohan, chevauchent neuf cavaliers, lancés après l’Anneau ! Et il n’y a rien que je puisse faire !

Maudissant mes erreurs, je grelotte, atterré, sur la pierre dure et froide.

Solennel et majestueux, Saroumane se tient devant la sortie entrouverte, drapé dans une épaisse étoffe blanche. Le Seigneur de l’Isengard se démet de son manteau et me le tend d’un air magnanime.

Lorsque je m’en saisis, je vois que la cape, qui m'a paru blanche, ne l'est pas, mais qu'elle est tissée de bien des couleurs, et dans le vent, elle chatoie et change de teinte, confondant regard et jugement.

Rejetant le vêtement trompeur et ses métamorphoses, je me tourne vers mon geôlier. Mais je suis seul sur la cime d’Orthanc.

Le froid m’envahit.

Néant.

.oOo.

Souffrance. Sourde, lancinante et insupportable.

Egale à elle-même, l’aube monte pâle et désespérante, répétant sans fin douleur, remords et impuissance.

Sur les plaines du Rohan, chevauchent les neuf cavaliers. Et il n’y a rien que je puisse faire.

Maudissant mes erreurs, je gis, atterré et affamé, sur la pierre dure et froide.

Solennel et majestueux, Saroumane le Blanc se tient devant la sortie entrouverte. Le Seigneur de l’Isengard me présente un cordial et une miche de pain, d’un air magnanime.

Lorsque je m’en saisis, je vois que le pain, qui m’avait paru doré, grouille de vers se repaissant de mie noire, lardée de chair humaine.

Rejetant la collation corrompue, je porte aux lèvres le tonique.

Les Elfes l’ont lentement distillé, nul avilissement ne souille ce breuvage béni ! Les fragrances d’un lointain printemps fleurissent en ma mémoire. Des reflets de miel et d’eau claire font miroiter le temps d’avant la fêlure du monde. Un ordre de beauté qui parait encore à portée…

Je repousse à regret ces hallucinations trompeuses et me tourne vers mon bourreau.

Mais je suis seul sur la cime d’Orthanc.

La faim et le froid ne me quittent plus.

Néant.

.oOo.

Souffrance. Sourde, lancinante et insupportable.

Egale à elle-même, l’aube monte pâle et désespérée, remâchant sans fin douleur, remords et impuissance.

Sur les plaines du Rohan, chevauchent les neuf cavaliers. Et je n’y puis rien faire.

Je gis, atterré, sur la cime de l’Orthanc, à la merci des vents et de la faim.

Mais je ne suis plus seul sur la pierre dure et froide. Le doute m’impose sa présence odieuse sous les traits de mon hôte, qui hante mon âme par ses méditations ambigües :

– « Les Jours Anciens sont passés. Le temps des Elfes est fini, mais le nôtre est proche : le monde des Hommes, que nous devons gouverner. Mais il nous faut le pouvoir, celui de tout ordonner pour le bien que seuls les Sages peuvent discerner. Ecoutez-moi, Gandalf, mon vieil ami et assistant ! Je dis nous, car ce peut encore être nous, si vous vous joignez à moi ! Un nouveau Pouvoir se lève. Contre lui, les anciennes alliances ne nous serviront de rien. Il ne reste plus aucun espoir à mettre en les Elfes ou en le mourant Númenor. Vous et moi, nous voici donc placés devant un choix. Nous pouvons rejoindre ce Pouvoir. Ce serait sage, Gandalf ! Il y a un espoir de ce côté. Sa victoire est proche et riche sera la récompense pour qui l'aura aidé ! A mesure que s'accroîtra ce Pouvoir, ses amis prouvés grandiront aussi, et les Sages, tels que vous et moi, pourront avec de la patience en venir à modérer son cours et finalement à le soumettre. Nous devons attendre notre heure, déplorant bien sûr les maux infligés en passant, mais conserver dans notre cœur le but élevé et ultime : la Connaissance, la Domination, l'Ordre en Terre du Milieu ! Point n’est question de modifier nos desseins, mais seulement nos moyens. »

Le doute me mord, dans l’humidité de la nuit glaciale, sur la cime d’Orthanc.

Néant.

.oOo.

Souffrance. Sourde, lancinante et insupportable.

Egale à elle-même, l’aube monte pâle et désespérée, ressassant sans fin douleur, remords et impuissance.

Sur les plaines du Rohan, chevauchent les neuf cavaliers. Et je n’y puis rien faire.

Je gis, atterré, sur la cime de l’Orthanc, à la merci de la faim et du doute.

Solennel et majestueux, Saroumane le Blanc se tient devant la sortie entrouverte. Le Seigneur de l’Isengard me tend mon bâton, l’air magnanime et sûr de sa force.

Je m’empare de mon vieux compagnon ! A son contact afflue le pouvoir ! Mon enveloppe revigorée ne ressent plus la faim ni le froid. Libres, mes pensées s’envolent vers ceux que je voudrais protéger. Je vagabonde par les sentiers de la Comté en automne, je foule avec Frodon les feuilles mortes à la cueillette aux champignons, ensemble nous fricassons des châtaignes. Je sens renaître en moi la force, les appétits et l'espoir d’un vivant.

Je repousse le bâton. A bien y regarder, ce n’est qu’une branche tordue.

Que vaut un pouvoir soumis à un joug indigne ?

Qu’est-ce qu’une liberté qu’il faille payer d’obédience ?

Le désespoir reprend ses droits, seul sur la cime d’Orthanc.

Néant.

.oOo.

Souffrance. Sourde, lancinante et insupportable.

Egale à elle-même, l’aube monte pâle et désespérée, remâchant sans fin douleur, remords et impuissance.

Par-delà les plaines du Rohan, chevauchent les neuf cavaliers. Et je ne puis rien faire, prisonnier sur la cime de l’Orthanc.

Succession interminable des jours, chacun semblable au précédent, hormis dans les tourments qu’il m’inflige.

Je me lève et fais face à l’abîme. Tout me serait préférable à ce jour sans fin. M’affranchir de cette enveloppe vaincue, retrouver les miens par-delà les abysses océaniques, m’incliner devant les trônes des Valar…

Solennel et majestueux, Saroumane le Blanc se tient à mes côtés. Le Seigneur de l’Isengard me désigne le vide d’un geste hautain :

– Sautez donc, puisque vous croyez tant en la victoire de l’Ouest ! Que la clique de vos Dieux Révolus vous secoure et vous conduise aux Terres Immortelles !

Ce magicien renégat, ce cœur sec et étriqué, n’est plus à même d’embrasser l’incommensurable puissance et l’ineffable compassion des Seigneurs de l’Ouest. L’arrogance me prend – je vais lui montrer qui est le seul dépositaire de leur autorité désormais !

Mais une lueur cruelle, qui brille dans le regard du tentateur, retient mes pas et mon impardonnable présomption. Mon heure n’est pas encore venue !

Comme je recule, vacillant, en réalisant la folie de mon orgueil, un sourire cruel déforme le visage de Saroumane, qui croit tenir ma reddition.

Mon heure n’est pas encore venue... Viendra-t-elle jamais ?

Mais dans le dos du félon, je vois planer mon salut !

Hors du doute et rejetant tout orgueil, je saute dans le vide…

… où l’aigle m’attrape au vol !

.oOo.

Le grand aigle Gwaïhir, en effet un émissaire des Valar (ces "Dieux révolus"), déposa Gandalf à Edoras. Là, le Magicien Gris découvrit le mal déjà à l’œuvre. Le Roi Theoden, pour s’en débarrasser, lui offrit de prendre un cheval et de s’en aller. Gandalf choisit le plus magnifique de tous, Gripoil. Grâce à cette formidable monture, il put rattraper les cavaliers noirs, juste après qu’ils eurent atteint la Comté.

.oOo.

NOTES

Inspirations – Le film Un jour sans fin ou Groundhog Day, ainsi que la Tentation du Christ, Evangile selon Saint Luc.

Cette petite divagation propose, non pas une, mais une dizaine d’alternatives au canon de Gandalf parvenant à s’échapper des griffes du traître Saroumane. Je concède que ces alternatives sont successives et finalement rattrapées par le canon...

Laisser un commentaire ?