Shadow Of Mordor

Chapitre 2 : Les ombres sous les Ruines.

Par noctisshadow

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Chapitre 2 : Les Ombres sous les ruines. 



La ville haute de Minas Ithil a tenu bon… pour l’instant. Mais ce n’est qu’un court répit. Les portes ont résisté à l’assaut, les civils ont pu être évacués, et les troupes de Baranor et Idril ont réussi à repousser les premières vagues de l’armée d’Ushak. Mais la guerre n’est pas terminée. Et tandis que la ville supérieure se transforme en no man's land, dans les rues calcinées de la ville basse, les troupes du Mordor se rassemblent à nouveau. Les tambours résonnent dans le lointain. Les Ologs hurlent à la guerre. Les capitaines Uruks se terrent quelque part dans les ruelles, traquant les survivants, préparant leur siège. Et surtout, l’ombre du chef de guerre Ushak le Mange-Peur plane sur la cité comme un poison lent… Mais au milieu de ce chaos, une chose compte plus que tout : Le Palantír. L’artefact ancien, caché quelque part dans les hauteurs de Minas Ithil, encore entre les mains des Hommes. Une source de savoir… et de pouvoir. Si Sauron ou ses serviteurs s’en emparent, la guerre serait perdue avant même d’avoir commencé. 



Je progresse à travers les ruelles dévastées, glissant dans l’ombre comme un spectre. Le sol est jonché de cendres et de sang, les maisons éventrées, les torches d’Uruks plantées comme des pieux dans les murs. C’est là que la voix glacée de Celebrimbor résonne dans mon esprit.

Je m’arrête un instant à l’ombre d’un mur effondré. Des traces de lutte. Du sang. Un casque gondorien abandonné.

Mais une brume froide envahit soudain ma vision, et le monde bascule dans un silence de tombe. Le chaos environnant, les flammes, les cris lointains, même le grondement des tambours s’éteint, comme étouffé par une chape de givre. Le monde spectral m’enveloppe. Et là, il apparaît : Celebrimbor.

Une silhouette éthérée aux contours incandescents, taillée dans une lumière pâle comme la lune d’hiver. Son armure elfique semble sculptée dans de l'argent vivant, ornée de gravures anciennes qui luisent faiblement, comme si elles contenaient encore l’écho d’un feu ancien. Ses yeux sont deux éclats de lumière blanche, sans pupilles, brûlant d’un jugement froid. Ses cheveux argentés flottent légèrement dans l'air, comme s’ils baignaient dans une eau invisible. Il n’est ni tout à fait vivant, ni tout à fait mort, il est l’Ombre du Marteau, l’esprit du Forgeron Maudit. Il me toise avec cette sévérité que seuls les immortels peuvent se permettre.

Je me détourne, revenant au monde tangible un instant, les yeux rivés sur les ruines qui s’enfoncent plus bas dans la ville. 

Je m’arrête, lentement. Le feu me chauffe le dos. Le froid de Celebrimbor me ronge les os.

Je le fixe droit dans ses yeux de lumière. Les souvenirs de la Tour Noire, de la trahison des Nazgûl, de la perte de ma famille… tout me revient.

Je me retourne sans attendre sa réponse, franchissant à nouveau le seuil entre les mondes. Le froid du spectre s’efface derrière moi. Le feu et la guerre reprennent leurs droits. Les ombres s'étendent dans les ruines, et je les suis.

Je quitte les ruines fumantes des quartiers dévastés, glissant silencieusement à travers les dédales sombres de la ville basse. Devant moi, un théâtre de destruction et d’ombres mouvantes : des campements improvisés, des feux de camp vacillants, et surtout, une horde d’Uruks rassemblée. Ils sont là, comme des bêtes tapies dans leur antre, grognant, se reposant, se préparant. Le sol est jonché de déchets, de cuirasses brisées, et d’armes grossières, mais pas une seule trace des capitaines. Ni de leur chef de guerre Ushak. Mon cœur se serre d’un mélange d’impatience et de colère. Que mijotent-ils ? Pourquoi ce silence ?

L’ombre lumineuse à mes côtés réfléchit un instant.

Je pars en quête, scrutant chaque silhouette, chaque murmure. Après une heure d’observation et de silence, je ne trouve rien. Pas un Vert. Pas un espion. Rien… La frustration m’étreint. Le temps presse… Je m’arrête, fixant le campement d’un regard dur.

Je tourne les talons, décidé à trouver Ratbag qui normalement doit m’attendre cacher.


...


Le vent froid m’accompagne tandis que je pars chercher celui qui fut autrefois un ennemi, mais aujourd’hui… peut-être notre meilleur atout. Mais avant ça je dois traverser le campement Uruks pour sortir de Minas Ithil. Tapis dans l'ombre, je progresse entre des murs effondrés et des carcasses calcinées. L’odeur âcre de la fumée mêlée à celle de la terre piétinée et du sang séché me remplit les narines. Autour des feux vacillants, les Uruks s’échauffent, se battent, s’invectivent dans un vacarme bestial. Deux orques massifs s’affrontent dans un éclat de cris et de coups. L’un rugit, projetant son poing dans la mâchoire de l’autre, qui titube en gémissant, avant de contre-attaquer sauvagement. Les autres autour les encouragent, hurlent des insultes gutturales. Un Uruk chancelant, le ventre en spasmes, s’agenouille soudain et vomit bruyamment sur le sol boueux, ses yeux injectés de sang fixant les flammes. Plus loin, des voix rauques échangent des propos pleins de mépris.

L’atmosphère est lourde, saturée de violence brute, de haine viscérale. Une mécanique de guerre prête à se remettre en marche à tout instant.

Je me détourne, mon regard se tournant vers une autre mission. Je me dirige vers l’endroit où Ratbag se cache toujours, au creux d’un coin oublié, loin de ces bruits bestiaux. Quand j’arrive, je le surprends dans une scène presque risible, détonante dans ce décor de guerre. Il est là, accroupi, un instant de vulnérabilité inattendu : il urine contre un arbre, la mâchoire crispée, jetant des regards rapides autour de lui comme s’il craignait d’être surpris.

Je reste silencieux quelques instants, le regard braqué sur lui. Ratbag termine d’uriner rapidement, surpris de me voir là, immobile, à le fixer. Son visage se ferme aussitôt, un mélange d’irritation et de méfiance…

Mais Ratbag éclate de rire, un rire rauque et amer…

Agacé, je serre les poings et Celebrimbor, qui flotte à mes côtés, lance un soupir agacé, sa voix glaciale traversant l’air.

Je me tourne vers Ratbag, cherchant une ouverture.

Ratbag me dévisage, son regard passant du doute à la curiosité…

Il réfléchit un long moment, le silence pesant…. Puis, d’un ton presque résigné, il acquiesce.

Je me détourne, déterminé, prêt à partir à la recherche de ce soldat puissant. Celebrimbor me suit en silence, ses yeux lumineux fixés sur l’horizon obscurci.

Je repars vers le campement, glissant entre les ombres mouvantes, mes sens aiguisés par la soif d’information. Autour de moi, le chaos règne en maître. Des Uruks se battent, s’empoignent, se lancent des injures gutturales dans un brouha infernal. Des rires cruels se mêlent aux grognements de douleur et aux cris de rage. Celebrimbor flotte à mes côtés, son regard perçant scrutant la masse hostile. Puis, il me désigne du doigt une silhouette qui se détache nettement du tumulte. Lui, c’est lui…

Un colosse Uruk au charisme brutal, l’aura d’une terreur palpable qui force l’attention. Il se dresse au milieu des combats comme un roi sur son trône, et quand il s’adresse à ses congénères, tous baissent la tête. D’une voix tonitruante, il s’exclame, défiant la nuit :

Son visage est dissimulé derrière un masque en forme de tête de faucon, finement ouvragé, mais maculé de sang séché. Autour de son cou pend une collerette faite de plumes de poule, rouges, imbibées de sang et crasse. Il est grand, massif, ses muscles saillant sous une armure usée et tachée. Sa bouche dévoile une rangée de dents pointues, menaçantes. Dans sa main droite, il brandit une hache tranchante, dont la lame est recouverte d’une substance jaunâtre et visqueuse, fumant doucement, des restes de poisson putréfié, utilisé comme poison par sa tribu. Le camp se tait un instant, figé sous le poids de sa proclamation. Je laisse un faible sourire ourler mes lèvres.

L’ombre elfique hoche la tête, attentif. Je monte au perchoir d’une meule effondrée, cherchant la meilleure vue sur le camp. Les feux vacillent et des Uruks roupillent, d’autres ricanent et se frappent entre eux. L’air sent la graisse brûlée et le poisson pourri. Des chuchotements grossiers se mêlent à des jurons. La horde dort à moitié, mais elle dort en confiance, et la confiance tue.

Azutra est entouré d’un cercle d’Uruks, rituel et protecteur. Approcher serait folie. Je m’éloigne d’un pas, puis je tends l’arc Elfique… J’aligne la flèche sur un feu de camp isolé, visant le cœur de la fumée. La corde se détend. La flèche file, un trait noir dans la nuit. Au contact, la pierre, le bois, l’air même semblent se déchirer. Je sens Celebrimbor me tirer à travers le voile : la terre s’efface, la nuit se compresse. En un battement, je suis à côté du feu. La flèche explose contre le fagot, un bouquet d’étincelles qui mordent les peaux. Une onde de chaleur surgit, surgit plus forte que prévu : les braises crachent, un souffle enflammé qui déchire tout sur son passage. Les Uruks endormis se lèvent en hurlant, certains sont calcinés, leurs peaux noircissent en croustilles fumantes, d’autres roulent en poussant des cris aiguës, tirant sur leurs haillons pour éteindre les flammes. La panique se propage comme une peste. Azutra, lui, rugit. Le feu a pris sur sa collerette et sa poitrine, des plumes s’enflamment, ses plumes rougies s’échevelant comme une crinière en feu. Il roule, fait tomber la hache, et tombe dans l’herbe humide pour étouffer la braise qui lèche sa peau. Sa fureur est un animal blessé et un chef blessé ne se laisse pas briser.

Je bondis après lui. L’herbe glisse sous mes bottes fumantes, il se redresse, gargouillant de douleur et de rage, sa main saisissant une lame tombée. Azutra est plus rapide que je l’attendais et quand ma lame cherche son flanc, il pare avec force, détournant mon coup d’un geste sauvage. L’acier chante. Nous nous retrouvons face à face, la pointe de mon épée pressée contre la sienne, souffle contre souffle. Il rit, un rire guttural qui résonne dans sa cage thoracique : 

Ses yeux brillent d’un feu primitif. Autour de nous, les Uruks se rapprochent, curieux et affamés de sang, mais c’est sa voix qui tient la meute en laisse. Sa lame tremble d’impatience, ses blessures coulent, mais son orgueil le porte. Le duel atteint son paroxysme. Le sol tremble sous les coups d’Azutra. Il se bat avec une hargne presque animale, chaque attaque de sa hache fend l’air avec une rage volcanique. La sueur, le sang et la crasse ruissellent sous son masque de faucon cabossé. Sa collerette sanglante bat contre son cou comme un drapeau de guerre. Je pare un coup de justesse, la lame sifflant à quelques centimètres de mon crâne. Mon bras vibre sous le choc. Il est plus fort que les autres. Plus dur. Plus résistant… Mais moi, je suis persévérant. Je suis mort, et pourtant je suis vivant. Il lève sa hache à deux mains, prêt à m’abattre. C’est l’ouverture que j’attendais. Je me glisse sous sa garde. Mon poing se lève, celui qui porte l’anneau. Ma paume claque contre son masque brûlant. Une lumière spectrale éclate à travers ses orbites. Celebrimbor surgit en rugissant :

L’Uruk hurle, ses genoux s’écrasent au sol. Ses mains griffent le vide. Ses yeux tournent au blanc. Un instant, il se débat, grogne, éructe. Mais la volonté de Celebrimbor est un marteau céleste. Son esprit se plie.

Je retire ma main, lentement. Il halète, suant, vaincu. La lumière de la domination s’éteint lentement dans ses yeux, marquant sa face au fer rouge, et je me redresse.

Il se relève en titubant, se retire dans l’ombre en râlant des insultes à voix basse sur ses anciens frères d’armes et moi, je reste. Les Uruks restants se jettent sur moi dans un dernier baroud de fureur. Mais la fureur ne suffit pas. Je suis le feu Je suis la lame. Je suis le châtiment… Quand tout est terminé, le camp n’est plus qu’un amas de cendres, de cadavres calcinés, de ruines.



Plus tard, à la lisière des ruines, Azutra m’attend, accoudé contre un pan de mur. Il a ôté son masque de faucon, son visage est balafré, brûlé, mais ses yeux brillent d’un éclat nouveau, le respect, teinté de cette rudesse propre aux Uruks. Il se redresse à mon approche, d’un air vaguement solennel… du moins, pour lui.

Il écarquille à peine les yeux, puis sourit avec toutes ses dents pointues.

Je tourne les talons, sans un mot. Il me suit, lourdement, mais avec l’allure d’un chien de guerre lâché en laisse. Le Faucon de l’Enfer est dompté. La traque des capitaines commence…



La nuit est presque tombée quand je retrouve Ratbag. Toujours caché au même endroit, derrière une vieille roue de chariot renversée, en train de mâchonner un os de je-ne-sais-quoi avec un regard inquiet tourné vers les ruines. Quand il m’aperçoit, il se redresse aussitôt, l'air suspicieux.

Mais ses mots se figent dans sa gorge quand Azutra émerge derrière moi, massif, intimidant, encore couvert de suie et de sang séché. Le masque de faucon pend à sa ceinture comme un trophée. Ratbag écarquille les yeux.

Je lève la main. Les deux s’arrêtent aussitôt, les yeux encore chargés d’insultes.

Mais je fait taire ses deux idiots d’un regard et je reprends : 

Les deux Uruks échangent un regard noir, puis hochent la tête à contrecœur.

Ils partent ensemble, toujours en grognant, direction le camp Uruk qui ronge les ruines de la ville basse de Minas Ithil. Deux ombres massives et bruyantes dans la nuit… Déprimante… Celebrimbor réapparaît à ma gauche, bras croisés, le regard chargé de scepticisme.

Celebrimbor ne répond pas, mais son silence est lourd de doutes. Je me tourne vers les hauteurs de Minas Ithil, où le château se dresse encore, silhouette noble dans la nuit déchirée. Là-bas, Castamir m’attend. Il détient peut-être des réponses. Peut-être même le Palantír. Il est temps de le rencontrer.

Mais avant que je ne fasse un pas de plus, une voix glisse dans l’air, douce et glaciale à la fois, comme un murmure de soie sur une lame.

Je m'arrête net. Le vent se fige. L’ombre semble s’épaissir autour des ruines. Une étrange sensation serpente dans l’air. Et alors, elles apparaissent… Des araignées. Noires et silencieuses. De la taille d'une main d’homme, peut-être plus pour certaines. Elles rampent lentement sur le sol, sortant d’un interstice entre deux pans de roche, à peine visible dans la pénombre. Une grotte. Ou plutôt… une bouche… Une gueule creusée dans la pierre, dissimulée aux regards des vivants. 

Celebrimbor surgit aussitôt, son ton tendu, presque irrité :

Je fixe l’ouverture, les araignées rampant lentement dans sa direction, comme si elles me guidaient.

Un silence. Pesant. Comme un nuage de cendres. Puis Celebrimbor me répond, d’une voix plus sombre encore :

Un long frisson me court sur l’échine… Mais je ne détourne pas les yeux. Elle m’appelle et je veux savoir… Les araignées s’écartent sur mon passage, comme si elles me reconnaissaient. La grotte, noyée dans l’obscurité, pulse doucement d’une lumière verte, éthérée, presque… organique. Celebrimbor murmure, agacé :



Je m’avance dans la grotte. L’air y est plus froid que dehors, chargé d’humidité, de poussière ancienne… et de quelque chose d’autre. Quelque chose de plus ancien encore. Un parfum lourd, entêtant, presque sucré mais que mon instinct refuse d’accepter comme agréable. Après quelques pas, le couloir s’ouvre. Un passage secret mène à une vaste galerie souterraine, bien plus grande que ce que j’aurais pu imaginer. L’endroit n’a pas été creusé par des mains orques, ni même humaines… Les piliers sont elfiques, taillés dans une pierre blanche jadis polie comme du verre. Des motifs complexes, élégants, presque religieux, s’enroulent autour de leurs fûts. Mais le temps et l’ombre ont tout recouvert. Le sol est craquelé, fissuré par endroits, et l’humidité ruisselle sur les parois comme des larmes de pierre. L'obscurité est épaisse, palpable, comme si elle respirait. Au-dessus de moi, quelque chose bouge. Je lève les yeux. Elles sont là… Des centaines de petites formes, des araignées, accrochées aux voûtes comme une tapisserie vivante. Leur chœur muet me glace le sang. Certaines me fixent. D’autres rampent sur les cordes de soie suspendues entre les arches. La galerie entière est un sanctuaire pour sa progéniture. Et pourtant… je suis seul. Du moins, c’est ce que je crois jusqu’à ce que je la sente. Sa présence… Un souffle tiède, une chaleur contre ma nuque. Je me retourne et elle est là. Arachne. Elle ne parle pas. Pas tout de suite. Elle m'observe avec ses yeux sombres, profonds, insondables comme la nuit du Mordor elle-même. Elle a la forme d'une femme, mais son regard est celui d’une chose ancienne, affamée. Ses longs cheveux noirs comme l’encre retombent sur ses épaules nues. Sa peau est pâle, presque lumineuse dans la pénombre, sans défaut. Elle est d’une beauté impossible, ensorcelante, presque douloureuse à regarder. Chaque trait semble sculpté pour séduire, pour piéger. Ses lèvres s’étirent dans un sourire lent, presque tendre. Puis elle pose ses mains sur moi. Délicates, légères, froides… mais puissantes. Inhumaines…

Elle se rapproche. Mon corps se tend. Mes doigts frôlent la garde de mon épée, mais quelque chose me cloue au sol. Je n’ai pas peur… pas exactement. C’est autre chose. Un mélange de méfiance… et de fascination.

Son regard plonge dans le mien, comme pour lire jusqu’au fond de mon âme. Je sens Celebrimbor frémir en moi, prêt à jaillir, à protester mais il ne parle pas encore… Pour l’instant… elle m’a sous son emprise… Je reste figé. Son parfum est étrange… floral, mais chargé d’un poison que je ne saurais nommer. Elle est là, devant moi, d’une beauté irréelle, et pourtant je ne peux oublier ce qu’elle est. Ce qu’il y a derrière cette peau humaine.

Elle ne répond pas tout de suite. Elle glisse doucement ses bras autour de ma nuque, comme une amante trop longtemps séparée. Son corps vient se coller au mien, chaud, souple… mais froid en profondeur. Comme une bête qui aurait volé la chaleur humaine sans en comprendre le sens. Son visage s’approche du mien. Ses lèvres frôlent presque ma joue. Sa voix est un murmure au creux de mon oreille, doux comme la soie… et aussi dangereux qu’une dague cachée.

Ma gorge se serre. Un instant, je ne dis rien. Je sens le poids de son regard sur moi, comme si elle se nourrissait de mon silence, de ma confusion. Je ne sais pas quoi répondre. Je sais que ce n’est pas une femme. Je sais que c’est un esprit ancien, une araignée immortelle, une créature de noirceur et de trahison. Mais ses mains sur moi, sa peau contre la mienne… c’est si humain. Trop humain… Je détourne légèrement le regard… Je serre la mâchoire.

Elle ne semble pas vexée. Au contraire. Elle sourit. Ses doigts tracent lentement la ligne de ma nuque, comme s’ils écrivaient une promesse invisible sur ma peau.

Elle se détache lentement, ses doigts glissant le long de mon torse, et s’éloigne d’un pas, sa silhouette ondulant dans l’ombre.

Le silence s’installe dans la galerie, rompu seulement par le bruit sourd des araignées qui rampent au plafond. Et moi, je reste là, au milieu des ténèbres, le cœur battant… sans savoir encore si je suis chasseur, ou proie… Je la fixe, les poings serrés malgré moi… Envoûté… Ensorcelé…

Elle s’arrête à quelques pas, sa silhouette à moitié perdue dans l’obscurité mouvante de la galerie. Sa robe noire glisse contre la pierre comme de l’encre liquide. Elle penche légèrement la tête, un sourire aux lèvres, comme si ma méfiance l’amusait.

Elle ne répond pas tout de suite. Elle s’avance lentement, comme une ombre séduisante, et vient tourner autour de moi, sa main traçant une ligne le long de mon épaule.

Elle marque une pause, caressant brièvement la base de ma nuque du bout des doigts.

Je sens une chaleur étrange se répandre dans mon torse, une tension dans mes muscles. Une part de moi sait que c’est un mensonge. Que tout ce qu’elle dit est tissé d’un venin plus ancien que le Mordor lui-même… Mais cette part-là… je l’étouffe. Celebrimbor jaillit à mes côtés, surgissant du monde spectral dans une lumière froide et bleue. Son regard est un éclat de glace. Et Arachne le voit.

Je serre les dents. Je ne dis rien. Car je la regarde… et je veux voir… Je veux savoir…

Arachne sourit. Pas triomphante. Non. Plutôt… douce… Presque sincère. Comme si c’était moi qui venais de la séduire. Elle s’approche de nouveau. Lentement. Ses mains se lèvent. Elle saisit mon visage, avec une tendresse presque irréelle, comme si elle tenait quelque chose de fragile. Elle est si proche que je peux sentir son souffle contre mes lèvres…

Ses yeux plongent dans les miens… La lumière disparaît… Et la vision commence.



“L’obscurité m’avale. Je ne ressens plus son toucher, ni la pierre sous mes pieds. Il n’y a plus que le vide… puis la lumière. Trop vive. Trop rapide. Des images. Des sons. Des cris. Elles s’enchaînent comme des éclairs dans la tempête. Un battement sourd. Comme un cœur qui cogne contre des murs de cendre. Je vois Idril. Elle court, l’épée à la main, les yeux écarquillés de terreur. Autour d’elle, Minas Ithil brûle. Les tours s’effondrent dans un fracas de pierre. Des flammes lèchent les bannières gondoriennes. Des soldats tombent, l’un après l’autre. Une horde d’Uruks déferle dans les rues comme un raz-de-marée et le ciel est rouge sang… Baranor est sérieusement blessé… Il hurle un ordre, mais sa voix est engloutie par le chaos. Castamir, debout devant le Palantír, l’air figé. Ses yeux sont vides… comme si quelque chose le regardait à travers lui. Et puis… un froid absolu. Un souffle glacé passe dans ma nuque. Je tourne la tête. Et là, je le vois… Le Nazgûl. Imposant. Silencieux. Entouré d’un voile noir qui semble aspirer toute lumière. Sa lame est levée, pointée vers moi. Je ne peux pas bouger. Je suis figé dans la vision, prisonnier… Il avance. Lentement. Comme s’il savourait ma peur.

La voix ne vient pas de lui. Elle vient de partout. De l’ombre… D’Arachne…”



Et je me réveille… Haletant et en sueur. Le souffle court. De retour dans la grotte… Arachne est toujours là, face à moi. Ses mains se sont retirées… mais son regard, lui, ne m’a pas quitté.

Je ne réponds pas… Car ce que j’ai vu… je sais que ce n’était pas une illusion…. C’était une menace. Et Minas Ithil est en train de tomber… 

Je fronce les sourcils. Pourquoi ? Pourquoi confirmer ce que je fais ? Pourquoi m’aider ? Je la fixe, sincèrement troublée.

Elle me regarde, sans détour. Et encore une fois, elle s’approche. Ses bras glissent autour de ma nuque, serpentant comme des lianes vivantes, chaudes, possessives. Son corps se colle de nouveau au mien… Je devrais la repousser. Mais je reste là… Par faiblesse ? Curiosité ? Ou simple besoin de croire que je ne suis pas seul dans cette guerre ? Je l’ignore… Elle approche son visage du mien, son regard brûlant, insondable.

Un silence… Puis, sans me laisser répondre, elle m’embrasse…. Ses lèvres se pressent contre les miennes, douces, chaudes, voraces. C’est un baiser étrange, pas violent, mais profondément envahissant, comme si elle cherchait à pénétrer plus loin encore que dans mon esprit… Je reste figé. Subjugué. Un instant de chaleur dans ce monde de cendres… Mais à mes côtés, Celebrimbor explose de colère.

Arachne se détache enfin, lentement, son regard toujours planté dans le mien, presque amusé par la réaction du spectre.

Je détourne légèrement le regard, le souffle court. Il me faut quelques secondes pour retrouver ma voix.

Elle incline lentement la tête, comme une reine bienveillante. Ou une chasseuse satisfaite.

Je me détourne, enfin. Et sans un mot de plus, je quitte la grotte… Mais même lorsque je retrouve l’air libre… Je sens encore ses lèvres sur les miennes… Et cela me trouble bien plus que je ne veux l’admettre… 

Celebrimbor surgit à mes côtés dans une lumière spectrale, toujours furieux.

Je m’arrête net. Et je me retourne lentement vers lui.

Le spectre se fige limite outré par mes propos. Ma voix se fait plus grave. Plus chargée…

Un silence tombe, lourd comme le plomb. Le vent emporte les cendres autour de nous. Les ombres dansent sur les ruines. Il me regarde, plus froid que jamais.

Je le dépasse, sans attendre sa réponse… Je dois retrouver Castamir… Et pour la première fois depuis longtemps… j’ai besoin d’y croire. Celebrimbor ne répond rien et disparaît dans le monde Spectral.



A suivre,




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