La nuit m’engloutit comme un linceul. Le vent mord, chargé des relents de cendres et de peur. La lune trône, blafarde et haute dans le ciel, pareille à un œil impitoyable qui veille sur les morts. Ses lueurs blanches glissent sur les ruines de Minas Ithil, sur les pierres souillées, sur les cadavres oubliés qui jonchent encore les faubourgs. Le silence de la ville est déchiré par des clameurs lointaines… Un grondement animal, guttural, né des gorges des Uruks. Je marche sans un bruit, l’ombre à mes côtés, celle de Celebrimbor, pâle écho d’un temps révolu. Chacun de mes pas s’enfonce dans la poussière froide, et je sens la terre frémir sous les rugissements des bêtes. Ils acclament leur maître. Ils acclament Gorgor. L’air vibre. Devant moi, entre les colonnes brisées et les murs effondrés, s’étend une arène de fortune. Un cercle de ferraille et d’os, tordu, couvert de sang séché. Des torches enflammées brûlent autour, projetant sur les pierres les ombres difformes de la foule. Des Uruks par centaines se pressent, s’épaulent, se bousculent dans une frénésie de hurlements et de coups. Leurs cris montent comme une marée sauvage, haineuse, exaltée. Et au centre, il est là. Gorgor. L’Uruk colossal. Sa peau noircie par la guerre semble forgée dans la suie et la rage. Des chaînes pendent de ses épaules, comme des trophées, et chaque pas qu’il fait fait trembler la terre. Ses yeux brûlent d’une lumière jaune et malade. Il agite ses bras massifs, exulte, rugit. La foule répond, ivre de cruauté. Je reste en retrait, à l’abri d’un pan de mur. Le froid me ronge jusqu’aux os. Et pourtant, au fond de cette nuit, je sens la chaleur monter… celle du sang, celle de la colère.
Je baisse les yeux vers ma lame. Le reflet de la lune y danse, pâle et tremblant. Un combat pour semer la peur. Une exécution pour rappeler aux Uruks que les ténèbres ne leur appartiennent pas. Je respire lentement, profondément. Mon cœur bat avec la régularité d’un tambour de guerre. Je suis le rôdeur. Je suis la mort qui marche dans les ruines. Et ce soir… C’est Gorgor qui va tomber.
Je reste un instant tapi dans l’ombre, à scruter la scène. Les torches claquent dans le vent, leur flamme dansant sur des visages difformes. Les Uruks s’entassent autour de l’arène, grondant comme des bêtes affamées. Gorgor, lui, tourne lentement, exhibant ses cicatrices comme des trophées. Il goûte à leur adoration.
Je ferme les yeux un instant. La tentation est là, rapide, efficace, silencieuse. Mais je sens autre chose remuer en moi. Une colère froide, viscérale. Non pas celle d’un assassin, mais d’un homme qu’on croit déjà mort.
Celebrimbor se tait un instant, puis j’entends son rire, sec, sans joie.
Je sors de l’ombre. La poussière crisse sous mes bottes. Des têtes se tournent, des cris éclatent. L’odeur de sueur et de sang me saisit. Les Uruks reculent d’abord, surpris, puis leurs hurlements redoublent, hurlant mon nom comme une injure.
Les torches vacillent. Les tambours martèlent. Gorgor s’est figé. Son visage se fend d’un rictus mauvais. Il lève son épée démesurée, large comme une porte de fer.
Ses mots déclenchent une marée de rires et de clameurs. Des Uruks tapent du poing contre les grilles, cognent leurs armes, hurlent à la mort. L’arène tout entière tremble de leurs cris. Je ne réponds pas. Je continue d’avancer, lentement, chaque pas résonnant sur la pierre. La foule gronde, des pierres volent, mais je ne m’arrête pas. Je sens leurs regards, leur haine, leur peur. Un bref éclat attire mon œil, à la lisière de la foule. Ratbag, dissimulé sous un casque trop grand, observe la scène, les yeux écarquillés. À ses côtés, Azutra, massif, immobile, la mâchoire serrée. Ils ne bougent pas, et moi non plus. Je détourne aussitôt le regard. Pas un geste de trop. Pas un signe. Gorgor avance d’un pas, ses chaînes s’entrechoquant dans un bruit de ferraille. Sa peau suinte, son souffle est une vapeur brûlante. Chaque muscle de son corps semble prêt à éclater.
Je sors ma lame. L’acier chante en quittant son fourreau. Les reflets lunaires courent le long du fil, jusqu’à la garde. Le silence se fait, un battement, suspendu entre deux hurlements. Je fixe Gorgor dans les yeux.
Le tonnerre de la foule éclate, sauvage et démentiel. Et moi, je marche vers lui. Les torches crachent leur lumière sur la pierre gorgée de sang. Gorgor avance, chaque pas un coup de tonnerre, chaque souffle un ouragan de rage. L’air lui-même semble fuir son passage. Autour, les Uruks hurlent, frappent les grilles, ivres de violence. Le monde s’efface. Il ne reste plus que lui… et moi. Il frappe le premier. Une lame d’acier noir fend l’air dans un sifflement bestial. Je pare, mais le choc me secoue jusqu’aux os. Son épée est une masse, une extension de sa haine. Je glisse de côté, roule dans la poussière, me redresse à temps pour éviter le second coup qui s’abat comme un marteau. Des étincelles jaillissent, brûlant mes yeux. Il rit. Un rire grondant, animal.
Je réponds par un mouvement sec, précis. Ma lame s’enfonce entre ses côtes, arrachant un rugissement à la foule. Gorgor chancelle, recule d’un pas, surpris. Du sang noir jaillit, épais comme de la poix. Mais sa riposte est fulgurante. Son épée fend l’air une seconde fois et cette fois, je suis trop lent. La pointe déchire ma joue, une douleur brûlante éclate sur ma peau. Le sang coule, chaud, jusque sur mes lèvres. Je gronde. Il rit encore… Puis vient le coup fatal ou ce qui aurait dû l’être. Je sens le fer transpercer mon ventre, traverser ma chair morte. Une brûlure atroce me déchire de l’intérieur. Mes genoux ploient. Je sens la morsure du métal, l’écho du souvenir de la vie. La douleur. Oui, je la ressens encore. Même après la mort. Je saisis la lame de Gorgor à mains nues, la tire vers moi. Son regard s’écarquille.
Celebrimbor surgit derrière mes paupières closes, un éclair bleu, un cri silencieux. L’énergie spectrale m’envahit, me soulève, me consume. Le monde se fige. Je disparais… Un souffle d’ombre, un éclat spectral, et je réapparais derrière lui. Avant qu’il ne puisse se retourner, ma lame fend la nuit. L’acier pénètre sa chair, s’enfonce dans sa colonne, remonte jusqu’à sa gorge. Un cri guttural se bloque dans sa bouche. Je tire d’un coup sec. Son corps se brise. L’Uruk s’effondre, fendu en deux du bassin jusqu’à la mâchoire. Un silence de tombe s’abat sur l’arène. Les torches vacillent, les flammes hésitent. Des centaines d’yeux me fixent, incrédules. Le sang goutte encore de ma lame, lentement, rythmé comme une pluie sur la pierre. Je reste là, debout, haletant, la brume spectrale dansant autour de moi. Gorgor n’est plus qu’une carcasse tordue, son sang se mêlant à la poussière. Je lève la tête vers la foule.
Le vent souffle. Les torches s’éteignent une à une. Et Minas Ithil retombe dans le silence des ruines…
…
Le silence dure un instant, suspendu comme le dernier battement d’un cœur. Puis les murmures naissent, rampent dans la foule. Des yeux luisent dans l’ombre, pleins d’effroi. Les Uruks reculent, lentement d’abord, puis plus vite, comme si ma seule présence les brûlait. Je plante ma lame dans le sol, essuie le sang de Gorgor sur la poussière noire. Le souffle me revient, rauque, haché. Autour de moi, nul ne bouge. Leurs cris se sont tus, étouffés par la peur. Je relève la tête, et ma voix résonne, grave, métallique :
Un frisson parcourt la foule. Des têtes se baissent. Aucun ne rit. Aucun ne répond. Ils savent. Ils sentent que le rôdeur marche à nouveau parmi les morts. Je ramasse mon épée, la rengaine dans un cliquetis d’acier. Les Uruks s’écartent sur mon passage, ouvrant devant moi un couloir de silence. Certains reculent d’un pas, d’autres détournent le regard. Même les plus hardis baissent la tête. Je traverse l’arène lentement, sans hâte. Le vent emporte les dernières cendres. Ratbag m’observe, tremblant, caché derrière un pilier. Azutra, lui, reste immobile, les poings serrés, la tête basse. Il n’y a pas de mot entre nous. Pas besoin. Le message est clair. Je franchis la grille, grimpe les marches fendues qui mènent vers les hauteurs de la ville. Derrière moi, les cris reprennent, faibles, lointains, étouffés comme un écho qui s’éteint. Celebrimbor apparaît à mes côtés, son visage d’ombre teinté d’un éclat bleu.
Je me remets en marche. Le vent froid gifle mon visage encore marqué par la plaie. Le goût du sang m’accompagne, âcre et familier. Je traverse les ruines, la tête haute, la lune sur mes pas. Vers le château. Vers la suite de cette guerre qui n’en finit pas de renaître des cendres… Mais soudain :
Je me fige. Le ton n’a rien de menaçant, mais il porte ce poids sourd qu’ont les avertissements. Je me retourne lentement. Azutra sort de l’ombre, sa haute silhouette drapée de suie et de cicatrices. Derrière lui, Ratbag trottine, nerveux, les yeux roulant comme deux billes d’inquiétude. Mais ils ne sont pas seuls. Deux autres Uruks les accompagnent, la tête basse, les épaules voûtées. Leur démarche trahit la peur, ou la résignation. Peut-être les deux. Je porte la main à ma garde.
Un instant, je le fixe sans un mot. Le vent siffle entre les arches. Deux Uruks qui renient leur propre espèce ? Ce genre de trahison ne naît pas du courage. Il naît de la terreur. Et ce soir, la peur rôde encore dans leurs yeux.
Les deux Uruks obéissent, tremblants, le souffle court. Leurs regards évitent le mien. Je lève la main, et l’ombre bleue de Celebrimbor glisse sur mes épaules, s’étirant derrière moi comme une marée spectrale.
Je tends la main vers eux. L’air se charge d’une lumière froide, presque irréelle.
Leurs voix s’étranglent, hésitantes, puis ils répètent les mots. Je pose ma paume sur leur front, une marque de lumière brûle aussitôt leur peau. La chair fume, un cri leur échappe. Puis vient le silence. Quand ils relèvent la tête, mes marques spectrales luisent encore sur leurs visages. Ils m’appartiennent. Azutra les regarde sans émotion.
Il fait signe aux deux nouveaux convertis, et tous trois disparaissent dans la nuit. Le silence retombe, et seul le vent répond. Je me tourne vers Ratbag, toujours planté là, le regard brillant de peur et de malice.
Je laisse échapper un soupir, las. Toujours la même histoire. Ratbag n’avance que poussé par la peur, et fuit à la moindre odeur de sang.
Je reste un instant silencieux, observant les ombres mouvantes qui s’étirent entre les ruines. Puis une idée germe, froide et implacable.
Il s’éloigne en trottinant, disparaissant dans la brume des ruines. Je le regarde s’enfoncer dans l’ombre, puis je reprends ma marche vers le château.
…
L’aube n’est pas encore levée, mais Minas Ithil semble déjà frémir d’un souffle nouveau. Les humains s’activent sur les remparts, réparent les fortifications, aiguisent leurs lames. Des visages épuisés, noircis par la cendre, mais habités d’un éclat d’espoir. Quand je franchis les portes, les regards se tournent. Les soldats se redressent. Les civils s’arrêtent un instant dans leur labeur. Certains murmurent mon nom. D’autres se contentent d’un signe de tête, respectueux. Je ne dis rien. Je marche simplement, droit vers la grande salle. Vers Castamir. La grande salle résonne d’un silence épuisé. Quelques torches vacillent, projetant leurs lueurs tremblantes sur des silhouettes recroquevillées. Des soldats et des civils dorment pêle-mêle, couchés sur des lits de fortune, d’autres s’appuient contre les murs, la main crispée sur une arme, comme s’ils craignaient d’être réveillés par la guerre elle-même. Je traverse lentement la pièce. Les regards que je croise sont vides ou brûlants, ceux d’hommes et de femmes trop longtemps acculés, suspendus entre la survie et le désespoir. Celebrimbor murmure en moi, froid et distant :
Je ne réponds pas. Ce n’est pas le sommeil que je vois, mais la lassitude. Ces gens n’ont plus rien à offrir que leurs larmes et leur souffle. Et pourtant, ils tiennent encore. Je monte les marches de pierre menant à l’étage. Malgré la nuit bien avancée, des voix éclatent derrière la grande porte. Quand je pousse les battants, la tension me frappe de plein fouet. Lithariel fait face à Castamir, les traits durs, la mâchoire crispée. Hirgon se tient près d’elle, furieux aussi. Idril et Baranor observent en silence, campés dans l’ombre des piliers.
Castamir le foudroie du regard, mais Lithariel ne recule pas. Idril, elle, baisse légèrement les yeux, le doute perce dans ses traits. Je fais un pas dans la salle. Le son de mes bottes sur la pierre suffit à étouffer la dispute. Tous les visages se tournent vers moi. Le silence s’installe, dense. Idril me regarde, figée, et je lis dans son regard un mélange d’incrédulité et de soulagement. Ses lèvres s’entrouvrent, prêtes à parler, mais aucun son ne sort. Avant qu’elle ne puisse dire un mot, Lithariel s’avance vivement. Ses yeux se posent sur moi, puis sur la plaie qui marque encore mon visage. Sa main se lève, hésite une seconde, puis effleure ma joue, avec une douceur que je ne lui connaissais pas.
Je sens la tension grimper. Je m’approche lentement de la table où s’étalent les plans de la ville, couverts de marques rouges.
Un silence pesant s’abat sur la salle. Seul le souffle rauque de Castamir trouble l’air. Il remet sa cape, redresse la tête et ajoute, d’un ton froid :
Il se détourne, franchit la porte d’un pas ferme, sans un regard en arrière. Les battants se referment derrière lui dans un grondement sourd. Je reste figé quelques secondes après le départ de Castamir, le regard rivé sur la porte qui vient de se refermer derrière lui. Mon poing se serre malgré moi. L’envie me brûle de tout balayer, de lui hurler qu’il condamne sa propre cité par orgueil. Mais je ravale la colère.
Je baisse légèrement la tête, serrant la mâchoire. Oui… c’est exactement ça. Il ne comprend plus ce qu’est le combat. Hirgon rompt le silence, la voix dure :
Il tourne les talons, furieux, et quitte la salle sans attendre Lithariel. Celle-ci reste là, immobile, les bras croisés, le regard sombre fixé sur la porte. Idril, elle, ne m’a pas quitté des yeux depuis le début. Son regard est chargé d’une intensité étrange, de la crainte, peut-être, mais aussi d’autre chose.
Elle s’approche lentement. Sa main vient se poser sur mon bras, légère mais tremblante. Ses yeux bleu pâle cherchent les miens.
Je la regarde en silence. Une part de moi voudrait détourner le regard, l’autre s’y noie. Enfin, je souffle, la voix basse :
Idril baisse les yeux, une ombre traverse son visage. Elle esquisse un sourire triste, puis effleure ma joue du bout des doigts.
Puis elle s’éloigne, les épaules basses, comme si le poids du monde pesait sur elle. Je la regarde disparaître dans le couloir, et le silence retombe. Baranor soupire longuement, passant une main lasse dans ses cheveux noirs frisés. Ses yeux se lèvent vers moi, fatigués mais calmes.
Lithariel, toujours adossée à la table, croise les bras, le regard dur.
Baranor ne répond pas. Il détourne les yeux un instant, comme s’il refusait de nourrir davantage la discorde. Le silence s’étire, lourd, rythmé par le souffle lointain du vent à travers les vitraux brisés.
Puis il me fixe de nouveau, le ton plus grave :
Je jette un œil vers les fenêtres ouvertes sur la nuit. L’air froid s’y engouffre, charriant les cendres et les murmures de la guerre.
Il hoche la tête, puis quitte la salle d’un pas mesuré, son ombre se fondant dans la lueur des torches. Je reste un moment immobile. Lorsque je me tourne, Lithariel est toujours là, les bras croisés, l’air fermé. Son regard, vif et dur, se plante dans le mien. Je reste un instant face à Lithariel, les mots de Castamir tournant encore dans ma tête comme des lames mal forgées. Comme pour me défendre d’un crime que je n’ai pas commis, je souffle :
Lithariel me fixe, les traits durs. Sous la torche accrochée au mur, la lumière caresse son visage, des mèches blondes, cendrées par la poussière, glissent sur sa joue marquée de fatigue. Ses yeux verts semblent brûler d’une colère triste, d’une lucidité que je n’ose pas affronter.
Ses mots tombèrent comme un coup de glaive dans la pierre. Je ne réponds pas. Peut-être parce que je comprends. Peut-être parce que je n’en ai plus la force… Je tourne les talons, le pas lourd, me dirigeant vers la chambre d’Idril pour faire soigner la plaie sur ma joue. Mais Lithariel ne reste pas derrière moi. Ses bottes claquèrent sur le sol de marbre fendu, suivant mon ombre.
Elle insiste, son ton se fait presque suppliant. Je serre la mâchoire, accélérant le pas. Mais à l’instant où j’atteins la porte de la chambre d’Idril, je craque. Je me retourne brusquement, attrapant le poignet de Lithariel. Mes doigts se refermèrent avec plus de force que je ne l’aurais voulu.
Ma voix claque dans le couloir, brutale, rauque. Lithariel sursaute. Son regard se perd dans le mien, brillant d’un mélange de surprise et de douleur. Pendant une seconde, je crus y voir de la peur. Je lâche sa main aussitôt, honteux, le souffle court.
Elle reste silencieuse, son bras retombant lentement le long de son flanc. Puis, d’un geste hésitant, elle pose sa main sur ma joue blessée. Sa paume est tiède, rugueuse d’avoir manié la lame trop longtemps.
Sa voix se brise légèrement. Une ombre de tristesse passe dans ses yeux, une mélancolie que ni la guerre ni le sang ne peuvent effacer. Je sentis un pincement au cœur, comme une douleur ancienne qu’on rouvre sans prévenir. Je voulais protester, lui dire que ce n’était pas vrai, que le destin n’était pas écrit.
Ses mots s’évanouirent dans un souffle. Ses yeux, verts comme la mousse d’un vieux bois, se plongèrent dans les miens. Je vis alors tout ce qu’elle ne disait pas : la peur, la résignation… et cette flamme fragile qui, malgré tout, persiste à brûler. Lithariel avança d’un pas. Ses doigts glissèrent le long de ma joue, puis sur ma nuque. Et avant que je n’aie le temps de dire quoi que ce soit, ses lèvres trouvèrent les miennes. Un baiser bref, fiévreux, chargé de tout ce que la guerre nous avait volé. Puis elle s’écarte, sans un mot. Je reste figé, le souffle court, incapable de comprendre ce qui se passe.
Lithariel me fixe, ses yeux brillants, embués d’un mélange de désir et de tristesse.
Ses mots me désarment. Elle avance, se colle à moi. Nos corps s’entrechoquent, brûlants. Je sens la vie qui palpite dans ses veines, le besoin et la tension qui montent entre nous. Nos lèvres se retrouvent, et ce n’est plus un baiser. C’est un feu qui nous consume, un échange de désir et de besoin. Nous nous dévorons la bouche, sans retenue, chaque minute qui passe nous colle plus fort l’un à l’autre. Je la veux. Je la veux entièrement. Son corps sous ses vêtements est un appel à ne plus réfléchir, à laisser la guerre et les morts attendre. Je sens la douceur et la fermeté de son corps, tendre sous le tissu, et chaque mouvement la rapproche encore plus de moi. Ses mains se perdent dans mes cheveux, ses doigts tirent, me cherchent, m’implorent. Je passe mes mains sur son dos, chaque contact la fait frissonner. La chaleur qui émane d’elle m’embrase. Nos souffles se mêlent, nos fronts se pressent l’un contre l’autre. Pendant de longues minutes, nous restons ainsi, collés, happés par ce moment, comme si tout le reste du monde n’existait plus. Nos mains commencent à détacher les vêtements l’un de l’autre alors que nous atteignons le lit d’Idril. Allongé dessus, nos corps pressés l’un contre l’autre. Chaque mouvement est une danse de désir et ils s'accordent comme si nous étions un seul être. Son corps se cambre contre moi, chaque geste est une invitation silencieuse. Le tissu tombe entièrement, et je découvre sa silhouette. Le corps de Lithariel est si magnifique, souple et gracieux, ondulant comme une flamme dans le vent. Chaque ligne de son corps me captive, la finesse de sa taille, la courbe harmonieuse de ses hanches, la douceur de sa peau légèrement bronzée par le soleil, éclatante et chaude comme de la soie au toucher. La forme de sa poitrine, délicatement arrondie et parfaite, suit le rythme de son corps contre le mien, comme un poème silencieux que je veux mémoriser. Ses cheveux tombent en cascade sur mes épaules, chatouillent ma nuque et ma poitrine, et je laisse mes mains effleurer ce trésor vivant. Chaque geste d’elle, chaque souffle chaud contre ma peau, me fait vibrer. Elle domine le moment, mais ce n’est pas une domination brutale : c’est la puissance de sa passion, le besoin de sentir que nous sommes vivants, malgré la guerre et la mort tout autour. Nos corps collés, haletants, brûlants. Ses mains glissent sur moi, m’attirent plus près, et je me laisse guider, fasciné par chaque mouvement, chaque courbe, chaque souffle qu’elle m’offre. Nos regards se croisent, intenses, langoureux, brûlants d’un désir mêlé de tendresse. Puis je reprends doucement le dessus. Ma bouche goûte à la peau douce de Lithariel, un frisson délicieux qui m’embrase. Je la parcours de haut en bas, le goût de sa féminité, le son de sa voix, un mélange de tendresse, de plaisir brûlant qui me consume. Je ne peux attendre plus. Je me glisse entre ses jambes, découvrant ce paradis secret, et chaque mouvement est un mélange de passion et de tendresse suspendue hors du temps. Sa respiration s’accélère, chaude et vive contre ma peau, et chaque battement de son cœur m’enveloppe comme un feu doux et ardent. Nos souffles se mêlent, nos corps s’accordent, sauvages et tendres à la fois, dans une harmonie qui semble éternelle. Et quand enfin le silence revient, après cette étreinte, elle reste blottie contre moi, son front reposant sur mon torse, ses bras enserrant mon corps avec force et vulnérabilité à la fois. Je passe une main dans ses cheveux, sur sa nuque, savourant chaque instant, chaque frisson, chaque souffle partagé. Dehors, la cité dort, inconsciente de ce bref répit. Mais pour une fois, la guerre peut attendre. Nous avons trouvé, ne serait-ce qu’un instant, un refuge dans nos corps et nos cœurs.
…
Après l’étreinte.
Lithariel reste collée à moi, nos corps encore chauds de l’étreinte, et je sens sa respiration qui se mêle à la mienne. Lentement, elle se redresse sur ses coudes, ses yeux clairs et profonds plongés dans les miens. Un sourire malicieux éclaire son visage, et ses doigts effleurent mon torse en traçant des caresses légères.
Un sourire amusé naît sur mes lèvres. Sans réfléchir, je la renverse doucement sur le lit, la maintenant avec tendresse mais fermeté, et je réponds, un éclat d’amusement dans la voix :
Elle rit, un son chaud et cristallin, et je sens ses mains m’attirer à nouveau contre elle. Nos lèvres se retrouvent, brûlantes et tendres à la fois, et elle s’accroche à moi, comme si elle voulait que ce moment ne finisse jamais.
Puis, son visage s’assombrit légèrement, et son regard se fait profond, presque douloureux. Ses doigts effleurent ma joue et ses lèvres frôlent les miennes, mais une ombre passe dans ses yeux.
Je sens un pincement au cœur, incapable de répondre immédiatement. Sa tendresse, sa force et sa fragilité tout à la fois m’envoûtent, et je serre un peu plus son corps contre le mien, comme pour retenir ce moment, comme pour graver sa chaleur et son odeur dans ma mémoire. Ses yeux me captivent, et je comprends que, malgré la guerre, les combats et les ombres qui rôdent, il existe ici, dans ce lit, un instant de paix et d’intimité absolue, fragile mais intense, que nous partagerons même au cœur des cendres. Je la regarde, mon souffle encore chaud, le corps encore vibrant de notre étreinte.
Son sourire se voile légèrement, et elle fronce les sourcils, sa main effleurant mon torse.
Elle s’avance vers moi, m’embrassant à nouveau, comme pour s’unir encore à moi, pour retenir ce moment, mais je la repousse doucement. Le cœur serré, je m’assois sur le lit, incapable de céder à nouveau, bien que chaque fibre de mon corps le réclame. Je me lève enfin, nu, dévoilant mon corps à la lueur des chandelles, chaque mouvement lourd de désir contenu. Je prends mes vêtements et les enfile, le corps encore frémissant.
Lithariel bloque doucement la couverture sur sa poitrine nue, gardant un semblant de pudeur malgré le désir encore palpable dans ses yeux.
Je lui adresse un dernier sourire, sincère et tendre, une lumière fragile dans ce monde de cendres.
Je m’apprête à sortir de la chambre, mais quelque chose me retient. Je reviens vers elle, le souffle encore chaud, et mes lèvres se posent sur les siennes dans un baiser plein et entier, profond, chargé de tout ce que nous avons partagé. Lithariel me répond avec la même intensité, ses mains venant caresser mon visage, serrant doucement ma mâchoire comme pour graver chaque instant dans sa mémoire. Ses yeux brillent d’émotion, et je sens dans ce geste toute la mélancolie et la force d’un au revoir. Je me détache enfin, le cœur lourd, mais rempli de ce souvenir brûlant et fragile. Elle me regarde avec intensité, ses mains retombant lentement le long de son corps, et je quitte la pièce, laissant derrière moi ce moment suspendu, cette chaleur et cette tendresse dans la chambre silencieuse.
Une fois hors de la chambre, je passe une main sur ma tête, encore un peu troublée par ce que nous venons de partager. La chaleur de Lithariel, ses gestes, son souffle… tout cela semble encore vibrer en moi. La voix de Celebrimbor glisse dans mes pensées, teintée d’un amusement moqueur :
Un bref silence suit, ponctué d’un léger rire ironique de Celebrimbor, mais je sens qu’au fond il sourit, cachant sa satisfaction derrière son ton de vieille ombre elfe toujours sûre de lui. Je reprends les escaliers, le cœur plus léger, le souvenir de Lithariel encore chaud dans mes veines. Chaque marche me rapproche de la grande salle, mais je tombe soudain sur Idril, qui m’attend avec ce mélange de surprise et d’inquiétude qui lui est si caractéristique. Visiblement elle venait nous rejoindre je peux donc dire que j'ai eu de la chance de ne pas être surpris… Ce que Celebrimbor confirme dans un rire moqueur…
Une voix railleuse glisse dans mon esprit, celle de Celebrimbor :
Je ressens un mélange de gêne et d’amusement me traverser, et je me racle la gorge, me débattent avec mes réponses douteuses :
Je l’ignore, un brin agacé. Idril semble elle comprendre, hochant doucement la tête. Puis, timidement, sa voix se fait plus basse :
Un instant, je cherche mes mots, conscient du piège de la question, puis je réponds, simple et rapide :
Idril acquiesce, et même si elle semble peu convaincue, elle m’adresse son regard doux et rassurant, et prend ma main dans la sienne avec délicatesse changeant de sujet :
Je souris légèrement, appréciant sa compagnie et cette tendresse discrète. L’idée d’une douche après avoir tant transpiré dans cette chaleur et cette tension me séduit, mais je garde ce plaisir pour moi.
A suivre,