La nuit est épaisse. Le vent siffle entre les arbres tordus, et chaque branche qui craque résonne comme un pas furtif dans le dos. La lune, haute et froide, glisse ses rayons pâles sur les pierres brisées des ruines alentour. Je reste immobile, adossé contre un tronc, la main posée sur la garde de mon épée. Le silence n’a jamais été un allié… et encore moins quand il est brisé par la voix de Ratbag.
Je tourne la tête, lentement. Son sourire s’efface aussitôt.
Il me tapote l’épaule, comme s’il me parlait d’égal à égal. Grave erreur. Je me fige. Mon regard le cloue sur place. Ratbag recule, les bras levés.
Je détourne les yeux. Le silence revient, ponctué du bruissement des feuilles et du froissement du cuir. Ratbag s’assoit sur une souche, soupire, se relève, tourne, grogne, marmonne. Il ne sait pas se taire.
Je ne réponds pas. Mon regard se perd vers les collines au sud, où les ombres s’enfoncent dans la terre. Là-bas, les ruines souterraines… là où je l’ai vue. Arachne. Son nom est un murmure dans ma tête, aussi doux qu’un poison. Sa peau pâle, ses yeux émeraude… sa voix… Je sens encore son souffle sur le mien. Mais une fois de plus le spectre me rappelle à l’ordre…
Je ferme les yeux un instant. Peut-être. Mais certaines illusions ont plus de chair que les vérités de ce monde…
Je laisse échapper un bref souffle du nez, pas un rire, juste une exhale fatiguée. La lune monte encore, les ombres s’allongent. Baranor ne devrait plus tarder. Et moi, j’attends, dans le silence, enfin presque… Ratbag continue de jacasser, ses histoires de tripes et de bave de caragor me glissant dans l’oreille comme un poison insistant, quand soudain un craquement plus net que les autres attire mon attention. Aussitôt, Ratbag se jette derrière moi, les bras serrés autour de ma taille comme un enfant apeuré. Ses yeux sont écarquillés, et il tremble presque.
Entre deux arbres, une silhouette se dessine à peine dans l’ombre. Baranor est là. Il s’avance fièrement vers moi, le dos droit, le regard fière mais fatigué. Je tends la main vers lui, et il vient serrer celle-ci avec force.
Ratbag, toujours collé à mes jambes, se redresse un peu et intervient, comme si l’air autour n’était pas déjà assez tendu.
Je sens la tension dans l’air diminuer légèrement et il est temps de passer aux choses sérieuses.
Je marque une pause, laissant le vent et le bruissement des arbres remplir le silence, avant de commencer à détailler le plan. Je me penche légèrement vers Baranor et Ratbag, la voix basse mais ferme, pour que le vent et l’ombre ne trahissent rien.
Il grogne dans sa barbe, résigné, jetant un regard furieux à ma lame, et se contente de marmonner entre ses dents :
Ratbag grimace, une lueur de peur dans les yeux, mais il acquiesce, contraint par la crainte et la nécessité. Je lâche un bref souffle, satisfait.
Le vent s’engouffre dans les arbres, les branches craquent autour de nous, et notre trio se met en marche, silencieux et déterminé, vers le camp Uruk.
…
Le camp s’étend devant nous, grouillant d’Uruks de toute part. Des flammes vacillent près des feux de forge où d’autres martèlent le métal incandescent, frappant armes et armures, préparant la guerre. Quelques-uns picolent bruyamment, se battent pour un peu de Grog, hurlant et riant avec une férocité presque joyeuse. Le vacarme est assourdissant, mais nous restons dans l’ombre, immobiles, silencieux comme des ombres de pierre. Ratbag, tremblant et pourtant déterminé, se faufile dans le camp. Il se penche, maladroit et sursautant à chaque bruit, pour verser le poison que je lui ai donné dans les tonneaux de Grog, à plusieurs endroits. Chaque geste est hésitant, ridicule, mais il réussit finalement. Avant de quitter le camp, il jette un dernier regard paniqué autour de lui et disparaît dans les ombres. Baranor et moi attendons, camouflés, que les Uruks commencent à tomber malades. Leurs rires, leurs cris, leur énergie brute… tout cela pourrait écraser une armée humaine…
J’acquiesce silencieusement. L’horreur de la vérité nous saisit tous les deux. Un silence amer tombe sur nous, seulement brisé par le vent et le cliquetis lointain du métal. Mais soudain, Baranor dit d’une voix basse et sérieuse :
Je reste muet un instant, surpris. Non pas par ce qu’il dit, je le savais déjà, depuis longtemps… Les regards d’Idril, ses hésitations, ses silences, sa jalousie et surtout ce baiser… ils ne trompent pas. Non, ce qui me surprend, c’est qu’il ose me le dire, ici, entre deux batailles et deux morts. Comme s’il voulait m’en avertir, ou me rappeler ce que je devrais ignorer. Il n’a pas tort de s’inquiéter. Idril mérite un cœur vivant, non pas un spectre comme moi...
Je le sens presque sourire derrière mes pensées. Il ne comprend pas, ou refuse de comprendre, ce que ces mots remuent en moi. Baranor, lui, ne détourne pas le regard. Il veut rester digne, même lorsqu’il saigne sans blessure. Il affiche un petit sourire frustré.
Je grimace, touché et triste pour mon ami. Il ne sait pas à quel point il se trompe. Je ne suis ni bon, ni porteur d’espoir. Je suis un spectre, un vide habité par la colère et la perte. Et pourtant… une part de moi envie sa sincérité. Sa foi. Sa capacité à aimer sans calcul, sans poison dans le cœur.
Les mots me brûlent la langue. Parce qu’ils sont vrais. Baranor incline la tête, un mélange de gratitude et de regret dans le regard.
Je baisse les yeux, incapable de soutenir plus longtemps son chagrin silencieux. Idril le devrait. Elle devrait voir l’homme qu’il est, loyal, juste, courageux. Mais non… c’est vers moi que son regard se tourne, vers l’ombre, vers la damnation. Pourquoi…? Et moi… qu’est-ce que je ressens vraiment ? Du désir, oui. Brûlant, réel, presque douloureux. Ces femmes, Idril, Lithariel, elles m’attirent parce qu’elles incarnent la vie elle-même, ce feu qui me fuit depuis trop longtemps. Quand leurs yeux se posent sur moi, je sens une chaleur revenir, comme si mon cœur battait encore. Mais ce n’est pas de l’amour. C’est une réminiscence, une illusion douce et cruelle. Différente de ce que j’ai connu avec ma femme, différente aussi du lien étrange et envoûtant qui m’unit à Arachne. Peut-être est-ce là ma malédiction : désirer la vie sans jamais pouvoir y appartenir. Et au milieu de tout cela, il y a mon ami, Baranor… Je m’en veux de lui voler malgré moi cette lumière. Je n’ai rien demandé, et pourtant, me voilà à l’éclipser aux yeux d’une femme qu’il aime sincèrement. C’est une blessure qu’aucune lame ne pourrait égaler.
Je ne réponds pas. Je ne lui accorde même pas un souffle. Je préfère garder le silence, et regarder mon ami, cet homme droit, humain, entier, tandis que moi, je m’efface un peu plus dans l’ombre. Nous restons ainsi quelques instants, figés dans l’obscurité, face au camp grouillant et aveugle à ce qui va l’atteindre. Deux hommes unis par la guerre… et séparés par un cœur qu’aucun de nous ne possède vraiment.
Brusquement, un hurlement strident me ramène à la réalité. Baranor et moi tournons la tête juste à temps pour voir un Uruk s’effondrer, la gorge serrée, les bras crispés. La mort le fige dans une posture grotesque. Un autre Uruk, témoin de la scène, crie :
Les voix se mêlent, se hurlent dessus. La confusion éclate rapidement en bagarre générale. Les Uruks se frappent, se mordent, se poussent dans une frénésie de colère et de douleur. Le carnage fait diversion pour nous.
Nous profitons du chaos. Les masses d’Uruks sont occupées à s’entretuer. Nous avançons, silencieux et déterminés. Sur notre chemin, nous éliminons les gardes qui se trouvent sur notre passage, chaque mouvement calculé, chaque coup précis. Le couloir est long et sinueux, mais peu à peu, nous progressons, nous rapprochant de la prison. Le passage débouche sur une salle plus vaste. Au centre, un imposant Uruk se tient avec plusieurs compagnons, levant des gourdes de Grog, riant et gueulant. Il est énorme, obèse, dégoulinant de graisse et de sueur. Ses dents du bas pointent vers l’avant, sa morve coule de ses narines épaisses. L’odeur nauséabonde nous frappe à des mètres à la ronde. Il porte une armure massive et un bouclier d’une taille presque aussi grande qu’un Olog, accroché à une ceinture sur laquelle pend également une lourde masse.
Je connais son nom sans jamais l’avoir entendu prononcer. Celebrimbor me l’a murmuré avant même que je le voie, comme si son essence avait déjà marqué ce lieu de sa cruauté.
Je m’avance alors discrètement, chaque pas calculé, chaque respiration mesurée. Les ombres me couvrent tandis que je m’approche de Lorm et de ses Uruks, prêt à frapper et à créer l’ouverture nécessaire. Je surgis de l’ombre, frappant Lorm en priorité. Ma lame s’enfonce dans la chair épaisse et graisseuse du capitaine, tranchant à vif ses nerfs et ses muscles. L’Uruk hurle, un cri bestial qui fait trembler les murs de la salle. Un des Uruks qui l’accompagne panique et s’enfuit en bondissant vers l’ombre où Baranor attend. Je n’y prête pas attention : je sais que mon allié s’occupera de lui. Mon attention est entièrement concentrée sur le monstre devant moi. Lorm se retourne, ses yeux brillants de colère. Il balance son énorme bouclier, me projetant en arrière. Il abat ensuite sa masse, que je retiens juste à temps avec mon épée. La douleur me lance à travers le torse, mais je serre les dents. Il crache sur moi, ses narines suintantes de morve et de haine :
Il me repousse avec force, et le combat s’engage, brutal et sans pitié. Lorm est monstrueusement fort, son armure résiste à chaque coup, son bouclier parvient souvent à me déséquilibrer. Avec sa masse il déchire mes côtes, arrachant ma peau. La douleur me lance à chaque impact, le souffle court, mais je refuse de céder. Chaque mouvement doit être précis, rapide. Je feinte, recule, frappe, saute par-dessus lui quand ses masses tombent trop lentement, esquivant la destruction et frappant là où l’armure laisse un espace. Finalement, un bond calculé, ma lame plonge avec toute ma force et ma vitesse, tranchant sa tête de part en part. Lorm tombe, mort, son bouclier s’écrasant au sol avec un bruit de métal et de chair Les autres Uruks du groupe, maintenant désorganisés et paniqués, s’enfuient. Baranor, surgissant des ombres, les abat sans pitié avant de rejoindre ma position, l’inquiétude visible sur son visage. Je pose une main sur mes côtes endolories, respirant difficilement.
Malgré la douleur, nous reprenons notre progression. Des cris et des gémissements, d’hommes et de femmes, nous parviennent de plus loin, plus intenses et déchirants. La galerie s’élargit soudain, et devant nous se dressent deux couloirs. De celui de gauche montent les gémissements d’une femme, faibles, brisés, emplis d’une douleur sourde. Du couloir de droite, ce sont des appels à l’aide d’hommes, pressants, presque étouffés par la peur. Nous nous arrêtons, immobiles, le souffle suspendu. Nos regards se croisent un instant, lourds de sens et de décision.
Je hoche la tête et prends le passage de gauche, disparaissant dans l’ombre du couloir étroit, tandis que lui emprunte celui de droite.
…
Je débouche au bout du passage et la vision me frappe immédiatement, m’étreignant la gorge. L’air est épais, saturé de putréfaction et de fumée. L’odeur du sang, des excréments, de la sueur et de la chair mutilée me brûle les narines. Les gémissements des femmes et des enfants, mêlés aux appels à l’aide et aux pleurs, résonnent contre les murs sombres. Des cages sont entassées, certaines ouvertes, d’autres verrouillées. À l’intérieur, des corps maigres, mutilés, à peine vêtus, couverts de sang séché et de suie. Les blessures, certaines anciennes, d’autres récentes, racontent la cruauté sans limites de leurs geôliers. Les enfants tremblent et se blottissent contre les femmes, tentant de trouver un peu de réconfort là où il n’y en a pas. Mais le plus atroce est devant mes yeux. Une femme, jeune, à peine sortie de l’adolescence, dont les hurlements stridents et déchirants transperce la pièce, est allongée sur le sol, retenue par de lourdes chaînes. Un Uruk dégueulasse s’attaque à elle, entre ses jambes, s’agitant comme une bête. Je détourne à peine le regard pour ne pas perdre le contrôle… mais l’horreur me frappe de plein fouet… Sans réfléchir, je bondis. Ma lame s’abat sur le crâne de l’Uruk et le corps s’effondre dans un bruit mat. D’un coup de pied, je l’éloigne du passage, et je m’agenouille près de la jeune femme. Ses yeux sont noyés de larmes, son corps tremble, et un liquide verdâtre et répugnant dégouline sur ses cuisses. Je déploie l’anneau et brise les chaînes qui la retiennent. Lentement, avec précaution, je l’aide à se redresser, la recouvrant d'un linge beige et sale.
Elle hoche la tête entre deux sanglots, et un faible « oui » s’échappe de ses lèvres. Autour de nous, les autres femmes et enfants encore enfermés supplient à voix basse mais pressante :
Je m’active sans perdre de temps, brisant les verrous, défaisant les chaînes. Chacun est mutilé, sale, couvert de sang, de poussière et de suie. À peine vêtus, certains pleurent silencieusement, d’autres fixent le vide, brisés par les horreurs qu’ils ont subies. Les Uruks n’ont jamais cherché à les nourrir ou à les protéger. Leur seul but était de satisfaire leurs besoins primaires : sexe, violence, nourriture…
Je les guide dehors, les soutenant, veillant à ce qu’ils ne s’effondrent pas. Chaque pas me rappelle pourquoi je combats, et chaque visage me glace le sang… Nous atteignons enfin la grande salle, là où Lorm est tombé. Le chaos est derrière nous, mais l’horreur est partout autour. Baranor arrive presque en même temps, suivi par un groupe d’hommes, plus nombreux et en meilleure forme que mes captifs. Ce sont ceux que les Uruks avaient envoyés travailler la pierre, creuser le charbon ou forger le fer… Ils sont donc gardés en meilleur état. Le regard de Baranor se fige un instant. La vision des femmes et des enfants mutilés, à peine vêtus et terrorisés, le choque profondément. Il me regarde ensuite, les traits tirés par l’horreur et la fatigue.
Je prends la tête de l’expédition. Les hommes ramassent tout ce qui peut servir d’arme : pioches, pelles, barres de fer… Tout ce qu’ils trouvent. Je place les femmes et les enfants au centre, les entourant comme un rempart fragile mais déterminé. Baranor ferme la marche, veillant sur l’arrière, et ensemble nous avançons avec prudence, dans l’ombre des ruines et des couloirs, chaque pas mesuré pour ne pas attirer l’attention. Nous arrivons enfin au bout du chemin… et le malheur frappe. Un groupe d’Uruks approche, chevauchant des Caragors meurtriers. Les bêtes sont énormes, furieuses, et leurs cavaliers semblent prêts à déchirer quiconque se mettra sur leur passage. Je grimace.
J’observe le groupe qui avance dangereusement vers nous, le cœur battant. Et soudain, à l’opposé de notre position, Ratbag surgit de l’ombre. Il gesticule, crie, et interpelle les chevaucheurs.
Je reste un instant surpris… puis un sourire satisfait étire mes lèvres. Ratbag tient sa promesse. Il se met réellement en danger pour nous aider.
Peu importe. Les Uruks écoutent ses mensonges et détournent leur route. Les Caragors reculent, disparaissant dans l’ombre des chemins du camp.
Nous courons à travers la nuit, hors des ruines, jusqu’à retrouver l’épaisse forêt qui sépare le camp de Minas Ithil. Les enfants et les femmes suivent, haletants, mais en sécurité pour l’instant. Ratbag, lui, retourne se cacher dans les ombres du camp, fidèle à son rôle de diversion. La mission de sauvetage est accomplie. Il ne reste plus qu’une seule partie à mener : tuer le Graug.
Baranor s’arrête à la limite de la forêt et me regarde, un dernier regard chargé de respect et d’inquiétude.
Il me rend un sourire triste mais résolu, puis disparaît dans l’épaisseur des arbres avec le groupe d’hommes, les laissant hors de danger. Je me retourne vers le camp, les dents serrées, le regard froid. La forêt est derrière nous, la nuit est dense… et moi, je suis prêt.
…
“Attention Rôdeur de la porte noir… Ils te mèneront droit à ton cauchemar…”
…
Soudain… le monde bascule. Une douleur fulgurante transperce mon ventre, comme si l’acier et le feu avaient décidé de s’unir contre moi. Je craque, halète, et tombe à genoux. La violence est indescriptible. Le souffle me manque.
Je lève les yeux… et c’est Mogg. Le survivant. Mais il n’est plus l’Uruk d’avant : c’est une boucherie recousue. Des plaques de métal rivetées remplacent des morceaux de côte, des bouts de cuir crasseux tiennent des lambeaux de peau collés à la chair par de larges points de suture qui brillent encore. Une mâchoire de fer a été rivée à sa face où les dents manquantes laissent des éclats de gencive. Un œil est bouché par un cache de cuir noir, l’autre reluque comme une braise morte. Des clous, des agrafes, des morceaux d’armure mal ajustés craquent quand il se déplace, il pue l’huile, le sang séché et la chair brûlée. Ses membres sont torturés en un assemblage bancal, mais chaque pas qu’il fait est une promesse de violence. Je l’ai découpé en morceaux la dernière fois, et voici le résultat : rafistolé par des mains qui ne connaissent que la brutalité, revenu d’entre les déchiquetements pour rire de ma mémoire. Sa peau recousue forme des cicatrices larges comme des rivages ; son torse porte des traces de l’acier que j’y ai laissé. Le spectacle me donne la nausée, et la rage. Il rit, ce rire rouillé, aigu et cruel, comme si la souffrance l’avait poli.
Il me pousse au sol d’un geste brutal, retirant sa lame avec satisfaction. Je tente de me redresser, chaque mouvement un supplice, mais la douleur me cloue au sol. Mogg s’apprête à porter le coup final… Incapable de bouger, je vois son sourire tordu… Je m’apprête à encore affronter la mort… Dans le pire moment…
Mais soudain, Ratbag surgit, inattendu, ridicule mais déterminé. Sa petite lame se dresse devant moi, parant l’assaut de Mogg. Il grogne, aucun mot, juste ses yeux fixés sur le danger, une lueur de courage absurde dans son regard tremblant.
Mais avant qu’il puisse esquiver ou reculer, une lance énorme fend l’air et le transperce. Le corps de Ratbag se fige, puis s’affaisse, brutalement. Son regard se tourne vers moi. L’instant est silencieux, terrible : ses yeux deviennent larmoyants, comme s’il regrettait de ne pas pouvoir en faire plus, comme s’il voulait encore me protéger, mais que ses forces l’abandonnaient. Il s’écrase au sol, immobile... Choqué… Je hurle. La rage et la tristesse se déchirent dans ma poitrine. Ratbag… mon idiot d’Uruk, mon allié improbable, mon ami… mort, ici, à mes pieds. Celui qui n’avait jamais cru en sa force, qui tremblait devant tout et tous, s’était battu pour moi. Alors que je l’avais menacé, que je l’avais corrigé, que je l’avais presque méprisé… il est tombé en héros. Mais il n’y a pas de répit. Une seconde lance file à vive allure et me transperce l’épaule. Je suffoque, le bras engourdi. Je reconnais cette arme… celle de la vision d’Arachne. Maudite. Préparée pour me piéger. Ratbag est mort. Je suis blessé. Le piège se referme sur moi…
…
Ma colère est un feu noir, mon désespoir un poids que je ne peux contenir. J’ai perdu un ami, un vrai. Un Uruk… et pourtant, sa mort me déchire plus profondément que celle de n’importe quel autre ennemi. Il s’est battu pour moi, pour mes idéaux, pour cette mission… alors qu’il savait que je survivrais, qu’il aurait pu fuir, qu’il aurait dû fuir. Mais il ne l’a pas fait. Je serre les dents, le cœur en flammes, le souffle court, et je fixe le corps sans vie de Ratbag, l’ombre d’un ami tombé dans la poussière du camp maudit. La haine et le deuil se mêlent, et je sens déjà la tempête qui va éclater… contre Mogg, contre tous ceux qui osent lever la main sur ceux que je protège.
Je sens une présence, un souffle froid sur ma nuque. Un Uruk chétif, à la peau blanche comme la mort, avance vers moi. Ce n’est pas un simple guerrier. Son aura dégage une cruauté glaciale, un pouvoir malsain. Je le reconnais immédiatement : Zumur, le sorcier noir, fidèle chef de guerre de Ushak Mange-Peur… Avant que je puisse réagir, il m’agrippe par les cheveux avec une violence qui m’arrache un cri. Je suis projeté au sol, le visage contre la terre humide, les muscles déchirés par la force de son emprise.
Je grogne, essayant de me relever, mais la douleur me cloue. Autour de moi, des Uruks affluent en masses. Des chaînes sont fixées sur mes pieds, mes mains, mon torse, et un tissu brutal m’obstrue la bouche. Je suis totalement maîtrisé. Je ne sens plus l’anneau et Celebrimbor… Plus rien. Plus de lien, plus de bras spectral, plus de voix. Comme si la lance maudite dans mon épaule m’avait coupé d’eux, me laissant vulnérable et isolé. Dans un recoin sombre, j’aperçois Baranor. Ses yeux s’écarquillent devant la scène. Nos regards se croisent quelques secondes, un échange silencieux de douleur et de désespoir. Puis mon corps est tiré en avant, brutalement, traîné à travers la terre et la pierre par des Uruks avides de sang. Chaque pas est un supplice, chaque traction des chaînes enflamme mes muscles meurtris. Zumur ordonne aux Uruks de ne surtout pas me tuer.
Je comprends le piège, trop tard. La stratégie est parfaite : je suis prisonnier, affaibli, privé de mes pouvoirs, et mon bras, la source de mon lien avec Celebrimbor et la vengeance, est neutralisé… Mon cœur est lourd, brisé. Brisé par la perte de mon ami Ratbag, tombé pour moi. Brisé par la guerre, par ces monstres qui se moquent de la vie et du courage. Chaque pas que je suis traîné, chaque regard des Uruks, me le rappelle. Et je sais, au fond de moi, que ce n’est que le début de l’enfer.
…
Je suis traîné à travers les ténèbres, les muscles déchirés par les chaînes et la douleur qui brûle dans mes entrailles. Et soudain… ce que je croyais impossible s’ouvre devant mes yeux. Un gouffre immense, vertigineux, s’étend devant moi. Ses parois noires disparaissent dans l’ombre, et des centaines de passerelles de bois et de métal s’entrelacent comme un labyrinthe suspendu au-dessus du vide. Des feux rougeoyants illuminent les forges d’Uruks, jetant des ombres monstrueuses sur les murs de pierre. Le vacarme est assourdissant : le martèlement du métal, le hurlement des soufflets, le grondement des Caragors et le beuglement des Graugs harnachés. Chaque étage grouille d’orques affairés, s’affairant à préparer l’attaque sur Minas Ithil. Je cligne des yeux, incrédule. La plaine que je connaissais autrefois a disparu, remplacée par ce labyrinthe infernal, une véritable forteresse industrielle d’Uruks. Des milliers de créatures s’activent : certaines frappent le fer à l’enclume, d’autres portent des tonneaux de charbon en sueur et en poussière, tandis que d’autres encore s’entraînent avec des armes, hurlant des ordres dans une langue rude et gutturale. Les Caragors hurlants traversent les ponts, tandis que des Wargs dressés bondissent sur leurs maîtres, prêts à bondir sur n’importe quel intrus. Dans le fond, des Graugs, immenses et attachés à des palans, se préparent à la guerre, leurs yeux brillants comme des braises. Mon souffle se bloque. Le choc me frappe de plein fouet. Plus grand que tout ce que j’avais imaginé… plus vaste, plus organisé, plus brutal. Minas Ithil est perdue. Perdue avant même que le premier combat ne commence. Je pense à Idril, à Baranor… à tout ce que je n’ai pas pu protéger. Le désespoir me serre la poitrine.
On me traîne brutalement vers un souterrain où le fer et le feu se mêlent à l’ombre. On m’agenouille, on écarte mes bras et on me ligote solidement. Les Uruks frappent mon dos, mes côtes, m’insultent. Je sens chaque coup, chaque brûlure. Sans l’anneau ni Celebrimbor, je ne guéris plus. La douleur est atroce, me traverse jusqu’aux os. Puis il apparaît. Imposant. Terrifiant. Ushak Mange-Peur. Ses muscles massifs, sa peau marquée de cicatrices de batailles, son visage brûlant de haine et ses yeux noirs comme des braises m’avalent. Sa horde acclame chacun de ses pas. L’air lui-même semble trembler sous sa présence.
Je grimace. La peur glaciale me saisit le cœur. Puis il me lâche, tourne le dos et rit, un rire qui résonne comme une sentence funeste :
Je reste là, enchaîné, seul, surveillé par des Uruks massifs. Le gouffre m’engloutit presque de son immensité, le néant de ce lieu reflétant celui dans mon cœur. Tout ce que j’ai sauvé… tout ce que j’ai tenté… semble englouti par l’obscurité et le chaos.
…
Les heures s’étirent comme un cauchemar sans fin. Mogg revient, le visage déformé par la haine, ses yeux brûlant de cette fureur que seul un survivant mutilé peut nourrir. Il s’avance vers moi, le sourire cruel, la lame à la main. Chaque mouvement est un prédateur qui se délecte de sa proie..D’un geste brutal, il me fouette. La douleur éclate dans mon dos, comme si chaque coup arrachait un morceau de ma chair et la jetait aux flammes. Il rit, un rire strident et dément, dévorant la peur et la douleur comme un festin. Il m’insulte, ses mots tranchants comme des couteaux, chaque syllabe enfoncée dans mes tempes et mon cœur. La chair humaine brûle sous ses mains et sa ceinture. Je passe des heures dans ce supplice, chaque minute une éternité. Mais mon esprit, lui, reste intact. Je serre les dents, je sens la haine bouillir au fond de moi, et je lui crie :
La menace semble le surprendre. Ses yeux s’emplissent d’un éclat fou, et il réagit avec une brutalité encore pire. Un seau d’eau glacée m’arrose, me crispant, chaque fibre de mon corps hurle. Puis un seau d’eau brûlante s’abat sur moi, me faisant hurler de douleur, la peau de mes bras et de mes jambes rougie et à vif. Il fouette à nouveau mon dos, et je sens mes muscles se déchirer sous l’impact. Je vacille, proche de perdre conscience, chaque respiration un supplice. Heureusement, une voix résonne derrière lui. Une voix qui rappelle à Mogg que je ne dois pas mourir. Le supplice s’interrompt enfin. Mogg recule, frustré, grognant mais respectant cet ordre.
…
Les heures continuent de passer, perdu dans le temps. Chaque instant est une torture, chaque souffle un défi. Je suis prisonnier, piégé, impuissant, et pourtant l’esprit refuse de plier. La haine et la colère brûlent dans mes veines, mes pensées se concentrent sur la vengeance, sur Ratbag, sur tout ce que je dois encore accomplir. Puis, soudain… un grondement s’élève, sourd, puissant. Des tambours résonnent à travers les entrailles du gouffre, leurs vibrations faisant trembler la pierre sous mes genoux. Des hurlements, des cris bestiaux, le piétinement des bottes de métal et le claquement des lames frappant les boucliers. La horde se met en mouvement. La guerre commence. Et moi… je ne suis pas prêt… Je suis attaché, enchaîné, prisonnier dans les ténèbres… Je hurle, me débats contre mes chaînes, tente de me libérer. Les Uruks qui me surveillent s’amusent de mon désespoir, rient de chaque effort, de chaque cri. Mais je ne cède pas. Je suis Talion. Je suis toujours là. Mais… En vain. Les chaînes me tiennent. La douleur me consume. La guerre avance, et je dois l’affronter seul, enfermé, impuissant, mais toujours vivant… toujours furieux… Les heures s’étirent encore, chaque battement de mon cœur résonne dans le gouffre comme un marteau sur l’enclume. La guerre rugit au loin, des cris, des tambours, le fracas des armes… et moi, je suis là. Je veux mourir, m’échapper, mais il n’y a aucun chemin, aucun moyen. L’anneau, Celebrimbor… tout est coupé. Je ne suis plus qu’un mort-vivant enchaîné dans cet enfer, un simple homme réduit à la souffrance. Puis, soudain, après des heures durant, les Uruks qui me surveillent s’agitent, hurlent. Je relève la tête, et mes yeux s’écarquillent. Des araignées… d’innombrables araignées noires dévorent les Uruks, se faufilant sur eux, tissant la panique et la terreur. Et alors, un frôlement contre ma joue… Un doux parfum fruité… Arachne. Elle est là. Ses mains délicates effleurent mon visage, son regard vert émeraude brillant d’inquiétude, de soulagement et d’amour…
Mon esprit vacille. Elle… elle est là pour moi ? Elle, qui reste normalement cachée, surgit de l’ombre pour me sauver ? Est-ce un rêve…?
Elle hoche la tête, m’embrasse rapidement, tendrement sur mes lèvres sèches, et dit avec urgence :
D’un geste rapide, elle saisit la lance maudite qui me brûle encore l’épaule. Son visage se crispe, mais d’un coup sec, elle l’arrache. Une lumière bleu pâle jaillit, un souffle de puissance pure qui m’enveloppe. Je me redresse, brisant mes chaînes. Celebrimbor revient, l’anneau reprend vie dans ma main. Mes plaies se referment, mes forces reviennent. Ma haine gronde, plus féroce que jamais… mais un regard, doux et protecteur, se pose sur Arachne. Je m’avance vers elle, pose ma main sur sa joue douce et pâle et la tiens contre moi, enroulant mon bras autour d’elle… incapable de masquer ma gratitude :
Celebrimbor apparaît alors, sortant du monde spectral, ses yeux glacés fixant Arachne.
Arachne plonge son regard émeraude dans le mien.
Je reste un instant à la contempler, incapable de détacher mes yeux de son visage. Dans ce chaos de feu et de sang, elle est la seule chose encore belle, encore réelle. Je laisse échapper un souffle, un murmure qui m’échappe avant même que je le contrôle :
Ses lèvres s’entrouvrent, ses joues s’empourprent légèrement, une émotion rare, presque humaine, traverse son regard d’émeraude. Arachne détourne les yeux, troublée, avant de les relever vers moi avec cette douceur qu’elle ne montre à personne d’autre. Je tends la main, effleure sa joue pâle et douce. Ma voix se fait plus grave, presque un murmure pour elle seule :
Je sens le regard de Celebrimbor peser sur moi, froid et silencieux dans l’air brûlant. Ce « nous » le désarme, mais je n’en démords pas. Sans elle, je serais déjà un cadavre de plus sous les chaînes du Mordor. Mais son expression se voile d’une gravité nouvelle.
Son souffle tremble sur les derniers mots, et je comprends qu’elle les sent déjà, ces ombres antiques, glissant sur le vent comme des lames invisibles. Je hoche la tête, la rage revenant avec la douleur du monde.
Elle me regarde avec sincérité et douceur. Je sens qu'elle ne veut qu'une chose, me protéger. Mais je bouillonne de colère en apprenant cette vérité qui pourfend mon cœur. Un traître à Minas Ithil… Qui ? Castamir…? Je ne veux pas le croire… Pourtant, il ne peut que s'agir de lui… Ce que confirme Celebrimbor. Désormais, il n'y a plus de temps à perdre. Les Nazgûl approchent. C'est bientôt la fin.
Je me relève, resserrant mes doigts autour de la garde de ma lame. L’anneau pulse contre ma peau, froid et brûlant tout à la fois. Celebrimbor s’avance, l’éclat spectral de son armure se fondant dans ma silhouette. Je tourne une dernière fois le regard vers Arachne ses cheveux sombres flottant dans la lueur bleutée du pouvoir.
Elle acquiesce, saisit ma main, et dans ses yeux, une promesse silencieuse brûle encore : celle de ne plus me laisser tomber… Du moins c'est ce que j'ai envie de lire.
Sans attendre, nous partons. Le gouffre devient un chaos de métal, de feu et de cri. Nous tuons les Uruks et les Caragors qui se dressent sur notre passage. Arachne combat divinement, sa magie noire et ses araignées s’épanouissent autour d’elle, bloquant nos ennemis et les terrifiant. Ensemble, nous sommes un duo que rien ne peut arrêter. Les Uruks fuient, leurs cris de terreur résonnent alors que les araignées les interceptent avant qu’ils ne s’échappent. Nous progressons rapidement, sortons enfin de sous terre et courons vers Minas Ithil. La ville est en feu, la guerre bat son plein. Le pont menant à la cité est vide, mais au loin, les graugs montent les tours, des balistes de guerre lancent des pierres enflammées sur le château, et la ville supérieure est assiégée, noyée dans le chaos. Alors que je me précipite sur le pont, prêt à rejoindre le combat, Arachne s’arrête. Je m’arrête à mon tour, surpris, la regardant dans l’incompréhension. Elle semble tendue, alerte, son regard scrutant l’horizon… Pourquoi s’arrête-t-elle ? Qu’a-t-elle vu que moi je n’ai pas encore perçu ? Je cours vers elle, le souffle court, la main serrée sur la garde de ma lame.
Je saisis son poignet, prêt à l’entraîner de force, mais elle se dégage aussitôt. Son geste est rapide, ferme, presque douloureux. Elle ramène sa main contre elle, comme pour protéger quelque chose de précieux. Ses yeux d’émeraude me transpercent, emplis d’une mélancolie que je n’avais jamais vue chez elle.
Ses mots tombent entre nous comme une sentence. Et je comprends. Elle ne parle pas seulement du soleil qui se lève sur la cité en flammes… mais de nous. De ce que nous sommes. De ce qu’elle ne pourra jamais être parmi les hommes.
Elle reste immobile, le regard fuyant, et je sens la panique monter dans ma poitrine.
Je glisse une main sur sa nuque, la rapproche de moi, nos fronts se touchent, nos souffles se mêlent.
Ses lèvres tremblent, son regard se voile d’une tendresse qu’elle tente en vain de masquer. Une larme, infime, glisse sur sa joue. Elle pose sa main sur ma poitrine, là où bat encore un semblant de cœur, et secoue doucement la tête.
Je cherche ses yeux, incapable d’accepter sa réponse.
Ses doigts se referment autour de ma main, la serrant fort, presque comme si elle voulait la garder.
Je serre les dents, incapable de répondre. Je voudrais lui dire que je m’en moque. Que j’affronterai mille Nazgûl pour elle. Mais ses yeux, pleins de peur et de douceur mêlées, me désarment.
Elle secoue la tête, ses cheveux sombres effleurant mon front.
Ses mots comme un coup de poignard dans mon cœur. Dur. Insupportable… Mais terriblement vrai… Je ne peux pas la mettre en danger car je la désire à mes côtés. Je m'y refuse… même si ça déchire mon âme… Nos fronts restent collés. Le monde s’efface autour de nous. Le vent, les flammes, le rugissement des graugs se fondent en un silence presque sacré. Je sens son souffle sur mes lèvres, la chaleur fragile de sa peau contre la mienne. Pendant un instant suspendu, il n’existe plus rien que ce battement entre nos deux cœurs, cette douleur partagée. Arachne recule lentement, à contrecœur. Ses doigts tremblants glissent le long de ma joue, s’attardent une seconde de trop, puis commencent à se retirer. Mais je ne la laisse pas partir… Je saisis son visage entre mes mains, et sans un mot, je l’embrasse.
C’est un baiser de feu et de cendres, de désespoir et de vie. Nos lèvres se cherchent, se retrouvent, se serrent comme si le monde entier pouvait s’effondrer autour de nous et qu’il ne resterait que ça. Ses mains se referment sur mon manteau, ses doigts se crispent sur ma nuque, et je sens sa magie vibrer contre ma peau, douce et sombre à la fois. C’est un adieu sans mots, un cri muet, la promesse impossible de deux êtres qui ne pourront jamais appartenir au même monde. Quand nos lèvres se séparent enfin, elle me regarde longtemps, le souffle court.
Je ferme les yeux, incapable de retenir la douleur.
Elle cligne des yeux, et une larme scintille au coin de ses paupières. D’une voix faible mais chargée d’émotion, elle murmure :
Nos mains se rejoignent une dernière fois, s’accrochent, refusant la séparation. Puis, lentement, nos bras s’étirent, s’éloignent… jusqu’à ce que nos doigts glissent l’un de l’autre. Je reste un instant immobile, incapable de respirer. Chaque battement de mon cœur semble hurler son nom, comme si l’air lui-même voulait la retenir. Le vent brûlant de la cité, les flammes qui dévorent Minas Ithil… rien ne peut combler le vide qu’elle laisse derrière elle. Je la regarde une dernière fois, gravant son visage dans ma mémoire, les ombres dans ses yeux, la lumière dans son sourire… et je murmure, plus pour moi que pour elle :
Puis je me retourne, le cœur déchiré, et pars d’un pas lourd sur le pont vers Minas Ithil. Chaque pas résonne comme un glas dans le néant, emportant avec lui l’écho de sa présence. Je sens le vide de son absence, mais aussi la force qu’elle m’a laissée. À mi-chemin, je jette un dernier regard par-dessus mon épaule. Les ombres ont englouti sa silhouette. Elle a disparu. Et pourtant, quelque part dans ses ténèbres, son souffle reste avec moi. Celebrimbor se matérialise à mes côtés. Pour une fois, il ne dit rien de cruel. Sa voix est basse, presque apaisée.
Je ne réponds pas. Mon cœur est lourd, ma gorge serrée. La rage, elle, recommence à gronder. Ratbag… mes amis… Arachne… Tout se mêle, tout s’enflamme dans ma poitrine. Je lève les yeux vers la cité en feu, mes poings se ferment. Ushak paiera. Les Nazgûl tomberont. Et le traître de Minas Ithil connaîtra ma colère.
A suivre,