Mon aventure avec le Sorceleur

Chapitre 16 : Péché de gourmandise

Par EnSorceleurisee

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Chapitre 16 : Péché de gourmandise


C'est la lumière rouge-orangée du soleil levant entrant par les grandes fenêtres qui me tira du sommeil. Des ronflements m'indiquèrent que Geralt et Jaskier dormaient toujours. J'ouvris paresseusement un œil en m'étirant comme un chat. Ma nuit avait été courte et troublée. La scène que je vis me fit sourire : ils étaient enlacés, le bras de Geralt passé sous la nuque de Jaskier, le nez du Barde dans le cou du Sorceleur, sa main posée sur la toison de son sternum. Je re-songeai à la veille, à la colère que j'avais ressenti et l'agressivité dont j'avais fait preuve face à leurs intentions. Je réalisai alors que j'avais détesté plus que tout cette impression de n'être pas concertée. J'avais besoin d'avoir le contrôle, de me sentir libre d'initier pour ensuite me laisser porter par l'émotion, la sensation du moment, en toute sécurité. 


Geralt ne m'avait pas vraiment habituée à prendre les devants si ce n'était dans des contextes particuliers, ou alors uniquement sous forme de propositions pleines de retenue. Il n'était pas spécialement demandeur mais toujours partant, montrant la douceur, la vigueur, la créativité et l'enthousiasme que l'on peut espérer d'un bon amant. L'attitude de Jaskier m'avait décontenancée : qu'il me fasse ainsi des avances en présence de son ami, sachant ce qu'il se passait entre nous m'avait vraiment donné l'impression d'être prise pour une fille de joie, que Geralt le cautionne également d'ailleurs, mais je devais reconnaître à ce dernier la pertinence de sa remarque concernant la gourmandise irrépressible dont j'avais fait preuve depuis notre rencontre.


Gourmande. Oui, cet adjectif qualificatif me représentait assez bien. Restait à savoir si je continuais d'assumer ma gourmandise ou non. Pas de regrets, pas de remords? Pas si simple. La vérité c'était que j'avais passé ma nuit à rêver de leurs peaux contre la mienne, de leurs corps contre mon corps, dans mon corps, de leurs mains m'explorant dans les moindres détails et mon corps en était encore tout en émoi. Renoncer à le vivre conduirait nécessairement à des regrets. Accepter de le vivre viendrait alourdir ma faute envers Rodric mais n'avais-je pas déjà depuis longtemps passé le point de non retour ? J'allais devoir vivre avec quoiqu'il advienne… et en accepter les conséquences quelles qu'elles soient. Et puis ce qu'ils avaient à m'offrir, jamais je ne pourrai le vivre avec Rodric. Il était bien trop jaloux d'une part et trop peu enclin aux choses du sexe de l'autre. Bien sûr par le passé nous avions vécu la passion des corps et j'avais eu du plaisir mais depuis la naissance de notre fille il m'avait sacrément délaissée, plongé dans son travail… J'avais essayé de le séduire à de nombreuses reprises mais la plupart du temps sans succès. J'en étais venue à douter d'être désirable et je m'étais résignée, frustrée. Et puis la vie m'avait fait rencontrer Geralt et le feu d'artifice qui va avec.


La vérité n'était pas seulement que je voulais n'avoir aucun regrets, c'était pire que ça : je voulais tout vivre pour moi, égoïstement et il me fallait reconnaître que j'avais diablement envie d'expérimenter vraiment ce qu'ils m'avaient suggéré la veille et dont j'avais abondamment rêvé toute la nuit durant. Un vertige m'étourdit à la pensée qu'ils puissent ne plus être disposés. Ce serait une telle humiliation… Je me ressaisis : il était temps de prendre les choses en main.


Je pris le parti de me faire câline, venant faire la symétrie de Jaskier, mon nez dans le cou de Geralt, ma main sur sa poitrine, caressant distraitement sa toison et les longs doigts fins du musicien. Très vite je me calai la tête sur ma main libre pour mieux profiter de la vue. Collant mon corps à celui de Geralt, je vins poser mon genou sur sa cuisse. Je sentis alors ma nuisette remonter dévoilant mes fesses pour le moment dissimulées par les draps du lit. La main libre de Geralt se trouvait présentement à quelques millimètres de la rondeur de ma cuisse offerte. Je sentais son coeur battre incroyablement lentement sous ma main. 


Voyant que mes caresses ne les éveillaient pas, je décidai de changer de stratégie, remplaçant ma main par mes lèvres. Je partis de la zone juste derrière l'oreille du Sorceleur, puis parsemai sa mâchoire mal rasée de petit baisers. Je redescendis dans son cou, venant investir sa poitrine.


Je laissai alors déborder sur la main de Jaskier, m'enhardissant à glisser une langue gourmande le long de ses phalanges. La main s'anima, prenant de la hauteur, tandis que j'en profitai pour sucer un doigt, enroulant ma langue agile tout autour, insistant sur la zone caleuse de la pulpe du doigt, mordillant délicatement ce témoignage de la pratique du luth. Un gémissement étouffé fit écho à mon traitement. Les cheveux châtains en bataille, Jaskier ouvrit des yeux étonnés puis un grand sourire s'étala sur son visage. Je gardai mon regard planté dans ses yeux noisette parsemés de paillettes vertes tout en continuant de prodiguer ma caresse, un petit sourire au coin des lèvres.


-Gaëlliane ! Tu me vois ravi de ton revirement d'opinion ! J'avoue avoir été assez frustré hier soir mais soit, c'était ton droit. Je suis par ailleurs rassuré que ce soit ta bouche, et non pas celle de Geralt, qui prenne soin de mon doigt avec autant de brio ! 


Il y eut un silence pendant lequel il ferma les yeux pour savourer la sensation de ma succion éhontée. Il gémit à nouveau, rouvrant les yeux pour accrocher de nouveau mon regard :


-Oow! Comme ça me donne envie de sentir ta bouche sur un autre de mes membres ! Divine gourmande ! Geralt n'a pas exagéré tes qualités ! 

-Bonjour. Vous me le dites si je vous dérange… 


Nos regards se désolidarisèrent pour se tourner vers lui : allongé impassible entre nous deux, il nous observait avec un certain amusement. Il me détailla un instant et je réalisai que dans la position où j'étais l'un comme l'autre avait une vue plongeante dans mon décolleté. Un frisson me parcourut. 


-La nuit t'a porté conseil ? 


J'acquiesçai en silence puis expliquai :


-Le sommeil m'a fuit. J'ai eu tout le loisir de démêler mes sentiments. J'ai été outrée plus que de raison par votre proposition : je n'assume pas encore complètement la femme que je suis devenue depuis que je t'ai rencontré et je garde de la culpabilité vis à vis de Rodric. Je l'aime, je ne souhaite pas le faire souffrir. Cependant, je sais grâce à toi que si je ne profite pas de ce que la vie m'offre aujourd'hui alors je risque d'avoir des regrets pour le restant de mes jours. Je n'ai pas envie d'avoir de regrets. Par contre ne me mets plus jamais dans une situation pareille ! 

-Parce que tu crois que c'est dans nos habitudes avec Jaskier ?! Non vraiment c'est inédit, je me surprends moi-même à avoir cette envie là : de partage. S'il n'y avait pas eu l'expérience avec Triss, ne ne suis pas sûr que ça aurait été ne serait-ce qu'envisageable.


Tous deux éclatèrent de rire, complices une fois de plus, et le barde m'expliqua comment il avait appris à ses dépens combien Geralt pouvait être exclusif et jaloux, finissant jeté dehors sans ménagement. J'eus un pincement au cœur face à cette révélation. Ne valais-je donc pas la peine d'une exclusivité ? Geralt sembla lire en moi une fois de plus :


-Ne te méprends pas Gaëllianne, je ne me suis pas senti aussi vivant depuis longtemps. Ma vie a retrouvé une certaine saveur et c'est grâce à toi. Je ne l'oublie pas mais la douleur se laisse apaiser quand tu m'offre ta fraîcheur et ta gourmandise. Ça me rappelle de bons souvenirs ! Yen avait toujours l'art de nous mettre en posture insolite ! J'en viens presque à regretter cette fichue licorne empaillée! 


Un voile de tristesse traversa son regard à cette évocation. Je ne comprenais rien à son histoire de licorne mais soit, j'étais suffisamment rassurée. Jaskier repris les choses en mains en faisant glisser ses doigts sur mes lèvres entrouvertes, invitant à une nouvelle mise en bouche. J'ouvris plus grand pour accueillir avec plaisir ses doigts. Je trouvais cela très excitant. Il se mordit la lèvre, changea de position pour se redresser dans le lit, achevant de faire descendre les draps, dévoilant nos trois corps blottis. 


Je laissai à regret ses doigts quitter ma bouche tandis qu'il se redressait encore pour mieux détailler mon corps a peine couvert par la nuisette. La rondeur de mes fesses était à présent affichée dans toute sa nudité et Jaskier entreprit de basculer de mon côté du lit, son caleçon commençant à se tendre sous mes yeux. Les deux hommes eurent de nouveau un regard complice et commencèrent à me caresser de concert, explorant ma peau dénudée du bout de leurs doigts. Mes mains n'étaient pas en reste, caressant leurs corps, goûtant sous mes doigts les différences que j'avais pu observer la veille. Leur grain de peau était tellement différents : Jaskier avait une peau lisse et douce, Geralt offrait les reliefs de chacune de ses nombreuses cicatrices. Le contact de leurs mains sur mon corps également : les calosités liées à leurs métiers respectifs me donnaient des sensations surprenantes, contraste de douceur et de rugosité. Leurs caresses gagnèrent en intensité, leurs paumes, qui douces, qui fermes, glissant maintenant sur ma peau lisse.


Geralt était à présent dans l'exploration de mes seins pointants à travers le textile et Jaskier, après avoir fait langoureusement glisser ses mains depuis mes épaules jusqu'à mes reins, venait maintenant découvrir ma croupe. Ses mains étaient brûlante sur ma peau fraîche, il me pétrissait les fesses avec beaucoup de doigté, faisant monter l'excitation en moi. Inconsciemment je m'étais redressée sur les genoux, les écartant à largeur de mes épaules pour une meilleure stabilité. Geralt décida de me débarrasser du tissu qui le tenait éloigné de ma peau. Dès qu'il eut le champ libre, il se régala de mes seins offerts, faisant rouler leurs pointes sensibles sous ses doigts et sous sa langue.


Je ne savais plus où donner de la tête : trop de sensations à la fois. Mes mains avaient cessés leurs explorations, se contenant de me maintenir en équilibre pour ne pas succomber au plaisir de leurs attouchements. Geralt me vola un baiser brûlant et rugueux, sa langue se fit dure et douce à la fois, investissant ma bouche, dans un ballet délicieux. Jaskier, dans le même mouvement avait fait glisser ses mains depuis mes chevilles jusqu'en haut de mes cuisses luisantes de mon excitation. Le contact de ses doigts sur mes lèvres m'arracha un gémissement de plaisir étouffé par le baiser de Geralt. Les caresses se firent plus précises, plus intenses, venant titiller avec expertise ma perle sensible qui n'attendait que ça, me provoquant des décharges de plaisir presque insoutenables. 


Je ruisselais, mes jambes menaçaient de s'effondrer sous moi. Geralt m'avait rendu ma bouche ce qui me laissait le loisir de gémir sans retenue, mes yeux plantés dans les siens, quand je parvenais à les garder ouverts. C'était maintenant lui qui assurait mon équilibre d'une main, continuant de cajoler mes seins de l'autre, tandis que son ami avait plongé son visage, rasé de près, entre mes cuisses, joignant sa langue experte à ses doigts agiles. Un soupir d'extase m'échappa quand je sentis ses lèvres capturer mon clitoris pour lui faire subir le doux tourment de sa langue tournoyante. Ses longs doigts fins glissèrent en moi, provoquant de nouvelles décharges de plaisir. Son pouce remplaça sa langue qui me faisait tant de bien tandis que sa bouche venait explorer avec délicatesse le plus étroit de mes orifices. La jouissance me submergea quand je sentis sa langue me pénétrer ainsi, dilatant tout en douceur mes sphincters. Je ne reconnus pas le cri qui s'échappa de mes lèvres sous la puissance de l'orgasme. Geralt s'empressa de le bâillonner avec sa main pour m'éviter l'embarras face aux autres clients. Bien que dans la brume du plaisir, je lui en fus reconnaissante. Alanguie, je me laissai m'effondrer sur le lit le temps de récupérer. 


Leurs caresses coordonnées reprirent sur la peau sensibilisée de mon dos et de mes jambes, me provoquant des tressaillements incontrôlables. C'était trop pour mon pauvre corps à fleur de peau. Je rassemblai mon énergie pour me soustraire à leurs effleurements et dans l'intention de les remercier comme il se devait. 


Les jambes flageolantes, je saisis le prétexte offert par mon corps pour aller me rafraîchir. Relevant le paravent, je disparus derrière, évitant en passant le sourire goguenard des deux séducteurs. Le temps de soulager ma vessie, de me passer un peu d'eau sur le visage et j'avais retrouvé un peu d'aplomb. Je me sentais féline en marchant vers eux d'un pas plus assuré, soutenant leurs regards sur mon corps nu. Je m'assis sur le bord du lit :


-J'aimerai vous avoir debout, nus, face à moi.


Bons joueurs ils obtempérèrent. J'avais là tout le loisir de comparer la zone anatomique que j'avais si soigneusement évité du regard la veille. Je souris intérieurement en constatant que leurs pénis correspondaient globalement à leur stature. Jaskier présentait donc un organe de longueur honorable mais d'un diamètre nettement plus fin que celui de Geralt. Cela m'arrangeait étant donné l'endroit où je souhaitais l'accueillir pour prévenir de toute grossesse surprise.


D'un geste éloquent de l'index, je les invitai à s'approcher : je les voulais à portée de main, à portée de bouche. Je basculai la tête en arrière pour chercher leurs regards tandis que mes mains partaient en exploration sur leur cuisses. Partant du genou, je suivis du doigt la cicatrice de Geralt que j'avais soigné, elle était à présent totalement guérie, n'apparaissant plus que sous la forme d'une ligne plus rosée de la largeur de mon doigt. Il frissonna quand j'arrivai au creux de l'aîne. J'imprimai simultanément le même trajet chez Jaskier qui frisonna de concert. Un sentiment de toute puissance me traversa. Dieux que j'aimais me sentir maîtresse de leur désir et de leur plaisir, savoir que je pouvais les frustrer ou les satisfaire comme bon me semblait ! 


Je fis durer ce petit jeu, explorant leurs cuisses et leurs fesses, frôlant leurs érections brûlantes et leurs bourses sensibles sans vraiment les toucher, juste pour le plaisir de voir leur excitation perler au sommet. Les entendre soupirer, gémir et grogner m'excitait au plus haut point et je me sentais ruisseler de nouveau. Je les sentais mûrs à point, ma petite vengeance pour m'avoir traitée en objet la veille était assouvie, je décidai de les soulager, les saisissant enfin à pleines mains. 


Leur gémissement commun m'enchanta, tout comme le fait qu'ils avaient tous deux fermé les yeux et qu'ils s'appuyaient l'un sur l'autre pour profiter pleinement du rythme que j'imprimais. Ma langue gourmande cueillit le miel de Jaskier avant que ma bouche toute entière vienne le sucer avec voluptée, accompagnant avec enthousiasme le mouvement de ma main. Son bassin bougeait malgré lui. Je surpris sa main agrippée à l'avant-bras de Geralt qui, ayant rouvert les yeux, profitait pleinement du spectacle et de la fermeté de ma main qui continuait de coulisser en rythme. Jaskier rouvrit les yeux à son tour et j'ancrai mon regard dans le sien tout en persistant à lui prodiguer ma caresse buccale avec gourmandise et passion. 


Je m'interrompis à regret et au grand damn de Jaskier qui n'avait jamais été si silencieux depuis que je l'avais rencontré : j'avais besoin de ma bouche pour les concerter.


-Vous voulez jouir dans ma bouche ou ailleurs ? 

-Les deux ! Répondirent-il en chœur.


Je leur offrit un sourire éblouissant pour seule réponse avant de venir enrouler ma langue autour du gland du Sorceleur. Je pris plaisir à alterner ainsi, goûtant les saveurs de l'un et l'autre, explorant de la langue et des lèvres leurs volumes respectifs, leurs spécificités, sans cesser de les caresser, les amenant au bord de l'orgasme pour les délaisser l'instant d'après au profit de l'autre. Leur jouissance fut, à en croire leurs râles de plaisir, à la mesure de leur attente et je n'en perdis pas une goutte, savourant leurs saveurs mêlées. Il se laissèrent tomber de part et d'autre de moi le temps de récupérer. Flottant dans un nuage d'ocytocine je m'allongeai à mon tour entre les deux et fermai les yeux un instant. La nuit avait été courte et agitée et le réveil intense, j'allais profiter de leur temps de récupération pour m'offrir un peu de répit. 


***


J'ignore combien de temps s'écoula. C'est une odeur d'oeuf et de lard assorti au grognement sourd de mon estomac qui m'eveillèrent. Un éclat de rire en stéréo y fit écho, la voix chaleureuse de Jaskier m'accueillit :


-Voilà la belle au bois dormant qui s'éveille, à moins que ce soit la bête vu comme ça grogne! 


Un nouveau grognements incongru lui répondit et je me sentis rougir tandis qu'ils riaient de plus belle. Jaskier reprit avec un clin d'œil appuyé :


-Allez viens manger ! Tu as besoin de forces pour ce qui t'attend ensuite ! Tu ne penses pas t'en tirer avec une simple mise en bouche...


Je le retrouvais bien là, charmeur, bavard, grivois. Geralt observait, amusé. Ils étaient tous deux attablés en caleçons en train de faire honneur au plat. J'en avais l'eau à la bouche. J'enfilai ma chemise de nuit pour me sentir plus à l'aise mais elle ne me fit pas sentir moins nue quand leurs regards me détaillèrent. Je les rejoignis en m'étirant pour m'asseoir à la place libre. Jaskier me servit une assiette copieuse tout en badinant sans discontinuer, relatant quelques aventures avec ces dames, se finissant immanquablement en menaces voire altercations avec les maris bafoués. Il conclut en m'offrant un regard brûlant : 


-La saveur d'une femme mariée, surtout quand elle a essayé de lutter contre la tentation, est à nulle autre pareille.


Frissonnante, j'essayai de garder contenance en enfournant une fourchetée d'oeufs brouillés au lard et au fromage agrémentés de fines herbes. L'explosion de saveurs dans ma bouche m'arracha un petit son de plaisir qui sembla donner raison à Jaskier que je vis se rengorger crânement. Geralt ricana :


-Délicieux, n'est-ce pas Gaëlliane ?

-Hummm oui! J'étais affamée, répondis-je la bouche pleine.

-Définitivement gourmande à ce que je vois, ajouta Jaskier, dépêche toi de finir de manger, j'ai faim de tout autre chose. 


Imaginer que je puisse engloutir la nourriture était mal me connaître. Je pris le temps de déguster chaque bouchées pour en apprécier toutes les saveurs. Fermant les yeux, ne me réjouissais de la chaleur des aliments, de leurs différentes textures et saveurs : le crémeux fondant des oeufs, l'élasticité parfumée du fromage, la fermeté salée du lard bien consistant sous les dents, la délicate surprise des herbes aromatiques. Je goûtais à l'agréable sensation de tous ces aliments qui glissaient dans ma gorge pour venir combler confortablement mon estomac. Je les savais suspendus au mouvement de ma fourchette et cela contribua à mon plaisir du moment au même degré que l'excitation par anticipation que je sentais monter progressivement en moi.


Enfin mon assiette fut vide et mon estomac satisfait. Un grand verre d'eau fraîche vint parfaire ce petit déjeuner. Je ne l'eus pas sitôt posé que Jaskier me tendit la main, m'attirant sur ses genoux. Il entreprit de m'embrasser dans le cou, me faisant frissonner et glousser bêtement, puis me susurra à l'oreille :


-Laisse-moi découvrir ces fruits que je n'ai pas encore goûté! Qu'avons-nous là, des oranges? Non plutôt des melons! Quelle générosité ! Souffre que je dévoile tes charmes sur le lit ! Pour l'heure j'ai la folle envie de t'explorer toute entière, de jouer de ton corps comme d'un instrument, de voir jusqu'où je peux te faire pousser la note et jusqu'où nous pouvons t'emmener lui et moi. Crois-moi, tu ne le regretteras pas !


Il m'avait débité sa tirade d'une voix suave tout en me portant sans effort jusqu'au lit, me confirmant par là qu'il était moins fluet qu'il ne le paraissait. Ses mots, le frôlement de ses lèvres douces et de son souffle près de mon oreille et son corps chaud contre le mien, me provoquèrent une délicieuse crispation dans le bas ventre. Ma respiration s'accéléra. Il me posa sur le lit, me dégageant délicatement de ma nuisette en faisant délibérément glisser le tissu doux sur ma peau. 


Geralt nous rejoignit, s'asseyant nu, confortablement adossés à la tête de lit. Pour l'heure il semblait dans le plaisir d'observer et il était visible que ce qu'il voyait lui faisait de l'effet. Allongée sur le dos sur les draps froissés, je voyais ma poitrine monter et descendre au rythme de ma respiration saccadée. Jaskier me dominait de toute sa hauteur, bien déterminé à me faire languir, m'expliquant, pour m'exciter encore davantage, à moins que ce ne soit par plaisir de s'écouter parler, le détail de ce qu'il comptait me faire. Ce faisant, il commença à faire courir ses mains sur ma peau. Oh le beau diable, il connaissait son affaire ! Aucun doute que sa réputation était tout à fait méritée. 


Comme il me l'avait promis, il me fit passer par toute la gamme : soupirs, gémissements étouffés, puis incontrôlables, juste par de chastes caresses. Il en variait l'intensité, la localisation et le rythme, venant parfois pincer, malaxer, pour venir ensuite effleurer jusqu'à provoquer d'insupportables chatouilles. Il modulait mon corps pour accéder aux zones qui l'intéressaient et, docile, je faisais tout pour lui faciliter la tâche. Désespérément Agrippée aux draps, je finis par le supplier de s'occuper de mes seins et de mon intimité insupportablement crispée par le désir.


Sentir ses mains emprisonner mes seins fut merveilleux. Les pauvres n'avaient jamais autant pointé. Il les fit rouler dans ses paumes, en étira les pointes érigée, les embrassa à pleine bouche... Je me cambrai malgré-moi pour accentuer la puissance de ses caresses. Je sentis sa main glisser avec une lenteur calculée, le long de mon ventre puis le long de ma cuisse. Enfin sa paume toute entière vint s'appuyer sur mon entre-jambes détrempé et ce simple contact me fit décoller. Geralt, qui n'avait pas perdu un miette de ce spectacle, faisant lentement glisser sa main sur sa hampe, s'empressa de me bâillonner de sa bouche. Jaskier garda sa paume plaquée contre mon clitoris, lui imprimant un mouvement vibratoire délicieux tout en glissant ses doigts en moi. Ma jouissance fut longue et puissante. Il ralentit progressivement ses mouvements puis se détacha de moi.


Jaskier s'allongea sur moi pour me prendre toute entière. Je sentis son sexe glisser entre mes lèvres. Dans la brume du plaisir j'eus tout juste l'éclair de lucidité de l'arrêter, secouant la tête, je soufflai :


-Non. Je te veux... ailleurs !


Il fronça les sourcils interloqué puis un large sourire s'étala sur son visage.


-Ah! Madame aime qu'on visite ses entrées les plus étroites! Ce n'est pas pour me déplaire ! Ça me donne même des idées. Voudrais-tu, s'il te plaît, te mettre à quatre-pattes et prendre soin de notre ami pendant que je te prépare ?


Bien qu'ayant les jambes en coton, je ne me fis pas prier, offrant ma croupe à Jaskier pendant que je goûtais à nouveau la saveur du Sorceleur qui soupira d'aise sous ce traitement. Jaskier m'assouplit délicieusement de la langue et des doigts, la zone était parfaitement lubrifiée par le plaisir qu'il venait de me donner. C'est donc avec une grande facilité qu'il poussa ma porte arrière, pénétrant lentement dans mon fondement brûlant. Il commença de lents vas et viens, me faisant gémir de plaisir, mais mes jambes ne me portaient plus. Geralt intervint, inspiré :


-Pauvre Gaëlliane, tu ne vas jamais tenir comme ça. Laisse-moi t'aider, tu veux ? 


Confiante, je me reculai vers Jaskier, soudant mes fesses à son bas ventre pour laisser de l'espace à Geralt qui s'allongea et me guida sur lui. C'est là que je compris la profondeur de sa proposition ! Certes je n'eus plus à gérer mon équilibre mais j'ignore encore comment je réussis à les accueillir simultanément en moi. Jamais je ne m'étais sentie aussi comblée dans tous les sens du terme. La sensation était inédite : brûlante, envahissante, déstabilisante. Je n'osais plus bouger. J'en oubliai même de respirer jusqu'à-ce que le duo, qui était également en suspens, me demande d'une seule voix :


-Ça va Gaëlliane ? 

-Je ne sais pas… je crois… C'est que vous êtes tellement gros tous les deux… J'ai du mal à me faire à la sensation… C'est comme si on allait rester définitivement soudés, c'est un peu... inquiétant…


Cet aveu les fit rire et Jaskier entreprit de me prouver qu'on n'allait pas rester coincés en commençant à coulisser lentement en moi. La sensation était plutôt dérangeante mais pas vraiment désagréable. Geralt s'adapta à son rythme me guidant par les hanches, ses yeux ancrés dans les miens. Sa chevelure était éparpillée sur l'oreiller, il se mordait les lèvres et j'avais très envie de l'embrasser. C'était impossible ainsi épinglée. Je sentais leurs membres aller et venir en moi et le plaisir s'installer progressivement, remplaçant la sensation d'étrangeté. 


Ils accélérèrent progressivement le rythme et mon plaisir prit de l'ampleur. Leurs mains se relayaient pour cajoler mes seins qui dansaient, mon amulette rebondissant entre eux, sous leurs coups de boutoir. Je sentais mon clitoris délicieusement caressé par la toison pubienne du Sorceleur, me provoquant comme des décharges électriques à chaque contact. Mon plaisir n'en finissait pas de grandir ! Ça en devenait presque trop, une part de moi aurait voulu s'y soustraire mais j'avais perdu tous mes moyens. Mes yeux s'étaient fermés, mes mains s'agrippaient désespérément à ce qu'elles pouvaient, un son prolongé et discontinu sortait de ma bouche en écho à leurs gémissements respectifs. Je n'en pouvais plus de toutes ses sensations sur-puissantes, j'attendais la délivrance de la jouissance.


Elle finit par me submerger au moment où je crus ne plus pouvoir supporter l'intensité du moment : mon corps couvert de transpiration se mit à convulser de plaisir. Chaque spasme me donnait l'impression d'aller encore plus loin dans la jouissance, me remplissant d'une sensation pure, brutale, transperçante, enveloppante et douce à la fois. Mon cœur battait à tout rompre, je n'avais plus aucun contrôle sur mon corps que je sentais se consumer d'extase. Je crus mourir. Transcendé, mon esprit s'éparpilla au septième ciel.


***


J'avais l'étrange impression de flotter dans un nuage de coton, je ne sentais plus mon corps, c'est comme si j'étais subitement privée de tous mes sens ce qui contrastait fortement avec le trop plein précédent. Ma vue me fut rendue. Le paysage autour de moi se dessina progressivement.


Je ne reconnu pas ce qui m'entourait : l'ambiance sombre était baignée d'une lueur verdâtre, j'avais l'impression de flotter à l'intérieur d'un arbre creux dont je voyais le feuillage former une voûte entrelacée au dessus de moi. Du mouvement attira mon regard vers le bas : une silhouette féminine entra, entraînant à sa suite un homme que je voyais de dos. La petite femme avait une peau qui me semblait verte sans que je sache si c'était réellement sa couleur ou en lien avec la lumière du lieu. L'homme semblait trop grand pour le lieu. Elle se dévêtis promptement puis sembla attendre la même chose de l'homme, qui ne réagit pas. Je ne comprenais pas à quoi j'assistais ni pourquoi. Elle prit les devant, le déshabillant elle-même tandis qu'il restait passif. Embarrassée, je la vis s'agenouiller pour une mise en bouche. Je voulu fermer les yeux, me détourner pour ne pas observer la scène érotique en contre-bas mais cela m'était pas possible, je n'avais apparemment plus de corps à contrôler.


Quand l'homme s'allongea sur la couche pour laisser la femme le chevaucher à son gré, la douleur me transperça : je reconnus ses cheveux noirs, ses yeux bleus azur, la ligne de poils bruns qui partaient de son pubis pour venir entourer son nombril et qui parsemait ses pectoraux musclés. Cet homme c'était Mon Homme, c'était Rodric. J'assistai impuissante à la montée de son plaisir, au sourire qu'il offrit à la dryade, car c'est ce qu'elle devait être, à la tension sur son visage quand la jouissance le traversa... puis tout disparut : j'étais de retour dans le coton, flottante.


Mes sens revinrent les un après les autres. D'abord le toucher : je fus interpellée par la sensation d'un liquide chaud qui coulait sur mes joues et je sentais le matelas et les draps pleins de plis sous la peau de l'arrière de mon corps qui reposait vraisemblablement en étoile de mer. Mon odorat me ramena alors toutes les effluves charnelles résultant de nos ébats. Les saveurs s'associèrent sur ma langue. Mes oreilles de mirent alors à bourdonner le temps d'une mise au point, je perçus d'abord de nouveau le rythme des battements de mon coeur, puis les sons environnants. J'entendais les voix de Jaskier et Geralt sans parvenir encore à les décoder ni à y répondre. 


Je n'avais toujours pas retrouvé le sens du mouvement qui me permettrait d'ouvrir mes paupières, je percevais néanmoins au travers la lumière du soleil, des couleurs, des ombres... Enfin, au prix d'un effort qui me parut surhumain, je parvins à remettre en mouvement un doigt, puis progressivement la totalité de mes extrémités, entraînant le mouvement vers le centre de mon corps. Mes paupières si lourdes acceptèrent de s'entrouvrir et je pu voir leur visages inquiets. Enfin je compris leurs mots et sentis leurs mains se poser sur moi pour m'aider à m'asseoir. Jaskier m'enveloppa du drap tandis que Geralt m'accueillit dans ses bras rassurants. Je réalisai que je pleurais. 


-Est-ce que tu as mal quelque part, me demanda Jaskier ?

-Que s'est-il passé ?

-Nous ne savons pas exactement : tu as crié et tu t'es effondrée. Ton corps est subitement devenu mou comme celui d'une poupée de chiffon… Tu nous a fait une belle peur ! Nous t'avons allongée et ton amulette s'est mise à briller fortement. Un halo doré a formé comme un cocon autour de toi. C'était si beau, j'ai voulu y toucher mais Geralt m'en a empêché.

-J'ai vu cette amulette protéger Gaëlliane, sois sûr que j'ai sauvé ta vie d'inconscient une fois de plus.


Jaskier haussa les épaules, désinvolte puis reporta son attention sur moi :


-Ça ne nous dit pas que qu'il t'es arrivé, ni pourquoi tu es en larmes, c'est le bonheur qu'on t'a offert ? j'ai souvent provoqué cet effet, hahaha ! Tu n'as pourtant pas l'air si réjouie… 


Il se tut interloqué, m'offrant la possibilité de raconter l'expérience que je venais de vivre et la douleur que j'avais ressenti à voir mon mari prendre du plaisir avec une autre que moi. C'est en le disant à haute voix que je réalisai toute mon hypocrisie : oser me plaindre de ça alors que non seulement je savais que c'était la contrepartie entendue de la tolérance de sa présence par les Dryades mais qu'en plus depuis près d'un mois je multipliais de mon côté les expériences sexuelles hors mariage. Le rouge de la honte me monta aux joues, je me recroquevillai contre Geralt, qui, pragmatique, mit du sens sur ce que je venais de vivre :


-Il semblerait que tu aies fait une projection astrale. L'amulette a dû servir de catalyseur. La bonne nouvelle c'est que maintenant tu sais que ton mari est arrivé à bon port, et donc probablement ta fille aussi.





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