The Witcher - Le Prix à Payer

Chapitre 5 : Des yeux rouges dans la nuit noire

Par Auteur_sans_nom

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Lassé par l'insistance d'Alric, qui n'avait cure des convenances, Geralt jugea qu'il était temps de reprendre sa route. À l'orée de la taverne, il examina sa jument avec une méticulosité digne d'un artisan, veillant à ce qu'elle eût été soignée comme il l'avait exigé. Le vieil homme qui la gardait restait à une distance respectueuse, les yeux emplis d'appréhension face à l'inspection du sorceleur. Satisfait, Geralt tendit quelques pièces supplémentaires au vieillard, qui les saisit avec un soupir de soulagement, les dissimulant prestement dans sa poche sans, cette fois-ci, en vérifier l'authenticité.


En selle, Geralt remonta au pas l'avenue principale de Hautbreuil, sous le regard méprisant des villageois qui se remirent à investir toute leur énergie dans leur mépris à l'égard du sorceleur. Les soupirs de soulagement se mêlaient aux chuchotements perfides et désapprobateurs, qui serpentèrent à travers les ruelles étroites et tortueuses telles des vipères prêtes à mordre. Tandis que Geralt s'éloignait du village, les ombres se rétractaient à la lumière d'une aube naissante, et il pensa avoir retrouvé un calme bienvenu, jusqu'à ce qu'une voix bien trop familière à son goût se fasse entendre.


- Eh ! Attendez-moi, s'écria Alric, haletant en courant pour le rattraper.


Geralt soupira, se demandant ce qu'il avait bien pu faire à la destinée pour attirer ainsi à lui toutes les âmes perdues de ce monde. Essoufflé, le brave homme aux allures bien moins timides qu'il n'y paraissait, rejoignit le sorceleur et sa monture pour reprendre son souffle.


- Dites, vous n'iriez pas vers le Nord par hasard ?


- Si, répondit Geralt résigné.


- Ça vous dérangerait que je me joigne à vous quelque temps ? Je dois rejoindre mon beau-frère à Novigrad pour lui proposer une association professionnelle salutaire pour mes finances. L'ennuie, c'est que la route est longue... Je doute de survivre aux brigands et autres guenaudes qui hantent ces chemins.


- Je ne me dirige pas vers Novigrad pour le moment, il me faut d'abord rejoindre la côte des épaves.


- Parfait ! L'air marin me fera le plus grand bien après les péripéties d'hier, rebondit-il jovialement.


Le sorceleur soupira, habitué à ces épreuves de patience. Au moins, se dit-il, ce compagnon-là ne se mettrait pas à jouer du luth. Du moins l'espérait-il ardemment.


- Mais au fait, il n'y a rien par là-bas. Un contrat à honorer peut-être ?


- Non, j'ai besoin de sabline pour préparer une huile.


- Une huile pour tuer des monstres ? questionna Alric avide d'en apprendre plus sur les secrets des sorceleurs.


- Oui.


- Une sorte de potion c'est ça ?


- Non. Du vermillon.


- Je vois, répondit-il alors qu'il était évident qu'il ne voyait rien du tout. Puisque nous sommes destinés à voyager quelque temps ensemble, peut-être pourrions-nous nous tutoyer ?


Le sorceleur resta muet d'indifférence. Après quelques pas, une deuxième question vint troubler le silence auquel le chasseur de monstre aspirait plus que tout.


- Puis-je mettre mon sac sur le dos de ton cheval ? Il est assez lourd tu sais...


Geralt lança un regard à son compagnon d'infortune qui lui fit clairement comprendre que cette requête ne refléterait certainement pas sa meilleure idée du jour. Ayant compris le message, ce dernier n'ouvrit plus la bouche durant les six heures de marche que dura le trajet jusqu'à la cote, ce qui convint parfaitement au sorceleur.


Au crépuscule, la plage s'étendait enfin devant eux, somptueuse et déserte, les vagues caressant les épaves de bateau avant de s'échouer avec grâce sur le rivage. Des dunes douces et verdoyantes s'élevaient en arrière-plan, encadrées par les bois touffus et mystérieux dont les branches s'entrelaçaient pour former une voûte dense et protectrice. Les dernières lueurs du jour déclinaient lentement, teintant le ciel de nuances pourpres et orangées, reflets d'un astre mourant qui cédait sa place à la nuit étoilée. Alric, maladroit et peu habitué à la vie en plein air, s'affairait tant bien que mal à allumer un feu sur la plage, s'efforçant de dresser un campement pour la nuit. Les deux compagnons avaient choisi cet endroit, bercés par le bruit apaisant des vagues et la tiédeur du sable encore empreint de la chaleur du jour. Cependant, les éléments semblaient se liguer contre lui : le bois, humide et rétif, refusait obstinément de s'enflammer, tandis que le vent capricieux soufflait avec force, dispersant les étincelles et les cendres dans un ballet désordonné. Pendant ce temps, le sorceleur était parti dans les bois environnants, en quête de petit gibier. À son retour, il déposa un lapin et un écureuil près du tas de bois qui attendait, avec appréhension, d'être embrasé.


- Par dieu ! Je ne parviens pas à allumer ce maudit feu ! s'énerva Alric, visiblement peu habitué à la vie sauvage. Le bois est trop humide et le vent trop fort !


- Décidément, tu n'es pas bon à rien, tu es mauvais à tout... soupira le sorceleur, contemplant la scène avec une pointe de résignation.


Alric lança un regard sombre et contrarié au sorceleur, retenant toutefois une réplique acerbe face à la remarque cinglante de ce dernier. Sa colère s'évapora toutefois instantanément lorsqu'il fut témoin d'une nouvelle prouesse de son compagnon de voyage. D'un geste rapide et assuré de la main, Geralt fit s'enflammer le tas de bois récalcitrant dans une combustion spontanée semblable à une tornade en furie. Surpris, il fit un bond en arrière, observant avec émerveillement les flammes dansantes qui venaient d'apparaître comme par enchantement.


- Qu'est-ce que c'était que ça ? s'enquit-il, les yeux écarquillés d'étonnement.


- Le signe d'Igni qui permet de commander aux flammes, répliqua le sorceleur, imperturbable.


- Mais c'est de la magie ? Les sorceleurs, en plus d'être d'excellents combattants, sont également magiciens ?


- Non. Les signes des sorceleurs ne sont qu'une magie très rudimentaire, bien loin des prouesses que peuvent réaliser les magiciennes d'Aretuza, expliqua Geralt tout en s'affairant à ses préparations alchimiques.


- C'est déjà très impressionnant, du moins, pour mes yeux de profanes, admit Alric, admiratif.


- C'est surtout très pratique.


- Et donc, d'où venais-tu avant ton arrêt à Hautbreuil ? s'enquit Alric, curieux.


- Je revenais du Sud, marmonna Geralt, peu enclin à la conversation.


- Ah oui ? Tu y étais pour un contrat ?


- Une brouxe terrorisait les habitants d'un petit village situé non loin de Brugge.


- J'imagine qu'elle ne terrorise plus personne à présent...


- Si c'était le cas, je ne serais pas ici.


- Oui, ça paraît logique. Je suppose donc que le vermillon que tu prépares entre dans la fabrication des huiles que les vampires craignent ?


Le sorceleur leva brièvement les yeux vers son compagnon, manifestant ainsi sa surprise devant la perspicacité inattendue d'Alric.


- Le combat a dû être rude, non ?


- Cesse donc avec toutes tes questions, répliqua le sorceleur, agacé, si je fais la moindre erreur de préparation, je risque bien de me retrouver dans une très fâcheuse situation lors de mon prochain affrontement avec un vampire.


- Mouais... De toute façon, la viande est cuite, conclut Alric, s'éloignant du sujet tout en se rapprochant du feu, les flammes illuminant son visage dans la nuit qui s'installait.


Les arômes de viande grillée commençaient effectivement à s'élever dans l'air, se mêlant à la brise marine et à l'odeur de la végétation environnante, créant un parfum enivrant qui chatouillait les narines des deux compagnons. Assis autour du feu, les visages éclairés par les flammes dansantes, la chaleur apaisante les enveloppant dans cette nuit qui se refroidissait peu à peu. Geralt, qui venait de terminer ses préparations, semblait plongé dans ses pensées, tandis qu'Alric, fixait avec une gourmandise non dissimulée les morceaux de viande qui cuisaient devant lui. Après un long silence qui laissa le temps à la viande d'être cuite à point, Alric chercha à ré-engager la conversation, espérant briser la glace qui semblait envelopper son compagnon.


- Dis donc, Geralt, commença-t-il, un sourire malicieux aux lèvres, j'ai entendu dire que les sorceleurs ont des sens sur-développés. Est-ce vrai que tu peux entendre le bruit d'une feuille tombant au sol à des kilomètres de distance ?


Geralt leva les yeux de la carcasse de lapin qu'il avait commencé à manger, un peu surpris par l'expression qu'arborait son compagnon, mais il répondit néanmoins :


- Nos sens sont en effet plus aiguisés que ceux des humains ordinaires. Quant à entendre une feuille tomber à des kilomètres, cela dépend des circonstances et de l'environnement.


Alric éclata de rire, amusé par la réponse sérieuse du sorceleur. Alors, comment se fait-il que tu n'aies pas pu entendre mon approche à la sortie de Hautbreuil ? J'ai pourtant réussi à te surprendre !


Le sorceleur fronça les sourcils, légèrement contrarié par la remarque, mais il ne put s'empêcher de laisser échapper un rictus amusé.


- Peut-être étais-je trop préoccupé par autre chose à ce moment-là, concéda-t-il.


- Ou alors, ajouta Alric avec un clin d'œil, tu n'es pas si impressionnant que ça, après tout !


Geralt se redressa subitement, dégainant son épée avec une grâce et une rapidité telle, que l'acier sembla jaillir de son fourreau comme un éclair d'argent. Alric, pétrifié par la soudaine agressivité du sorceleur, recula instinctivement de quelques pas, brandissant telle une lame de fortune sa brochette d'écureuil pour se protéger.


- Euh... Geralt, balbutia-t-il, la voix chevrotante, c'était une simple plaisanterie, tu sais. Je ne voulais pas...


- Silence, interrompit le sorceleur, d'une voix basse et impérieuse. Ses yeux, tels ceux d'un prédateur, scrutaient les ténèbres qui enveloppaient la plage. D'une voix basse mais totalement intelligible, il ajouta :


- Quelqu'un... ou quelque chose nous observe...


A quelques dizaines de mètres de là, à la lisière des bois, des yeux rouges et brillants les fixaient intensément.





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