The Witcher - Le Prix à Payer

Chapitre 14 : Une mélodie que personne ne chante

Par Auteur_sans_nom

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Après un dernier regard sur le village animé de Méandres, la petite troupe se mit en route, leurs silhouettes se détachant dans le faible halo laiteux qui tentait vainement de percer le brouillard omniprésent qui les entourait. Guidés par le vol irrésolu de Kavka qui, telle une plume noire tachant un tableau blanc, les menait en direction de l'ouest, les obligeant à s'enfoncer plus profondément dans les volutes de vapeurs dessinées par la brume. Leurs destriers, puissants mais dociles, trottinaient silencieusement à travers l'ouate de brouillard, laissant derrière eux un sentier de feuilles brisées qui résonnaient d'un crépitement mélancolique sous leurs sabots. Le sentier, étroit et tortueux qu'il suivait, donnait à Alric une sensation hypnotique, comme s'il avait quelque chose d'ancien, presque mystique. Ce dernier avançait en silence, son regard fixé devant lui. Ses pensées étaient un tourbillon de confusion et de préoccupations, pour Mira, pour leur mission, pour les mystères que Kavka n'avait évoqué depuis leur rencontre. Il se demandait ce qui les attendait au bout de ce voyage, et si leurs efforts seraient suffisants pour affronter les défis qui les attendaient. Geralt, quant à lui, était à l'image de son esprit taciturne et vigilant. Il observait avec attention les alentours, s'attardant sur les dangers potentiels qui pourraient se cacher dans le brouillard qui les enlaçait de plus en plus intensément. Chaque bruissement de feuille, chaque craquement de branche, était pour lui une menace potentielle, une énigme à résoudre. Il portait la lourde charge de la protection du groupe, et il le faisait avec une détermination farouche. Il jetait des coups d'œil furtifs mais régulier à la petite Mira qui, malgré la gravité de leur situation, semblait étonnamment être dans son élément. Sa cape verte enveloppant sa petite forme, ses yeux brillaient d'une curiosité insatiable, tandis qu'elle écoutait avec fascination la vie cachée de la forêt qu'ils longeaient.


Après des heures de voyage, ils atteignirent enfin le rivage du lac de Wyndamer. Le lac, aussi vaste que le ciel lui-même, semblait un miroir argenté, reflétant l'immensité céleste dans ses eaux calmes. Ils s'arrêtèrent un moment, contemplant le lac, leurs yeux cherchant l'île maudite de Fyke qui l'on disait nichée en son centre.


- Nous y sommes presque, murmura Alric à Mira toujours assise devant lui.


Geralt hocha simplement la tête, son regard toujours fixé sur le lac. Sa surface miroitante lui rappelait la vérité de leur quête : tout comme l'eau reflète la lune et les étoiles, leurs actions étaient le reflet de leur destin. Il se promit de protéger Mira et de veiller à ce que le chemin qu'ils emprunteraient ne la conduise pas à un danger inutile.


- Est-ce qu'il y a des sirènes dans ce lac ? demanda-t-elle au Sorceleur pleine de curiosité.


- Non, les sirènes ne vivent pas ici. On les trouve plutôt à Skellige, répondit-il, un sourire discret se dessinant sur ses lèvres. La candeur de l'enfant était pour lui un baume apaisant sur les blessures de son âme, un rappel doux et rafraîchissant que l'innocence n'avait pas encore totalement disparu de ce monde.


- Oh dommage, ça m'aurait plus d'en voir en vraie... dit la jeune fille déçu.


- Crois-moi Mira, tu aurais détesté ça.


- Et la Dame du Lac ? Est-elle comme dans les histoires que maman me racontait ?


Elle avait posé la question avec une telle naïveté que Geralt ne put s'empêcher de sourire à nouveau. Il se contenta de la gratifier d'un sourire pour toute réponse. La puérilité de l'enfant était pour d'autant plus touchante qu'elle contrastait fortement avec toutes les tragédies qu'ils avaient vécus récemment. La seule ombre qui le ramena instantanément vers la triste réalité de ce monde, était l'étrange rapidité à laquelle Mira s'était remise de la perte tragique de sa mère et de son oncle. Comme si la magie qu'il sentait irradier de cette cape l'en avait totalement guéri.


- J'imagine qu'il nous faut trouver une embarcation pour rejoindre l'île à présent ? demanda Alric à Kavka.


- Comment ça ? Une bonne brasse dans une eau bien fraîche sera très bénéfique pour le vilain double-menton que je vois là, railla Kavka.


- Haha, très amusant répondit-il en se frottant nerveusement la partie graisseuse de son corps si délicatement mise en avant par l'oiseau.


- Un vrai duplex facial...


- Bon c'est bon, j'ai compris ! s'énerva-t-il.


- Un col roulé intégré... reprit l'oiseau tout en exécutant une série de flexions rapides et répétées de ses pattes, créant un mouvement caractéristique qui lui donne une allure tout bonnement ridicule.


- Ça va !


- Ton petit jumeau de gorge...


- Bon sang, je vais te tordre le cou ! s'emporta Alric en essayant d'attraper l'oiseau.


- Ton gros pli de satisfactioooooooooooon, cria-t-il tout en s'envolant vers une branche d'arbre à quelques mètres de là.


- Geralt, nom de dieu !!! Apprends-moi à faire jaillir des flammes de mes doigts !


- Ça suffit ! Kavka, comment comptes-tu nous faire gagner l'île ?


Nous n'allons pas sur l'île de Fyke, il n'y a rien pour nous là-bas.


- Alors où allons-nous ?


- Il existe, juste en face de nous, un minuscule monticule rocheux dépassant des eaux du lac. Les rares personnes qui connaissent son existence sont ceux qui se sont échoués dessus. Tous ont par la suite été dévorés par les noyadés avant d'avoir pu rejoindre le rivage.


- Ma question reste toujours en suspend le piaf, vociféra Alric d'un ton amer. Comment allons-nous rejoindre ce monticule rocheux perdu au milieu des eaux ?


- Retourne-toi, Balou !


Derrière lui, une vieille barque en bois gisait au sol. Probablement depuis des années. Bien cachée sous un tas de feuilles mortes, l'embarcation était totalement invisible à quiconque ignorait sa présence en ce lieu. Sa coque était rongée par l'humidité et les insectes, donnant au matériau une teinte grisâtre et une texture rugueuse. Le bois était craquelé en plusieurs endroits, comme si les éléments avaient lentement grignoté la structure au fil des années, laissant des traces de leur passage sous forme de fissures et de crevasses. On pouvait, par endroit, voir à travers les interstices entre les planches usées, révélant des vides inquiétants où l'eau pourrait s'infiltrer une fois sur le lac. Le fond de la barque, jonché de feuilles mortes et de débris, fournissait un support à une couche de mousse qui avait profité de la longue période d'inactivité de l'embarcation pour pousser abondamment. Les rames, appuyées contre le côté de la barque, n'étaient pas en meilleur état. Elles étaient tordues et écaillées, l'une d'elles était même cassée à mi-hauteur, rendant leur utilité douteuse.


- Je ne montrais pas là-dedans, prévint Alric ! C'est du suicide !


- J'ai connu pire que ça, marmonna le sorceleur. La question maintenant, est de savoir quoi faire des chevaux.


- Vous n'avez qu'à les attacher à un arbre, vous les récupérerez à notre retour.


- Il est hors de question que je laisse Ablette ici.


- Quoi ?! En cent sept ans d'existence, tu en es déjà à ta treizième Ablette. Une de plus ou une de moins... railla l'oiseau.


- Hors de question Kavka !


- Ne t'en fais pas pour ton canasson Sorceleur, il ne risque rien. Les monstres ont fui la région je te rappelle.


Bien qu'il ne fût pas complètement rassuré, Geralt se résigna à attaché Ablette au tronc d'un arbre situé à proximité à l'eau. Il détestait l'idée d'abandonner sa monture en pareil endroit, mais il n'avait, pour le moment, aucune raison de douter de la parole de l'oiseau. S'il était vrai que ce dernier ne révélait jamais réellement ce qu'il savait, il n'avait jusqu'à présent, jamais menti.


- Bien, allons-y ! Plus tôt nous serons partis, plus vite nous serons revenus.


Sceptiques, ils firent glisser la barque vétuste jusqu'à l'eau, chaque craquement du bois résonnant comme un avertissement. Geralt prit la rame cassée, la tenant fermement comme s'il tenait son épée, et la planta avec détermination dans le lac. La barque bougea de manière incertaine, mais à la surprise générale, elle ne coula pas. L'eau s'écoulait lentement à travers les interstices, mais pas assez pour couler la fragile embarcation. Mira grimpa à bord, ses yeux écarquillés de peur et d'excitation. Alric la suivit, hésitant un instant avant de faire confiance à la barque vacillante. Geralt, une fois sûr que la barque supporterait son poids, laissa ses propres inquiétudes de côté et prit place à l'arrière, s'efforçant de garder l'équilibre. Ils commencèrent ainsi leur traversée, le Sorceleur et Alric se relayant pour ramer. Leurs muscles se tendaient à chaque coup de rame, l'eau du lac offrant une résistance inattendue. La barque craquait et gémissait sous leur poids, semblant se plaindre de l'effort. La pluie avait commencé à tomber, ajoutant à leur misère, mais la barque, malgré toutes ses blessures, tenait bon. Mira était assise au centre, sa cape verte la protégeant de la pluie, regardait l'eau argentée avec une fascination mêlée de peur, son esprit rempli d'images de monstres marins et de sirènes. Kavka, quant à lui, volait au-dessus d'eux, à peine visible dans le brouillard. De temps à autre, il descendait pour leur donner des indications, s'assurant qu'ils restaient sur la bonne voie. Après une éternité, le monticule rocheux apparut enfin à travers le brouillard. Il était encore plus petit qu'ils ne l'avaient imaginé, à peine assez grand pour accueillir leur petite équipe. Ils y accostèrent avec précaution, la barque échouant sur le rivage rocheux avec un grincement de soulagement.


- Et maintenant ? demanda Alric. Qu'est-ce qu'on fait ? Il n'y a rien ici !


- Maintenant, tu descends dans ce trou, lui répondit l'oiseau en désignant un trou dans le sol.


- Ah ça, hors de question, je ne descendrais pas dans ce repère de crabe !


- Mais si. Rentre le ventre et descend !


- J'ai dit non, se renfrogna Alric en croisant les bras. Je déteste les endroits exigus.


- Si tu fournissais autant d'énergie pour avancer que tu n'en dépenses pour gémir, tu serais déjà en bas.


Geralt, agacé par les disputes incessantes de ces deux compagnons, s'avança vers la trouée désignée par Kavka. L'orifice était étroit, mais suffisamment large pour laisser passer le sorceleur qui s'y engouffra, Mira sur ces talons. Alric, résigné, se décida à les imiter, ne tenant nullement à rester seul au milieu des eaux. Dans cette sombre descente dans le ventre de la terre, la roche était froide et humide sous leurs mains, les obligeant à descendre avec prudence. Geralt, qui avait bu une ration de potion Chat, voyait très distinctement au travers des ténèbres qui s'étendaient devant lui. Il pouvait ainsi guider ses deux compagnons pour leur assurer un minimum de sécurité pendant leur descente. Cette dernière fut longue et ardue, chaque pas était un défi, chaque prise une bénédiction. Le vent sifflait dans leurs oreilles, la roche gémissait sous leur poids. Ils descendirent ainsi, leurs corps se contorsionnant pour éviter les aspérités de la roche, leurs muscles criant de fatigue. Et puis, sans prévenir, l'espace s'ouvrit autour d'eux.


Leur descente déboucha dans un débordement d'espace et de lumière, leurs souffles furent instantanément coupés par l'éblouissement. Ils étaient arrivés dans une grotte d'une taille inimaginable, probablement de la taille du lac qui reposait juste au-dessus. La voûte s'élevait jusqu'à disparaître dans l'obscurité, donnant l'impression d'un ciel nocturne souterrain. Des milliers, peut-être des millions, de champignons phosphorescents recouvraient les murs et le plafond de la grotte, l'éclairant d'une douce lueur verdâtre. Ils semblaient presque vivants, pulsant avec une énergie tranquille qui remplissait l'air d'une ambiance apaisante. Leur lumière se reflétait sur les parois humides de la grotte, créant un kaléidoscope de reflets chatoyants. La grotte était remplie d'un silence serein, seulement interrompu par des goutte-à-gouttes lointains, résonnant comme une mélodie souterraine. L'air était frais et humide, chargé de l'odeur de la terre et du parfum sucré des champignons. Ils pouvaient sentir la vie autour d'eux, invisible mais palpable. Au sol, un délicat tapis de mousse sanglante amortissait leurs pas. Des stalagmites s'élevaient comme des vigilées, leur forme déformée par l'érosion du temps. Des stalactites pendaient du plafond, brillant de mille feux dans la lumière des champignons. A mesure que leurs yeux s'habituaient à l'obscurité, la grotte révélait toute l'étendue de sa beauté. Au loin, ils pouvaient apercevoir un lac souterrain, son eau noire et calme reflétant la lueur des champignons. Tout autour d'eux, ils pouvaient observer des formations rocheuses, témoins de l'histoire de la terre, leur forme sculptée par des millénaires d'érosion et arborant des cristaux scintillant telles des étoiles emprisonnées. Des racines d'arbres pénétraient par endroits le plafond de la grotte, s'entrelaçant dans une danse sinueuse avec les stalactites. De minuscules insectes scintillants volaient autour des champignons, leurs ailes iridescentes créant un ballet de lumière.


Alric regarda autour de lui, ses yeux écarquillés d'admiration. Il avait vu de nombreuses merveilles au cours de sa vie, mais rien qui ne puisse rivaliser avec ce spectacle. La grotte était un sanctuaire de paix, un rappel du pouvoir silencieux de la nature. Mira, dont les yeux d'enfants étaient tout autant émerveillés, s'approcha d'un champignon en tendant sa main pour effleurer son capuchon lumineux. Elle rit en sentant la texture douce et spongieuse sous ses doigts. Geralt, quant à lui, gardait un œil vigilant sur leurs alentours. Sa main posée sur la poignée de son épée, son regard scrutant les ombres. Il savait que même les lieux les plus beaux pouvaient cacher des dangers.

Ils avancèrent lentement, leurs pas résonnant dans le silence de la grotte. Leurs voix étaient douces, leurs mots murmurés comme s'ils craignaient de perturber la quiétude de ce lieu. Ils étaient des visiteurs dans ce sanctuaire souterrain, des témoins d'une beauté qui avait survécu aux âges. Dans leur progression, la lumière des champignons jouait sur leurs visages, créant des ombres dansantes qui se reflétaient sur les murs. Dans cette symphonie clair obscure, de nouvelles merveilles se dévoilaient à chaque recoin. Des cascades discrètes coulaient de crevasses cachées alimentant le lac souterrain, de petits animaux, des créatures blanchâtres adaptées à la vie souterraine, couraient furtivement à travers la mousse et grimpaient sur les formations rocheuses, s'ajoutant à l'écosystème fascinant de ce lieu. Ils passèrent par un bosquet de champignons géants, leurs stipes atteignant des hauteurs vertigineuses. Les spores lumineuses qui flottaient dans l'air, créaient un tableau éthéré qui faisait penser à une neige légère et phosphorescente. Au centre de ce bosquet, un champignon particulièrement grand trônait, sa lumière pulsant d'une manière presque hypnotique. Mira s'approcha, son visage illuminé par la lueur du champignon, et toucha délicatement sa surface lisse. Sa main revint avec une poudre lumineuse qui s'estompait lentement, comme une constellation miniature mourant au cœur de sa paume.


Au bout d'un moment qui semblait à la fois une éternité et un instant, ils atteignirent le lac souterrain. L'eau était calme et sombre, reflétant parfaitement la voûte étoilée de champignons trônant au-dessus. Ils s'arrêtèrent un instant, se tenant sur la rive pour admirer la beauté tranquille de cette scène. Geralt, pour sa part, observait l'ombre qui les observait au loin.


- Sorceleur, je ne peux m'empêcher de noter qu'il n'y a pas un recoin de cette terre qui n'ait échappé à tes explorations. La voix qui résonnait dans la grotte était douce, presque mélodieuse, empreinte d'un calme et d'une sérénité qui contrastait avec la nature sauvage du son porteur.


L'homme qui s'approchait de leur groupe était d'une stature moyenne, légèrement voûté comme s'il portait le poids du monde sur ses épaules. Ses cheveux longs et argentés, captant les lueurs phosphorescentes des champignons alentour, tombaient en cascades libres sur ses épaules, encadrant un visage au regard serein et à la peau d'une pâleur presque translucide. Ses yeux, un abîme noir piqué d'étoiles, semblaient détenir une sagesse et une intelligence qui dépassaient l'entendement humain. Sous sa posture stoïque, on pouvait sentir une force formidable, une puissance contenue prête à être libérée si nécessaire.


Geralt le regardait approcher, un sourire se dessinant sur son visage de marbre.


- Régis, murmura-t-il, reconnaissant son vieil ami.


- Je suis très étonné, bien qu'absolument ravi, de te trouver ici mon ami. Que fais-tu en ces lieux, toi et ton compagnon ? demanda Régis, son regard dérivant vers Alric.


- Nous avons été guidés ici, intervint Alric, ses yeux brillants d'un mélange de curiosité et d'inquiétude. Quant à savoir pourquoi nous sommes ici, seul cet oiseau de malheur le sait... D'ailleurs, où est-il passé ?


La surprise qui traversa le visage de Régis fut palpable.


- Vous prétendez qu'un oiseau vous a conduit jusqu'à cette grotte ? C'est tout bonnement inconcevable. Ce sanctuaire est l'un des secrets les mieux gardés en ce monde, seuls quelques vampires supérieurs en ont connaissance. L'accès est dissimulé par une pléthore de sortilèges qui ont dupé parmi les magiciens les plus érudits de votre espèce. Il est hautement improbable qu'un simple volatile ait pu vous mener jusqu'ici.

Alric, pris de court, déglutit avec difficulté.


- Vous... Vous êtes un vampire ? Sa voix, bien que maîtrisée, trahissait une pointe d'appréhension. De tout son cœur, Alric pria pour ne pas avoir trop déconcentré Geralt lorsqu'il renouvelait ses stocks d'huile sur la côte des Épaves.

- N'aie crainte Alric. Régis est un ami, le rassura Geralt, un sourire tranquille éclairant son visage habituellement impassible.


Le vampire acquiesça, un sourire similaire illuminant son propre visage : Je suis enchanté de vous rencontrer, Alric. Emiel Regis Rohellec Terzieff-Godefroy, pour vous servir.


- Heu... enchanté, répondit Alric.


- Venez tous les deux, suivez-moi. J'aimerais en savoir plus sur ce fameux oiseau qui vous a guidé ici.


- Tous les trois, vous voulez dire, corrigea Alric, un sourire malicieux éclairant à son tour son visage.


- Plaît-il ? demanda le vampire en levant le sourcil.


- Eh bien, nous sommes trois puisque cet oiseau nous a abandonnés. Il y a Geralt, moi... et Mira, ajouta-t-il, pointant du doigt la jeune fille silencieuse.


- Geralt, loin de moi l'idée de juger une activité que j'affectionne tout particulièrement, mais ton ami a-t-il consommé un excès d'alcool récemment, demanda le vampire.


- Oh non, ça suffit ce petit jeu ! maugréa la jeune fille tout en donnant un coup de pied dans le tibia du vieux monsieur.


Pour la première fois depuis qu'il connaissait Régis, Geralt vit une expression de profond étonnement sur son visage. Un étonnement qui n'était pas dénué d'une certaine dose d'incompréhension.


- Lindëinel... murmura le vampire, les yeux écarquillés. Comment est-ce possible ?


- Linde quoi ? demanda Geralt, fronçant les sourcils.


- Lindëinel, c'est le nom de cette relique, expliqua Régis, ses yeux ne quittant pas la cape que Mira portait. Jeune fille, où as-tu trouvé cette cape ? demanda-t-il, s'agenouillant pour être à la hauteur de Mira.


- On me l'a donné, répondit l'enfant un peu intimidée.


- Sais-tu d'où elle peut provenir ? intervint le Sorceleur son regard d'acier se fixant sur la cape.


- Il n'y a que deux êtres qui peuvent posséder une telle relique, expliqua calmement Régis tout en continuant d'étudier la cape. Le premier, tu l'as déjà rencontré, mais il est hautement improbable qu'il soit à l'origine de ce cadeau.


- C'est-à-dire, demanda Alric dont la réponse énigmatique du vampire n'avait pas rassasié la curiosité.


- Le Doyen des Invisibles, mon cher Alric, le vampire le plus vieux de la tribu des Gharasham, ma tribu.


- En effet, si mes souvenirs sont bons, le Doyen des Invisibles ne goûtait guère à la compagnie d'autrui, admit Geralt. Et la seconde personne ?


- Je préfère garder son identité pour moi encore quelque temps. Elle est bien plus ancienne et bien plus dangereuse encore que le Doyen. Il n'est pas recommandé de prononcer son nom à la légère, répondit-il préoccupé.


- Régis...


- Je sais, Geralt, tu veux en savoir plus. Mais fais-moi confiance. Certains secrets ne sont pas destinés à être révélés. Du moins pas encore.


- Soit, mais sache que nous en reparlerons. Crois-moi.


- Je te le promets, Geralt, répondit Régis, sa voix aussi calme et rassurante que les eaux du lac souterrain.


- Peux-tu au moins m'en dire plus sur les propriétés de cette cape ? Je ressens comme une sorte de magie depuis que j'ai remarqué sa présence, mais je dois sans cesse lutter pour maintenir mon attention sur elle.


- C'est normal, répondit le vampire, ses yeux toujours fixés sur la cape. Lindëinel n'est pas une simple cape, c'est une relique dotée d'une magie oubliée depuis longtemps. Une magie d'une puissance incommensurable. Quiconque la porte disparaît de la réalité même.


- Une sorte d'invisibilité quoi ? intervint Alric, tentant de comprendre.


- Pas exactement, l'invisibilité est bien plus rudimentaire. N'importe quel magicien peut distordre la lumière pour se rendre invisible. Mais Lindëinel va bien au-delà. Elle efface toute trace de l'existence de son porteur au monde qui l'entoure.


- Je ne comprends pas, dit Alric tout en se grattant la tête.


- Et bien, disons qu'on peut toujours voir le porteur de Lindëinel, mais on ne le remarque pas, on peut l'entendre, mais les sons qu'il produit n'impriment pas notre conscience, son odeur, bien que perceptible passe inaperçue. Même le temps n'a plus d'emprise pour quiconque porte cette étoffe. Avec cette cape sur les épaules, on ne vieillit plus. Elle protège son porteur de la faim et de la soif, le froid blanc serait comme une légère brise d'été tandis que les chaleurs infernales du souffle d'un dragon paraîtrait aussi doux qu'une rasade d'alcool en plein hiver. C'est comme si son porteur n'existait plus.


- Mais nous, on la voit pourtant... objecta Alric, l'incrédulité évidente dans sa voix.


- La raison est simple, c'est parce qu'elle a choisi de se manifester à vous. Si le porteur de Lindëinel souhaite être perçu par autrui, alors il le peut, expliqua Régis avec une patience infinie. Il s'agit d'une relique complexe, unique en son genre. Difficile à comprendre, encore plus à expliquer...


- Si je comprends bien, commenta Geralt, il n'y a aucun danger pour elle à la garder ?


- C'est exact, confirma le vampire, une note d'amusement dans sa voix. Si Mira décidait de cueillir des fleurs au beau milieu d'un champ de bataille, son unique souci serait de ne pas rentrer les mains vides.


Un silence s'abattit dans la grotte, seulement percé par l'écho lointain d'une eau gouttant inlassablement. Chacun d'eux se retrouvait plongé dans ses pensées, cherchant à déchiffrer le sens des révélations de Régis. Finalement, ce fut Alric qui brisa le silence pesant qui s'était instauré.


- Non pas que son absence me soit désagréable, mais... Suis-je le seul à me demander où est passé le piaf ?


- Ne t'inquiète pas pour lui, il réapparaîtra bien assez tôt, répondit Geralt. Dis-moi Régis, cela fait plusieurs jours que nous voyageons, aurais-tu de ta fameuse gnôle de mandragore ?


- Certainement mon ami. Suivez-moi, nous allons vous trouver un endroit où vous pourrez-vous reposer.


- Enfin une nuit paisible où nous pourrons dormir sans crainte, soupira Alric avec soulagement.


Régis, tout en les guidant à travers les ténèbres, répondit d'une voix douce : La mort est une mélodie magnifique, lorsque personne ne la chante...




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