The Witcher - Le Prix à Payer

Chapitre 18 : Plume errante et chauve-souris perdue

Par Auteur_sans_nom

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Dans la pâleur du petit matin, la petite troupe quitta l'obscurité de la grotte, émergeant enfin des entrailles du monde afin de regagner les berges désolées du lac de Wyndamer. La remontée se déroula sans incident notable, ce qui fut un miracle à souligner tant Alric restait nauséeux de ces excès de la dernière soirée. A leur sortie des ténèbres, Régis fut le seul à réellement s'émerveiller de l'image de ce lac qui, éclairé de la timide lumière caractéristique de l'aube, renvoyé un sentiment de tristesse douce et poétique. La brume stagnante, comme une couverture grise et humide, s'étendait au-dessus de l'eau immobile, engloutissant les rives dans une mélancolie insondable. Les relents de pétrichor persistaient, tel le témoin silencieux du long dialogue que la forêt et le ciel avaient partagé au cours de la nuit. C'est sur ces pensées, mêlées d'appréhension vis-à-vis du destin de leurs chevaux et de leurs affaires, que les quatre compagnons traversèrent le lac. A leur arrivée sur la berge, ils purent néanmoins constater avec soulagement que leurs compagnons équins allaient bien, ces derniers, broutant les quenouilles flétries qui ponctuaient le paysage, les accueillirent avec un mélange de soulagement et de douce indifférence. Les deux montures, qui les portaient depuis le début de cette aventure, semblaient totalement détachées de la désolation environnante, leurs mâchoires travaillant méthodiquement sur les rares herbes à leur portée tandis leurs robes, bien que marquées par la pluie, ajoutées une note de vitalité à ce sombre tableau.


Perché sur la tête d'Ablette, un choucas trônait majestueusement, imperturbable, telle une tache de charbon contre un ciel de cendres. Ses yeux brillants d'intelligence surveillaient leur arrivée avec une satisfaction évidente malgré l'omniprésence de l'humidité et de la morosité.


Dès qu'ils furent au sol, Geralt, Alric et Mira s'avancèrent afin de retrouver leurs montures, mais Geralt s'arrêta un instant, regardant Kavka avec un amusement réservé.


- Je suppose qu'elle s'habitue à toi, murmura-t-il à l'oiseau, qui répondit par un croassement de défi, manifestement ravi de son statut non sollicité.


- Où étais-tu passé le piaf, demanda Alric qui faisait autant d'effort pour ne pas paraître ravi de le revoir qu'il en faisait pour ne pas balbutier ses mots.


- Étant à la recherche d'un logement plus permanent, je suis allé visiter un charmant endroit qui, bien qu'un peu austère, me permettrait de vivre au côté d'une charmante voisine, répondit l'oiseau.


Régis, regardant l'oiseau avec une patience infinie, dit simplement : J'imagine que la charmante voisine dont il est question n'est pas une jument ?


- Eh bien, Kavka trilla avec un croassement moqueur, bien que la compagnie d'Ablette me soit fort agréable en tant que perchoir, j'admets préférer m'entourer de personnes capables de se vexer après mes séances quotidiennes d'intenses moqueries...


Après une courte pause au cours de laquelle l'oiseau mina une intense réflexion, il ajouta de sa voix nasillarde : ... ce qui ne semble pas être le cas de Balou ici présent. Il ne serait actuellement pas capable de préparer une bassine d'eau tiède à l'aide d'eau chaude et d'eau froide...


Alric, malgré son malaise persistant, ne put réprimer un petit rire. Même Mira, toujours si sérieuse, eut un sourire amusé.


- C'est une relation mutuellement bénéfique, je présume, dit Geralt à Régis, un sourire en coin sur son visage dur.


Régis hocha la tête avant de tourner son regard pénétrant vers Kavka.


- Je ne peux m'empêcher de me demander comment tu as pu découvrir cette grotte. Après tout, seuls quelques rares vampires supérieurs très anciens en connaissaient l'existence.


L'oiseau papillonna des ailes avec nonchalance, balançant son corps en harmonie avec le mouvement d'Ablette.


- Eh bien, Régis, croassa-t-il, peut-être que le vent a murmuré ce secret à mon oreille attentive. Ou peut-être qu'une chauve-souris perdue m'a chuchoté son emplacement dans une nuit étoilée.


Régis sourit à cette réponse espiègle. Même Geralt ne put s'empêcher d'esquisser un sourire amusé. Alric, quant à lui, semblait être perdu dans ses pensées, cherchant à comprendre le sens caché derrière les mots de l'oiseau.


- Très bien, dit Régis, toujours souriant, le vent et la chauve-souris, je comprends. Mais qu'en est-il de Lindëinel, une relique perdue depuis des temps immémoriaux. Comment as-tu réussi à mettre la main dessus ?


Cette fois-ci, Kavka se tourna vers Régis, ses yeux brillants d'intelligence et d'insouciance.


- Ah, Lindëinel, roucoula-t-il. Je peux dire que ce fut le résultat d'une plume errante se retrouvant au bon endroit au bon moment. Mais, est-ce que cela répond vraiment à ta question, Régis ?


Le vampire secoua la tête, un sourire mi-amusé mi-frustré sur le visage.


- Kavka, tu as vraiment le don de l'esquive.


- Et toi, Régis, tu as le don de la curiosité, renchérit l'oiseau.


Bien que profondément insolente, cette réponse laissa le vampire silencieux. Cela faisait longtemps qu'il n'avait pas ressenti ce savant mélange de perplexité, d'amusement et d'émerveillement devant un impénétrable mystère tel que ce Kavka.


Régis fixa l'oiseau quelques instants avant de poursuivre :


- Mon cher Kavka, commença-t-il, ta capacité à échapper à l'évidence est tout à fait remarquable. Cependant, je crains que ton interprétation poétique des vents, des plumes et des chauves-souris ne résiste pas à un examen plus approfondi.


Il marqua une pause pour permettre à l'oiseau de se préparer à l'argumentation qui allait suivre.


- Comment un vent, aussi puissant soit-il, peut-il révéler l'existence d'une grotte qui a été dissimulée, tant à l'espèce humaine que vampirique, pendant des siècles ? Comment une chauve-souris, aussi égarée soit-elle, peut-elle confier un tel secret à un étranger à plumes, et non à l'un des siens, de sa propre espèce nocturne ?


Kavka cligna des yeux, un semblant d'indécision dans son regard scrutateur.


- Quant à Lindëinel, poursuivit Régis, sa disparition remonte à des époques si anciennes que même les plus érudits des vampires ont renoncé à percer son mystère. Qu'une plume errante, même la plus chanceuse, ait pu la dénicher au hasard d'un voyage, c'est là un récit qui peine à convaincre l'esprit le plus crédule.


L'oiseau semblait se délecter de la situation, mais avant qu'il n'ait pu répondre, Régis ajouta :


- N'as-tu pas plutôt dérobé ces secrets dans les annales du temps, dans les mémoires oubliées de créatures qui vivaient longtemps avant que nous ne foulions cette terre ? Et si tel est le cas, mon cher Kavka, quelle histoire incroyablement fascinante tu dois avoir à raconter !


Son défi lancé, Régis recula, croisant les bras et attendant la réaction de l'oiseau avec une curiosité patiente.


Kavka inclina la tête de côté, comme pour considérer la question de Régis avec un nouveau sérieux. Les plumes de son cou s'ébouriffèrent légèrement, un signe indéniable de son intérêt piqué.


- Peut-être, lança-t-il, jouant sur chaque mot, que les annales du temps ont simplement été plus généreuses avec moi qu'avec d'autres.


Son œil luisant fixa Régis, pétillant d'une malice à peine voilée. Mais le vampire, loin d'être dissuadé par l'évasion astucieuse de l'oiseau, reprit la conversation.


- Ah, mais les annales du temps sont-elles si généreuses ? C'est une notion intrigante, certes, mais permets-moi de te présenter une autre hypothèse, rétorqua le vampire, un sourire malicieux aux lèvres. Peut-être que les annales du temps ne sont pas simplement tombées sur toi, peut-être que tu les as... cherchées ? Après tout, le savoir ne vient pas à ceux qui ne le cherchent pas.


Alric eut un petit rire nerveux, mais s'abstint de commenter, préférant regarder l'échange entre Régis et Kavka. Mira, quant à elle, écoutait avec un intérêt silencieux, son regard sombre alternant entre le vampire et l'oiseau.


Kavka, clairement amusé par les spéculations de Régis, répondit d'un ton moqueur.


- Régis, puisque tu aimes tant spéculer, laisse-moi te dire ceci : si je cherchais vraiment quelque chose, peut-être que ce ne serait pas le savoir... mais quelque chose d'autre.


- C'est très intrigant, admit Régis, un éclat de malice dans son regard brillant d'intelligence. Et si je peux me permettre d'ajouter à ton énigme, j'oserais dire que ce 'quelque chose d'autre' a une valeur inestimable, n'est-ce pas ?


Le choucas rabaissa ses plumes et cligna de l'œil, semblant s'amuser grandement de ce jeu de questions-réponses.


- Je vois que tu es perspicace. Tu devrais songer à donner des cours à tes deux compagnons. Cette autre chose dont tu parles a effectivement une valeur inestimable pour certains. Mais pas pour moi.


Régis hocha la tête, pensif, alors que Geralt échangeait un regard avec Alric. La réplique de l'oiseau semblait plus que rhétorique, pourtant, elle piqua la curiosité de l'ensemble de la troupe.


- Pour certains, en effet. Par exemple, pour une poignée de vampires supérieurs très anciens... ajouta Régis, observant attentivement la réaction de l'oiseau.


Kavka sembla prendre un moment pour réfléchir, sa tête penchée sur le côté, puis il éclata d'un rire croustillant, presque humain dans son intensité.


- Eh bien, Régis, ta perspicacité est à la hauteur de ta réputation. Mais peut-être que tu as tout faux, peut-être que je ne suis qu'un vulgaire oiseau qui se contente de jouer avec le destin, comme un enfant s'amuserait à faire tomber un premier domino et qui profiterait ensuite du spectacle.


- Sous-entendrais-tu que tu ne serais qu'un simple spectateur de la destinée ? J'aurai bien du mal à le croire et, même si c'était le cas, poursuivit le vampire, lorsque l'on fait tomber le premier domino, l'issue est toujours prévisible.


- Exactement, répondit l'oiseau impressionné par l'intelligence de son interlocuteur. Il est vrai que je connais beaucoup de choses, vampire. Bien plus que tu ne l'imagines. Et il est très peu probable que quiconque sache un jour d'où me vient tout ce savoir. Peut-être qu'un jour, si l'envie m'en prend, je te révélerais ce qui occupe tes pensées depuis des siècles.


- Ah oui ? Et quelle est donc cette pensée qui accapare autant mon esprit d'après toi ? demanda le vampire de plus en plus troublé.


- Tu le sauras peut-être un jour.


- Très bien, je comprends. Quand on a vécu aussi longtemps que moi, on sait se montrer patient.


- Sais-tu pourquoi les hommes, comme les vampires aiment tant les énigmes ? renchérit-il d'une voix plus grave et plus sérieuse.


- Parce qu'ils ont une irrésistible envie de découvrir ce qui est caché, j'imagine ? répondit à demi-voix le vampire.


- Oui, et très souvent la vérité est juste sous leur nez, répondit l'oiseau dans un ton autant mystérieux qu'horripilant.


Son regard, au moment où il répondait à Régis, alla se perdre au plus profond du brouillard qui les entourait. Tranchant telle une lame finement affûtée l'épaisse couche de vapeur blanche, l'oiseau observait, au loin, la silhouette invisible d'une mystérieuse femme encapuchonnée qui les suivait aussi discrètement qu'une ombre.




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