The Witcher - Le Prix à Payer

Chapitre 20 : Entre monts et marais

Par Auteur_sans_nom

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Guidés par l'instinct aiguisé de Kavka, le petit groupe poursuivait sa route inexorablement vers l'Est. Alric, toujours secoué par les remous de ses excès nocturnes, chevauchait nonchalamment sa monture en compagnie de Régis, tandis que Geralt, dont la stature massive imposait par son armure, partageait le dos d'Ablette avec la petite Mira. Sous la bannière invisible de Kavka, ils empruntèrent un sentier en direction du Nord, esquivant l'ombre imposante du Mont Chauve pour se diriger vers les marais de Torséchine. Leur progression se faisait au rythme de la nature, chaque pas savamment mesuré pour se frayer un chemin à travers la végétation qui les enveloppait. De chaque côté de leur sinueuse route, les vallées s'étendaient, tel un manteau de désolation, ponctuées d'arbres dont l'écorce rugueuse se parait d'un mélange de mousses et de lichens. Leurs feuilles, d'un vert souillé par le temps, semblaient avoir été peintes par un artiste tourmenté, dont la palette était dénuée des teintes flamboyantes de la nature. Leurs branches s'entrelaçaient en une voûte organique, tamisant la lumière du soleil pour créer au sol un damier complexe de lumières et d'ombres. À mesure qu'ils s'enfonçaient sous l'ombre intimidante du Mont Chauve, le tableau qui les entourait se transformait lentement. Les arbres de grandes tailles cédaient leur place à une végétation plus modeste, mais non moins résiliente, adaptée à la rigueur des hauteurs. Des touffes d'herbe, blanchies par le gel et flagellées par le vent, ondulaient doucement sous le souffle de la brise montagnarde. Les crêtes abruptes étaient dépouillées, austères, mais leur beauté épurée captivait l'œil du voyageur attentif. Dans cet environnement inhospitalier, la vie s'obstinait, résiliente et sans pitié, à revendiquer son droit d'exister.


- Regardez ! s'exclama Mira en pointant du doigt un aigle royal qui planait majestueusement au-dessus de la crête. Il est si haut, si libre. Si seulement nous pouvions voler comme lui.


- Moi je pourrais, lui répondit Kavka de son perchoir équestre. Mais j'ai pas envie.


Un sourire traversa le visage d'Alric, malgré la nausée qui le tourmentait encore. Je préfère garder les pieds sur terre, dit-il d'une voix rauque. Chaque pas que fait ce maudit cheval fait danser mon estomac.


- Vu ta tête, ricana Kavka, je suis prêt à parier que si tu avalais un clou, tu chierais une vis !


- Qu'est-ce qu'une vis, Kavka ? demanda Régis, curieux.


- Aucune idée, répondit l'oiseau en haussant ses ailes comme si c'étaient des épaules. Je sais pas pourquoi j'ai dit ça...


Leur procession silencieuse continua, serpentant à travers les étendues déprimées des plaines, les vallées meurtries par d'anciennes batailles et les hauteurs brutales des montagnes, la figure omniprésente du Mont Chauve trônant sur leur gauche. Ce titan de pierre, dont le sommet dénudé couronné d'un antique chêne tordu, émergeait de la brume comme un écho de jours révolus. Jadis, ce lieu sacré des druides était un havre de tranquillité et de sagesse. Mais aujourd'hui, la montagne porte les cicatrices de violences inimaginables, des marques laissées par des êtres maléfiques qui avaient dévasté le Cercle de Velen et mutilé l'arbre vénérable. Le Mont Chauve semblait pleurer les horreurs qu'il avait vécues, ses larmes se transformant en ruisseaux sombres qui striaient ses flancs rocheux, dévalant ses pentes dans un chuchotement mélancolique.


Alors qu'ils se détachaient de l'ombre lugubre du Mont Chauve, leur chemin les conduisit vers un lieu bien plus lugubre encore. Le marais de Torséchine. Une aura de désolation et d'inquiétude enveloppait ce paysage marécageux, comme si le sol boueux lui-même avait été imprégné de la souffrance et de la peur ressenties par ceux qui l'avaient traversé auparavant. Le marais s'étendait à perte de vue, une vaste étendue de tourbières et de broussailles qui absorbait la lumière du jour pour ne laisser qu'une grisaille éternelle. Des brumes épaisses couvraient le marais, se lovant autour des troncs noueux des saules et s'accrochant aux marécages comme un linceul. L'air était chargé d'une odeur âcre de décomposition, un mélange suffocant de boue, de plantes pourries et d'un arôme plus sombre, presque métallique, qui évoquait le sang et la mort. Ici et là, des flaques d'eau stagnante étaient parsemées, leurs surfaces miroitantes reflétant les cieux plombés. Dans ces eaux dormantes vivaient des créatures répugnantes, des noyeurs déformés aux guenaudes hideuses. Leurs yeux luminescents brillaient d'une lueur inhumaine à travers les brumes, et le son de leurs mouvements dans l'eau provoquait des gargouillis sinistres qui se répercutaient à travers le marais. Les broussailles étaient un fouillis inextricable de ronces et d'épines, comme si la terre elle-même défiait quiconque qui osait s'aventurer sur son territoire. Des formes sombres se déplaçaient dans les sous-bois, des bandits sans loi qui chassaient dans l'ombre, évitant les patrouilles de la cité et traquant les voyageurs infortunés.

- Tout cela est bien sombre, n'est-ce pas ? soupira Mira, ses yeux parcourant la lande brumeuse.


- Et pourtant, répliqua Régis, une étincelle de contemplation dans son regard, il y a une certaine beauté qui réside en elle. Une beauté sauvage, brutale, presque primitive.


- Un beau tas de boue, tu veux dire, renchérit Alric, un sourire triste se dessinant sur son visage fatigué.


- Geralt, mon ami, commença le vampire, tournant son regard insondable vers le Sorceleur, je n'ai pas l'intention de jouer les prophètes de malheur... commença-t-il avant d'être interrompu par un cri indigné de Kavka.


- Heeeey, c'est mon rôle ça ! protesta le corbeau en plissant les plumes de son cou.


- ... mais il semble que nous soyons observés, finit Régis, sa voix calme brouillant la tension qui s'était installée.


- Oui, je l'ai remarqué, acquiesça Geralt, son regard se fixant sur un buisson un peu plus loin. Sors de là, Jeannot !


À ces mots, une figure émergea lentement de l'ombre de l'épais buisson. Il s'agissait d'une créature singulière, une créature qui semblait aussi étrange que le marais lui-même. D'une stature semblable à celle d'un enfant à la corpulence mince, le prénommé Jeannot se déplaça jusqu'à eux sans émettre le moindre bruit. Habillé de vêtements simples composés d'une tunique de toile de jute sombre et de braies de cuir usé, il semblait, à première vue, parfaitement adapté à son environnement. Mira fut frappée par ses immenses yeux qui brillaient d'une lueur farouche, comme celle d'un enfant émerveillé. Ses traits affinés par les privations et les rigueurs de la vie dans le marais mettaient en évidence sa peau pâle, comme délavée par la brume perpétuelle qui recouvrait continuellement les lieux et sa chevelure d'un noir de jais tombait en désordre sur son front. Mais ce qui attirait le plus l'attention était sa bouche : un large sourire se dessinait toujours sur son visage. Jeannot les regarda d'un air amusé alors qu'il se dirigeait vers eux depuis sa cachette, ses yeux brillant d'un éclat malicieux dans l'obscurité du marais.


- Geralt, dit Jeannot, sa voix éraillée portant néanmoins une énergie juvénile. Ton absence s'est fait ressentir, mon vieil ami.


- Heureux de te voir de nouveau en un seul morceau, Jeannot, répondit le Sorceleur, un léger sourire éclairant son visage.


Un rire grave et amusé s'échappa de Jeannot, ses yeux farouches scintillant d'amusement.


- Et toi donc, Sorceleur. Qui sont ces compagnons qui t'accompagnent dans cette sombre contrée ?


Geralt fit un signe de la main pour présenter ses compagnons.


- Voici Régis, Alric et Mira.


- Mira ? répéta Jeannot, un sourcil haussé en interrogation.


- Par ici ! interjeta Mira, balançant vigoureusement sa main dans l'air pour attirer son attention.


- Par les pustules hirsutes des Moires, s'exclama Jeannot en se tournant vers elle, je ne t'avais pas remarqué. Les marais jouent parfois de vilains tours.


- J'ai l'habitude, répondit-elle.


- Ravi de faire ta connaissance, Jeannot, intervint Régis, sa voix aussi douce et apaisante que le vent caressant les roseaux du marais.


- Heeeey, on m'oublie ou quoi ? s'indigna Kavka, ses plumes hérissées d'indignation.


Geralt sourit malgré lui.


- Et voici Kavka, notre guide dans ces terres perdues.


- Un oiseau qui parle, ça c'est une première. Même dans un endroit comme celui-ci, s'exclama Jeannot, son regard incrédule se posant sur l'oiseau. Je n'ai guère d'affection pour ces bêtes, souvent au service des Moires.


- Je te trouvais plus sympathique quand tu avais perdu ta voix, rétorqua Kavka, son bec luisant sous la fine pellicule de rosée déposée par l'atmosphère du marais.


Jeannot plaça ses deux mains sur sa bouche, ses yeux s'élargissant d'horreur.


- Je le savais ! Tu es à la solde des Moires, comme tous les tiens !


- Calme-toi, Jeannot, intervint Geralt, Kavka n'est pas de leur côté. Il nous guide vers... D'ailleurs, où allons-nous, Kavka ?


- Vers les Moires, en fait, répondit l'oiseau d'un ton insouciant.


Jeannot s'écria d'une voix aussi sauvage que le marais lui-même : Haaaa ! Je le savais !


Geralt fixa Kavka d'un regard dur, ses souvenirs de sa précédente rencontre avec les Moires, une épreuve qui avait failli tourner au désastre, resurgissant avec une clarté douloureuse.


- Les Moires ? Explique-toi, Kavka ?


- Elles ont quelque chose dont nous avons besoin, expliqua l'oiseau avec une nonchalance déconcertante. Peux-tu me gratter la tête ?


- C'est trop risqué, Kavka, répliqua le Sorceleur avec fermeté. Je ne conduirai pas Alric et Mira dans un piège mortel.


- C'est important, insista l'oiseau, balançant sa tête en quête d'une gratification. Gratte-moi la tête maintenant.


- Hors de question ! trancha Geralt d'un ton sec.


- Tu parles de la visite aux Moires ou du grattage de tête ? demanda Kavka, ses yeux ronds fixés sur le Sorceleur.


- Les deux ! grogna Geralt.


Kavka poussa un soupir théâtral, secouant ses plumes d'un air résigné avant de se tourner vers Jeannot. Je crois que tu devrais lui expliquer, sinon on en a pour la journée.


- Lui expliquer quoi ? demanda Jeannot, son visage marqué par la confusion et ses yeux clignotant d'incrédulité.


- Parle-lui de Tom, Alina, Elara, Sélène, et même de Joren que tu cherches si désespérément, insista Kavka, ses yeux rouges fixés sur le Célicole.


- Comment diable peux-tu être au courant de ça ? s'exclama Jeannot, stupéfait par le savoir de l'oiseau.


- Laisse tomber, il fait ça tout le temps, intervint Alric d'un ton résigné.


- Ce sont mes amis, répondit le Célicole comprenant que la source des connaissances de Kavka demeurerait probablement un mystère. Des enfants que leurs parents, incapables de les nourrir, ont dû abandonner aux marais. Mais depuis le départ d'Anna, c'est aux mains des Moires qu'ils tombent...


Un nuage d'inquiétude obscurcissait le regard de Régis, qui avait silencieusement suivi l'échange jusqu'à présent. Sa voix, douce et profonde, brisa le silence qui s'était installé.


- Geralt, je n'ai jamais rencontré ces soi-disant Moires, mais d'après votre conversation, il me semble qu'elles sont d'une malveillance inhabituelle. Nous ne pouvons sûrement pas abandonner ces enfants à de tels êtres.


- Absolument pas, répliqua le Sorceleur avec une fermeté qui ne laissait place à aucune contestation.


- Je te suis reconnaissant pour ton aide, Geralt. C'est d'autant plus noble de ta part, compte tenu du fait que nous allons probablement tous y rester... répliqua Jeannot.


Alric, son visage pâle trahissant sa peur croissante, intervint.


- N'y a-t-il pas un moyen de vaincre ces créatures ?


- La dernière fois que nous les avons croisées, répondit-il, Ciri en a abattu deux. Je suppose donc qu'elles sont mortelles.


- En réalité, c'est un peu plus compliqué que cela... intervint Kavka.


- Intrigué, Geralt demanda : Qu'entends-tu par là ?


- Ciri n'a pas tué les Moires. Elle les a affrontées, les vaincu, mais elle ne les a certainement pas éliminées. Même le Lionceau de Cintra ne serait pas capable d'une telle chose.


- Si même Zireael ne peut pas... débuta Régis avant d'être grossièrement interrompu par Kavka.


- Pfffff, les hirondelles...


- Si tu nous guides jusqu'à elles, c'est que tu dois avoir un plan, n'est-ce pas ? demanda Geralt à Kavka.


- En effet, nous aurons besoin d'aide, répondit Kavka, ses plumes se hérissant légèrement.


Geralt, connaissant l'oiseau et ses réponses souvent énigmatiques, décida de ne pas poser davantage de questions.


- Dans ce cas, allons-y, déclara-t-il finalement.


- C'est ça, allons-y ! renchérit Kavka. Mais nous ne pouvons pas partir sans une préparation minutieuse. Il reste une tâche de la plus haute importance à accomplir avant notre départ !


- Quoi donc ? demanda Alric, son sourcil se levant en signe d'interrogation.


- Me gratter la tête ! se plaignit Kavka avec un sérieux déconcertant.




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