L'air était tendu alors que Geralt, d'un geste ferme, jeta une bourse pesante vers Alric. L'or à l'intérieur tintait, rappelant le récent triomphe sur le fiellon qui avait ravagé Strept. Ses yeux d'acier reflétaient une froide détermination, contrastant avec la chaleur de l'or qui avait désormais changé de mains.
- Alric, chevauche d'un trait jusqu'à Cutlerrier et achète une carriole. Nous devons transporter Régis en sécurité. Il jeta un regard inquiet vers le vampire gisant inconscient. Ce qui l'a attaqué pourrait encore rôder dans les parages.
Alric hocha la tête, ses yeux remplis de détermination. Le battement de son cœur rythmait le temps qu'il restait à Régis. Sans un mot, il enfourcha son cheval, son estomac se tordant d'anxiété. Chaque seconde semblait précieuse, chaque battement de cœur un rappel de la vie qui se dérobait sous leurs pieds. Le craquement du cuir sous les éperons d'Alric et la frénésie des pas de sa monture sur la terre meuble de la forêt furent les seuls sons qui déchirèrent la quiétude sylvestre alors qu'il galopait vers le sud, vers la promesse de salut pour leur compagnon.
Pendant ce temps, Geralt et Mira se tenaient aux côtés de Régis, l'anxiété peinte sur leurs visages comme un tableau sombre. La lumière vacillante qui peinait à percer la canopée se reflétait sur le corps blessé de Régis, révélant l'étendue de ses blessures. La gravité de sa condition était flagrante, ses blessures ne guérissant pas comme elles le devraient pour un vampire de sa stature. Sa poitrine était creusée par une blessure qu'il s'était lui-même infligée, un abîme d'agonie qui défiait toute compréhension. Autour de cette plaie, d'autres se manifestaient, sanglantes et béantes, se délectant de la vitalité de Régis. Chaque goutte de sang perdue rendant sa guérison encore plus incertaine.
Mira, malgré son inquiétude, essayait de se rendre utile. Sous la supervision de Geralt, la petite fille rassembla toutes les plantes médicinales qu'elle put trouver dans les environs. Avec un soin presque maternel, elle choisit les feuilles les plus saines de chaque plante, espérant que leur vitalité pourrait se transférer à son ami. Une pâte grossière rapidement préparée fut appliquée avec douceur sur les blessures de Régis, chaque caresse composant un murmure d'espoir pour leur ami. Geralt, de son côté, s'affairait également, mêlant le reste des plantes cueilli par Mira dans une concoction puissante. La Sarcelle d'Hiver, une potion si forte qu'elle pourrait tuer un homme ordinaire, mais qui, pour les sorceleurs et les créatures d'exception telles que les vampires, pouvait apporter le salut. Avec patience, il la fit ingurgiter goutte par goutte à Régis, priant pour que le liquide réanime la flamme de vie qui palpitait faiblement en lui.
- Tu crois que ça lui fera du bien ? murmura Mira, l'inquiétude évidente dans sa voix.
- Je ne peux garantir qu'elle sera efficace. Régis n'est pas de constitution humaine, mais je pense qu'elle lui fera du bien... répondit le Sorceleur en cherchant plus à se convaincre lui-même.
Pendant ce temps, Alric arrivait à Cutlerrier, son cheval haletant et couvert de sueur. La chaleur de sa monture se répercutait en lui, brûlant d'une urgence qui lui tordait les entrailles. Ne sachant pas à qui s'adresser, il se dirigea vers le forgeron qui, à la lueur de son feu, continuait à travailler avec acharnement sur un fer à cheval déjà aussi plat qu'une pièce de monnaie.
- J'ai besoin d'une carriole de toute urgence pour transporter un blessé, dit Alric d'une voix qui dénotait la gravité de la situation. Pouvait m'indiquer où en acheter une ?
- Allez voir le jeune Niellen, répondit le forgeron sans cesser de marteler son fer. Avant-dernière maison à la sortie Sud du village, il devrait pouvoir vous dépanner.
Alric, la bride de son cheval fermement en main, se dirigea vers une petite bâtisse négligée que l'artisan lui avait indiquée. Devant cette demeure se tenait Niellen, l'homme qui était supposé pouvoir l'aider.
L'individu en question présentait une allure déconcertante. Sa carrure maigre et voûtée donnait l'impression d'une éternelle fatigue, ses bras filiformes trahissant une vie d'efforts incessants. Vêtu d'un patchwork de guenilles décolorées et déchirées, il semblait presque faire partie de la ménagerie d'objets défraîchis qu'il manipulait. Une barbe hirsute et négligée ornait son menton et ses joues, ajoutant une rugosité à son apparence qui était en contraste frappant avec la douceur de ses gestes. Alors qu'il travaillait, un murmure intermittent émanait de ses lèvres épaisses et gercées, peut-être des souvenirs évoqués par les objets qu'il manipulait.
- Niellen ? questionna Alric, la voix trahissant son impatience.
- Ça pourrait bien être le cas, oui. Mais cela dépend grandement de vos intentions, rétorqua le jeune homme, un certain défi luisant dans son regard circonspect.
- Il me faut une carriole, rapidement. Le forgeron m'a orienté vers vous en me disant que vous auriez sans doute ce que je recherche.
- Ah, la vieille charrette de mon oncle Thorian, murmura Niellen, une lueur mélancolique passant dans ses yeux. Celle-là même qu'il utilisait pour ramasser la tourbe dans les marais. J'imagine qu'il ne la réclamera plus désormais...
- Combien pour cette carriole ? trancha Alric, balayant du regard la propriété en quête de l'objet convoité, sans accorder d'importance au destin de l'oncle Thorian.
- Quel serait votre prix ? esquiva Niellen, croisant les bras.
- Si elle tient encore la route, je vous en propose cinq pièces d'or.
- Dix, et vous pourrez l'emporter dès maintenant. Elle est loin d'être neuve, mais elle est aussi solide qu'un roc.
- Marché conclu, acquiesça Alric, tendant les pièces d'or vers Niellen.
Le vendeur les accepta et mena Alric vers l'arrière de la maison où l'attendait la carriole promise.
- Voilà la bête, dit Niellen en tendant le doigt vers elle. J'peux vous aider à la fixer à votre cheval si vous le désirez.
- Je vous en suis reconnaissant, répondit Alric, légèrement soulagé.
Une fois la carriole solidement attachée à sa monture, Alric ne perdit pas un instant et reprit la route en direction du Nord. Il poussa son cheval au maximum, la petite charrette se dandinant et bondissant bruyamment derrière eux sur le chemin inégal. Les minutes paraissaient s'étirer en heures interminables alors qu'il tentait désespérément de rejoindre ses compagnons. De retour en forêt, le cœur battant à tout rompre, il s'engagea sur le sentier sinueux qui le menait vers ses compagnons où il croisa la route de deux cavaliers. Son regard, guidé par l'instinct, glissa vers eux alors qu'il les dépassait à vive allure. C'est alors qu'une vision glaçante s'imposa à lui : sous les capuches de toile, les visages hideux des monstres étaient à peine discernables, avançant lentement mais sûrement vers le lieu où ses compagnons l'attendaient. Finalement, il parvint à rejoindre Geralt et Mira, la carriole brinquebalante derrière lui. Leur soulagement fut palpable, mais le visage de Geralt restait grave, son attention entièrement portée sur Régis.
- Geralt ! l'alerta Alric, sa voix résonnant dans la forêt silencieuse, alors qu'il arrivait auprès de ses compagnons.
- Avance cette carrio... débuta le Sorceleur, avant d'être interrompu par l'urgence dans la voix de son camarade.
- Attends, il y a deux cavaliers qui arrivent. J'ai filé à leur côté, et même si leurs visages étaient dissimulés, je suis persuadé qu'ils sont de la pire espèce. Au mot « cavalier », le Sorceleur s'était déjà redressé, adoptant une posture plus alerte. Lorsque le mot « monstres » s'échappa des lèvres d'Alric, il dégaina son épée d'argent, ses sens se mettant instantanément en éveil.
- Peux-tu me décrire leur apparence ? interrogea Geralt, ses yeux glacés se portant en direction du chemin par lequel Alric venait de surgir. Son ouïe affûtée de Sorceleur lui permettait déjà de percevoir le bruit lourd et régulier des sabots qui se rapprochaient.
- Je ne pourrais te donner plus de détails, admit Alric. Tout ce que je peux affirmer, c'est qu'ils étaient d'une laideur effroyable. Leur présence ici présage sans doute d'autres ennuis.
A peine Alric avait-il fini sa phrase que le Sorceleur, dans une position de garde parfaite, s'était élancé à la rencontre des deux mystérieux monstres qui se rapprochaient.
- Geralt, attend ! s'écria Alric. Tu ne peux pas les combattre dans ton état ! Tu es blessé, je te rappelle.
- Il le faudra bien, grogna le Sorceleur tout en continuant d'avancer. Reste ici, débrouille-toi pour allonger Régis sur la carriole et garde un œil sur Mira. Au moindre signe de danger, tu fonces à toute bride en direction du Nord.
Avançant, un pas après l'autre, le Sorceleur tâcha de mettre un maximum de distance entre lui et ses trois compagnons. Il s'arrêta à une cinquantaine de mètres en avant et attendit que les deux cavaliers soient à portée de vue. Lorsqu'il les aperçut, ces derniers stoppèrent leurs chevaux devant l'attitude menaçante de cet étranger qui les regardait, épée à la main.
- Qui êtes-vous, les invectiva le Sorceleur qui ne parvenait pas à voir leurs visages masqués par leurs capuches.
- Et vous, qui êtes-vous ? répliqua l'un des deux cavaliers. Sa voix grave et gutturale sortant des tons naturels de la voix humaine.
- Je vous ai posé une question, répliqua Geralt tout en conservant sa garde parfaite.
- Du calme, intervint le deuxième voyageur, d'une voix de crécelle. Nous ne cherchons pas querelle. Nous voulons simplement nous rendre à Oxenfurt dans l'espoir d'y trouver de l'aide.
A ces mots, Geralt rangea son épée.
- Vos voix, commença-t-il, vous n'êtes pas humains n'est-ce pas ? A l'intention et l'accent qui colorent vos mots, j'en conclus que vous venez de loin. Par-delà les Montagnes Ardentes, si ce n'est au-delà.
Les deux hommes, échangèrent un regard, surpris.
- Comment diable pouvez-vous savoir cela ? demanda celui qui avait une petite voix aiguë.
- Regarde-le, répondit le second de sa voix grave, c'est un monstre en terre des Hommes, tout comme nous. Cela faisait longtemps que je n'avais pas croisé la route d'un Sorceleur, poursuivit-il.
- Et moi, cela faisait longtemps que je n'avais pas croisé la route d'un Bobolak. Plus longtemps encore, celle d'un Vran ? dit-il en les regardant tour à tour.
Surpris de la perspicacité de leur interlocuteur, les deux cavaliers abaissèrent leurs capuches. Le premier cavalier, le Vran, dégageait une présence imposante, tout en hauteur et en majesté. Sa stature verticale et son épaisse musculature se découpaient nettement sous sa cape, évoquant l'image d'un guerrier redoutable. Sous sa capuche abaissée, une tête allongée et féroce se révélait, encadrée par des écailles vert sombre qui luisaient légèrement sous le clair de lune. Ses yeux dorés, semblable à ceux de Geralt, lançaient des éclairs de lumière hypnotiques, tandis qu'une gueule similaire à celle d'un lézard se fendait pour révéler des rangées de dents aiguisées. Même assis sur sa monture, la taille du Vran surpassait largement celle son compagnon de voyage, ainsi que celle de Geralt lui-même. Sa longue queue serpentait derrière lui, balançant d'un côté à l'autre de son cheval dans un mouvement qui semblait à la fois mécanique et incroyablement gracieux. Ses mains, cachées sous des gants, trahissaient néanmoins leur forme reptilienne, des doigts longs et effilés laissant imaginer des griffes acérées en dessous. Malgré l'étrange et menaçante apparence du Vran, il émanait de lui une sagesse séculaire et une tranquillité profonde, comme s'il était à la fois le vestige d'un temps révolu et une force imperturbable du présent.
Quant au second cavalier, le Bobolak, il n'avait rien de l'imposante stature du Vran. De la taille d'un nain, il affichait une silhouette trapue et robuste, ses bras courts et musclés disparaissant sous une épaisse cape. En abaissant sa capuche, il dévoila une tête ronde et expressif, rappelant celle d'un castor, ornée de petites oreilles rondes et de deux yeux pétillants, d'une vivacité déconcertante. Sa peau était dissimulée sous un épais pelage brun, rendant son visage duveteux presque comique. Un ensemble de dents pointues et bien entretenues dépassaient de sa bouche, leur blancheur contrastant vivement avec le brun sombre de sa fourrure.
- Geralt, est-ce que tout va bien ? s'enquit Alric, sa voix s'élevant depuis les arrières.
Le Sorceleur, pour toute réponse, demeura silencieux, ses yeux couleur d'acier se perdant dans les détails des figures insolites qui se dressaient devant lui. Son esprit était tourmenté, comme si il naviguait en mer agitée, essayant de jauger le degré de menace que ces voyageurs pourraient représenter.
- Vous évoquiez une volonté de rejoindre Oxenfurt pour y chercher de l'aide, finit par articuler Geralt, sa voix trahissant une certaine méfiance. Quelle forme d'assistance cherchez-vous exactement sur nos terres ?
Le Vran, à cette question, éclata d'un rire sifflant. Ses yeux reptiliens brillèrent d'un éclat moqueur.
- Nos terres, dis-tu ? Ah, le discours typique de l'Homme, qui se proclame seigneur des contrées que nous, Vrans et Bobolaks, foulions bien avant votre ère...
Le Sorceleur acquiesça, un sourire pincé aux lèvres.
- C'est un fait, je vous l'accorde. Toutefois, vous aurez du mal à trouver des personnes qui partageront cette vérité de ce côté des Montagnes Ardentes. Sauf peut-être Ysbrand d'Ard Carraigh...
- Assez de moqueries, Blaime, le reprit le Bobolak, coupant net la réponse que le Vran s'apprêtait à donner au Sorceleur. Son regard lourd de désapprobation fixa son comparse avant de revenir vers Geralt. Nous ne sommes pas venus ici pour jouer aux diplomates, ni aux donneurs de leçons, nous sommes en quête d'aide, nos races sont en péril.
Le front de Geralt se plissa, comme s'il tentait de décrypter une énigme.
- Sans vouloir vous offenser, déclara-t-il, je peine à comprendre si vous êtes des rêveurs idéalistes ou simplement des fous. Les Hommes ont largement contribué à la disparition de vos races. Vous venez chercher de l'aide auprès de ceux qui ont mené vos peuples à leur perte ?
Les yeux de Blaime, fixèrent ceux de Geralt avec une intensité perçante, à laquelle le Sorceleur répliqua par un regard tout aussi vif et soupçonneux.
Le Vran et le Bobolak échangèrent un regard lourd de sens, avant que Blaime ne réponde, ses yeux rivés dans ceux du Sorceleur : En effet, nous avons souffert. Mais nous avions jusqu'à présent réussi à survivre en restant à l'écart de la folie des Hommes. Or, aujourd'hui, nous sommes au bord de l'extinction. Un Mal plus grand encore que vous autres, dévore nos terres.
- Et si nous avons espoir que les Hommes nous viennent en aide, continua le Bobolak, la pointe d'un sourire amer aux lèvres, c'est simplement parce que ce Mal avance vers vos propres royaumes...
- De quel genre de Mal parlez-vous ?
- Nous l'ignorons, Sorceleur. Seulement, si nous ne faisons rien, nos races ne seront bientôt plus qu'un souvenir, répondit le Bobolak, une ombre passant dans ses yeux. C'est pourquoi nous cherchons l'aide des Hommes. Et après que Nains et Gobelins de Mahakam aient ri de nous, après le refus de la Flamme Blanche des Royaumes du Sud qui ne daigna même pas nous recevoir et après notre recherche infructueuse des Elfes, il ne nous reste plus que les Royaumes du Nord vers qui nous tourner...
Le regard de Geralt se durcit.
- Alors votre quête risque fort de vous mener à la mort. Qu'espérez-vous obtenir de Radovid, un souverain qui massacre son propre peuple...
- Si c'est vrai, il ne nous reste plus qu'à espérer que les autres volontaires ayant rejoint les Royaumes d'Haakland, de Zerrikania, d'Hannu, de Zangvebar et d'Offir obtiennent de meilleurs résultats que nous... finit le Bobolak, une lueur de désespoir dans son regard. Ce n'est pas pour rien que notre mission a été nommée "Le Chant du Cygne". Espérons que ce nom au combien poétique puisse perdurer dans l'histoire de nos deux races...
- Et toi, Sorceleur, que comptes-tu faire à présent ? s'enquit Blaime, une pointe d'incertitude dans la voix. Après tout, nous ne sommes rien de plus que des monstres, et toi, un tueur de monstres.
- Je ne tue pas les êtres dotés d'intelligence, ou très rarement, répondit Geralt, sa voix grave et posée contrastant avec le doute qui assaillait son esprit. Je ne prends une vie que pour en protéger une autre.
- Alors tu n'as rien à craindre de nous, assura le Vran, son ton se faisant aussi grave que celui du Sorceleur. Nous sommes là pour préserver la vie, pas pour la prendre.
Geralt ne répondit rien, ses pensées en pleine tourmente. Une décision devrait être prise rapidement. Bien que Régis nécessite des soins urgents, le Sorceleur ne pouvait pas non plus ignorer le danger potentiel que représentait ce Vran et ce Bobolak. Cette indécision fut toutefois vite balayée par les deux cavaliers qui, après un bref signe de tête, descendirent de leurs chevaux et jetèrent leurs épées aux pieds du Sorceleur.
- En signe de bonne foi, dit le Bobolak, sa voix minuscule résonnant avec sincérité. Nous aimerions que vous nous escortiez jusqu'à Oxenfurt pour plaider notre cause.
- Ou, au moins, nous aider à nous rapprocher de cette cité sans tomber entre les mains des Hommes, ajouta le Vran.
- En échange, nous pourrions vous aider à prendre soin de votre ami blessé là-bas, proposa le Bobolak, pointant du doigt Régis.
- Ramassez vos armes et suivez-nous, dit finalement le Sorceleur, un soupçon de résignation dans la voix. Il semble que nous combattions le même ennemi... Cependant, ne vous méprenez pas, je vous surveillerai attentivement jusqu'à ce que je sois certain que vous ne représentez aucun danger pour les miens.
- Et nous n'attendions rien de moins de votre part, Sorceleur, répliqua le Bobolak avec un sourire compréhensif. Par ailleurs, si nous devons faire route ensemble, il serait bon, je crois de nous présenter. Mon nom est Zehlen, et mon compagnon de route se nomme Blaime.
- Geralt de Riv, répondit le Sorceleur tout en se dirigeant vers Alric, Mira et Régis restés à l'arrière.
- Oh vous êtes de Rivie ? demanda Zehlen.
- Non.
Remontant sur leurs montures, Blaime et Zehlen échangèrent un regard perplexe. Alors qu'ils suivaient le Sorceleur, Blaime chuchota à son compagnon une remarque sarcastique sur l'absurdité des coutumes humaines où, visiblement, on choisit pour soi un nom qui n'a aucun lien avec ses racines. À l'insu de Blaime, la remarque, malgré sa discrétion, ne parvint pas à tromper l'ouïe remarquablement aiguisée du Sorceleur. Un regard lancé à la dérobée vers Mira véhicula un message clair et précis : pas encore. Il fallait d'abord voir comment cette alliance improbable allait se dérouler, avant qu'elle ne révèle sa présence.