The Witcher - Le Prix à Payer

Chapitre 36 : Les Racines du Mal

Par Auteur_sans_nom

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Leur assemblée, une fois de plus élargie, présentait désormais un tableau d'une extravagance sans précédent. Même pour un Sorceleur rompu aux bizarreries que la vie réservait, c'était une scène qui dépassait les limites de l'ordinaire. La mémoire de l'Homme aurait sans doute du mal à évoquer une troupe d'une telle diversité : un Sorceleur, un homme, une enfant invisible, un vampire supérieur, un Vran, un Bobolak, le tout guidé par une espèce de volatil parlant et possiblement omniscient. Un tel tableau, si jamais il était consigné dans une balade par l'insouciant Jaskier, serait accueilli par des rires d'incrédulité, songea Geralt avec une pointe d'ironie mordante.


Une fois qu'Alric eut fini de réajuster la petite charrette nouvellement acquise, la formation atypique reprit la route, avec Régis soigneusement installé à l'arrière de la carriole, dans un sommeil sans rêve. L'atmosphère était tendue, mais l'urgence de la mission des deux étranges créatures et la situation précaire du vampire unissaient le groupe dans une trêve tacite. Le Sorceleur, avec sa mine de marbre habituelle, menait la troupe, ses yeux perçants balayant le terrain avec une attention constante. Ils avançaient avec une prudence extrême, gardant une distance respectueuse des étranges émissaires. Alric se sentait happé par la profondeur paradoxale de leur situation. Qu'est-ce qui avait poussé ces créatures, nées d'un monde qui contrastait si violemment avec le leur, à braver les Montagnes Ardentes et à rechercher l'aide de ceux qui, autrefois, avaient failli causer leur perte ? Cette interrogation insidieuse s'insinuait en lui, telle une ombre jetée sur une scène déjà sombre. Des deux étrangers, aussi effrayants qu'ils puissent paraître, n'émanaient pas de menace pour le moment, mais plutôt une mélancolie qui s'insinuait dans l'air tout autour d'eux. Une lourdeur palpable, comme si le fardeau du monde reposait sur leurs épaules écailleuses ou duveteuses, se dégageait de leur présence silencieuse. Ils étaient un constant rappel de l'immensité du monde, des dangers non découverts et des promesses d'une aventure qui dépassait l'entendement de leurs expériences précédentes. Et ainsi, ils marchaient, une troupe hétéroclite, une mosaïque de la vie, évoluant dans un paysage qui n'aurait jamais imaginé leur présence conjointe.


À l'issue d'une heure de marche silencieuse et pensive, ils s'engagèrent dans l'ombre protectrice d'une forêt d'anciens chênes. Ces titans de la nature s'élevaient avec une dignité silencieuse, leur majesté se mesurant par leurs énormes troncs scarifiés par le temps et leurs branches noueuses s'étirant comme des doigts tordus vers le ciel. La forêt portait le poids de plusieurs siècles, chaque arbre étant le témoin muet de centaines d'années d'histoires non racontées. L'atmosphère dans la forêt était différente. C'était un sanctuaire paisible, où le bruit des sabots sur le sol moussu se mêlait aux chants mélodieux des oiseaux invisibles et aux craquements occasionnels d'une branche lointaine sous le poids d'un animal invisible. L'air était riche d'arômes de mousse, de terre humide, de sève d'arbre et de l'odeur subtile mais omniprésente de bois vieillissant. Des rayons de lumière perçaient par intermittence la canopée, créant des jeux d'ombres et de lumières au sol et dessinant des motifs hypnotiques sur le feuillage dense. L'ombre et la lumière dansaient ensemble, une valse silencieuse sur la mélodie du vent qui sifflait doucement à travers les feuilles. Le sol était un tapis épais de feuilles mortes et de mousse, offrant un confort spongieux sous leurs pas créant une symphonie naturelle d'une tranquillité apaisante. Là, au cœur de cette antique forêt de chênes, ce groupe hétéroclite semblait presque à sa place, chaque membre à son échelle représentant une émanation du cycle infini de la vie. Ce lieu millénaire les enveloppait de sa sérénité, apaisant temporairement les inquiétudes et les doutes, un sanctuaire dans un monde qui dépassait leur entendement.


Zehlen, le visage à moitié caché par la capuche mais dont les yeux brillants trahissaient une lueur d'émerveillement, murmura avec une pointe de nostalgie :


- Cet endroit... Il est si différent de notre terre natale. C'est d'une beauté bouleversante.


Alric, jetant un regard autour de lui, arqua un sourcil avec scepticisme.


- J'aurais du mal à qualifier Velen de "magnifique", répliqua-t-il, sa voix empreinte d'une ironie légère.


Soudain, Geralt leva une main, exigeant le silence, et arrêta net Ablette. Son expression sérieuse, voire alarmée, alerta tout le groupe.


- Taisez-vous, ordonna-t-il d'une voix basse mais ferme.


Intrigué, Alric fronça les sourcils, ses sens en alerte.


- Qu'est-ce qu'il y a ? s'enquit-il, scrutant la forêt alentour.


- Écoutez, répondit le Sorceleur à demi-voix.


Blaime fronça son long nez, écoutant attentivement, puis fit une moue perplexe.


- Je n'entends rien, observa-t-il, sa voix éraillée traduisant sa confusion tandis qu'il cherchait en vain de percevoir ce qui pouvait bien préoccuper le Sorceleur à ce point.


- Justement, ce n'est pas normal.


Et comme bien souvent, le Sorceleur avait vu juste. La forêt, auparavant animée du bourdonnement de la vie, était à présent enveloppée dans un silence étrange et oppressant. Les insectes avaient cessé leurs stridulations, et les chants des oiseaux s'étaient tus, comme autant de signes laissant pré-sentir un danger imminent. L'air était électrique, comme si la forêt elle-même retenait son souffle. Une brise éphémère effleura les cimes, agitant délicatement les feuillages, mais elle véhiculait un message troublant, un murmure à peine audible. Instinctivement, chaque membre du groupe ressentit un regard invisible, tapie dans les profondeurs ombrageuses de cette forêt millénaire, les épiant silencieusement.


Geralt se figea instantanément, sa main glissant d'elle-même vers le médaillon argenté oscillant à son cou. La vibration intense qu'il émettait, même à travers le cuir robuste de son armure, criait alerte. Puis, à la lisière de leur champ de vision, une silhouette éthérée émergea de l'entrelacs des troncs. Grandiose dans sa stature, l'être devant eux était une fusion inquiétante de la pénombre forestière et des murmures secrets qu'elle recelait. Son corps, semblable à un vieil arbre rongé par le temps, était parcouru de membres torsadés évoquant des branches tordues par des vents violents. Sa tête se dressait fièrement, coiffée de ramures dignes d'un cerf majestueux, conférant à la créature une aura à la fois royale et sinistre. Pendant un instant éphémère, ses prunelles - profonds gouffres lumineux d'un bleu spectral - fixèrent le groupe. Ce regard, empreint d'une sagesse ancestrale et d'une froideur déconcertante, transperça leurs âmes. Puis, avec une aisance déconcertante, la créature s'effaça dans l'obscurité. Réapparaissant à distance, il se jouait d'eux, participant à une sinistre danse d'ombres. Les montures de Zehlen et Blaime trébuchèrent nerveusement en arrière, la silhouette d'Alric était pétrifiée par une terreur manifeste, et Mira suspendit son souffle, captivée par la frayeur. Au cœur de la splendide et effroyable forêt de Velen, ils avaient croisé le chemin de l'une des entités les plus antiques et les plus redoutées du monde connu : le Leshen.


Avec une détermination froide gravée sur son visage, Geralt descendit rapidement de sa monture et tendit la bride à Blaime.


- Prends Ablette, ordonna-t-il. Rendez-vous au Manoir Reardon, à quelques kilomètres au Nord. C'est une place forte, vous serez en sécurité là-bas.


Zehlen renâcla bruyamment, les yeux brillants de défi : L'adversaire qui pourrait me faire fuir n'est pas encore né, déclara-t-il, son ton plein de fierté.


- Face à un Leshen, tu serais mort avant même de comprendre ce qui t'a frappé. J'ai besoin de toi pour protéger Alric et Régis. Si tu es le guerrier que tu prétends être, montre-le ! répondit le Sorceleur, sans quitter le Leshen des yeux.


Après un moment tendu, Zehlen hocha finalement la tête en signe d'acquiescement.


- Soit. Mais sache que c'est pour la sécurité du groupe, et non par peur.


Alric, les traits tirés par l'inquiétude, s'approcha du Sorceleur.


- Geralt, tu es blessé, tu ne peux pas affronter seul cette créature, pas après le Fiellon.


Le Sorceleur soupira, la lueur d'un feu déterminé dans ses yeux : Je n'ai pas le choix. Le Leshen nous a repérés, ce qui signifie que toute la forêt est contre nous. Votre seule chance est que je reste en arrière pour l'affronter.

Alric secoua la tête, luttant contre l'émotion qui menaçait de submerger sa voix.


Geralt posa une main rassurante sur l'épaule du jeune homme.


- Va. Protège les autres, poursuivit-il tout en regardant avec insistance Mira qui n'avait toujours pas manifesté sa présence.


- Très bien. Mais fais attention, répondit Alric qui savait qu'il ne parviendrait pas à le faire changer d'avis.


Sur ces mots, Alric, suivi de Zehlen et Blaime partirent à plein galop vers le Manoir Reardon, afin d'y trouver un refuge sûr. Geralt, quant à lui se retourna et fit face à la forêt. Son épée en avant face aux racines du Mal.


L'aura oppressante du Leshen, presque tangible dans sa puissance, se dissipa subitement lorsque la silhouette de la créature disparue à nouveau derrière un tronc rugueux et torturé. Geralt, dont les yeux affûtés étaient habitués à percevoir les nuances les plus subtiles de l'ombre, balaya fébrilement la végétation alentour, en quête du moindre indice pouvant révéler la présence de la bête. Cependant, dans cette forêt où le silence devenait maître, seuls les cliquetis précipités des sabots, le grincement lointain d'une carriole en fuite et les hurlements de loups au loin parvenaient à ses oreilles. Une poussée d'adrénaline l'envahit, l'incitant à se recentrer. Il ferma ses paupières et fit le vide en lui, se plongeant dans une introspection profonde, éveillant ses sens sur-aiguisés héritées de mutations alchimiques et d'années d'entraînement rigoureux. La soudaine caresse glaciale qui frôla sa peau le prévint de l'assaut à venir.


- Merde ! murmura-t-il.


Avant même d'avoir pu terminer sa pensée, une attaque furtive s'abattit sur lui depuis les ombres situées dans son dos. Avec une agilité qui défiait l'entendement, Geralt pivota, sa lame tranchante dessinant un arc argenté, prête à parer l'assaut sauvage du Leshen. Malgré sa défense, la force du monstre le fit chanceler, le projetant sur plusieurs mètres. La douleur lancinante de ses anciennes plaies se réveilla après ce coup dévastateur. Alors qu'il se battait pour regagner une position stable, le sol, moite et sombre, absorbait avide les gouttes carmin qui s'échappaient de ses plaies fraîchement rouvertes par la violence de l'adversaire. Un rappel cru de la marge d'erreur nulle qu'il devait respecter face à un tel ennemi. Ne laissant aucun instant de répit au Sorceleur, la créature invoqua aussitôt un arsenal sylvestre sous forme de racines robustes et tourmentées qui bondirent du sol en direction de Geralt. Avec une maîtrise chirurgicale, le Sorceleur esquissa le signe d'Igni, libérant un torrent de flammes qui dévora, dans une tempête de lumière et de chaleur, les appendices ligneux. Mais alors que le tumulte incandescent se dissipait, le Leshen s'était déjà évaporé, tel un mirage dans la nuit forestière.


Balayant les ténèbres de la forêt de ses yeux perçants, Geralt fut tout d'abord saisi par un cri solitaire, celui d'un loup, qui fendit le silence comme une plainte mélancolique. Ce hurlement ne tarda pas à se muer en une symphonie sauvage, rejoint par d'autres voix lupines qui s'élevaient en un chorus sinistre. Depuis les profondeurs insondables de la forêt, là où la lueur peinait à percer l'imposante canopée qui masquait le ciel, des silhouettes se faufilaient furtivement, tels des prédateurs en chasse. Une par une, ces ombres fusionnèrent pour former une meute entière. Leurs yeux, bien que dégageant une sauvagerie naturelle, trahissaient une volonté autre. Ils convergèrent tous vers Geralt, l'encerclant de façon méthodique, chaque loup se mouvant avec une synchronicité presque chorégraphiée. Le Sorceleur réalisa immédiatement que ces bêtes, normalement indépendantes et féroces, étaient devenues les marionnettes du Leshen, asservies à la volonté impérieuse de la forêt. À cet instant, il savait que son signe d'Axii, généralement efficace pour apaiser les bêtes, ne serait qu'une vaine incantation face à cette emprise. Sa seule alliée dans cette danse mortelle avec les loups serait la froide étreinte de sa lame. La lueur des yeux des loups, injectés de malveillance, transperça l'obscurité environnante, faisant de la forêt une arène terrifiante. Geralt, tout en étant concentré sur les bêtes devant lui, gardait en tête la présence menaçante et invisible du Leshen, dont chaque souffle semblait guider les actions de la meute.


Un loup, plus audacieux ou peut-être plus affamé que les autres, se jeta en avant, ses crocs brillant d'une soif sanguinaire. Geralt, anticipant le mouvement, fit un pas de côté tout en faisant suivre sa lame dans un arc parfait, tranchant l'air avant de rencontrer la chair de la bête, qui tomba dans un gémissement étouffé. Mais à peine eut-il le temps de reprendre son souffle qu'un autre loup, plus gros, bondit vers lui avec une fureur redoublée. Rapidement, le Sorceleur traça le signe de Quen dans les airs, une barrière protectrice s'enveloppa autour de lui, repoussant l'assaut de la créature et absorbant l'impact. Tout en reculant et cherchant un meilleur positionnement, deux loups profitèrent de ce moment d'apparente vulnérabilité pour attaquer en tandem. Leur coordination était impressionnante, l'un cherchant à distraire tandis que l'autre visait sa gorge. Cependant, avec une agilité et une précision affûtées par des années de formation et d'expérience, Geralt écarta le premier avec une parade de sa lame et, dans un mouvement fluide, utilisa le signe d'Aard pour projeter le second loin de lui, le loup s'écrasant contre un arbre avec force. Malgré sa maîtrise du combat, chaque esquive, chaque attaque le poussait à ses limites, il devait rester attentif non seulement aux assauts des loups, mais aussi à la menace constante du Leshen. Même dans le chaos de la bataille, son sixième sens de Sorceleur le tenait en alerte, cherchant la moindre trace, le moindre murmure du monstre de la forêt qui pourrait surgir à tout moment.


Alors que la meute continuait ses assauts, devenant de plus en plus désespérée à chaque loup tombé sous la lame de Geralt, il sut qu'il devait finir ce combat rapidement. Un à un, les loups tombaient par la maîtrise martiale du Sorceleur, jusqu'à ce qu'il n'en reste plus que trois. Parmi eux, un loup noir arborant des marques distinctes sur son pelage indiquait qu'il était le mâle alpha de la meute. Avec une intelligence qui surpassait celle de ses frères, il attendait patiemment, calculant chaque assaut. Alors que le Sorceleur s'occupait de deux autres loups, la bête noire chargea. Dans un mouvement désespéré, Geralt fit tournoyer sa lame, attrapant la bête en plein saut et la projetant à terre.


La forêt, précédemment animée par les grondements et le bruit de l'affrontement, retrouva un calme sinistre. Les corps des loups gisaient çà et là, victimes de l'incroyable maîtrise du combat de Sorceleur. Mais ce dernier savait que ce n'était qu'une bataille gagnée dans une guerre qui était loin d'être terminée. Il se redressa, tournant lentement sur lui-même, scrutant les bois avec une vigilance accrue. Chaque sens en éveil, il attendait une attaque, un son, un murmure trahissant la présence du Leshen. Les minutes qui passèrent alors lui semblèrent des heures. L'absence totale d'action ou de mouvement lui indiquait clairement que le Leshen se délectait du suspense.

Décidant de reprendre l'initiative, le Sorceleur commença à se déplacer furtivement, ses pas légers sur le tapis de feuilles mortes. La première indication qu'il trouva fut des marques profondes et cruelles sur la roche, des entailles qui ne pouvaient être faites que par un être d'une puissance exceptionnelle. Guidé par ces indices, il se faufila plus loin dans la forêt, chaque instant augmentant sa tension. Soudain, il aperçut une forme étrange au loin. S'approchant prudemment à pas mesurés, il réalisa avec horreur la véritable nature de cette structure. Elle n'était pas simplement étrange, elle était un tableau de souffrance et de désespoir. Il s'agissait d'un homme à genoux, son corps arc-bouté en arrière dans une contorsion contre-nature. Des racines épaisses, semblables à des serpents en quête de chair, s'étaient enroulées autour de ses jambes, gravant leur chemin dans la chair comme pour se repaître de son essence. D'autres s'enfonçaient cruellement dans ses bras, les maintenant écartés de son corps, l'exposant complètement. Le plus horrifiant était celles qui jaillissaient de sa bouche ouverte, figée dans un cri éternellement muet. Elles avaient forcé leur passage, déformant ses lèvres, éclatant ses dents, créant une vision macabre de douleur et de supplice. Les yeux de l'homme, écarquillés et injectés de sang, étaient le reflet même de l'horreur. Sa pupille, dilatée par la terreur, fixait le vide devant lui, témoignant de sa dernière vision d'agonie face à l'attaque du Leshen. La nature, qui aurait dû être une alliée, une protectrice, avait été transformée en un instrument de tourment. La fusion de l'homme et des racines, orchestrée par le Leshen, était une démonstration de sa puissance et de sa cruauté, une mise en garde pour quiconque osait défier sa domination sur ces terres.


Geralt s'accroupit près du corps, ses yeux froids et professionnels examinant chaque détail. L'armure de l'homme, bien que désormais détruite, était d'une qualité exceptionnelle. Chaque plaque était forgée avec soin, et les détails fins qui les décoraient trahissaient le travail d'un maître artisan. Les motifs qui s'entrelaçaient sur le cuir et le métal semblaient raconter une histoire de batailles, d'honneur et de courage. À ses côtés, les restes d'une épée gisaient, témoignant de sa résistance futile contre la force impitoyable du Leshen. Ce qui avait autrefois été une lame d'une beauté éblouissante et d'une acuité redoutable avait été brisé en fragments par la puissance dévastatrice du monstre. Les éclats de l'épée reflétaient encore la lumière diffuse de la forêt, comme un dernier souvenir de son éclat. Mais ce qui attira vraiment l'attention de Geralt fut le léger scintillement d'une chaînette d'argent près du cou de l'homme. Elle se cachait, discrète, entre les mailles déchirées de son armure. En la tirant doucement, Geralt fit apparaître un médaillon d'un argent pur. Sur celui-ci était gravé un symbole familier : un chat en position d'attaque, le regard fier et sauvage.


- Humm, grogna le Sorceleur.


Cet homme était un Sorceleur de l'école du Chat, réputé pour son agressivité, sa cruauté, et une maîtrise sans pareille de l'escrime. La mortelle efficacité des membres de cette école, la précision chirurgicale de leurs lames et de leurs carreaux, de leur soif de sang insatiable et de la frénésie meurtrière qu'ils déchaînaient même face à un ennemi déjà vaincu, tout en eux était conçu pour tuer. Vésémir lui appris jadis que leurs mutations, au lieu de tempérer les émotions comme chez les Sorceleurs des autres écoles, les amplifiaient. Une erreur dans leur mélange alchimique avait engendré cette génération de Chats, plus sauvage, plus impétueuse, et le choix fut fait de conserver cette formule, malgré son caractère dévastateur. La vue de l'un d'entre eux, terrassé par le Leshen comme s'il avait été une vulgaire poupée de chiffon, était terrifiante. Si une créature de la forêt avait pu abattre si facilement un membre de cette école si impitoyable, alors elle était une menace d'une puissance phénoménale.


Lorsque Geralt se redressa, un frémissement éphémère dans l'ombre, accompagné d'un bruit ténu, presque imperceptible, attira son attention. Lentement, il tourna son regard vers cette présence discrète, et dans un murmure étouffé par l'épaisse atmosphère de la forêt, il ne pût s'empêcher de lâcher à demi-voix :


- Putain de merde...






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