Chapitre Troisième – Crepusculum Imperiorum
La Conjonction des Sphères, comme nous l'avons établi précédemment, a permis l'arriver de la maîtrise du Chaos et celle des Hommes et autres monstres au sein de notre monde. Selon les sources écrites innombrables que j'ai pu exhumer lors de mes fouilles des antiques temples Elfes, les Hommes qui ont débarqué sur le Continent étaient les rescapés d'un monde mis à genoux par leur cupidité insatiable. Quel fut le sort des Hommes demeurés sur leur terre natale ? Le mystère demeure. Cependant, je n'aurais pas grand-chose à perdre en pariant sur leur autodestruction dans des guerres encensées ou peut-être sur leur trépas suite à la ruine de leur monde et de leurs ressources. Quoi qu'il en soit, le destin des Hommes de cette époque révolue nous est parvenu uniquement par le témoignage de nos ancêtres, transmis de génération en génération pendant plus d'un millénaire et consigné dans une myriade de documents contradictoires. Les seules vérités incontestables révèlent que nos prédécesseurs à tous ont abordé ces terres à bord de quatre navires, connus aujourd'hui sous le nom de "Bateaux des Exilés". Accostant le rivage dans l'embouchure de la Iaruga, ainsi que dans le delta du Pontar, ces réfugiés étaient alors guidés par les figures légendaires des Rois Sambuk suivi par son héritier Radowid Ier, Dezmod le Grand, et Abrad le Vieux Chêne. Sous l'égide de leur souverain respectif, la race humaine s'est implantée, tout comme les autres monstres qui ont foulé leur nouvelle terre, et a prospéré. Chacun de ces Rois a alors fondé son propre royaume. Déjà à cette époque, ces Rois revanchards et fiers étaient incapables de forger une unité. Motivés par des rivalités de pouvoir, chacun des Rois aspirait à conquérir l'ensemble d'un Continent dont ils ignoraient les frontières. Les guerres perpétuelles les ont mis en opposition et les répercussions de leurs affrontements ont rapidement atteint l'ensemble des autres races. C'est ainsi, que sur le théâtre de batailles pour la gloire et la patrie, les Hommes se sont aventurés plus profondément dans les terres du Continent. Leur esprit belliqueux les a incités à chasser les peuples déjà établis sur les terres qu'ils convoitaient. Toute résistance ne menait qu'à la mort, toute capitulation n'était qu'un répit. Les Vrans et les Bobolaks, en raison de leur dissimilitude morphologique, ont été les victimes des conflits les plus brutaux et les plus récurrents, les forçant à se replier davantage dans les montagnes d'Amell, ou au-delà des Monts Bleus et du Massif de Tochair. Les Nains et les Gnomes, comprenant que leur tour viendrait après les Vrans et les Bobolaks, ont adopté la même stratégie de retraite, se réfugiant dans les montagnes pour fonder, ensemble, Mahakam. Seuls les Halfelins ont réussi à se faire accepter des Hommes. Ceci est dû, à mon sens, à leur don inné pour se rendre utile et s'assurer de l'indifférence des colonisateurs, afin de jouir d'une existence tranquille.
Les Elfes, pour leur part, déployèrent tous leurs efforts pour esquiver la danse macabre de la guerre. Ce peuple fier et discret abandonna ses somptueuses citadelles pour se diriger vers les vastes étendues sauvages de l'Est, espérant patiemment la fin de l'Âge de Conquête de leur voisin. L'empreinte des Hommes sur les terres elfiques est manifeste dans les nombreuses villes humaines majestueuses, comme Cintra ou Wyzima, érigées sur les vestiges de cités elfiques abandonnées. Malgré la sagesse et la retenue que les Elfes ont démontrées face à nos ancêtres, des conflits éclatèrent entre Hommes et Elfes, mais aucun n'a retenti plus fort que les massacres de Loc Muinne et d'Est Haemlet où le maréchal Milan Raupenneck de Rédanie a anéanti tous les Elfes de ces deux villes, femmes et enfants compris. Ce carnage, d'une brutalité inouïe, restera gravé à jamais dans la mémoire des Elfes. D'un commun accord, les Rois Elfes de l'époque décidèrent de se replier plus loin encore dans les contrées de l'Est, empruntant la stratégie des Vrans, des Bobolaks, des Gnomes et des Nains avant eux. Seule une Elfe ne put se résoudre à laisser le crime de l'Humanité impuni. Espérant faire payer les Hommes pour le sacrilège perpétré contre son peuple, la jeune Aelirenn, aussi connue sous le nom d'Elirena, choisit la voie de la confrontation plutôt que de la fuite. Dans sa quête de vengeance, elle rallia une partie des Elfes et les conduisit au combat contre les Hommes dans une ultime bataille qu'elle ne pouvait gagner. Est mon avis que le choix d'Aelirenn pose un véritable dilemme : bien qu'elle ait préféré, comme un certain nombre des siens, mourir plutôt que de se soumettre à l'Homme, elle condamna en conséquence son espèce à un déclin inévitable. Préférant la voie du cœur à celle de la raison, elle mena ses partisans à Shaerrawedd où se déroula cet ultime affrontement au cours duquel elle, et ses suivants, trouvèrent la mort. Par cet acte, elle est devenue un symbole, et son surnom, la Rose Blanche de Shaerrawedd, résonne encore aujourd'hui sur les lèvres des Elfes comme un espoir de liberté.