The Witcher - Le Prix à Payer

Chapitre 41 : L'art indécent de se rendre important

Par Auteur_sans_nom

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Au sommet de la plus vertigineuse des murailles de la forteresse de Deireadh, Mads et Jakob surplombaient majestueusement la ville d'Oxenfurt. Leurs yeux étaient rivés sur la grande place en contrebas, où se déroulaient les préparatifs d'une sinistre cérémonie. Mads, son regard acéré ne laissant rien échapper, analysait méticuleusement les adeptes du culte du Feu Éternel. Ceux-ci, drapés dans leurs robes pourpres et dorées, arrangeaient les bûchers avec une ferveur presque artistique. À proximité, des soldats rédaniens, leurs armures étincelantes au soleil, sécurisaient méticuleusement l'enceinte en vue de la venue du roi Radovid.


- Ah, regarde cette scène, murmura Mads, un sourire de satisfaction ourlant ses lèvres barbues. On dit beaucoup de choses sur le Feu Éternel. Leur fanatisme, leur folie... mais on ne peut pas leur retirer leur dévotion.


Mettant de côté sa longue-vue, Jakob pivota vers son collègue, ses yeux perçants semblant absorber la lumière environnante.


- Éliminer deux hérétiques d'un coup, voilà qui est rentable. Ce culte a le don de purger la cité de ses monstres indésirables.


Tous deux étaient englobés par une obscurité contrastante, presque tangible, à l'opposé de la luminosité éclatante qui enveloppait la ville. Alors que la place ressemblait à un tableau vivant, la forteresse derrière eux imposait sa présence lugubre, un labyrinthe de pierre et d'acier régnant dans une froideur glaciale, une atmosphère à laquelle les deux gardes semblaient parfaitement acclimatés.


- Je trépigne à l'idée de voir la sorcière et cet érudit s'illuminer en un spectaculaire feu d'artifice, s'esclaffa Mads, son rire rocailleux faisant écho dans la noirceur environnante.


Jakob esquissa un sourire, les cicatrices sur son visage s'adoucissant sous son expression détendue.


- Je l'avoue, je n'irai pas pleurer leur sort. Une menace en moins, c'est toujours bon à prendre.


- Et une nuit paisible nous attend, ajouta Mads, son rire réverbérant une nouvelle fois dans les ténèbres de la forteresse.


- La nuit paisible, c'est surtout Elrik qui y aura droit, souligna Jakob. Ce pauvre con est sur le point de perdre la raison, à force de se méfier de cette sorcière.


- Faut dire aussi qu'elles sont fourbes, ces harpies. Allons, il est temps de finir notre ronde.


Ils amorcèrent leur descente vers les tréfonds de Deireadh, leurs silhouettes se fondant dans les couloirs humides et ténébreux. Au plus profond des souterrains, ils trouvèrent Elrik, debout devant une cellule de dymérite, son regard figé sur Yennefer, qui le dévisageait derrière les barreaux bleutés. La sorcière semblait prendre un malin plaisir à tourmenter le jeune garde, roulant ses longs cheveux noirs autour de ses doigts, tout en le toisant d'un air de dédain pur.


- Tu sembles tendu, gamin, remarqua Mads en s'avançant, comme si tu n'avais pas chié depuis des semaines, poursuivit-il d'un grand éclat de rire.


Elrik sursauta, n'ayant pas perçu leur arrivée.


- Cette sorcière, je n'aime pas ça. C'est son grand jour, et elle est beaucoup trop sereine. Et insupportablement agaçante, même pour elle.


Un rire cristallin s'échappa des lèvres de Yennefer.


- Ah, mon cher Elrik, répondit Yennefer, un sourire malicieux se dessinant sur ses lèvres, tu n'as encore rien vu de ce que je peux faire.


Jakob posa une main sur l'épaule frêle du jeune Elrik.


- Pauvre gamin, tu vas devoir sérieusement t'endurcir si tu veux survivre dans ce métier. Entre les traîtres, les dégénérés et les monstres comme elle, tu n'auras pas le temps de t'ennuyer.


- Et celle-ci ne devrait plus te poser problème très longtemps, ajouta Jakob, un rire sinistre venant émailler sa voix. Tu as entendu, sorcière ? Le Feu Éternel a une place réservée pour toi.


Un sourire mélancolique traversa le visage de Yennefer.


- Nous verrons.


Les trois hommes échangèrent un regard chargé de sous-entendus. Bien que leur tâche fût loin d'être achevée, une espèce de lourde certitude semblait, pour la première fois depuis longtemps, les envelopper. C'était une certitude sombre, mais qui leur apportait une sorte de paix macabre.


- Oh, nous verrons, en effet, tonna Mads, sa voix résonnant comme un lointain grondement d'orage. Et je prendrai un malin plaisir à écouter tes hurlements quand les flammes commenceront à te consumer. Nous verrons si tu es toujours aussi loquace alors.


Les yeux améthyste de Yennefer se levèrent vers lui, perçant l'obscurité enveloppante.


- Le feu brûle, c'est vrai. Mais il ne consume pas tout. Gardez cela à l'esprit.


Se rapprochant de la cellule, Jakob empoigna les barreaux de ses mains calleuses et se pencha en avant, son visage à quelques centimètres de celui de la sorcière.


- J'espère qu'il ne consumera pas tout, en effet. Qu'il restera assez de toi pour que je puisse ramasser ton crâne calciné en guise de trophée. Je pourrais l'utiliser comme pot de chambre lorsque je serai un vieil homme.


- Tu penses vraiment survivre jusqu'à devenir vieux ? rétorqua Yennefer, un sourire amusé ourlant ses lèvres.


- Oh, absolument, répliqua-t-il, et quoi qu'il en soit je vivrais bien plus longtemps que toi Sorcière. Ne serait-ce que pour repenser à toi chaque nuit, lorsque je me dirais que toute ton existence n'a eu pour but que de finir en réceptacle à pisse...


Se levant lentement, Yennefer s'approcha des barreaux qui la confinaient.


- C'est plutôt touchant de savoir que tu penseras à moi pendant des années, dit-elle, son sourire s'assombrissant d'un ton cruel. Moi, je t'aurai oublié avant même l'aube. Le seul hommage que je te réserverai sera un sourire ironique lorsque tu tomberas mort à mes pieds avant la fin de la journée.


Juste au moment où Jakob allait répliquer, un claquement de bottes ferrées résonna dans les escaliers menant à leur emplacement. C'était comme si une armée entière marchait en parfaite synchronie, signalant la fin des hostilités verbales.


- Entends-tu cela, sorcière ? se contenta de dire Jakob, les yeux rivés sur Yennefer. Ton heure a sonné. Ils viennent pour toi.


Yennefer tourna la tête vers l'origine des bruits de pas. Une escouade de soldats du roi investit le corridor sombre et humide qui avait été son univers depuis son incarcération. Le chef de la brigade avança d'un pas décidé, brandissant deux paires de menottes en dymérite.


- Éloigne-toi des barreaux, gronda-t-il à l'intention de la sorcière. Recule au fond de ta cellule, visage contre le mur, les mains derrière le dos.


- Oh, j'adore ce genre de langage dominant. Et des menottes, quel plaisir ! Si seulement vous pouviez aussi dénicher une licorne empaillée, mon bonheur serait complet... pendant les trente secondes que vous durerez, évidemment.


- Ferme ta grande gueule, Sorcière, ou le Feu Éternel aura la joie de te consumer morceau par morceau.


- Oh, quel tempérament ! se moqua Yennefer, se retirant dans sa cellule pour obéir aux directives du soldat.


- Toi, le gamin ! Ouvre cette porte, ordonna-t-il à Elrik.


Elrik attrapa la lourde clé suspendue derrière la table qui lui servait de bureau durant ses longues gardes. Il déverrouilla les trois serrures qui sécurisaient la cellule et recula afin de laisser le chef d'escouade pénétrer dans l'espace confiné avant de refermer la porte derrière lui.


- Si elle esquisse le moindre geste suspect, tirez-lui un carreau dans le cul. Compris ?


- Oui, chef ! répondirent les soldats à l'unisson.


- Écoute bien, Sorcière. Les carreaux de mes hommes sont pointés vers toi, et ils sont en dymérite. Nous ne visons pas pour tuer, mais pour infliger la douleur. Un seul faux pas, et tu connaîtras la souffrance avant même que les flammes n'aient leur mot à dire.


Il avança vers Yennefer, lui empoigna les bras avec une brutalité contenue, et lui passa les menottes pour inhiber sa magie. Une fois ses poignets sécurisés, il s'occupa de ses chevilles, y apposant une seconde paire d'entraves.


- Gentille fille, se moqua Mads en observant la scène.


- Allons, c'est l'heure de ta fin, annonça le chef de la brigade en quittant la cellule, Yennefer à sa suite.


Ils passèrent devant les trois gardes, leur sourire méprisant bien visible, puis devant les neuf soldats qui se rangèrent en formation derrière eux. L'ensemble du cortège se dirigea vers l'escalier qui menait aux niveaux supérieurs de la prison. Après avoir emprunté divers corridors et monté plusieurs étages, ils atteignirent la porte principale de l'établissement, une imposante porte en fer gardée par d'autres hommes d'armes.


À leur passage dans les rues d'Oxenfurt, la foule crachait des insultes et des imprécations. Mads, Jakob et Elrik, qui suivaient à distance, se délectaient de chaque injure hurlée en direction de Yennefer. Cette dernière, en revanche, sentait son espoir se dissiper à chaque pas la rapprochant du bûcher. Où était donc Kavka ? Arriverait-il à temps pour la sauver ? Juste au moment où elle se sentait engloutie par le désespoir, un bruit d'ailes résonna derrière elle. Sans se retourner, elle perçut la trajectoire de l'oiseau qui vint se poser sur son épaule.


- Où étais-tu passé ? murmura-t-elle dans un soupir de soulagement. Tu étais à deux doigts d'être en retard.


- Être en retard, ou l'art indécent de se rendre important... croassa l'oiseau.


- Hé regardez ! Un oiseau parlant vient de se poser sur son épaule ! Hérésie !!!! Sorcière !!!! se mirent à crier la foule qui regardait la procession.


- Et maintenant ? interrogea Yennefer sans prêter la moindre intention à la foule. Tu as un plan, j'espère ?


- Absolument, ma chère, répondit Kavka avant de se laisser distraire par une étale de pomme à côté de laquelle ils venaient de passer.


Après un instant de silence, Yennefer s'exclama :


- Et... Aurais-tu la bonté de m'expliquer la suite du-dit plan ?


- Le plan est simple : tu montes sur le bûcher, tu attends et surtout, tu évites de parler, répondit Kavka en s'envolant à nouveau.


- Tu te moques de moi ? hurla-t-elle, indignée.


Mais l'oiseau était déjà loin, et à cet instant, Yennefer se demanda s'il avait entendu son exclamation ou s'il avait choisi de l'ignorer. Une chose était certaine, elle était dans une situation extrêmement délicate, et sa confiance en son prétendu sauveur ailé approchait dangereusement du néant.




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