The Witcher - Le Prix à Payer

Chapitre 44 : ...et moins encore pour reposer dessous

Par Auteur_sans_nom

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Geralt, Yennefer, Alric, et Mira galopaient à toute allure à travers les ruelles sombres d'Oxenfurt, leur rythme effréné contrastant avec le calme relatif de la périphérie de la ville. Leurs montures, habituées aux chemins de terre, peinaient sur le pavé glissant, mais la détermination visible dans les yeux de leurs cavaliers ne faiblissait pas. Le vent, encore chaud des braises du jour, caressait leurs visages, effaçant doucement les traces de tension récente à mesure qu'ils s'éloignaient de la grande place d'Oxenfurt. L'odeur persistante de fumée et de cendres, vestiges de l'exécution de l'historien, se dissipait peu à peu, remplacée par les senteurs familières de la terre et des herbes asséchées par le soleil à mesure qu'ils approchaient des remparts. Les maisons de pierre aux fenêtres closes défilaient rapidement, leurs silhouettes sombres se découpant contre le ciel qui prenait des teintes orangées en cette heure vespérale.


Ablette galopait avec une vigueur renouvelée, ses muscles se contractant sous l'effort. Yennefer, blottie contre le dos de Geralt, ressentait chaque mouvement de la monture, chaque vibration des sabots frappant le pavé, créant une symphonie rythmée de libération et d'espoir. Ses cheveux noirs comme la nuit volaient derrière elle, ajoutant une touche d'irréalité à leur fuite précipitée. Alric, tenant fermement les rênes de son cheval, avançait avec une détermination visible, ses yeux rivés sur ses compagnons galopant devant lui, tandis que Mira, installée devant lui, se cramponnait aux flancs de la monture, ses yeux fermés, se laissant bercer par leur course effrénée.


Les sabots des chevaux résonnaient dans la nuit, créant une cadence hypnotique qui contrastait avec l'agitation de leurs pensées. Chaque battement de cœur, chaque respiration était un pas de plus vers la liberté, loin des griffes du roi Radovid et de la tyrannie de son règne. Ils quittèrent les ruelles d'Oxenfurt pour s'engager sur le chemin menant hors de la ville, les bruits familiers de la vie citadine s'estompant derrière eux. Les derniers rayons de soleil commençaient déjà à disparaître, peignant d'or la plaine sèche qui s'étendait devant eux tel un océan de feu ondulant sous la brise du soir.


Geralt jeta un coup d'œil en arrière, vérifiant qu'aucun poursuivant ne soit en vue. Rassuré, il se concentra de nouveau sur leur destination. Ils devaient rejoindre Blaime et Zehlen, qui les attendaient à quelques lieues de là. Empruntant un chemin sinueux qui les menait à travers des collines douces et des vallées ombragées, un chemin dont chaque courbe révélait un paysage baigné par la lumière déclinante, leurs craintes disparaissaient progressivement à mesure que les arbres projetaient sur eux leurs ombres longues et dansantes semblables à des spectres bienveillants guidant leur fuite.


Après une chevauchée qui sembla durer une éternité, ils aperçurent enfin la silhouette familière de la maison en ruine. Ses murs de pierre, marqués par le temps et les intempéries, se tenaient fièrement au milieu de la plaine, entourés de hautes herbes et de quelques arbres solitaires. Blaime et Zehlen les attendaient à l'entrée, leurs silhouettes robustes et vigilantes se découpant contre le ciel lumineux. En les voyant approcher, ils se redressèrent, prêts à les accueillir et à offrir leur aide.


Geralt ralentit Ablette et fit signe aux autres de faire de même. Ils approchèrent la maison au pas, les chevaux soufflant lourdement après l'effort intense. Le crépuscule s'étendait sur la plaine, teignant le ciel de nuances d'orange et de pourpre. En arrivant à leur hauteur, Blaime et Zehlen les saluèrent avec une joie contenue.


- Vous avez réussi, dit Blaime, sa voix aiguë et posée trahissant une émotion contenue.


- Grâce à Geralt, répondit Alric en descendant de son cheval pour aider Mira à en faire de même. Epuisée, la jeune fille s'accrocha à son bras, reconnaissante.


Yennefer, toujours en selle, adressa un sourire fatigué mais sincère à Blaime et Zehlen. Geralt descendit également de sa monture, tendant la main pour aider Yennefer à descendre. Le sorceleur, toujours imposant malgré la fatigue, se tourna vers ses compagnons, ses yeux d'acier brillant d'une lueur de détermination et de gratitude.


- Blaime, Zehlen, je vous présente Yennefer de Vengerberg, dit Geralt sur un ton solennel.


- Enchanté de vous rencontrer, répondit amicalement le Bobolak tandis que Blaime appuyait ses paroles d'un grognement sourd.


Après un bref signe de tête, Yennefer se tourna vers Geralt, l'inquiétude marquant ses traits délicats.


- Je dois retourner immédiatement à Aretuza, dit-elle d'une voix déterminée. Il me faut prévenir mes sœurs.


Geralt fronça les sourcils. Non, tu dois avant tout te reposer, répondit-il, sa voix teintée d'une douceur rare.


- Geralt, tu ne comprends pas... Ce que j'ai vu à Foam... Je dois à tout prix en rendre compte à la Loge, insista-t-elle, sa voix tremblant légèrement.


- Nous avons besoin de toi ici...


- Geralt, tu es un grand garçon maintenant, répondit Yennefer d'un ton sarcastique. Je suis sûre que tu te débrouilleras très bien sans moi quelques jours de plus. La Terre ne cessera pas d'être ronde du jour au lendemain, tu sais...

- Tu ne comprends pas, Yen, murmura-t-il en baissant les yeux, résigné. C'est Régis... Il est mourant...


Les yeux de Yennefer s'écarquillèrent de surprise et d'inquiétude.


- Régis, que s'est-il passé ? s'écria-t-elle, sa voix se brisant.


- Nous ne savons pas, intervint Alric, ses traits marqués par la fatigue. Il a été attaqué pendant notre absence.


- Depuis, il est entre la vie et la mort, renchérit le Bobolak. D'ailleurs, poursuivit-il, comment te sens-tu, Sorceleur ? Tes propres blessures cicatrisent-elles bien ?


- Je vais bien.


- Hum, grogna Zehlen qui, en tant que guerrier aguerri, distinguait parfaitement les souffrances du Sorceleur. Quoi qu'il en soit, nous avons fait tout ce que nous pouvions pendant votre escapade à Oxenfurt, mais nous avons été incapables d'améliorer son état.


- Yen, aide-le. Toi, tu pourrais peut-être...


- Non, elle ne peut pas, s'écria Kavka en se posant sur l'épaule d'Alric. La médecine vampirique n'est pas vraiment au programme de l'école des sorciers.


Yennefer, l'air contrarié, se redressa : Il doit bien y avoir quelque chose à faire, répliqua-t-elle. En réfléchissant un peu, je devrais pouvoir adapter certains sorts de soin pour qu'ils soient efficaces...


- Laisse tomber, gratte-moi plutôt la tête ! répliqua le volatile en penchant la tête en avant.


Yennefer, ignorant l'oiseau, se tourna vers Geralt : Je veux le voir, dit-elle, coupant l'herbe sous le pied de Geralt qui s'apprêtait à répondre durement aux paroles de Kavka.


- Nous l'avons installé à l'abri dans la ruine, répondit-il, ignorant les soupirs de résignation de Kavka. Nous aurions bien allumé un feu pour faire bouillir ses bandages, mais nous nous sommes dit que cela attirerait trop l'attention.


- Sage décision, acquiesça Geralt d'un hochement de tête. Au milieu de cette plaine, nous sommes bien trop exposés.


Sur ces mots, Yennefer, suivie par Geralt, s'élança en direction de la petite maison en ruine. À l'intérieur, ils trouvèrent un refuge certes délabré mais relativement accueillant. À l'abri du vent, une atmosphère de calme et de sécurité les enveloppa, leur permettant de reprendre leur souffle et de rassembler leurs forces pour les défis à venir. Mira, déjà agenouillée auprès de Régis, vérifiait les bandages du vampire. En voyant entrer le Sorceleur et la sorcière, elle se leva et sortit de la ruine sans un mot, leur laissant un moment plus intime pour visiter leur ami.


- Mon dieu, Régis... murmura Yennefer, ses mains tremblant légèrement en voyant l'état du vampire. Qu'est-ce qui a pu faire ça à un vampire supérieur ?


- Je ne sais pas, répondit Geralt, sa voix grave résonnant dans l'enclos ceint de la ruine. Franchement, à part un de ses congénères, je ne vois pas quel être pourrait rivaliser de la sorte avec Régis.


- Et encore, si un vampire supérieur l'avait attaqué, il aurait déjà commencé à se régénérer, ajouta Yennefer, se penchant sur Régis, ses doigts effleurant doucement les bandages.


S'agenouillant auprès du vampire, Yennefer murmura quelques mots qui restèrent incompréhensibles pour le Sorceleur. Plusieurs minutes durant, elle essaya d'appliquer sa magie sur les plaies de son ami, mais aucun effet visible ne semblait améliorer l'état du vampire. Résignée, elle soupira avant de prononcer une dernière incantation qui fit disparaître l'imposante tâche noirâtre qui maculait les bandages.


- Qu'est-ce que tu as fait ? demanda Geralt en voyant le sang du vampire disparaître, ses sourcils se fronçant.


- Rien, j'ai simplement ensorcelé ses bandages pour qu'ils restent toujours propres, expliqua Yennefer, la fatigue marquant de plus en plus ses traits. Rien de ce que j'ai pu tenter n'a fonctionné sur ses blessures. Ses plaies sont toujours ouvertes, mais au moins vous n'aurez plus à vous inquiéter d'une infection.


- Merci, Yen, répondit Geralt, sa voix adoucie par la gratitude.


- C'est vraiment le minimum que je puisse faire... soupira Yennefer, se retournant pour plonger son regard améthyste dans les yeux félins du Sorceleur.


Ils restèrent ainsi quelques minutes tout au plus, mais cet échange de regard leur parut à tous deux durer une éternité. L'un comme l'autre profitait de cet instant de répit, de ce petit fragment de temps perdu au milieu du chaos de leur vie pour savourer la présence de l'autre. À cet instant, ils étaient lovés, ensemble, dans l'œil du cyclone.


- Dites, vous allez faire l'amour ? Ça serait le moment idéal pour... interrompit Kavka, sa voix moqueuse brisant le silence.


- La ferme, le piaf ! s'écrièrent d'une même voix Sorcière et Sorceleur, leurs visages se tournant simultanément vers l'oiseau.


- Non mais sérieusement, habituellement c'est à ce moment-là de l'histoire que... continua Kavka, insensible à l'hostilité de ses interlocuteurs.


- Vas-tu te taire à la fin ? répliqua sèchement Geralt.


- Ah oui je comprends, il vous manque votre licorne... poursuivit l'oiseau, de sa voix moqueuse. Enfin, bref. Quand vous aurez fini de bayer aux corneilles, vous pourrez me remercier pour l'ensemble de mon œuvre, ajouta Kavka avec dégoût en prononçant le nom d'un autre oiseau.


- Merci Kavka, prononça Yennefer en levant la tête vers le sommet du mur délabré sur lequel s'était posé l'oiseau.


Geralt se contenta d'un grognement de reconnaissance, peu loquace mais sincère.


- Je t'avais bien dit que tu serais gracié par le Roi, poursuivit Kavka. L'amour de soi est toujours plus fort que la haine des autres...


- Comment pouvais-tu savoir tout ça ? demanda Yennefer intriguée par l'assurance de l'oiseau.


- Laisse tomber Yen, répondit Geralt, il ne te répondra pas.


- Je vois que tu commences à me connaître, Sorceleur, répondit Kavka avec un clin d'œil. Bien, quand vous aurez fini, les... commença Kavka avant de s'interrompre avec dégoût. Oh non, c'est dégueulasse... tenta-t-il de poursuivre. Quand vous aurez fini, les... continua-t-il avant de s'interrompre de nouveau. Oh non, je peux pas, je peux vraiment pas...


- Les tourtereaux ? demanda Geralt dont la patience commençait à dangereusement frôler le zéro.


- C'est ça, merci, je ne crois pas que j'aurai réussi à le dire sans dégobiller...


- Enchaîne bon sang, s'agaça Geralt.


- ...vous pourrez peut-être vous mettre au travail, termina enfin l'oiseau.


- Il a raison, je dois me rendre à Aretuza. De toute façon, il n'y a rien de plus que je puisse faire pour Régis. Je dois absolument faire mon rapport pour que la Loge sache à quoi nous avons affaire.


- Tu as raison, tu dois retourner à Aretuza, répondit Kavka. Mais pas pour faire ton rapport. Tu n'as rien à leur apprendre qu'ils ne savent déjà, ajouta-t-il en battant des ailes.


- Yen, à quoi cela pourrait-il bien servir ? demanda Geralt, visiblement contrarié de voir Yennefer repartir aussi rapidement.


- Elle doit y retourner pour leur intimer l'ordre de rester cachées sur leur rocher.


- Je doute fort que mes sœurs acceptent de rester terrées comme des lâches alors qu'un tel danger menace le monde, répondit Yennefer, sceptique.


- Et moi je suis persuadé que tu sauras les convaincre.


Sautant du muret en direction du sol, Kavka battit des ailes pour amortir sa chute. Une fois stabilisé devant Yennefer et Geralt, il plongea ses yeux de braise dans les leurs.


- Je vais tâcher d'être le plus clair possible, poursuivit-il de son ton le plus sérieux. Dis-leur de ma part que toute Sorcière qui s'impliquera dans ce combat contre l'Ombre mourra.


Laissant quelques secondes à ses deux interlocuteurs pour méditer ses paroles lourdes de sens, l'oiseau reprit le labourage de son crâne avant d'ajouter :


- Puis, quand ça sera fait, reviens nous aider à combattre l'Ombre.


- Hors de question, s'écria Geralt. Tu viens toi-même de dire que toute sorcière qui combattrait l'Ombre mourrait, Yen restera à l'abri à Aretuza. Nous saurons nous débrouiller sans la mettre en danger.


Kavka ne répondit pas à la remarque du Sorceleur, se contentant de le regarder d'un air amusé. Puis il s'envola.


- Yen...


- Laisse tomber, Geralt, il est temps que je rejoigne la Loge, le coupa-t-elle froidement.


D'un ample mouvement de bras, elle ouvrit un portail et se dirigea vers celui-ci. Avant qu'elle ne l'atteigne, Geralt l'attrapa par le bras.


- Si tu retournes à Aretuza, rends-moi un service.


- Tu ne vas pas essayer de me convaincre de rester à Aretuza ? demanda-t-elle amusée devant la résignation du Sorceleur.


- Aurais-je la moindre chance ? Tu sais aussi bien que moi qu'il est impossible de te faire faire quoi que ce soit que tu n'aies pas décidé par toi-même.


Dans un sourire de satisfaction, elle demanda : Quel service voulais-tu me demander ?


- Emmène Mira avec toi, elle est restée bien trop longtemps avec nous, répondit-il, son ton se radoucissant.


- Mira ?


- C'est vrai, je ne te l'ai pas encore présentée... C'est une enfant que nous avons recueillie à Velen. Toute sa famille est morte, par ma faute... poursuivit le Sorceleur avec regret. Il ne lui reste plus qu'une tante à Méandres, mais je crois qu'elle serait bien plus en sécurité avec la Loge le temps que toute cette histoire se calme.


- Quand cesseras-tu de recueillir tous les oiseaux tombés du nid qui croisent ta route... Très bien, poursuivit-elle dans un soupir, où est cette enfant ?


- C'est-à-dire que c'est un peu compliqué... commença le Sorceleur, hésitant.


- Geralt, je n'ai pas de temps à perdre...


- En réalité, elle était avec nous lors de mon face-à-face avec Radovid. Tu ne l'as pas vue parce qu'elle porte une espèce de cape qui la rend invisible aux yeux de tous sauf si elle désire être vue, expliqua Geralt, jetant un regard vers l'extérieur de la ruine.


- C'est impossible Geralt, je suis entraînée à voir au-delà de tout sort de dissimulation. Aucune cape n'aurait pu me berner, crois-moi.


- Et pourtant... répondit le Sorceleur tout en observant la jeune fille manger un bout de viande séchée en compagnie d'Alric. Mira, appela-t-il, viens voir un instant s'il te plaît.


Continuant à mâchouiller son maigre repas, la jeune fille se leva et rejoignit Geralt et Yennefer à l'intérieur de la ruine.


- Qu'est-ce qu'il y a ? demanda-t-elle en s'agenouillant de nouveau auprès de Régis.


- Tu la vois ? demanda le Sorceleur à Yennefer. Elle est juste devant toi.


- Si tu te moques de moi... commença Yennefer, une pointe d'irritation dans la voix.


Ignorant la remarque de Yennefer, Geralt fit un signe de tête à Mira : Tu peux révéler ta présence Mira, Yennefer est une amie. Elle ne te fera aucun mal.


- Geralt, ça suffit... dit-elle avant d'être interrompue par un coup de pied au niveau du tibia.


- Excuse-moi pour le coup de pied, murmura la jeune fille de sa petite voix, mais c'est le seul moyen pour que les gens me voient.


Abasourdie, Yennefer resta muette quelques secondes.


- C'est cette cape, expliqua Geralt. Quand elle la porte, elle devient indétectable ou quelque chose dans le genre...


- Non, ce n'est pas ça, Geralt, répondit Yennefer en observant la cape avec autant d'attention que d'admiration. C'est extraordinaire... Quand elle la porte, on dirait qu'elle n'existe tout simplement plus.


- Tu penses que c'est dangereux ? demanda-t-il toujours méfiant vis-à-vis de cet étrange objet magique.


- Je ne crois pas non, mais je peux me tromper... Je n'ai jamais entendu parler d'un tel artefact. Je doute que la Loge elle-même soit au courant de son existence. En tout cas, tu peux me croire, cela va bien au-delà d'une simple dissimulation. Si tel avait été le cas, je l'aurais repérée, poursuivit-elle, ses yeux brillant de curiosité.


S'agenouillant devant Mira, le Sorceleur lui prit les mains en douceur.


- Écoute-moi, Mira, tu vas suivre Yennefer, elle te mettra à l'abri.


- Non ! Je reste avec vous, répondit la jeune fille avec véhémence, arrachant ses mains de celles du Sorceleur.


- Mira... Avec elle, tu n'auras plus rien à craindre...


- Je ne partirai pas, le coupa-t-elle d'une voix déterminée avant de disparaître de leur perception.


- Mira ! s'écria le Sorceleur.


- Laisse tomber, Geralt, si j'en crois ce que tu viens de me dire, tu ne la retrouveras pas. De toute façon, je doute que quiconque puisse lui faire le moindre mal tant qu'elle n'aura pas décidé d'être perçue. Je dois y aller avant qu'une autre de mes sœurs ne tente de retrouver l'Ombre.


- Pourrais-tu au moins te renseigner sur cette cape quand tu seras à Aretuza ? demanda le Sorceleur tentant toujours vainement de repérer la jeune fille. Régis semblait en avoir entendu parler, son nom serait Lindëinel.

- Comment est-elle entrée en sa possession ?


- Nous ne savons pas, elle lui a été remise par une femme. Mais aucun d'entre nous ne l'a vue la lui donner. Seul Kavka semble en savoir plus qu'il n'en dit, comme toujours.


- Hum, une histoire bien mystérieuse. Je me renseignerai auprès de la Loge... si tu me laisses enfin partir bien sûr, dit-elle au Sorceleur avec un léger sourire. Puis, se dirigeant vers le portail, elle s'arrêta au dernier moment. Tournant la tête au trois quarts vers le Sorceleur, elle demanda : Au fait, je ne savais pas que tu maîtrisais le jeu des Rois.


- Je ne connais même pas les règles de ce jeu, admit le Sorceleur.


- Alors comment as-tu pu battre Radovid ?


- Ce n'est pas moi qui l'ai battu. C'est le vieil homme qui tenait la boutique où nous avions laissé nos chevaux. Kavka nous avait envoyé le voir juste avant de rejoindre la place centrale. Je ne comprenais pas pourquoi jusqu'à ce que Radovid me défie à son jeu. Je me suis alors rappelé que le vieil homme, ancien haut gradé de l'armée qui gardait une sévère rancune contre son Roi, possédait un jeu identique dans sa boutique.


- Et tu en as déduit qu'il devait savoir y jouer... termina Yennefer. C'était plutôt malin. J'imagine que c'est pour ça que tu as laissé Radovid débuter la partie ? Pour que la petite, invisible aux yeux de tous, puisse jouer chacun des coups du roi sur le jeu du vieil homme et qu'elle vienne ensuite te rapporter le mouvement suivant à jouer ? Mouvement qui provenait d'un excellent stratège rompu aux arts de la guerre.

- C'est ça, reconnut Geralt.


Yennefer esquissa un sourire : Tu m'étonneras toujours, Geralt, lui dit-elle avec bienveillance avant de se diriger de nouveau vers son portail.


- Tu ne m'embrasses pas avant de partir ? la taquina Geralt.


- Plus tard, lui répondit-elle sans se retourner. Cela te donnera une bonne raison de rester en vie.


Et dans un sourire, il la regarda disparaître dans le néant magique du portail.


- Je me fiche bien que la Terre soit ronde, murmura-t-il après que le portail se soit refermé. Il n'en faut que quelques mottes pour vivre heureux dessus...


- Et moins encore pour reposer dessous, poursuivit Kavka.




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