Le portail de Yennefer scintilla dans l'air, un ruban de lumière vrillant et étincelant, avant de s'ouvrir sur le majestueux panorama d'Aretuza. Lorsqu'elle traversa le seuil magique, laissant derrière elle la petite ruine paisible où elle avait laissé Geralt, elle se retrouva sur les hauteurs tranquilles de l'île de Thanedd. Aretuza, l'académie légendaire où les plus puissantes sorcières des royaumes du Nord avaient appris leur art, se dressait devant elle, imposante et intemporelle. Construite sur les falaises escarpées surplombant la mer de Gors Velen, la forteresse semblait émerger de la roche même, fusionnée avec la nature sauvage de l'île. Les tours de marbre blanc s'élançaient vers le ciel, leurs sommets ornés de flèches dorées brillant au soleil. Les murs, incrustés de runes anciennes et de mosaïques magiques, racontaient des histoires de puissance et de mystère, reflétant dans des teintes chatoyantes la lumière déclinante à l'horizon de l'océan.
Yennefer prit un moment pour respirer l'air salin, sentant la familiarité réconfortante de cet endroit qu'elle appelait autrefois chez elle. Se dirigeant vers l'enceinte d'Aretuza, elle traversa les jardins entourant l'académie, véritable havre de paix et de beauté, soigneusement entretenus malgré la rigueur des vents marins. Des sentiers sinueux serpentaient à travers des bosquets de plantes exotiques et des fontaines chantantes, créant une symphonie naturelle et apaisante. Les étudiants en robes de soie se déplaçaient avec grâce, leurs voix murmurant des incantations et des formules secrètes.
En traversant les cours pavées, Yennefer croisa plusieurs visages familiers. Philippa Eilhart, la redoutable magicienne aux yeux jadis crevés par Sigismund Dijkstra, était en grande conversation avec Francesca Findabair, la reine elfe dont la beauté et la grâce rivalisaient avec sa puissance magique.
- Yennefer ! Quelle surprise de te voir ici, s'exclama Francesca, son regard inquisiteur scrutant chaque détail de son amie.
- Il faut que je parle immédiatement à la Loge, répondit Yennefer d'une voix glaciale, ignorant la pique de l'Elfe tout en poursuivant sa route.
- Je vais prévenir tout le monde, répondit Philippa avant de se transformer en chouette et de s'envoler.
Sans plus un mot, les deux sorcières restantes s'engouffrèrent dans les couloirs tortueux d'Aretuza. Au sein de ce dédale de marbre et de magie, chaque tournant révélait une nouvelle facette de la grandeur de l'académie. Yennefer marchait d'un pas décidé, ses talons résonnant contre le sol de pierre polie. À chaque pas, des souvenirs surgissaient, des réminiscences de son passé en ces lieux.
En passant devant la grande salle des fresques, où des scènes de batailles épiques et de rituels mystiques ornaient les murs, Yennefer se souvenait de ses premières années ici, de l'émerveillement mêlé à la terreur qu'elle avait ressenti en découvrant ce lieu. Elle se rappelait aussi des nuits passées à étudier sous la lueur des torches, absorbée par les textes anciens. Poursuivant leur route à travers le hall des arcanes, une vaste pièce circulaire dominée par un dôme de verre coloré, Yennefer se rappela des séances d'entraînement intensives, des duels magiques qui avaient forgé sa réputation. Elle se souvenait des étincelles de pouvoir qui crépitaient dans l'air, de la sensation exaltante de puiser dans les réserves infinies du chaos.
Lorsqu'elles atteignirent la bibliothèque, Yennefer se surprit à observer les étagères de bois sombre, chargées de volumes anciens, qui semblaient s'étendre à l'infini. Elle se souvenait des heures passées ici, plongée dans les écrits des anciens maîtres. C'était en ce lieu même qu'elle avait découvert les secrets de la magie des portails, un savoir qui s'était avéré inestimable au fil des années.
Francesca, observant le visage pensif de Yennefer, brisa le silence apaisant dont se délectait Yennefer.
- Beaucoup de choses ont changé, mais certaines restent éternelles... Je me souviens du jour où je t'ai vue pour la première fois dans cette salle, déjà à l'époque tu étais si déterminée.
- Tu devrais faire attention, chère sœur, le ton glacial de tes paroles finira par te donner des engelures à la gorge, répliqua Yennefer, résolue à ne pas se laisser marcher sur les pieds.
Lorsqu'elles arrivèrent devant la salle du conseil, les lourdes portes de bois sculptées de symboles magiques et de motifs complexes s'ouvrirent d'elles-mêmes, révélant dans leur mouvement les runes anciennes scintillant faiblement sous la lumière des torches.
La salle du conseil, située au cœur d'Aretuza, était un lieu de grandeur et de solennité. Les murs étaient recouverts de tapisseries anciennes représentant des scènes de batailles magiques et des moments clés de l'histoire des sorcières. Un immense chandelier de cristal suspendu au plafond diffusait une lumière douce, illuminant la table ronde en marbre où se tenaient les réunions les plus cruciales.
En entrant, Yennefer fut accueillie par d'autres membres de la Loge. Philippa Eilhart, toujours sous sa forme de chouette, se tenait près de Keira Metz, dont les yeux pétillants trahissaient une intelligence vive et une malice toujours présente. Margarita Laux-Antille, la rectrice d'Aretuza, était assise au bout de la table, son visage grave indiquant qu'elle attendait des nouvelles importantes. Ida Emean aep Sivney, la magicienne elfe au visage serein, salua Yennefer d'un signe de tête.
- Merci de m'accueillir si rapidement, commença Yennefer, prenant place au centre de la table. Où sont les autres ? demanda-t-elle en voyant le peu de ses sœurs qui avait daigné se présenter à l'audience.
- Dis-nous plutôt ce que tu fais ici, lui répondit sèchement la Rectrice. Nous ne t'attendions plus...
Yennefer ressentit plus fortement la méfiance palpable qui stagnait dans l'air. Elle prit une profonde inspiration avant de répondre.
- Les nouvelles que je porte sont graves, commença-t-elle. Une force mystérieuse et destructrice, que nous appelons l'Ombre, a attaqué Foam et d'autres lieux par-delà les montagnes ardentes. Je n'ai pas eu l'occasion de la rencontrer, et c'est bien ce qui m'a sauvé la vie et qui me permet de me présenter devant vous aujourd'hui.
- Parle pour toi, Yennefer, répondit Margarita. Toutes n'ont pas eu ta chance.
- Comment ça ?
- Tu peux nous considérer comme des ennemies indignes de confiance si tu le souhaites, renchérit Francesca, mais sache que ta disparition nous a grandement inquiétées.
- Dans ce cas, il semblerait que tu aies raison ma sœur, beaucoup de choses ont dû changer depuis ma dernière visite... répondit Yennefer d'un air mauvais.
- Cesse ton impertinence, nous avons envoyé plusieurs de nos sœurs à ta recherche après ta disparition. Aucune n'est encore revenue. Alors fais-nous grâces de tes répliques acerbes.
- Qui ? Qui avez-vous envoyé ? demanda Yennefer paniquée.
- Sabrina Glevissig, Assire var Anahid, Fringilla Vigo et Sheala de Tancarville. Toutes ont été portées disparues. Seule Triss Merigold est parvenue à revenir, elle se joindra à nous dans quelques instants.
- Non... murmura Yennefer dévastée.
- Bien, je vois que tu prends la mesure de la situation. Alors cesse de nous prendre de haut comme tu le fais depuis ton arrivée et dis-nous plutôt où tu étais passée pendant tout ce temps.
Yennefer sentit un mélange de rage, de désespoir et de tristesse grandir en elle, comme un monstre qui menaçait de se réveiller. Elle prit une profonde inspiration avant de répondre, tâchant de faire le vide en elle pour garder au mieux la tête froide.
- Je comprends vos doutes, commença-t-elle d'une voix forte pour masquer son émotion. J'ai été capturée par les adeptes du Feu Éternel quand je suis arrivée à Foam. En me voyant, ils m'ont aussitôt accusée du massacre qui avait décimé le village. Je n'ai rien pu faire, ils étaient trop nombreux.
- Comment se fait-il que tu sois toujours en vie dans ce cas ? demanda Francesca incrédule.
- C'est une perte de temps, s'emporta Yennefer. Au lieu de palabrer comme des oies, nous ferions mieux de réfléchir à ce qui convient de faire pour...
- Il n'est nullement question de palabrer, la coupa froidement Margarita. Il est question de comprendre pourquoi tant de nos sœurs sont mortes.
- Ils m'ont retenue captive à Deireadh, répondit Yennefer résignée. Je n'ai rien pu faire pour m'échapper, ni même pour vous contacter. Comme vous le savez, j'ai un passé plutôt houleux avec Radovid, ma captivité a fait l'objet de mesures spéciales...
Les regards sceptiques ne faiblirent pas. Philippa fronça les sourcils, ses yeux perçants semblant scruter l'âme de Yennefer.
- Et comment es-tu parvenue à t'échapper de Deireadh ? Il est de notoriété publique qu'il est impossible de s'évader de cette prison. Pas en vie, en tout cas...
- Geralt... commença Yennefer, agacée de toutes ces questions.
- Le Sorceleur... comme c'est original, se moqua Emean aep Sivney qui jusqu'à présent avait gardé le silence.
- Il faut reconnaître que le célèbre Loup Blanc ne manque pas de ressource, tenta Keira Metz pour venir en aide à son amie.
- Certes, il nous a prouvé maintes fois qu'il pouvait être source de problème... admit Margarita. Cependant, même lui ne pourrait pénétrer Deireadh pour en libérer un prisonnier.
- Il a reçu de l'aide, répondit Yennefer sur un ton mauvais. Une espèce d'oiseau qui se fait appeler Kavka a tout orchestré. C'est lui qui m'a fait libérer.
Le silence retomba lourdement dans la salle du conseil. Chaque magicienne réfléchissait à la gravité de la situation tout en se lançant des regards que Yennefer ne parvenait pas à déchiffrer. Francesca brisa finalement le silence de sa voix résolue.
- Kavka, dis-tu ?
- C'est cela, confirma Yennefer. Un choucas noir comme l'encre aux yeux rouges. Il est doué de parole.
Keira Metz, qui jusqu'à présent, avait tâché de ne pas trop s'impliquer dans la conversation, intervint : « Cet oiseau, nous avons des raisons de nous méfier de lui. Il n'est pas ce qu'il prétend être, Yennefer. Tu ne dois pas lui faire confiance ».
Yennefer secoua la tête, de plus en plus agacée.
- Qu'est-ce que vous croyez ? Que je suis un lapin de trois semaines ? s'énerva-t-elle. Bien sûr que je ne lui fais pas confiance, mais force est de constater qu'il m'a sauvé d'une mort certaine.
- Et moi aussi, résonna une voix derrière Yennefer.
Surprise, la sorcière brune aux yeux améthystes se retourna. Derrière elle se trouvait Triss Merigold qui s'approchait lentement. Son teint éclatant de jadis paraissait désormais laiteux, presque fantomatique. Sa chevelure flamboyante avait viré au blanc, des cernes creusaient des poches sous ses yeux auparavant si pétillants. Sans même un regard pour sa sœur, Triss se plaça à ses côtés face à la Loge, déterminée malgré le piteux état qu'elle arborait.
- Sans lui, je serais morte, comme nos sœurs, poursuivit Triss. C'est lui qui m'a prévenue du danger de mort que j'encourais si je m'entêtais à poursuivre la créature.
- Peut-être, rétorqua Philippa en reprenant forme humaine, mais nous savons trop peu de choses sur cet être qui, de son côté, semble en savoir beaucoup. Et le peu que nous savons n'est pas rassurant.
- Que savez-vous de lui ? demanda Yennefer tandis qu'un frisson parcourait son échine.
Philippa échangea un regard avec Francesca avant de parler.
- Comme je te l'ai dit, très peu. À vrai dire, presque rien, admit Philippa. Lorsque Triss nous a parlé de lui, nous avons mené d'intenses recherches. Nous avons pu dénicher quelques textes anciens mentionnant un oiseau aux yeux rouges. Ce dernier aurait été aperçu lors de tous les grands cataclysmes de l'Histoire.
Francesca prit la parole à son tour, sa voix douce contrastant avec la gravité de ses paroles.
- Je suis de la race Elfe, Yennefer, aussi j'utiliserai un exemple qui a une importance particulière moi afin de t'illustrer ce que vient de te révéler Phillipa. Tu connais assurément notre ancêtre Aelirenn qui, dans sa quête de vengeance combattit les Hommes à Shaerrawedd. Sais-tu combien d'Elfe sont morts ce jour-là ?
- Je ne suis pas venue pour un cours d'histoire, Francesca, répondit Yennefer qui ne voyait pas bien où sa sœur voulait en venir.
- Tous ! poursuivit Ida Emean aep Sivney. Ils ont tous été exterminés !
- Je sais tout ça, et alors...
- Alors ? s'écria Ida, comment expliques-tu que nombres sources de l'époque représente la Rose Blanche de Shaerrawedd avec un oiseau noir aux yeux rouges sur l'épaule ?
- Ce ne sont que des suppositions, bien sûr, mais comment savoir si cet oiseau n'a pas manipulé les Elfes de l'époque pour les envoyer à la mort ?
- Et ce n'est pas le seul exemple, il y en a bien d'autres, renchérit Philippa. Certains textes mentionnent explicitement un oiseau aux yeux rouges volant au milieu des cadavres lors de l'épidémie de Catriona qui frappa les royaumes du Nord peu après la fin de la deuxième guerre nordique.
- Sacasouris m'a lui-même avoué avoir observé un étrange oiseau concordant avec les descriptions de ce Kavka lors du massacre de Cintra, affirma Keira Metz.
- Il est donc évident qu'il est lié à un certain nombre d'événements tragiques. Peut-être est-il un messager de malheur ou pire, qu'il en est directement responsable. Quoi qu'il en soit, nous devons nous montrer particulièrement prudentes à son sujet.
Yennefer hocha lentement la tête, absorbant toutes ces informations.
- Je comprends vos craintes, et croyez-moi si je vous dis que je n'ai pas confiance en lui moi non plus. J'aimerais seulement que nous lui laissions le bénéfice du doute, poursuivit Yennefer. Tournant son regard vers Triss, elle poursuivit. « Force est de constater que sans lui, vous auriez deux sœurs de plus à pleurer ».
- Je suis d'accord, renchérit Triss. Tous ces témoignages nous permettent légitimement de douter, mais pas de le condamner pour autant. Rien dans tout ce que vous nous avez révélé n'indique qu'il soit directement responsable de toutes ces catastrophes. Pour l'instant, nous avons besoin de toute l'aide possible pour combattre l'Ombre.
Margarita acquiesça, bien que réticente.
- Très bien, laissons-lui le bénéfice du doute pour l'instant. Mais nous devrons enquêter plus avant sur cet oiseau.
- Je crois que c'est ce qu'il y a de plus sage à faire, répondit Yennefer. Et qu'avez-vous trouvé concernant l'Ombre ?
- Rien, cet être n'est mentionné dans aucun texte que nous avons pu consulter.
- Dans ce cas, vous devriez poursuivre vos recherches pendant que je retourne auprès de Geralt pour combattre cette chose, dit Yennefer en se levant, prête à partir.
- C'est toi qui donnes les ordres à présent ? persifla Margarita. À t'entendre, on pourrait croire que tu cherches à nous éloigner de cette créature...
- Qu'est-ce que tu ne nous dis pas ? demanda Francesca de plus en plus suspicieuse.
- Si vous retournez combattre l'Ombre, vous mourrez, répondit dans un murmure la magicienne aux yeux améthystes.
Un silence de plomb tomba sur l'assemblée. Les membres de la Loge se regardèrent, leurs yeux traduisant un mélange de peur et d'incrédulité.
- Et peut-on savoir d'où te vient cette certitude ? demanda Keira.
- C'est cet oiseau, Kavka, qui l'a prédit. Même s'il est encore bien trop tôt pour lui faire confiance, je ne pense pas qu'il mente lorsqu'il nous demande de rester à l'écart.
- Comme c'est commode, répondit Francesca en un rire sarcastique. S'il est responsable de toutes les catastrophes que nous avons évoqués tout à l'heure, il a bien évidemment tout intérêt à ce que nous restions à l'écart.
- Si tel était le cas, intervint Triss, pourquoi nous aurait-il sauvé, Yennefer et moi ? Il aurait très bien pu nous abandonner à notre sort. De même, pourquoi aurait-il entraîné le Sorceleur dans toute cette histoire ?
- Ses motivations ne sont pas claires, et c'est justement le problème, Triss, répondit Margarita. Comment être sûr...
- J'entends ce que tu dis, ma sœur, mais s'il ne m'avait pas sauvé et permis de revenir vous prévenir, vous auriez envoyé d'autres membres de la Loge et nous serions peut-être toutes mortes à l'heure qu'il est.
- Triss n'a pas tort, renchérit Keira, d'après ce que je comprends, les actions entreprises par ce Kavka ont toutes eues pour conséquence de limiter la casse.
- Très bien, dans ce cas votons, répondit Margarita. Que celles qui souhaitent faire confiance à l'oiseau se fassent connaître.
- Je ne lui fais pas confiance, mais je pense que nous devons attendre, répondit Yennefer. Il m'a demandé de les rejoindre dans leur combat contre l'Ombre, je serais aux premières loges pour vous tenir informées.
- Je suis d'accord avec Yennefer, poursuivit Triss Merigold en posant sa main sur l'épaule de sa sœur.
- Moi aussi, renchérit Keira Metz, il me semble que nous serions plus utiles ici, à rechercher des informations sur l'Ombre et sur ce Kavka. Tout ce que nous pourrons trouver sera autant d'armes supplémentaires si nous devons intervenir plus tard.
- Je me range aux côtés de mes sœurs, poursuivit Ida Emean aep Sivney. Soyons patientes et agissons avec tout le recul nécessaire.
- Très bien, la majorité a parlé, trancha Margarita. Dans ce cas, retourne auprès de ton Sorceleur et tiens-nous informées. Nous nous tiendrons prêtes à intervenir au moment opportun.
Yennefer hocha la tête, acceptant la décision de la Loge. Elle se tourna vers Triss, lui adressa un sourire fatigué mais reconnaissant, puis fit un pas en arrière, les mains déjà élevées pour former les gestes complexes de l'incantation.
Les éclairs de magie crépitèrent autour de ses doigts, traçant des lignes lumineuses dans l'air tandis qu'un portail se matérialisait devant elle, sa surface ondulant comme de l'eau sous une brise légère.
- Je vous tiendrai informées, dit-elle d'une voix ferme, ses yeux améthystes brillant d'une détermination renouvelée.
D'un mouvement fluide, Yennefer traversa le portail, laissant derrière elle le conseil des sorcières. La lumière éclatante se referma, ne laissant qu'un écho de magie dans l'air.
Les membres de la Loge restèrent un moment silencieuses, le poids des révélations et des décisions prises pesant lourdement dans l'atmosphère. Margarita Laux-Antille se leva la première, son visage empreint de gravité.
- Nous avons du travail, dit-elle en se tournant vers les autres. Triss, Keira, continuez à chercher des informations sur Kavka et l'Ombre. Philippa, Francesca, restez en contact avec vos réseaux. Nous devons être prêtes à agir à tout moment.
Philippa acquiesça, reprenant sa forme de chouette avant de s'envoler par une fenêtre ouverte. Francesca et Ida se dirigèrent vers la bibliothèque, déterminées à fouiller les archives les plus obscures. Keira, quant à elle, se pencha sur ses notes, l'esprit en ébullition, cherchant des indices dans les textes anciens.
Triss Merigold, encore secouée par sa propre expérience, se laissa tomber sur un siège, reprenant difficilement son souffle. Les ombres dans la salle semblaient s'allonger, comme pour refléter l'incertitude qui pesait sur elles toutes. Perdue dans ses pensées, elle ne remarqua pas l'étrange oiseau aux yeux de braise qui, perché au sommet d'une étagère, nettoyait calmement son bec sur un antique grimoire dont le titre « De profundis tenebrarum speculi animae » n'avait plus été prononcé depuis que son dernier lecteur s'était éteint bien avant que la première neige de cet âge ne recouvre les collines de son blanc linceul.