The Witcher - Le Prix à Payer

Chapitre 47 : Et sur un exploit, bâtir sa renommée...

Par Auteur_sans_nom

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Le crépuscule avait cédé, laissant place à une nuit noire où les étoiles elles-mêmes semblaient avoir renoncée à leur éclat. Une obscurité presque vivante s'étendait sur la plaine, englobant chaque pierre, chaque arbre tordu dans son étreinte silencieuse. Au milieu de ce néant se dressait une bâtisse en ruines, solitaire et oubliée, comme une relique d'un âge révolu. Ses murs, écorchés par les ans, exhibaient des plaies béantes où le vent s'engouffrait en gémissant, traînant avec lui l'odeur de la moisissure et de l'abandon. Les pierres effritées semblaient prêtes à s'effondrer sous le poids de leur propre histoire, et les ténèbres se glissaient dans chaque recoin, rendant l'intérieur encore plus oppressant. Aucune lumière ne brillait entre ces murs délabrés. Ni feu ni torche. La prudence commandait l'invisibilité, mais cette obscurité pesait lourdement sur les âmes. Seuls les reflets hésitants de la lune trouvaient leur chemin entre les nuages menaçants, projetant des ombres tordues qui dansaient sur le sol comme des spectres insaisissables.


Geralt et Alric étaient penchés au-dessus d'un lit de paille, un assemblage rudimentaire qui n'avait rien de réconfortant. Leur attention était entièrement tournée vers Régis. Le vampire, d'habitude d'une pâleur lunaire, avait pris une teinte grisâtre, presque cadavérique. Il reposait là, immobile, sa poitrine montant à peine sous un souffle imperceptible. Les bandages ensorcelés par Yennefer tenaient encore, mais les traces de sang séché et l'odeur métallique persistante rappelaient qu'il était suspendu à un fil fragile.


- Ses bandages... murmura Alric, brisant le silence d'une voix tremblante en passant une main nerveuse sur son front perlé de sueur. Ils tiennent toujours, mais... sa fièvre ne faiblit pas.


Geralt resta silencieux un instant. Ses yeux de fauve, réfléchissant un éclat terne dans la pénombre, scrutaient Régis avec une intensité froide, presque clinique, mais la tension dans sa mâchoire trahissait son inquiétude. L'air semblait alourdi, comme si chaque respiration luttait contre une force invisible.


- Yennefer a fait tout ce qu'elle pouvait pour empêcher l'infection de se propager, répondit-il enfin, sa voix rauque chargée d'une gravité inhabituelle. Mais si Régis ne reprend pas conscience bientôt... ça ne suffira pas.


À quelques pas, abandonné contre une paroi effondrée, le miroir maudit reposait, inerte mais toujours menaçant. Sa surface reflétait faiblement la lumière de la lune, mais ce n'étaient pas des images ordinaires qui s'y dessinaient. Les silhouettes d'enfants y étaient figées, emprisonnées dans une posture d'effroi. Geralt tourna les yeux vers l'objet, mais son regard s'y heurta à peine avant de se détourner brusquement. La vue de ces visages pétrifiés dans une terreur éternelle, bien plus qu'une amère défaite, était pour lui une blessure qu'il ne pouvait supporter.


Un bruit sourd résonna soudain à l'extérieur, un froissement de gravier brisé. Les sens aiguisés du Sorceleur s'éveillèrent immédiatement. Une silhouette pénétra par une brèche béante dans le mur, sa démarche légère mais chargée d'urgence. Zehlen, le bobolak, s'accroupit près d'eux, ses traits marqués par l'inquiétude. Ses yeux félins se posèrent d'abord sur les bandages de Régis, puis cherchèrent ceux de Geralt, comme pour évaluer l'espoir qu'il pouvait encore nourrir.


- Où est Blaime ? demanda Alric, sa voix hésitante brisant le silence oppressant qui s'était abattu sur eux.


- Il cherche toujours Mira, répondit Zehlen, sa voix basse mais rauque d'épuisement. Il est parti au crépuscule. Il pensait que son odorat suffirait... mais cette cape, elle la rend invisible. Elle pourrait être à un souffle de nous ou à des lieues d'ici. Nous sommes aveugles.


Un silence s'installa, plus lourd encore que les précédents. Les trois hommes évitaient de croiser leurs regards, chacun submergé par ses propres pensées. Zehlen baissa les yeux vers Régis, son corps à peine agité par un souffle ténu, puis les releva lentement vers Geralt. Une inquiétude croissante se peignait sur son visage, chaque seconde qui passait renforçant son sentiment d'impuissance.


- Sorceleur, reprit Zehlen de sa voix fluette, je dois te poser une question. Blaime et moi avons quitté nos terres en ruines, traversé des contrées hostiles, et risqué nos vies pour quémander une alliance contre l'Ombre. Cette créature dévore nos foyers et nos âmes. Avez-vous obtenu une quelconque aide auprès des vôtres ?


Geralt ne répondit pas tout de suite. Ses mâchoires se contractèrent, une ombre de frustration assombrissant son regard. Les lignes de son visage se tendirent, chaque muscle trahissant une colère contenue.


- Radovid... rétorqua-t-il enfin avec un éclat d'amertume. Cet homme est fou. Son esprit est un puits de paranoïa et de haine. À peine étions-nous arrivés qu'il a failli nous faire exécuter. Nous n'avons eu d'autre choix que de fuir avant que cela ne se transforme en massacre.


Les mots résonnèrent dans la bâtisse abandonnée, se mêlant aux soupirs du vent qui s'infiltraient par les fissures des murs. Zehlen, visiblement abattu, baissa les épaules, comme si un poids invisible s'abattait sur lui. Il se mit à arpenter nerveusement l'espace restreint, ses griffes raclant doucement le sol de pierre dans un rythme discordant.


- Il n'y avait rien d'autre à faire, continua Geralt. Mais si cet Ombre est la même créature qui s'attaque aux vôtres, alors nous la combattrons ensemble.


Zehlen s'arrêta net, le regard dur, une flamme de sarcasme dans ses pupilles dorées.


- Combattre ? Ensemble ? répéta-t-il d'un ton teinté de désespoir. Sorceleur, nous sommes une poignée. Une poignée trop faible. Trop insignifiante. Que pouvons-nous espérer accomplir face à une entité capable de dévaster des royaumes entiers ? Nous ne sommes rien.


- C'est sur de grands exploits que l'on bâtît sa renommée... intervint Alric, la voix hésitante.


Zehlen tourna son visage marqué vers le jeune homme. Un sourire triste et cynique étira ses lèvres.


- Je n'ai que faire de la renommée, humain. Ni de gloire, ni de récits héroïques. Mon peuple n'a pas besoin de chansons à sa mémoire. Je veux seulement qu'il survive.


Le poids de ses mots retomba lourdement dans l'air déjà chargé. Mais avant que quiconque ne puisse répondre, un bruit sourd brisa leur échange. Le craquement sec d'un pas sur des branches mortes, suivi d'un battement précipité contre les murs. Tous se figèrent jusqu'à ce qu'ils virent Blaime apparaître dans l'ouverture béante, haletant.


- Tu as trouvé Mira ? demanda Alric, son espoir perçant la tension environnante.


- Non... haleta Blaime de sa voix rauque, chaque mot arraché à sa respiration difficile. Elle... reste introuvable. Sa cape, la dissimule trop bien. Mais... ce n'est pas tout... Nous avons un problème bien plus grave.


Le silence suspendit leurs souffles.


- Au moins deux cents soldats approchent. Rédaniens. Ils nous encerclent.


Geralt bondit sur ses pieds, son regard devenant celui d'un prédateur traqué, alerte et prêt à attaquer.


- Combien de temps ? aboya-t-il, son ton tranchant comme l'acier de son épée.


- Dix minutes... peut-être moins, souffla Blaime.


Le silence qui suivit était presque assourdissant. La ruine semblait rétrécir autour d'eux, ses ombres oppressantes se refermant sur leurs craintes. Alric resta figé, ses poings serrés si fort que ses jointures blanchirent. Zehlen, lui, fixait le sol, son expression marquée par l'inquiétude et le désespoir.


- Nous sommes trop peu nombreux, murmura le bobolak, ses mains tremblant légèrement alors qu'il serrait ses lames.


- Peu importe, lâcha Geralt d'une voix glaciale. Nous n'avons pas le choix.


D'un geste rapide et précis, le Sorceleur ouvrit son sac de cuir. Les fioles de verre cliquetèrent doucement, leur contenu luminescent renvoyant des éclats argentés sous la lumière froide de la lune. Il les aligna avec méthode : une fiole de Chat-Huant, pour maintenir son endurance ; une de Tonnerre, pour accroître sa force ; et une de Chat, indispensable pour voir dans l'obscurité. Chaque mouvement était empreint d'une précision impitoyable, comme si le chaos imminent n'était qu'une autre étape dans une danse qu'il connaissait par cœur.


Alric, toujours hésitant, se pencha pour l'aider, ses gestes maladroits trahissant sa peur. Ses doigts tremblants attachèrent une bandoulière de couteaux qu'il serra autour de sa taille, puis il empoigna son épée courte, ses jointures blanchissant davantage.


- Je ne suis pas un guerrier, avoua-t-il, sa voix à peine plus forte qu'un souffle. Mais je ne fuirai pas.


Geralt posa brièvement une main gantée sur son épaule, un geste chargé de reconnaissance et d'une rare humanité. Puis, sans hésitation, il avala les potions d'un seul trait. Leur effet fut presque immédiat. Ses pupilles se dilatèrent, noyant ses yeux dans un noir insondable. Ses veines saillirent sous sa peau, palpitantes, et un frisson électrique parcourut ses membres. À cet instant, il n'était plus un homme. Il était une arme. Blaime, de son côté, ajustait son arc et vérifiait son carquois, tandis que Zehlen testait la prise de ses deux lames courtes, le regard déterminé malgré la tension dans ses épaules.


Dans la ruine, chaque souffle semblait un hurlement dans le silence tendu. Ils prirent position : Zehlen derrière une brèche du mur, ses lames prêtes à jaillir ; Blaime, replié dans un renfoncement, tendait déjà son arc, les yeux rivés sur l'obscurité. Alric resta auprès de Régis afin de le protéger du mieux qu'il pourrait lorsque les assaillants parviendraient à pénétrer dans la petite ruine. Et Geralt, en première ligne, se campa face à l'entrée principale, son épée d'acier scintillant sous la lumière spectrale de la lune.


Les secondes s'égrenaient avec une lenteur insupportable. Chaque battement de cœur semblait résonner dans l'immobilité. Et puis, comme une tempête s'abattant sur une mer trop calme, le chaos déferla.






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