The Witcher - Le Prix à Payer

Chapitre 50 : Un pas trop loin au cœur de l'abîme

Par Auteur_sans_nom

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La plaine semblait figée dans une immobilité terrifiante, comme si le monde lui-même retenait son souffle. Quelques instants plus tôt, elle avait été le théâtre d'un carnage indescriptible, mais désormais, elle ressemblait à un tombeau immense et ouvert. Le silence était absolu, seulement troublé par le bruissement distant du vent. Ce souffle timide effleurait les cadavres, ondulait sur les flaques de sang encore tièdes, et glissait sur les ombres qui semblaient s'étendre et se rétracter, vivantes dans cette obscurité qui engloutissait la lumière.


Geralt, en première ligne, se tenait droit, mais tendu, chaque muscle vibrant sous l'effet des potions qui coulaient dans ses veines. Ses pupilles dilatées, éclatantes d'un noir profond, captaient chaque détail de la silhouette encapuchonnée qui lui faisait face. Elle ne bougeait pas. Drapée dans une cape si noire qu'elle semblait boire la lumière, elle était là, comme un fragment d'obscurité devenu chair. Sa simple présence irradiait une menace si écrasante que même Geralt, habitué aux horreurs les plus indicibles, ressentait un poids glacé sur sa poitrine. Ce n'était pas une peur ordinaire : c'était l'instinct primal, celui qui vous murmurait que vous faisiez face à quelque chose qui vous dépassait. Infiniment.


Derrière lui, Alric suffoquait sous l'angoisse. Sa main, crispée sur la garde de son épée, tremblait violemment. Son souffle haché semblait s'étrangler dans sa gorge, et des gouttes de sueur froide glissaient le long de ses tempes. Ses pensées tourbillonnaient, incohérentes, ramenant des souvenirs qu'il croyait enfouis. Ces yeux... Cette présence... C'est elle... La femme de la taverne... Le souvenir de cette nuit où la peur l'avait cloué sur place revenait le hanter avec une intensité presque insupportable. Il n'était pas seulement en proie à la terreur ; il était submergé par une certitude qu'il aurait voulu nier. Cette femme n'était pas humaine. Elle ne pouvait l'être.


À sa droite, Blaime, l'arc tendu avec une flèche prête à être décochée, fixait la femme de son regard reptilien. Mais même lui, prédateur chevronné, sentait ses instincts faillir en sa présence. Ses pupilles, réduites à deux fentes dorées, trahissaient un conflit interne : frapper ou fuir. Il avait déjà fait son choix, mais son bras tremblait malgré lui. Sa queue écailleuse, habituellement immobile en posture de chasse, bougeait nerveusement, trahissant une peur qu'il n'osait exprimer. A côté de lui, Zehlen respirait par saccades. Pour la première fois, son courage animal semblait brisé. Un grondement sourd monta dans sa gorge, vite étouffé. Même pour lui, cette femme représentait quelque chose d'incompréhensible. Ce n'est pas une proie... Ce n'est même pas une chasseuse. C'est autre chose.


Et elle... elle restait là, immobile, comme si le monde entier lui appartenait. Sa cape sombre flottait légèrement dans un vent que personne d'autre ne percevait. Lorsque la lune perça timidement les nuages, un éclat rouge traversa le capuchon, fugitif, mais suffisant pour glacer les cœurs. Ses mains, pâles comme l'ivoire sous les nuances de rouge et de noir laissées par le sang des soldats, dépassaient légèrement des plis de sa cape, immobiles mais étrangement hypnotiques. Chaque détail de sa posture dégageait une autorité si écrasante qu'il semblait impossible de la contredire.


Puis elle bougea.


Un pas. Lent. Immuable. Les bottes effleurèrent la terre imbibée de sang sans produire le moindre son. Même le sol semblait se rétracter sous elle, comme s'il refusait de contrarier son passage.


- Reste où tu es, lança le Sorceleur, sa voix tranchante comme la lame qu'il tenait.


Son épée se leva légèrement, brillant d'un éclat spectral sous la lumière froide de la lune.


La silhouette s'arrêta. Un sourire, imperceptible, sembla jouer sur ses lèvres invisibles. Elle inclina légèrement la tête, un geste si maîtrisé qu'il ressemblait davantage à une moquerie qu'à une véritable menace.


- Si j'avais voulu vous tuer, ce serait déjà fait, murmura-t-elle.


Sa voix était douce, mélodieuse, presque apaisante. Pourtant, chaque mot résonnait dans l'air comme une vibration ancienne, un murmure d'un pouvoir qu'aucun d'entre eux ne pouvait comprendre. Geralt sentit un frisson glacé remonter le long de sa colonne vertébrale.


Alric recula d'un pas, les jambes flageolantes. Il ouvrit la bouche pour parler, mais aucun son ne sortit. Blaime, lui, céda à la nervosité. Ses doigts engourdis ne purent retenir sa flèche... Et le projectile fendit l'air, rapide, précis, mortel.


Puis, tout s'arrêta.


Le trait s'arrêta en plein vol, à quelques mètres de la femme, suspendue dans l'air comme si le temps lui-même avait été figé. Une vibration ténue entourait la flèche, une distorsion imperceptible, comme si l'espace refusait de la laisser avancer.


Blaime écarquilla les yeux. Impossible.


Un battement de cils plus tard, elle était là. Juste devant Geralt.


Il n'avait rien vu. Rien senti. Elle avait simplement disparu de l'endroit où elle se trouvait pour apparaître à quelques centimètres de lui. Les traits de son visage se dévoilèrent alors : d'une beauté glaciale, irréelle. Des yeux teintés de rouges comme des braises insondables. Et un sourire. Un sourire qui n'avait rien de chaleureux, mais qui portait en lui une antiquité écrasante, carnassière. Une partie de lui, enfouie profondément, comprenait que ce qu'il avait en face de lui ne pouvait pas être appréhendé par les limites humaines, ni même celles d'un Sorceleur. Ce n'était pas une créature du monde ordinaire. C'était quelque chose de bien plus ancien.


Geralt voulut bouger, mais son corps ne lui obéissait plus. Il était figé. Pas par sa volonté. Pas par la peur. Mais par autre chose. Une force invisible, irrésistible. Même son épée, si familière et si fiable, pendait mollement dans sa main, comme un poids inutile. Chaque fibre de son être hurlait à l'impuissance. Il aurait voulu trembler, mais même cela lui était interdit.


Le silence devint insupportable. Elle leva une main pâle et effleura du bout des doigts la lame de Geralt. L'acier, d'ordinaire froid et mortel, sembla frémir sous ce contact.


- Geralt de Riv, murmura-t-elle. Sa voix s'insinua dans son esprit, glissant dans ses pensées comme un serpent silencieux. Intéressant. Mais... insignifiant.


Elle ne dit rien de plus. Ses paroles n'étaient pas une insulte, mais un constat, une vérité brutale qui frappa Geralt avec une clarté dérangeante. Il avait toujours su qu'il existait de part le monde des êtres contre lesquels il ne servait à rien de lutter. Il en avait même déjà rencontré quelques-uns. En cet instant, il faisait face, à l'un d'entre eux.


Puis, sans prévenir, le contrôle revint.


Geralt inspira brusquement, la gorge sèche, mais il ne bougea pas. Son épée resta abaissée. Derrière lui, Alric s'écroula presque, son souffle saccadé résonnant dans l'air lourd. Blaime recula, son arc tremblant entre ses mains, et Zehlen, les crocs découverts, fixait toujours la femme avec une peur qu'il n'essayait plus de dissimuler.


Mais aucun d'eux n'osait faire un geste. Ce n'était pas elle qui les retenait désormais, mais une peur viscérale, ancrée au plus profond d'eux. Ils savaient tous, instinctivement, qu'un seul mouvement imprudent scellerait leur destin.

La femme, cependant, se détourna lentement. D'un pas mesuré, elle s'éloigna, marchant en direction de la ruine. Lorsqu'elle y entra, la lumière de la lune sembla s'intensifier, illuminant les contours délabrés de la bâtisse. Régis, étendu sur son lit de fortune, était à l'article de la mort. Sa peau translucide, ses joues creusées, son souffle à peine perceptible : il ressemblait à une coquille vide, vidée de toute vie. La femme s'arrêta à ses côtés, s'agenouillant avec une fluidité presque irréelle.


Ses mouvements, d'une lenteur calculée, semblaient emplis d'un rituel ancien. Elle releva sa manche, révélant un poignet d'une pâleur éclatante, presque surnaturelle. Puis, sans la moindre hésitation, elle y planta ses crocs. Sa chair céda sous la morsure, et un sang sombre, épais, jaillit, traçant des rivières pourpres sur sa peau. D'un mouvement ample et doux, elle laissa le liquide écarlate, tomber dans la bouche entrouverte de Régis.


Le vampire réagit immédiatement. Un spasme secoua son corps émacié, et ses yeux s'ouvrirent d'un coup, éclatant d'un rouge incandescent. Son souffle, qui semblait s'être éteint depuis des heures, revint comme une tempête. Ses joues se regonflèrent, et ses veines, jusqu'alors invisibles, pulsèrent sous sa peau redevenue vivante. C'était une transformation terrifiante à observer, comme si une puissance surnaturelle l'envahissait et balayait toute trace de mort.

Dehors, les compagnons observaient, fascinés et horrifiés à la fois. Même Geralt, qui avait vu des choses qu'aucun homme ne pouvait concevoir, ne pouvait détourner le regard. Chaque goutte de ce sang semblait contenir un pouvoir si ancien, si absolu, qu'il en irradiait une aura presque visible. L'air lui-même vibrait, chargé d'une énergie que nul ne comprenait.


Lorsque Régis eut bu suffisamment, elle retira son poignet. Pas une seule trace de blessure n'y restait. Sa peau était intacte, parfaite, comme si rien ne s'était produit. Elle se redressa, ajustant doucement sa cape, et tourna son regard vers la sortie.


Puis elle disparut.


Il n'y eut ni éclat de lumière, ni battement d'ailes, ni bruit. Elle n'était simplement plus là. Mais son absence, bien loin de soulager les compagnons, laissait un vide presque tangible, une empreinte indélébile sur l'air.


Dans la ruine, Régis respirait profondément. Il avait fait un pas trop loin au cœur de l'abîme... Mais à présent, ses forces revenaient avec une rapidité effrayante, lui offrant une vitalité qu'il n'avait pas connue depuis des siècles. Son regard, brillant d'une intensité nouvelle, se posa sur l'entrée. 


Il murmura quelque chose, mais ses mots furent emportés par le vent.




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