Il n'y avait plus rien. Pas même le confort cruel d'une douleur aiguë, pas même l'illusion d'une surface sous ses pieds, pas même le moindre frisson d'air sur sa peau. Rien. Un vide si absolu que la simple idée du vide semblait déjà trop pleine.
Geralt flottait, ou tombait, ou s'effritait lentement dans un abîme sans parois, sans fond, sans sommet. La notion même de "haut" ou de "bas" se dissolvait dans son esprit, se liquéfiait dans ce néant étouffant qui s'étendait dans toutes les directions à la fois, avec une égalité monstrueuse, sans horizon, sans étoile... Il n'y avait pas de chaleur, ni de froid. Pas de lumière, ni d'ombre. Pas d'odeur, ni de son. Même son propre souffle, même les battements de son cœur, même le frémissement de ses pensées semblaient étranglés, étouffés par cette matière noire, immense, insensible. Il tenta de bouger, de lever la main, d'agiter une jambe mais il ne sentit aucune réponse, aucune résistance. Rien. Son propre corps n'était plus qu'une idée incertaine, une habitude persistante dans un lieu qui n'en reconnaissait pas l'existence. S'il tournait la tête, il se demandait s'il la tournait vraiment tant rien ne changeait. Devant lui, derrière lui, au-dessus, au-dessous, tout était le même noir total, le même océan infini de non-être.
Le vide semblait ramper sous sa peau, s'insinuer dans ses os, effacer peu à peu jusqu'à la mémoire de ce qu'il était. Même la douleur de ses blessures, si vivace quelques battements de cœur plus tôt, s'effilochait, devenant lointaine, irréelle. Il n'y avait pas de temps ici, pas de succession d'instants, seulement cet engloutissement lent, inexorable, qui grignotait son âme lambeau par lambeau et qui effaçait ses pensées les unes après les autres. Il aurait voulu crier, mais même cela était impossible. Sa gorge n'était plus qu'un souvenir lointain, ses poumons de simples coquilles vides suspendues dans le néant.
Il n'y avait que lui. Ou plutôt... il y avait ce qui restait de lui. Un point minuscule de conscience, battu par les flots d'obscurité, isolé dans une mer sans rives, sans limites.
La panique, d'abord, frappa. Brutale, animale. Il chercha à fuir, à courir, à nager, à tomber, n'importe quoi pour échapper à cette étendue implacable. N'importe quoi pour ressentir à nouveau quelque chose. Mais il n'y avait rien à fuir...
Pas de murs à heurter, pas de sol à frapper, pas même une surface pour refléter sa propre agonie.
Et alors, lentement, inexorablement, il comprit.
Il n'était pas seulement dans le néant. Il ne flottait pas à travers un lieu vide, il était en train de devenir ce lieu, de se dissoudre dans cette absence infinie, de voir ses souvenirs, ses douleurs, ses espoirs eux-mêmes absorbés, effacés, digérés par quelque chose de plus ancien, de plus vaste, de plus terrible que la mort. Ou bien, peut-être était-ce ça la mort...
Combien de temps s'écoula ainsi ? Une seconde ? Un siècle ?
Quelle importance, de toute façon, il n'y avait plus personne pour compter... Seulement ce battement sourd, ce froissement ténu, ce vestige de volonté, qui luttait encore, seul, contre l'oubli absolu.
Geralt de Riv. Ce nom résonna une dernière fois dans l'obscurité intérieure, puis même ce murmure se perdit.
Et il resta là.
Suspendu.
Effacé.
Seul.