The Witcher - Le Prix à Payer

Chapitre 79 : Répondant au silence d'un appel muet

Par Auteur_sans_nom

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Un homme à cheval avançait lentement, solitaire, sur un sentier étroit serpentant à travers un paysage où l'horizon se noyait dans la lutte silencieuse entre la pâle clarté de l'aube et la brume grise s'élevant du sol, effaçant peu à peu la frontière entre l'air et la terre. L'atmosphère, glacée, portait les relents persistants de l'humidité, saturée de l'odeur musquée des racines, une fragrance lourde qui s'enroulait autour de chaque respiration, imposant une présence oppressante. Le vent, fugace, ne faisant qu'effleurer la terre humide, cherchant sans cesse à s'échapper, à fuir l'étreinte de cette nature imbibée d'eau. À chaque pas du cheval, le sol vibrant répercutait le son des sabots dans l'air encore figé, chaque mouvement de l'animal semblant soulever une onde invisible, résonnant dans l'air comme un soupir longuement contenu. La silhouette du cheval, d'une blancheur presque irréelle, se détachait dans ce paysage sans couleur, son corps et sa crinière flous, se fondant avec la brume, défiant la lumière. La brise frissonnait autour de lui, comme si la nature elle-même hésitait, flottant dans une indécision lourde, une fine bruine effleurant les visages et trempant lentement les tissus.


L'homme qui le montait semblait n'avoir aucune hâte. Son corps, recouvert de haillons érodés par le temps, épousait les contours du cheval d'une manière qui paraissait tout à fait naturelle, une fluidité inquiétante, comme si son être s'était fondu dans la créature. Ses vêtements, d'un noir délavé, se plaquaient contre lui, semblable a une peau usée par le poids des années, déformés par l'éternité elle-même. Les mains de l'homme, longues et pâles, tenaient les rênes avec une fermeté tranquille, sans précipitation, chaque geste mesuré, dénué de toute violence. Sous sa capuche, ses yeux restaient inaccessibles, cachés dans l'obscurité, laissant transparaître une absence étrange, un regard qui semblait glisser sur le monde sans jamais vraiment s'y poser. Un silence d'une densité presque palpable l'enveloppait, une lourdeur invisible qui se fondait avec la brume. Autour de lui, un tintement régulier de grelot, d'abord léger, presque mélancolique, se hissait dans l'air frais, flottant et s'éteignant dans le même souffle, une mélodie fugace qui se perdait comme un murmure abandonné.


Chaque pas qu'il fit dans cette étrange marche semblait suspendu dans le temps. L'atmosphère elle-même semblait se replier sur lui, un espace devenu trop étroit pour contenir la lenteur de ses gestes. Ses mains, maculées de sang, brillaient d'un rouge éclatant, une couleur si vive qu'elle semblait irréelle, suspendue dans l'ombre qui baignait son manteau. Le sang, encore chaud et vibrant, détonnait contre la pâleur de son vêtement, une rupture brutale dans le calme environnant. Il leva les mains devant lui, ses yeux fixés sur les éclaboussures sombres, comme si chacune de ces traces portait un mystère qu'il s'efforçait de déchiffrer. Avec une précision froide, ses doigts effleurèrent le sang, puis, dans un geste presque solennel, les porta à ses lèvres. Il lécha chaque goutte avec une lenteur étrange, presque cérémonieuse, un rituel d'absorption où chaque mouvement semblait une quête infinie pour comprendre le goût de la vie, cette essence qui s'échappait de la peau.


Son regard s'illumina brièvement, comme un éclat de plaisir solitaire, et un sourire se dessina sur ses lèvres. D'abord effleurant, puis dévorant, jusqu'à devenir cruel, une expression marquée par un dédain silencieux, un rictus qui devint une promesse glacée. Dans la brume lourde, sa voix s'éleva, d'abord faible, presque un murmure, avant d'éclater dans l'espace comme un souffle de vent capté par l'air oppressant :


- Tu te décides enfin à te montrer...


Il tourna lentement la tête, les paupières à peine entrouvertes, et l'atmosphère autour de lui changea, une densité nouvelle se formant, comme si un poids invisible se déployait dans l'air. La brume, d'abord douce, se resserra autour de lui, effleurant sa peau d'une froideur saisissante. Le sourire s'étira sur ses lèvres, devenant plus grand, plus cruel, chaque mouvement empreint d'une certitude inquiétante, une certitude que tout ici se dirigeait inexorablement vers un point de non-retour. Une lueur glacée, presque blême, éclata dans son regard, illuminant son visage d'une clarté menaçante, prête à engloutir ce qui restait du monde autour de lui. Dans une fluidité presque irréelle, il se redressa, sa silhouette raide et figée dans l'espace, puis, sans un regard pour ce qu'il laissait derrière lui, il parla de nouveau, la voix plus forte, plus grave, une vibration profonde qui traversa le silence étouffant de la forêt :


- Souhaites-tu partager mon repas ?


Le silence se fit lourd, une présence insidieuse, où chaque battement de cœur semblait une menace qui se dressait dans l'air. Le vent, maintenant plus violent, se leva, tentant de fuir cette pression invisible, mais l'homme demeura immobile, son sourire toujours béant, attendant. La scène se suspendit dans l'éternité d'un instant figé, un moment hors du temps, où l'air semblait, lui aussi, retenir son souffle. Les mots, lourds de sens, se suspendirent, dévorant l'espace, saturés de douleur, de sang, et de la certitude du malheur à venir.


Puis, tout se dissipa. Le vent, l'homme, la forêt, tout se vida dans un souffle imperceptible, absorbé par un vide qui se déployait autour de lui. Il ne restait plus que l'attente, une attente infinie, une promesse de quelque chose de terrible, mais inévitable. Dans ce vide où l'ombre et la lumière s'unissaient dans une danse morbide, une forme se leva, douce et inéluctable et répondit au silence d'un appel muet.




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