Renard s’était téléporté à la surface. L’Hôtel de Ville n’était plus qu’une ruine, la place un vaste terrain vague. Le vent humide venu de la Seine le fit frissonner. Ses vêtements lui collaient à la peau, sous l’effet de la sueur refroidie et de l’eau bouillante qui commençait à sécher. Les frottements du tissu entravaient ses mouvements. Le pire était son cœur qu’il sentait battre dans sa main ; chaque pulsation envoyant une décharge de douleur dans tout son bras.
Il remarqua une nouvelle zone moite et tiède sur le devant de la hanche, là où il avait heurté le convoyeur. Il y porta la main, et la retira maculée de sang. Il grogna. Faire l’inventaire de ses blessures ne servait à rien pour le moment. Henry n’allait pas tarder.
Il avisa une planche d’un bon mètre de long et s’en empara. Sa main gauche refusa de se fermer complètement, rendant sa prise sur l’instrument compliquée.
Henry se matérialisa presque sur lui. Renard réagit immédiatement et le frappa de toutes ses forces avec la planche. Il n’avait aucune envie d’abîmer le robot, mais il ne voyait plus d’autres solutions.
Lorsque la planche entra en contact avec l’épaule en acier, ce fut Renard qui cria : une douleur fulgurante lui remonta tout le bras gauche, et il manqua lâcher son arme improvisée. Il tint bon, et Henry tomba à terre, probablement plus sous le coup de la surprise que réellement endommagé. Sa blouse et ses vêtements s’étaient déchirés sous le coup, ainsi que la peau artificielle, et l’armature de son bras était visible.
Renard frappa à nouveau, au bras, au torse, à la tête. Chaque fois, le claquement du bois contre le métal se mêlait à son cri de douleur. Il était à nouveau trempé de sueur, tant sous l’effet de l’effort que de la douleur. La brûlure dans son dos le tirait, et devant, le sang refroidissant donnait une texture désagréable à ses vêtements. Son bras vibrait sous la douleur qu’il s’infligeait à chaque nouvel assaut. Ses jambes tremblaient.
La planche s’abattit une nouvelle fois sur Henry, presque sans force. Quelque chose percuta son genou, et il tomba. Son coude butta douloureusement contre le sol, et des gravats lui déchirèrent le dos.
Un violent coup fit exploser la planche qu’il tenait toujours devant lui, et lui coupa le souffle. Henry n’avait même pas cherché à lui faire mal.
Le robot s’installa à califourchon sur lui. Renard réagit aussitôt : s’arc-boutant de toutes ses forces, il rua, déstabilisant Henry. Mais le robot ne fut pas totalement désarçonné, et à quatre pattes au-dessus de Renard, il contre-attaqua, immobilisant ses deux bras au-dessus de sa tête.
Ils restèrent dans cette position un moment, Renard haletant et essayant vainement de dégager ses bras — au moins le droit, l’autre était trop douloureux pour lutter.
— Tu fais quoi, maintenant ? le nargua Henry.
— Je ne vais pas te laisser la victoire si facilement !
— Ah non ? Tu ne peux plus bouger, tu ne peux plus t’enfuir.
Henry modifia sa prise pour tenir les deux bras de Renard d’une seule main. De l’autre, il chercha le cou de Renard. Celui-ci baissa la tête, rendant l’accès à sa gorge plus difficile. Coincé sous la masse du robot, les bras emprisonnés par sa poigne implacable, il refusait de capituler.
Se tortiller au sol ne donnait rien. Il n’avait pas assez de liberté de mouvement pour mordre la main qui voulait l’étrangler. Seules ses jambes étaient libres… Il pensa à donner un coup à l’entrejambe d’Henry, puis se ravisa. Il se ferait sûrement mal, sans effet notable sur le robot. Et il avait une meilleure idée.
Cessant de se débattre, il planta un regard défiant dans celui d’Henry. Puis il remonta un genou le long de l’intérieur de la cuisse du robot, lentement, caressant. Il s’arrêta sur son sexe, pressa gentiment, et entama la même manœuvre de l’autre jambe.
Henry avait cessé son attaque. Les yeux fermés, il respirait un peu plus fort. Un gémissement lui échappa. Renard l’interpréta comme un signal et, tirant d’un coup sec, réussi à libérer un bras.
Il plongea immédiatement la main dans le trou qu’il avait fait dans le flanc d’Henry, et arracha des fils au hasard : ce n’était pas le moment d’être délicat. Henry poussa un cri de surprise, et s’affaissa légèrement. Il avait dû toucher un système important. Il enfonça la main plus profondément dans les entrailles du robot, continuant son travail de destruction. Si seulement il pouvait débrancher la batterie…
Il entendit un bruit de branche qui casse au-dessus de sa tête, et la douleur fulgurante traversant son bras toujours prisonnier le fit se cabrer. Le hurlement qui lui déchirait les oreilles se tut quand Henry trouva enfin une bonne prise sur sa gorge, lui coupant la respiration.
Par réflexe, il ressortit sa main libre des profondeurs d’Henry, et tenta de déloger les doigts qui l’étranglaient. Il glissait contre les gants en caoutchouc. L’étau autour de son cou était inflexible, inébranlable. Inhumain.
Au-dessus de lui, le visage d’Henry arborait une expression tranquille.