Danger mortel

Chapitre 5 : Arrêt

Par Lulantis

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 Quelque chose changea. Renard, trop occupé à paniquer, n’analysa pas vraiment quoi. Henry était rigide. Son expression figée — même sa moustache ne frémissait pas. Mais sa prise sur la gorge de Renard ne se desserrait pas.

Renard lâcha la main qui l’étranglait. À tâtons, il chercha une arme — n’importe quoi — et ses doigts rencontrèrent une grosse pierre. Il s’en saisit, et assena un coup sur la tempe d’Henry. Pour seule réponse, un « clong » sourd retentit.

Henry ne bougea pas d’un millimètre.

Renard luttait avec l’énergie du désespoir. De son bras libre, de ses jambes, il tentait d’écarter le robot, mais celui-ci restait aussi immobile qu’une statue, serrant toujours sa gorge.

Renard eut l’impression de voir les yeux d’Henry s’éteindre. Ça n’avait pas vraiment de sens, sans doute juste un effet de sa vision qui se brouillait. Ses oreilles bourdonnaient. Alors qu’il était allongé au sol, il se sentit tomber en arrière…

Soudain, tout s’arrêta. Le poids qui le maintenait au sol s’évanouit, l’air arrivait à nouveau dans ses poumons. Les étoiles qui dansaient devant ses yeux se dissipèrent lentement, pour laisser place au ciel pollué de Paris.

Il lui fallut plusieurs secondes avant de penser à bouger. Il tenta de se lever. La douleur quand il prit appui sur ses bras lui arracha un cri rauque. À l’essai suivant, il parvint à se redresser sur des jambes flageolantes, et retomba. Il avisa un tuyau cassé, et s’en servit comme une canne. Enfin debout, le monde autour de lui un peu plus stable, il modifia sa prise sur le tuyau pour s’en servir comme d’une batte. Toujours haletant, incapable d’avaler sa salive tant sa gorge lui faisait mal, il chercha Henry du regard.

Le robot était à quelques mètres de lui, assis au sol. Il le regardait comme un lapin pris dans les phares d’une voiture, comme quelqu’un qui ne comprend pas ce qui se passe ou qui émerge tout juste d’un cauchemar. Comme si c’était lui qui avait failli mourir quelques minutes plus tôt, et Renard qui l’avait attaqué.

Henry bougea et Renard leva sa batte improvisée.

Le robot leva les mains devant lui, en signe d’apaisement, ou peut-être pour se protéger de la menace du tuyau. C’était inutile : il était hors de portée, contrairement à Renard qui était encore dans le champ des turbo-poings. Il recula de quelques pas, et tomba à nouveau. Henry bondit vers lui, et dès qu’il fut à portée, Renard lui flanqua un coup de tuyau. Henry para facilement, mais ne chercha pas à le désarmer. Il s’éloigna, mine inquiète, essayant de ne pas paraître menaçant. Renard gardait le tuyau brandi entre eux.

— Qu’est-ce qui s’est passé ? murmura Henry.

— Fais pas comme si tu débarquais, Henry, rétorqua Renard d’une voix éraillée.

Henry détourna le regard. Au bout du bras de Renard, le tuyau se faisait lourd. Tout son corps lui faisait mal, il ne pouvait plus ignorer l’épuisement qui menaçait de le submerger totalement.

— Tu es blessé, remarqua Henry, sans le regarder.

— Sans blague.

Henry resta immobile un moment. Sa bouche s’ouvrit et se ferma plusieurs fois sans que rien n’en sorte. Ses yeux fouillaient le décor, sans se poser sur Renard.

— Je suis désolé… murmura-t-il finalement.

Le tuyau heurta le sol dans un bruit sourd. Renard ne l’avait pas lâché, mais il n’avait plus la force de se défendre. Si c’était une ruse d’Henry… mais ça n’avait pas de sens, il avait été entièrement à sa merci peu avant. Il ferma les yeux et souffla.

Il sursauta violemment quand une main se posa sur son épaule. Un cri de douleur lui échappa. Henry retira sa main, mais ne s’écarta pas. Il observait Renard, avec un calme forcé très différent de l’attitude tranquille qu’il avait adoptée quand il essayait de le tuer.

— Tu as mal où ?

Renard ne répondit pas tout de suite.

— Ça va.

Henry fronça les sourcils. Évidemment, il n’accepterait pas cette réponse. Ça crevait les yeux que ça n’allait pas. Le docteur l’étudia des pieds à la tête. Il devait être plus ensanglanté que d’habitude. Son bras gauche était serré contre sa poitrine — pas que la position soit moins douloureuse, juste un réflexe de protection. Henry lui prit la main, tira doucement. Renard cria une nouvelle fois.

— Dis-moi où ça fait mal, commanda à nouveau Henry.

— La main, céda Renard. L’avant-bras. Cassé, je crois.

Henry détacha le Tempusfugitron et le posa sur les genoux de Renard. Il palpa son bras aussi gentiment que possible, prit le pouls, vérifia le flux sanguin dans les doigts. Il se pencha pour mieux observer la perforation à la main, mais n’y toucha pas. Renard s’exécuta en gémissant quand le docteur lui fit écarter les doigts, serrer le poing.

— Ça a l’air cassé, en effet, conclu Henry. Et il va falloir nettoyer ça, ajouta-t-il en désignant la main. Il y a autre chose ?

— Non, mentit Renard.

Henry le dévisagea un moment. Il n’était probablement pas convaincu, mais Renard voulait juste rentrer et s’écrouler. Le reste pouvait attendre.

— Je vais te mettre une attelle, dit finalement le docteur en se relevant.

— C’est vraiment nécessaire ?

— Oui. Ça ne prendra pas longtemps, et ça protégera la fracture pendant la téléportation. C’est plus prudent, et ce sera plus confortable.

Renard soupira mais ne protesta pas. Il connaissait Henry quand il passait en mode protecteur. Ce serait plus rapide de coopérer.

Le robot ramassa un morceau de planche, peut-être celle dont Renard s’était servi plus tôt, et improvisa une attelle à l’aide de son foulard. Puis il aida Renard à se relever, et les téléporta tous les deux dans son laboratoire.

Renard n’avait pas lâché le tuyau.




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