L'Art mérite que l'on souffre

Chapitre 11 : Acte III - Scène 2

Par missjhin

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Acte III - Scène 2

« Prend garde c'est l'essaim de Jhin qui passe »


TW : Ce chapitre contient une scène à caractère sexuel assez explicite


Sous son épaisse chevelure incarnate, la belle dormait encore tandis que je rentrai de ma virée matinale. Les draps de soie bleue redessinaient les contours de sa silhouette élancée étendue sur le ventre et son visage demeurait paisible, enseveli entre ses mèches rouges et son bras cuivré comme si elle s'était agrippée à son oreiller avant de trouver le sommeil. 

Je me surprenais à l'admirer secrètement tout autant que je m'étonnais de lui avoir cédé mon espace de repos, me résolvant à dormir sur le canapé inconfortable pour faire preuve de courtoisie. Je n'avais guère l'intention de la brusquer pourtant, quelque chose s'agitait en moi : le désir impatient d'apprécier son art, ce qu'elle était capable d'exprimer dans ses créations. C'est ce qui m'avait poussé à lui trouver et installer chevalet, toile et peinture qui n'attendaient que son réveil et ses doigts inspirés. Mais Hirose savait se faire désirer sans arrogance ni simulacre, sans même en avoir conscience, là où – je devais le concéder – je déguisais mes véritables desseins. 

Dans l'attente de mon invitée et surtout dans l'espoir qu'un sifflement de bouilloire la fasse doucement émerger, je préparai du thé. Et ça ne manqua pas : au clapotis de l'eau fumante qui se déversait dans une tasse se mêla le bruit de pas timide de ma protégée. Je mimai un sourire avant de lui offrir un regard bienveillant. Un léger sourire adoucit son visage mais mon regard poussa le sien à se dérober. Je me délectai du trouble franc et naïf que je provoquais chez elle.

« Bonjour, dit-elle d'une voix fluette.

– Bonjour, tu prendras bien un peu de thé ? »


Elle hocha la tête tandis son regard fuyant s'était arrêté sur le chevalet. Son intérêt évident raviva mon cœur. Mon sourire s'élargit, sincère cette fois.

Alors que je glissais la tasse sur la table, Hirose s'avança jusqu'à la toile vierge.

 « C'est pour moi ? s'étonna-t-elle, saisie d'émotion.

– Bien sûr. C'est un présent que je tenais à te faire. 

– Merci... murmura-t-elle, gênée. »


Mon cœur pulsa lorsqu'elle caressa les pinceaux du bout des doigts. Elle lâcha un petit rire amusé.

« Qu'y-a-t-il ? m'étonnai-je.

– Je n'utilise pas de pinceaux, gloussa-t-elle. 

– (je m'avançai jusqu'à elle) Me ferais-tu une démonstration ? »


Ma demande l'agita et je perçus dans ses gestes saccadés une improvisation à masquer sa confusion. Son être tout entier se soumettait à une nervosité aussi silencieuse que palpable. Étais-je trop insistant ?

« L'inspiration te fait défaut ? rusai-je. »


Ses iris vertes me dévisagèrent avec révolte, elle s'anima d'un regain de confiance qui la poussa à s'avancer devant la toile :

« Tu n'imagines pas à quel point je suis inspirée... »



Les sourcils froncés, Hirose ferma les yeux et leva devant elle sa main gauche.

Mon souffle s'accéléra. 

Sous ses cheveux rouges, ses yeux d'émeraude se rouvrirent d'un coup, luisants de puissance, droits sur sa toile tandis qu'au même instant plusieurs bouchons sautèrent de leurs fioles de verre sous la pression de la peinture qui jaillit en filaments colorés. Ils dansèrent en lévitant puis, sous les doigts de leur compositrice se lièrent et se délièrent en de radieuses nuances avant de fleurir sur la toile dans le prolongement de son âme. 

Mon cœur tambourina dans ma poitrine. 

Dans un état hypnotique, comme possédée par sa propre pulsion créatrice, Hirose peignait, le regard absorbé par sa création. Je peinai à décrocher mon regard de son visage pour admirer un instant son œuvre. D'une rivière rouge vif se détachaient des fleurs de lotus éclaboussées de reflets dorés aux lueurs éclatantes. Sa fresque se clairsema de pétales d'un blanc incandescent, éclaboussant progressivement une brume d'ombres ondulantes. La puissance de ses émotions cascadait sur sa composition. Elle vibrait.

Après quelques minutes de transe, Hirose acheva son œuvre et revint à son état normal. Ses yeux cherchèrent sur mon visage un signe d'approbation. 

« Ravissant, concédai-je. La façon dont tu te laisses emporter par ton inspiration est saisissante. »


Je perçu son trouble lui clore les lèvres. Amusé, je me laissai aller à la charmante humeur à laquelle elle venait de m'éveiller. Je détaillai un instant la poitrine que je devinais sous la chemise mauve que je lui avais prêté et laissai insidieusement glisser mon regard sur le galbe de ses hanches, sur ses jambes élégantes à demi-découvertes, songeant aux ravissantes tenues dont je pourrai la vêtir pour la faire rayonner davantage. Sublimer son apparence déjà séduisante serait aisé, son corps était un trésor que je percevais façonnable et son admiration profonde pour ma personne la soumettait déjà à la moindre de mes lubies. 

Quelques taches rouges et blanches parsemaient sa prothèse et machinalement, j'attrapai un chiffon propre pour me rapprocher d'elle.

« Donne-moi ta main. »


Elle tendit fébrilement la main et je la saisi avec délicatesse pour essuyer la peinture qui s'étalait sur le cuivre de son avant-bras. Je la sentis décontenancée. Son souffle glissa dans mon cou tandis que ma main frottait doucement le métal. Le silence accompagna son regard, suspendu au mien, trahissant ses émotions. Le rougissement de ses joues me descendit dans le ventre. Si notre proximité faisait tambouriner son cœur, le mien accompagnait ce plaisant opéra.

J'ôtai mon tissu de sa prothèse parfaitement propre et contemplai la belle se soustraire à la tentation de me tomber dans les bras tandis que je l'invitai doucement à s'y aventurer. Mon regard se perdait dans le sien et face au trouble qui la maintenait parfaitement immobile, subjuguée, je refusai de me rendre coupable de la contraindre. Je me penchai encore un peu vers elle. Son souffle brûlant et frémissant effleura mes lèvres. 

« Faut-il que je fasse le premier pas ? plaisantai-je. Je ne voudrais pas manquer de convenance... »


Elle était suspendue à chacune de mes phrases, c'était enivrant. Et j'étais à présent suspendu à ses lèvres, dans l'impatience d'une réponse. Aussitôt, le voile d'hésitation se dissipa de son regard pour laisser place à une lueur indécente. Elle murmura :

« Je n'attends que ça... que tu manques de convenance... »


Ses paroles obscènes embrasèrent mon corps, brisèrent toutes les conventions délicates auxquelles je m'étais jusqu'à présent plié. Je n'y tenais plus. Mes lèvres se posèrent sur les siennes. Douces et délicieuses. Ce baiser fut l'étincelle qui embrasa tout mon être. Cédant au désir, je rompis notre baiser pour la porter jusqu'au lit et l'y déposer avant de me hisser au-dessus de son corps. Son regard délicieusement impur attira mes lèvres contre les siennes, une nouvelle fois. Ses mains gagnèrent mon torse et, à ma grande surprise, elle prit l'ascendant à mon encontre, me poussa d'une légère pression que je suivis sans résister, m'allongeant sous sa directive. Elle m'enjamba pour s'élever au-dessus de moi. Mon cœur pulsa, captif de son regard. Sa bouche s'échoua en baisers dans mon cou et ce revirement si brutal me saisit d'un doute qu'elle balaya de ses voluptueuses caresses jusqu'à mon entrejambe. Son incorrection me fit frémir. Pour la première fois depuis bien longtemps, je me sentais vulnérable. 

Ses lèvres dévalèrent mon buste tandis que ses doigts s'attelaient à dénouer les liens de ma tenue, et, sans prendre le temps de me dévêtir, ses lèvres se posèrent outrageusement sur les fibres de tissus au-dessus de mon arsenal. Son regard vif et malicieux m'épiait sans retenue. Ma respiration s'intensifia. Le jeu auquel je m'étais prêté m'avait échappé.

« Hirose... murmurai-je en saisissant doucement son visage entre mes mains. C'est... incongru.

– Dois-je m'arrêter ? demanda-t-elle. »


Sa question me prit de court, autant que le retournement de son attitude. Le désir me suppliait de la laisser continuer malgré toute la vulgarité de ce tableau, consumant ma raison. Je me dérobai à son regard, fuyant en ramenant mon bras sur mes yeux. L'art m'avait jusqu'ici fait oublier que l'humain demeurait un animal vulgaire et primaire ; mais je ne pouvais le démentir : je brûlais d'envie de la laisser continuer. Ô, Hirose, vile créature...

« Jhin ? »


Je soulevai mon bras, affrontant son regard presque satisfait de me voir ainsi lutter contre mes propres ténèbres.

« Je... je ne... balbutiai-je. »


Elle gloussa, amusée de ma torture. Elle libéra ma virilité de ses entraves et sa langue y glissa sur toute sa longueur, m'arrachant un soupir de plaisir. Elle s'en délecta et renouvela son geste. Je tentai d'étouffer ma réaction.

Elle me fit entrer dans son palais, chaud et délicieux. Prisonnier de sa désinvolture, je succombai à ses allées et venues sensuelles, ne retenant plus mes profonds soupirs. Son regard espiègle me grisa. Comment ce démon pouvait-il se vêtir d'un tel apparat de beauté en un moment aussi abject ? Je frémis et me laissai happer par le plaisir brut, renonçant à toutes les règles d'usage. Elle s'arrêta soudain, déposa un doux baiser sur mon membre au supplice et se hissa au-dessus de moi. Tandis que je saisissais ses hanches, elle s'abaissa jusqu'à mon oreille et dans un souffle torride, murmura dans un mélange suave et effronté :

« Apprenez-moi les bonnes manières, Khada Jhin... »


Mes doigts se resserrèrent sur ses hanches. Le contrôle m'échappa. Je me devais de répondre de façon appropriée à son comportement obscène. Je la fis basculer brusquement et me hissai à mon tour au-dessus d'elle. Son regard me dévorait, arrogant. Je lui ôtai sa chemise pour apprécier son corps dans son absoluité, la courbe de ses seins, de ses hanches. Les jambes enserrées autour de mon bassin, le souffle frémissant, elle me débarrassa du haut de ma tunique avant de savourer de ses yeux, puis de ses douces mains mon torse désormais nu. Je lui saisis les poignets, doucement d'abord puis d'un geste virulent les plaquait de part et d'autres de l'oreiller. Elle lâcha un soupir emprunt de désir qui attisa dangereusement mon être. Je m'approchai de son seuil, m'arrêtant un instant pour admirer son visage, son regard implorant. Elle se mordilla la lèvre inférieure, impatiente. Et je me jouai de sa tourmente, savourant cette douce vengeance.

« Peut-être devrais-je m'arrêter là ? riai-je doucement. »


Elle sourit.

« Jamais de la vie...

– Tu m'as scandalisé, tu le sais ?

– Alors ? Qu'attends-tu pour me corriger ?

– Demande-le moi...

– Prends-moi, Jhin... supplia-t-elle dans un soupir présomptueux.

– Plus poliment.

– Prends-moi Jhin, s'il te plait... »


Ne tenant plus, je m'insérai en elle. Exaltant. Sous mes à-coups, nos soupirs se mêlèrent en une douce symphonie dont je maîtrisais dorénavant la cadence. Submergé d'un torrent de pulsions, je ne retins plus mes coups de hanches, allant et venant dans sa chaleur, redoublant d'amplitude pour rehausser le timbre de sa voix, crescendo de la somptueuse mélodie de ses gémissements de plaisir indécents. Je lâchai ses poignets pour agripper ses hanches et les retenir contre mes assauts incessants. Elle se cambra de plaisir et ses bras se verrouillèrent autour de mon cou. Je glissai vers elle, déposant mes lèvres sur les siennes, brûlantes, étouffant ses cris. La salve de mes coups secoua son corps et je tentai de me contenir de vider mon chargeur jusqu'à ce qu'elle convulse de plaisir. Dans un mouvement soudain et brutal elle se cabra contre moi dans un long cri d'exaltation et je m'engouffrai en elle dans un dernier et ultime coup qui m'arracha un soupir bruyant. Je m'en excusai intérieurement tandis que je la libérai, le souffle court. Elle me serra contre elle de toute sa force et je manquai de m'effondrer sur son corps bouillant.

Je me laissai tomber à coté d'elle, étourdi par la décharge de plaisir. Un ravissement. Elle souriait sottement en observant le plafond, visiblement comblée. Son regard tomba dans le mien. Je caressai d'une main douce son visage redevenu si naïf. Elle saisit ma main et ses yeux se chargèrent d'une émotion singulière. Je tentai d'en percer les mystères, m'effrayant de celle qui agitait mon cœur en cet instant.

« Jhin... murmura-t-elle. »



Non, ne le dis pas

Je n'étais pas prêt à l'entendre, pas plus qu'à me l'entendre dire.

La sonnette tinta soudain. Soulagé, je me rhabillai précipitamment et me hâtai à l'entrée de la maison. Mugan se tenait sur le pas de la porte, accompagné d'un vieillard ligoté, bâillonné et visiblement terrorisé. Je passai une main dans mes cheveux pour les remettre en place. Mugan était fichtrement efficace, et je n'avais pas douté un seul instant de son succès, mais il tombait incontestablement à point nommé. J'échangeai contre mon prisonnier la bourse d'or qui avait été convenue.

Alors que Mugan tournait les talons, je guidai mon invité dans le salon et le contraignis à s'asseoir sur une chaise à laquelle je resserrai ses liens avant de rejoindre Hirose.


Assise sur le rebord du lit, elle avait revêtu ma chemise mauve et m'observait avec insouciance. Je frémis à l'idée de ce qui allait suivre.

« J'ai un cadeau pour toi, lui annonçai-je. »



Elle m'interrogea du regard, l'air soucieuse.

« Ça commence à faire beaucoup de cadeaux…

– Certes, mais après tout, c'est à peu de choses près de ma faute si tu as tant perdu... »



Elle se leva et me rejoignit, saisissant mes mains, m'illuminant d'un regard ravi.

« Alors, c'est quoi ce cadeau ? »


Je l'invitai à me suivre dans le salon.

« Si c'est encore une prothèse, désolée mais je passe mon t... »


La surprise lui ôta la parole. Je ne perdis pas une miette de sa réaction. La confiance que je déciderais de lui accorder dépendrait de cet ultime instant. 




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