TW : violence, gore, contenu à caractère sexuel explicite
Note : la vidéo est la musique de clôture de l'acte, à n'écouter qu'à la fin.
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Six planches en bois. L'obscurité totale. Et du poisson. Du poisson au-dessus, en-dessous, à droite, à gauche. Du poisson en guise de matelas et de couverture, du poisson jusque dans mon décolleté. Du poisson visqueux, frétillant encore parfois. Du poisson partout. Son odeur répugnante immergeait mes narines, mes poumons, à m'en coller la nausée en continu.
Dans ma main gauche, mes doigts nerveux enserraient une grenade à fumigène.
Comment avais-je pu suivre ce plan dément ?
๑๑இ๑๑இ๑๑இ๑๑இ๑๑
Quelques jours plus tôt.
« Deux-vestes, tu dis ? »
Sélène remplissait ma tasse de thé avant de passer à celle d'Arek. J'acquiesçai à sa question.
« Si j'ai bien compris, Mira a passé un pacte avec lui...
— J'ai toujours cru que le Roi des rivières n'était qu'une légende d'ivrognes, marmonna Sélène. Mais si Mira a passé un accord avec lui, ça explique beaucoup de choses...
— Pourquoi ?
— D'après ce qu'on raconte, ce démon t'offre tout ce que tu désires, à condition d'avoir quelque chose à lui céder en retour.
— (Je frémis) Mira disait vouloir repousser une échéance, et je crois que nous étions une monnaie d'échange... (je jetai un bref coup d'œil à Aryela, assise sur ma gauche)
— Avec sa prime qui ne fait qu'augmenter, si elle refuse de sacrifier quelque chose au Roi des rivières, elle perdra sa protection... et elle fera pas long feu. Elle a tout Bilgewater à dos.
— C'est pour ça... percutai-je. Il lui a dit « la chance tourne ».
— Je suis quasiment certaine que cette « chance » soit ce qui la rende « insaisissable ». »
Je frissonnai encore une fois. Le désir de vengeance était tentant, et pourtant, la peur s'était frayé un chemin dans mon corps et dans mon esprit. La peur d'échouer à nouveau. La peur de subir à nouveau le courroux de cette Vastaya ravagée.
Je cherchai le regard d'Arek. Il dessinait dans son carnet. À ma gauche, Aryela se terrait dans le silence, presque inerte, depuis le début de la discussion. Ses choix avaient faillit me couter la vie, mais lorsque mes yeux tombaient sur ses cicatrices, je n'avais pas le cran de lui en vouloir. Elle était brisée.
« T'as l'intention d'y retourner ? me demanda Graves qui sirotait son thé face à moi. »
Mon cœur pulsa.
« Non. Elle me détruira. Je n'ai aucune chance contre elle, et je n'ai aucun plan.
— Le meilleur plan, c'est l'improvisation ! Tu sais quoi ? Je suis prêt à t'accompagner pour te couvrir, mais cette fois, je prends 80% de la prime !
— C'est inutile... bredouillai-je. Je n'y retournerai pas.
— Hé bah alors ? T'es bien plus sage que la dernière fois. Qu'est-ce ce que tu t'imaginais ? On débarque pas à Bilgewater pour faire la loi. On apprend et on gagne sa place !
— Calme-toi, Graves, gronda Sélène. Je pense qu'elle a compris.
— (Il gloussa et haussa les épaules en sortant un cigare de sa poche de veste) Quoi qu'il en soit, tu peux réfléchir à ma proposition. Mais tu peux aussi mettre les voiles pour Noxus. J'ai trouvé un navire qui quitte le port au coucher du soleil et les gars sont prêts à vous embarquer contre une compensation financière. Je préfère être honnête, cette occasion ne se représentera peut-être pas avant des semaines.
— Et c'est maintenant que tu le dis ? grogna Sélène. »
Mon cœur pulsa. Arek trouva mon regard, décontenancé.
« On va embarquer dans ce cas, déclarai-je en me levant d'un bond. Rassemble tes affaires, Arek. »
Diminuée d'un bras, je peinais à enfourner mes vêtements dans mon sac. Tout y était chiffonné, un foutoir à l'image de mon mental. Ou de ce qu'il en restait. J'étais dominée par la peur, tétanisée... j'étais son chien, tête basse au bout de sa laisse, reléguée à la niche à la simple idée de faire face à cette cinglée. Un chien craintif, honteux de s'être un jour pris pour un loup. Cette foutue peur aux tripes me rappelait à l'ordre comme un maître. Dès que l'idée insensée de combattre émergeait, le souvenir des cordes et du sabre dans ma chair me faisait aussitôt passer la moindre envie de mordre.
J'appréhendais, l'estomac en vrac. Je renonçais d'avance, le cœur serré, malgré tout, à l'idée de quitter ces lieux sans obtenir vengeance. Sans bras. Sans cette confiance si durement acquise auprès de l'ordre des Ombres. J'avais pourtant mérité de la perdre. J'aurais du faire preuve d'humilité.
Arek fit irruption dans la chambre et s'attela à ranger ses affaires. J'observai un instant ses gestes hésitants. Il trouva mon regard, sembla tourner sa langue dans sa bouche avant de me demander avec une innocence déconcertante :
« Tu ne tiens pas à te venger d'elle ?
— (Mon poing se serra) Tu vas pas t'y mettre ?! Tu comptais prendre le premier navire pour Noxus, non ?
— C'est vrai. Mais... je suis prêt à-
— (Je me tournai vivement vers lui) Mais qu'est-ce que tu racontes ?! Tu avais peur pour moi et tout d'un coup, tu voudrais que j'aille risquer ma vie ?! Qui t'a mis ce genre d'idée en tête ? Sélène ? Graves ?
— Tu n'es plus la même... Ce que tu vis... je sais exactement de quoi il s'agit.
— Quoi ?
— Je vais être honnête, je préfère rallonger notre séjour si cela te permet de regagner ce que tu as perdu ici...
— Tu te moques de moi ? N'importe qui serait terrorisé après ce que j'ai vécu ! Il faudrait être suicidaire pour y retourner maintenant, elle... me tuera.
— N'est-ce pas cela qu'on nomme... courage ?
— Tu te rends compte de ce que tu dis ?!
— Tu as bien plus qu'un bras ou une prime à récupérer, Hirose. »
Je ne parvenais pas à refermer mon sac. Il dégoulinait de tissus comme la colère débordait de mon âme. Ma mâchoire se comprima. De rage, j'empoignai ce foutu sac et l'envoyai de toute ma force valdinguer contre le mur. Tout son contenu se vida au sol.
« Bordel ! hurlai-je en m'asseyant sur le lit. (Ma voix faiblit) Elle a l'avantage sur moi... elle me voit lorsque je suis invisible... Elle est aussi rapide et virulente que la foudre !
— Je sais. Je voulais te dire que... si j'en avais eu la force, je serais retourné affronter le darkin... »
Arek quitta la pièce. J'inspirai profondément. Je remarquai son sac encore ouvert sur son lit. L'avais-je déçu à ce point ? Je secouai la tête et ramassai mes affaires sur le sol avant de me laisser tomber à genoux sur le plancher.
Je tremblais. Je tremblais à l'idée de lui faire face. Ses coups résonnaient encore dans ma chair. Bien sûr que j'avais la rage au ventre, que je désirais la détruire, la poignarder de l'intérieur ou lui décrocher la tête en savourant la mort envahir son regard. Mais y songer était pure folie.
Soudain, les accords d'une musique se firent entendre depuis le bas de l'auberge. Le chant de Sélène s'éleva jusqu'à moi, si douce, si juste en cet instant.
Les Légendes ne meurent pas
Elles s'inscrivent dans l'éternité
Tu ne sauras jamais ce que ça coûte
Leurs cicatrices en sont la trace.
Quand tout est perdu, elles reprennent courage
Et elles contre-attaquent
Chaque fois elles endurent
Les pires blessures
Jusqu'à la victoire*
Je me relevai tant bien que mal, portée par le son de sa voix. Je pris une profonde inspiration et regagnai l'escalier d'où je l'aperçus en contrebas, chanter, sourire aux lèvres et cithare en main, adossée au comptoir. Ses yeux noisette trouvèrent les miens. Mais c'était mon cœur qu'elle espérait toucher par ses paroles.
Oh relève-toi ! Car...
Les Légendes ne meurent pas
Quand le monde t'appelle au secours,
Peux-tu les entendre hurler ton nom ?
Les Légendes ne meurent pas
Elles s'imprègnent en toi pour toujours
Chaque fois que tu saignes pour ton triomphe
Les Légendes ne meurent pas...*
Arek m'observa un instant depuis le couloir. Il me rejoignit pour saisir ma main et y déposa son carnet. Il l'ouvrit et tourna les pages. Je plongeai dans ses croquis. Des paysages ioniens défilèrent, puis le darkin s'imposa sur toutes les pages, terrifiant. Arek tourna les pages par deux avant de s'arrêter sur un dessin qui me représentait en plein combat. Une silhouette élancée en posture offensive, son visage rayonnait de confiance et de détermination.
« Tu enjolives toujours la réalité... murmurai-je. »
Il continua rapidement de tourner les pages jusqu'au portrait qu'il avait réalisé ce matin même, alors que nous étions attablés dans la salle principale. Le dos vouté et le visage fermé soutenu par la seule main qu'il me restait, je semblais... égarée et fatiguée. Un chien battu.
« Tu es au bord du gouffre, souffla-t-il doucement. Mais si tu trouves la volonté de faire un pas en avant, je suis sûr que tu... Nous serrons avec toi, cette fois. Personne ne m'a mis d'idée en tête, Hirose. C'est moi qui leur ai demandé de l'aide. Nous connaissons les faiblesses de notre adversaire. Il nous suffit d'un plan raisonnable.
— J'ai un plan, assurai-je. On perd pas de temps, on prend le navire pour Noxus et on fou le camp de cette île de cinglés !
— Je crois que Graves en a un autre... »
๑๑இ๑๑இ๑๑இ๑๑இ๑๑
Je puais le poisson. Je m'étais badigeonnée de poisson en long en large et en travers jusqu'à ce que mon odeur corporelle nauséabonde ne fasse qu'un avec celle de la cargaison dans laquelle on m'avait enfermé. Un plan si délirant que je m'interrogeais encore sur ce qui m'avait poussée à croire qu'il avait une chance de fonctionner. Une chance d'attraper Mira par surprise. Une seule et unique chance. Mais je m'y cramponnais. C'était le moment de savoir si j'étais un chien... ou un loup.
Et je me prenais à douter. Trop tard. Je maintenais mon invisibilité. J'ignorai combien de temps j'attendis, enfermée dans le noir, mais quelqu'un avait remonté la cargaison sur le navire des Black Cats.
« C'est quoi, ça ?
— La bouffe que la Capitaine a commandée.
— Va la chercher ! »
J'étais tendue. Mes doigts tremblants s'étaient verrouillés sur la grenade. Tout se jouerait à la seconde près. Une seule erreur et j'étais morte.
La lumière m'éblouit. Quelqu'un venait de soulever le couvercle. Je plissai les yeux. Mira se tenait là, le visage au-dessus du mien. Mon cœur tambourina. Je dissimulai ma respiration erratique.
« Elle en a mis du temps, cette commande, grogna-t-elle. Et elle est même pas complète ! »
Je visai sa gorge. Vulnérable. À découvert. Et surtout, à ma portée. Aussitôt, je m'arrachai mon propre sang, retins ma plainte et décochai la salve droit sur elle. Son cou absorba mes lames de sang avant même qu'elle ne puisse les voir arriver. Elle vacilla en crachotant, tomba à genoux dans un bruit sourd. Je fis un bond hors de la caisse.
Ses yeux s'écarquillèrent. Je dégoupillai la grenade entre mes dents pour la catapulter sur le pont et déployai mes roses d'ombre dans le même instant, plongeant l'intégralité du navire dans une brume noire assez opaque pour masquer la visibilité à un mètre. Cette fois, je ne prendrais aucun risque.
Des cris s'élevèrent. Je m'avançai vers la capitaine qui tentait de se relever en titubant. Dans sa gorge, mon sang l'enserrait, elle étouffait et je savourai cet instant plus que jamais. Je l'empoignai par les cheveux de toute ma hargne, la décollai du sol avant de me rendre visible à son regard. Je tenais à ce qu'elle me voit, à ce qu'elle affronte le visage de la vengeance. Ses yeux jaune vif trouvèrent les miens. Ce que j'y lus en cet instant me fit vibrer. C'était la peur. L'effroi viscéral à l'état brut. J'étais finalement un loup. Le sien !
« Récolte ce que tu as semé, salope ! lâchai-je. »
Sous l'intensité de mon ressentiment, mon sang lui centrifugea la gorge si vivement que sa tête se décrocha aussitôt. Je bouillais d'une rage telle que cet instant, malgré toute la barbarie de mon geste, ne suffit pas à calmer ma fureur.
Des détonations éclatèrent, des échanges de tirs anarchiques et aveugles. Je fondis ma perception au cœur de mes ombres, par-delà le brouillard de fumigènes pour discerner les membres d'équipage. Je les tenais. Et je les fis tous exploser simultanément. S'en suivit un long silence. Celui de la Mort.
« Hirose ! brailla Graves. »
Je sortis de la fumée pour le rejoindre et croisai son regard amusé derrière le double canon qu'il tenait en joue. Et je m'apprêtai à le rejoindre quand une présence piqua mon attention. Aussitôt, je balançai la tête de Mira à Graves qui la rattrapa à la volée, un peu écœuré.
« Pars devant, je te rejoins ! lui lançai-je. »
Quelqu'un m'avait échappé. Enfermé dans la cale, son essence me déclenchait une profonde nausée. Broll. Il n'était pas question que je laisse ce porc s'en tirer. Jamais. J'allais venger Aryela. Et me venger, moi.
Je m'engouffrai dans le navire, invisible, descendis les marches, traversai à la hâte différentes pièces jusqu'à la trappe par laquelle je m'introduis pour rejoindre la cale. Je le retrouvai sans effort, retranché entre deux tonneaux, sabre en main. Ce sabre... Je me jetai sur lui et le lui arrachai des mains d'un geste virulent avant de lui caler la lame sous la gorge pour me dévoiler face à lui.
« Salut, Broll.
— Merde, c'est toi ? Je te pensais crevée.
— Surpris ?
— Je te retourne la question ! »
Au même instant, son pied s'engouffra dans mon estomac et me propulsa à l'autre bout de la cale. Je vacillai avant de retrouver l'équilibre sur mes deux pieds, posai ma main sur mon ventre douloureux. La lame avait ricoché au sol avant de s'échouer à quelques mètres de moi. Broll avait dégainé un tromblon. Il me tenait en joue. Je m'apprêtai à croiser magie et ombres, espérant le surpasser en vitesse, mais contre toute attente, rien ne réagit.
« Je bougerais pas si j'étais toi, lança-t-il sur un ton satisfait.
— C'est donc toi qui place ces sceaux de lâche qui inhibent la magie ?
— (Il haussa les épaules) J'équilibre simplement les forces. »
Je jetai un coup d'œil au sabre. Il avait atterri bien trop loin. Broll n'avait pas tiré. Son regard malsain glissait sur moi comme celui d'un prédateur affamé.
« Approche, m'ordonna-t-il. »
Je déglutis. J'étais dominée. Je m'approchai de lui. Je ne lâchai pas son regard, mais mon esprit était focalisé sur son arme. Il pressa le canon évasé sur ma tempe.
« Quelle chance ! Je tiens mon billet de sortie ! Et si on s'amusait un peu pour fêter ça ? »
Sans rire ? Dans un moment pareil ? — Devais-je m'en étonner ? Venant de ce porc... — Il empoigna le décolleté de mon corsage pour me tirer contre lui. Je savais ce qu'il voulait. La perversion pulsait dans ses veines. Son sang irriguait bien plus le bas de son corps que son doigt sur la gâchette. Bien que son attitude m'écœurait profondément, je percevais dans sa faiblesse aberrante la seule opportunité de m'en tirer sans magie. J'avançai doucement ma main vers son torse. Le canon s'enfonça sur ma tempe.
« Au moindre écart, je tire.
— Je sais... murmurai-je suavement. Ça m'excite.
— Prends-moi pour un con... »
Mes doigts se posèrent sur son torse et je les fis descendre le long de ses reins. Cela me coûta déjà une nausée. Je pris sur moi, et glissai ma main sur son entrejambe. Dure. J'en étais sûre. Ce cinglé était excité par la situation. Il empoigna brutalement mes cheveux encore huileux et pressa sur ma tête pour me faire fléchir. Je m'agenouillai face à lui.
Garde ton sang-froid, Hirose.
« C'est tordant ce que vous êtes capables de faire pour survivre. Toutes des chiennes... »
Ma mâchoire se comprima. Il ôta sa ceinture, baissa son pantalon. Son membre se dressa face à moi. Abjecte. Je le saisis entre mes doigts. Une violente envie de vomir me submergea. Le canon sur ma tempe était si proche. Il suffirait d'une fraction de seconde, à peine, pour m'en saisir et renverser la situation. Une fraction de seconde que je pouvais obtenir aisément. Je ravalai la bile qui remontait à mes lèvres. Sombre abruti de porc. J'ouvris la bouche et engloutis sa verge. Répugnante. Je luttai. J'encaissai. Je me distançai mentalement. Comment pouvait-il être assez con pour mettre sa précieuse virilité entre mes dents ?
Il m'agrippa fermement, s'enfonça dans ma gorge en râlant de plaisir. Aussitôt, je saisis l'occasion, empoignai le canon de son arme pour la redresser de toute ma force. Ma mâchoire s'était refermée sur son membre, je le broyai de toute ma force, de toute ma haine et de mon dégout. Dans un hurlement animal, il lâcha son arme pour se rouler au sol. Je m'extirpai en recrachant sang et bouts de chair, tromblon en main. Je visai Broll qui se tortillait lamentablement, les mains plaquées entre ses cuisses en hurlant :
« Salope !!
— À mon tour de prendre mon pied. »
Je visai son entrejambe. Mon doigt caressa la gâchette.
« Attends ! Pitié ! Il est encore chargé-
— Tu plaisantes, j'espère ? Gicle ! »
Je tirai. La détonation m'assourdit et je reculai d'un pas sous la puissance du tir. Je détournai les yeux. Broll se tordait en glapissant, à l'agonie, ses mains et son entrejambe en bouillie dans une marre de sang qui se répandait sur le parquet. Je ne l'avais pas raté. Je m'étais promis de le saigner de la pire des façons qui soit. Étrangement, cela ne me procura aucune joie, aucune satisfaction, ça ne valait même pas l'ignoble humiliation qu'avait subie ma bouche encore amère. Mais j'avais tenu cette promesse et je m'en sortais en vie.
Je l'abandonnai à son sort et sortis de la cale.
En remontant par la trappe, je n'y tenais plus : à quatre pattes — à trois, plutôt — sur le parquet, je vomis mes entrailles... devant les bottes de Graves qui, visiblement inquiet, était venu à ma rencontre. Il arqua les sourcils et me tendit la main. Je m'essuyai la bouche d'un revers de manche et saisis son poignet pour me hisser sur mes pieds.
« Le second, je devais le tuer... lui dis-je en observant le tromblon dans ma main gauche avant de le jeter au sol.
— Broll ? Il a une prime sur la tête, lui aussi ! J'espère que tu l'as pas trop abîmé !
— Son visage est intact. »
Graves laissa échapper un rire cupide avant de descendre dans la cale.
Je sentis la magie réintégrer mon corps lorsque je remontai les dernières marches jusqu'au pont principal. Broll avait finit par mourir — vous m'en voyez ravie.
La voix de Graves résonna depuis la cale.
« Hirose ! Je dois t'avouer je suis heureux qu'on soit dans le même camp ! »
Je crachai sur le pont une dernière fois pour me débarrasser du goût ferreux et vicié qui me restait en bouche.
Je ne suis pas l'une de tes « Légendes », Sélène. Elles ne font pas ce genre de chose, j'imagine.
Ce que j'avais fait sur ce navire, ce que j'avais accompli au regard des autres, au mien surtout, avait éveillé une sensation singulière au fond de mon être. Elle me bousculait comme une énergie sauvage, agitait mes tripes, infiltrait mon cœur. Je n'étais ni chien, ni loup. Je ne m'étais pas retrouvée, moi. Je construisais une autre version de moi.
Le rideau tombe sur la salle obscure.
Fin de l'acte I.
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* Adaptation et cover française de Legends Never Die par Beast Boy : https://www.youtube.com/watch?v=-odFeiy8uNM
𝄞 Hommage de Sélène à Hirose : https://youtu.be/25apqHkbdFk (La légende raconte qu'Hirose a fondu en larmes lorsqu'elle l'a entendu chanter)