Entre les mondes

Chapitre 38 : SILYEN

4111 mots, Catégorie: T

Dernière mise à jour 08/01/2022 14:49

Silyen observa avec intérêt le réveil de la princesse aux cheveux rouges. Elle n’ouvrit pas simplement les yeux. Elle se débattit dans les couvertures en poussant des grognements puis se redressa soudain en hurlant. Elle referma la bouche. Elle devait avoir compris qu’elle n’avait fait qu’un mauvais rêve.

   Elle jeta des coups d’oeil prudents aux draps, puis au plafond de l’un des innombrables lits à baldaquin de Far Carr, où l’Egal l’avait déposée la veille. On aurait dit une panthère: ses muscles étaient tendus, chaque sens à l’affût, et son nez se dilatait, comme si elle cherchait à identifier une odeur particulière.

– Je vois que la nuit a laissé des séquelles, fit Silyen d’une voix détachée.

   La jeune fille ne l’avait apparemment pas remarqué. Elle sursauta si fort qu’un nuage de poussière tomba d’un coup du plafond du lit. Elle éternua.

– Je voulais m’assurer que vous alliez bien. J’ai pris la liberté de soigner votre jambe, poursuivit l’Egal sans sourire. Il s’aperçut bientôt qu’elle n’avait pas écouté la suite, car elle lança un « pardon? ». Il recommença patiemment:

– Je disais que votre premier réflexe, la fuite, peut sembler naturel. Après tout, vous vous trouvez dans un endroit inconnu avec un inconnu. Mais soyez rationnelle. Si j’avais voulu vous tuer, je l’aurais déjà fait. Vous êtes plus en sécurité ici que vous ne le seriez n’importe où ailleurs.

Sélénia cilla.

– Evitez de regarder avec insistance les fenêtres et les portes. C’est ce qui vous a trahie, lâcha Silyen.

– Où suis-je? dit Sélénia avec humeur.

– Intéressante question. Vous êtes dans un autre monde.

  La mâchoire de Sélénia faillit se décrocher.

  Elle éclata de rire:

– Non, sérieusement, je veux dire.

– Ce n’est pas une mise scène particulièrement élaborée de la part de votre ami Karim pour vous pousser à parler. Vous vous souvenez de la porte que j’ai créée?

– Juste avant que vous ne me fassiez perdre connaissance? accusa Sélénia d’un ton méprisant en jetant à nouveau un coup d’oeil aux fenêtres.

– Vous n’avez pas perdu vos souvenirs. C’est bien. Cette porte, disais-je, menait dans un autre monde, le mien. Vous trouvez dans un endroit nommé Grande-Bretagne et vous dormez dans mon manoir: Far Carr. Mais rien ne vaut mieux qu’une preuve matérielle pour vous convaincre.

  Silyen se leva, agita les mains, et fit apparaître une porte juste à côté de lui. Il se leva et l’ouvrit. Elle donnait sur un champ de hautes herbes parsemé de coquelicots et de marguerites. Une légère brise d’été vint caresser les joues de Sélénia.

– Votre monde, décrivit sobrement l’Egal.

  La jeune fille n’hésita pas. Elle se détendit comme un ressort avec la ferme intention de sauter à travers la porte mais…

– Ah! fit-elle.

  Elle resta figée, suspendue horizontalement au-dessus du lit, les jambes encore empêtrées dans la couverture. Silyen était ravi: depuis qu’il l’avait découvert dans les notes du roi merveilleux, il avait toujours eu envie d’essayer ce nouveau truc sur quelqu’un. Il maîtrisait désormais les cinq éléments et pouvait modifier leur densité à leur guise. Ainsi, l’air était devenu aussi épais et infranchissable qu’un mur. D’un geste, il rappela son Don à lui et Sélénia retomba brusquement sur le lit.

  - J’en étais sûr! Belle tentative. Une vraie panthère, fit-il en applaudissant.

  Sélénia recula jusqu’aux coussins en lui lançant un regard furibond.

– Je suis donc votre prisonnière?

  Sil claqua la langue avec impatience.

– Considérez-vous comme mon invitée.

– Donc je serai prisonnière jusqu’à ce que j’aie rempli ma part du marché.

 L’Egal laissa ses lèvres s’étirer en un sourire glacial. Il appréciait le franc parler de cette fille. En attendant, il s’aperçut qu’elle était affamée et lui-même n’avait aucune envie de répondre aux questions qu’elle ne manquerait pas de lui poser s’il restait plus longtemps dans cette pièce. Il désigna la serviette et les vêtements qu’il avait dénichés dans une des penderies de Far Carr, lui disant qu’elle pouvait les utiliser, puis alla lui chercher à manger.


  Il ne s’attendait pas à avoir les pieds dans l’eau lorsqu’il revint.

 Reniflant, il posa brutalement l’assiette qu’il avait amenée sur la table de chevet. Sélénia était en train de s’essorer les cheveux, son pantalon et sa chemise flottant autour de son corps mince.

– Je vois que vous avez découvert les joies de la douche. J’avais oublié d’où vous veniez, mais la prochaine fois, abstenez-vous de créer un mini-déluge chez moi. C’est tout de même un parquet du XVIIIe siècle, fit-il en levant la main et en émettant quelques étincelles dorées pour faire disparaître l’inondation.

  La fille ne s’excusa pas.

  Elle prit impatiemment l’assiette et plongea la fourchette dedans.

– Je vous ai choisi quelque chose qui vous serait probablement familier, expliqua obligeamment Silyen tandis qu’elle avalait une fournée de lentilles-saucisses-carottes.

   La suite fut moins difficile que l’Egal ne l’avait imaginé. Sélénia eut l’obligeance de ne pas faire une crise de nerf ou de tenter de s’enfuir. Elle n’avait aucune idée de l’endroit où son compagnon, le dénommé Will, se trouvait mais elle avait deux hypothèses: soit il avait mis le cap sur les monts Cithrils, soit il était parti à sa recherche. Elle refusa de lui dire pourquoi ils s’étaient séparés et devint aussi rouge que ses cheveux lorsque Sil lui demanda s’il s’agissait de son amant. 

   En attendant, il leur fallait une localisation. Silyen conduisit la princesse jusqu’au salon, s’amusant de ses grands yeux étonnés face à quasiment tout ce qu’elle voyait. Il s’installa à table, prit une feuille et traça un grand rectangle représentant le palais de Karim al Samarcanda, puis demanda à la princesse de placer approximativement les monts Citrhrils. Elle refusa, évidemment. Cette information était la seule qui lui permettait de faire pression sur lui au cas où il refuserait soudain de l’aider à trouver Will.

  Tant pis. Silyen tenta une autre tactique. Il lui demanda ce qu’elle savait des Monts Cithrils.

– Pas grand-chose, avoua Sélénia. Personne n’en est revenu. On raconte que ce lieu est le berceau de la magie et qu’on y trouve des pierres de pouvoir.

– Pourquoi personne n’est-il revenu?

– Vu que les explorateurs ne sont justement pas revenus, on l’ignore. Peut-être y a-t-il des protections magiques?

– Voilà qui rend l’énigme encore plus passionnante, murmura l’Egal pour lui-même. Mais j’en ai oublié tous mes principes: je m’appelle Silyen Jardine, Egal et seigneur de Farr Carr.

– Sélénia Kementari, héritière légitime de Naïtika, se présenta à son tour la jeune fille.

  Ils étudièrent ensuite la façon de retrouver Will. Silyen expliqua que la meilleure manière aurait été de disposer d’une mèche de cheveux du jeune homme ou de quelque chose d’approchant, ce qu’ils n’avaient évidemment pas. Mais il ajouta qu’il allait tenter quelque chose en se basant sur les souvenirs de Sélénia. Après un long débat, elle consentit finalement à le laisser entrer dans son esprit.

   L’Egal ferma les yeux puis appliqua ses doigts contre la temps de la jeune fille. Il eut l’impression de quitter son corps puis de faire une chute vertigineuse. Un kaléidoscope d’image déferla. Il n’était pas dans le Selbsts-Welt, mais dans la mémoire-même de la princesse, une impression enivrante. Les images défilaient si vite qu’il en fut étourdi. Il en saisit une au vol. Sélénia, enfant, maniait une épée en bois face à un homme musclé aux cheveux argentés. Il scruta le souvenir quelques secondes puis le relâcha et remonta le flot de scènes qui menaçaient de l’emporter, guidé par une présence floue à côté de lui. Sélénia. Ils évoluèrent à toute vitesse, remontant le temps jusqu’à une scène en particulier, devant laquelle la princesse s’arrêta. Elle et « Will » se tenaient devant une ville laide et trapue, ceinte de hauts remparts rongés par le désert. Un flot de chariots et de voyageurs s’engouffraient par la porte principale, mais Silyen se força à se focaliser sur « Will », dont il ne voyait pas grand chose, comme il avait emmitouflé son visage dans un tissu, à la manière de hommes du désert.

  Silyen fit affluer le Don, eut l’impression de voler à toute allure. Puis il ouvrit les yeux, dans le salon de Far Carr, l’air triomphant.

– Je pense qu’on peut y arriver, lança-t-il.


Quelques heures plus tard, Silyen créait une porte au milieu du salon de Far Carr. Le monde de Sélénia devenait de plus en plus facile à trouver, peut-être parce que la jeune fille l’appelait. Silyen doutait qu’elle en soit consciente mais chaque fibre de son corps cherchait l’univers auquel elle avait été arrachée. Il pouvait le sentir à travers le Don.

  Il inspecta une dernière fois le lien qui l’unissait à Luke mais il était curieusement inerte, comme lorsque le jeune homme dormait ou se sentait particulièrement apaisé. L’Egal inspecta l’horloge murale. 16h. Luke devait être en train de se gaver de scones ou de faire une sieste, rien d’inquiétant à cela. Son instinct lui soufflait néanmoins le contraire et il eut presque envie de faire un saut à Manchester mais il s’en empêcha: ça serait une perte de temps et Luke monterait sur ses grands chevaux.

  Il jeta à un coup d’oeil à la princesse, qui tirait une tête de trois pieds de longs en regardant fixement la porte. Cette fille était fascinante. Elle regardait tout ce qui se trouvait à Far Carr avec une stupéfaction béate mais n’avait pas encore posé une seule question. S’il avait été à sa place, il aurait décortiqué toute la technologie présente ici jusqu’à en connaître le moindre détail.

– Êtes-vous sûr de ne pas être un dieu? finit-elle par demander.

– Si tu veux me traiter en tant que tel, libre à toi. Mais j’ai horreur des flagorneries.

  Sélénia ne répondit rien, apparemment insensible à l’humour.

– Avant de passer la porte, je vais nous rendre invisible, fit Silyen. Le Don trompera la perception de ceux qui poseront les yeux sur nous.

  Il laissa une étincelle de pouvoir s’écouler hors de lui et les envelopper. Puis il passa la porte, se retrouvant à nouveau dans ce que la jeune fille appelait le désert Ocre, à bonne distance du palais, qui n’était qu’un petit point au loin. La princesse avait finalement estimé que Will - ce brave garçon - avait dû se lancer sur ses traces au lieu de continuer en direction des Monts Cithrils.

  Silyen balaya les alentours du regard, sentant la chaleur s’infiltrer sous ses vêtements pour faire suer chaque pore de sa peau, comme s’il était entré dans un sauna par erreur. La végétation rase s’accrochait obstinément à une terre rougeâtre et craquelée, qui s’étendait à perte de vue.

  Sélénia souriait à côté de lui, apparemment rassurée d’être revenue dans son monde.

  Sans plus de cérémonie, Silyen s’assit et ferma les yeux.

– Qu’est-ce que vous faites? demanda la princesse.

– Je cherche votre bien-aimé. J’ai besoin de me concentrer alors restez silencieuse.

– Ce n’est pas mon…

  Mais absorbé dans sa transe, Silyen n’entendit pas la fin de la réponse. Il projetait son esprit au loin, à la recherche de la conscience de Will. Le jeune homme lui avait rappelé Luke à bien des égards, dans l’esprit de Sélénia: la même franchise, la même droiture, le même courage et le même entêtement. Des âmes si pures ne couraient pas les rues, c’est pourquoi l’Egal avait la quasi-certitude de pouvoir le retrouver.

  La première conscience que Silyen repéra étaient trois voyageurs qui marchaient sur la route pavée menant au palais où Sélénia avait été retenue prisonnière. Il s’en désintéressa aussitôt et élargit sa zone de recherche pour tomber sur un village. Inspecter les habitants un à un lui prit un temps désagréablement long et aucun ne se révéla être Will. Il se laissa guider plus au Sud, où il lui sembla repérer un regroupement. Colère. Rage. Peur. Doute. Sa propre conscience fut attaquée par ces sentiments émanant d’une dizaine de personnes. Il dut respirer profondément pour garder la tête froide. C’était un combat, il en avait la certitude, aux pensées qu’il saisissait. Il passa d’un esprit à l’autre, rapidement, jusqu’à trouver…

   Silyen se redressa comme un ressort.

  Il ouvrit une porte et y entra en lançant à Sélénia de le suivre. Il n’attendit pas de voir si la jeune fille obtempérait. Il déboucha dans un désert de sable, sur la crête d’une gigantesque dune. Du sable volait de toute part, soulevé par les bottes d’une vingtaine de gardes de vêtus comme ceux que Silyen avaient vu au palais. Et au milieu d’eux, trois silhouette dos à dos combattaient avec l’énergie du désespoir. Les cheveux blonds bouclés de l’une d’elles étaient poisseux de sang.    

  Surpris, les gardes hésitèrent une seconde.

  Une seconde de trop.

  Silyen convoqua son Don et le projeta avec force devant lui. L’onde de choc toucha tous les soldats, les envoyant voler au loin.

  Les trois personnes que les soldats avaient attaqué restèrent figées. Sil cligna des yeux. Autour du jeune homme aux cheveux blonds, deux humains aux oreilles de chat tenant deux fauçilles s’étaient mis en position de défense. Puis il y eut un cri:

– Will!

  Sélénia venait de passer la porte. Elle abaissa son capuchon et se précipita vers le jeune homme.

  Mais les gardes commençaient déjà à se relever, sauf deux, qui restaient étendus au bas de la dune sans bouger. Deux d’entre eux avaient atterrit sur la crête, tandis que les autres luttaient pour remonter, le sable rendant leur progression difficile.

  C’était le moment de voir si ce nouveau Don avait des limites.

 Silyen sentit son pouvoir s’embraser en lui, crépitant au bout de ses doigts, sur ses cheveux, sa peau. Il appela le sable. Des milliers de particule s’emboîtèrent les unes dans les autres. Des exclamations de peur et de stupeur s’élevèrent, tandis qu’un gigantesque serpent se formait au-dessus des dunes. La bête resta immobile quelques secondes puis plongea dans la mer de sable. Elle en ressortit, monta haut de ciel, avant de tourner la tête en direction des gardes sur la crête, qui s’enfuirent.

  Certains auraient peut-être éprouvé de la pitié. Pas Silyen. Le serpent s’abattit dans leur direction, ouvrant sa gueule pour les engloutir.

  La bête se tourna vers la trois derniers gardes. Ceux-ci imploraient grâce. D’une simple pensée, Silyen envoya sa création et bientôt, il ne resta plus rien des soldats.

  L’Egal n’avait jamais connu une telle puissance. Le Don pulsait dans ses veines, un univers de possibilités s’ouvrait. Il pouvait remodeler le désert comme il le voulait, créer ici une mer, une jungle, détruire le palais de Samarcanda d’une simple impulsion du Don.

  Une main se posa sur son épaule.

– Silyen.

  Sélénia. Ce simple contact rompit le charme et le serpent fut dissipé par le vent, s’éparpillant sans bruit aux quatre coins du désert, comme s’il n’avait jamais existé. Silyen tomba à genoux, soudain éreinté. Il eut soudain conscience de ses jambes, qui le tiraient, des grains de sable qui s’étaient infiltrés dans ses bottes, de son front qui dégoulinait de sueur.

  Il eut envie de hurler.

  Une main se posa sur son épaule. Il leva et se retrouva face à Sélénia, qui tenait une gourde dans l’autre main.

– Tout va bien? demanda-t-elle, le front plissé par une ride soucieuse.

  Il ignora la question, se contentant de boire avidement.

  La princesse avait l’air secouée, et une peur presque religieuse se lisait dans son regard. Elle reprit finalement contenance et se releva, puis lui tendit la main. Encore perdu dans la puissance qu’il avait éprouvée, Silyen refusa son aide, se leva machinalement, les membres encore légèrement tremblants. Le prix à payer pour une utilisation aussi intense du Don. Il réussit à se maîtriser et fixa les trois personnes qui lui faisaient face.

  Ces derniers n’en menaient pas large. Il y avait les deux jeunes gens aux oreilles de chat, qui étaient restés en position de défense, leurs espèces de faucilles à la main. La fille - ou femelle - avait les cheveux noirs de jais attachés en queue de cheval et retenus sur son front par un bandeau blanc. Elle ne semblait pas voir d’autres armes et portait une tunique sombre sans manches. Son compagnon avait d’abondants cheveux bruns bouclés et portait une tenue semblable. Tous deux avaient un tatouage sur le cou, un sablier entouré d’un cercle. Silyen se demanda un instant si leurs oreilles fonctionnaient vraiment comme celles de chats et affinait leur ouïe et s’ils avaient d’autres réflexes félins. Il poursuivit son examen. Le troisième membre du groupe affichait un air si ébahi qu’il lui rappela instantanément Luke, avec son clapet grand ouvert.

  Le fameux Will.

  Il arborait une tenue quasiment identique à celle du garçon-chat: pantalon de lin bouffant, bottes de cuir, tunique légère à longues manches. Mais son teint clair rougi par le soleil et ses boucles blondes tachées de sang prouvaient qu’il n’appartenait pas au désert. Il ne semblait pas gravement blessé, estima Silyen en jaugeant ses yeux bleus, son menton volontaire, son nez droit. Une image de Luke revint le percuter de plein fouet. Les deux garçons se ressemblaient vraiment beaucoup, si ce n’était les cheveux, bouclés chez ce Will, et une mâchoire un peu différente. Si l’Egal n’avait pas rencontré l’ancien roturier, peut-être que…

  Sélénia toussota, mal à l’aise, et Silyen se décida à rompre le silence.

– Surtout, ne me remerciez pas, lâcha-t-il d’un ton dédaigneux en époussetant le sable qui recouvrait sa chemise. Une fois que vous aurez récupéré, nous partirons immédiatement pour les monts Cithrils.

– Quoi?! Comment êtes-vous au courant?! lança Will, l’air désormais aussi scandalisé qu’ébahi.

– Ta petite amie m’a tout expliqué. C’était la condition pour que je la libère.

– Ce n’est pas ma… (Puis le jeune homme sembla réaliser ce que l’Egal venait de dire:) C’est vous qui…!? rugit-il en dégainant son épée.

  Il était vraiment très beau quand il se mettait en colère, exactement comme….

  Mais Sélénia s’interposa, posant les mains sur le torse de Will pour l’empêcher d’avancer:

– Will, arrête! Il ne m’a pas enlevée! Il m’a sauvée du prince Karim al Sarmacanda. C’était lui qui me retenait prisonnière.

  Silyen souffla une poussière imaginaire sur ses ongles.

– Exactement. Je note que vous semblez aimer les onomatopées. Je préférerais des phrases complètes et un minimum de respect quand vous vous adressez à moi.

  Will s’était figé sur place, comme si on l’avait giflé.

  Sélénia tourna la tête et lança un regard noir à Silyen, puis prit Will par l’épaule et le tira à l’écart.

– Donnez-moi une seconde.

Quant aux deux jeunes gens chats, ils s’étaient mis à discuter entre eux dans une langue étrange sans relâcher leur posture défensive. Silyen soupira ostensiblement. Il n’avait pas de temps à perdre.

  Enfin, Will et Sélénia revinrent. Le jeune homme semblait légèrement plus calme, même s’il jetait encore des coups d’oeils méfiants à Silyen.

– Je pense qu’une explication s’impose, fit-elle, défiant l’Egal du regard de la contredire.

  Ce dernier serra les dents. Tant que ces gens n’auraient pas confiance en lui, il n’irait nulle part. Il avait un instant oublié qu’il n’était pas dans son monde, où des roturiers tels que ceux qui lui faisaient face lui auraient obéi sans rechigner.

  Il modela donc un dais de sable, pour les protéger du soleil, qu’il fit léviter à deux mètres du sol. Autant rendre les explications le plus confortable possible. Tout le monde faillit sauter en l’air, sauf Sélénia, qui commençait à s’habituer. Silyen montra l’exemple en s’installant sous sa création:

– Vous n’avez rien à craindre, c’est sans danger.

  La princesse vint s’assoir à ses côtés, suivie, après d’un temps d’hésitation, de Will. Les deux autres restèrent dehors, les pieds dans le sable, l’expression aussi fixe que celle d’un sphinx. Ils ne se laissèrent pas plus tenter par l’eau que l’Egal tira hors du sable et qu’il but avidement.

  Une heure plus tard, la seule chose intéressant que Silyen ait apprise était l’identité de l’homme et la femme-chat: des Féins de Tal, un peuple légendaire qui vivait reclus dans les montagnes de Tal et possédait de mystérieuses capacités. En effleurant leur esprit avec le Don, l’Egal ne ressentit rien de particulier, si ce n’était des réflexes naturellement exacerbés. Il aurait adoré en savoir plus, en temps normal, mais il préférait se concentrer sur son objectif.

  Curieusement, personne ne lui posa vraiment de questions. Ces gens-là étaient vraiment étranges. Seul le voyage entre les mondes suscita une exclamation incrédule de la part de Will, et Sélénia évoqua des anciennes croyances indiquant qu’il existait une infinité d’univers.

– Bien, maintenant que le récapitulatif a été fait, nous pouvons nous mettre en route, lança Silyen en se relevant souplement.

– Je… protesta Will.

  Sélénia lui jeta un regard perçant. Elle se pencha et murmura quelques mots à son oreille. Il chuchota en retour d’un air fâché.

  Silyen haussa un sourcil.

  Finalement, Will se leva et regarda l’Egal d’un oeil flamboyant.

– Pourquoi vous intéressez-vous aux Mont Cithrils?

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