Attention! Ceci est un chapitre MA, autrement dit, réservé aux adultes! Sexe, violence psychologique, violences sexuelles.
Si vous préférez passer votre tour, pas de soucis. J'écrirai une phrase de résumé (sans les détails) au début du prochain chapitre. ;)
Quand Luke se réveilla, il réalisa tout de suite que quelque chose clochait… Il avait… Il avait froid - chose qui ne lui était plus arrivé depuis qu’il était devenu Doué. Puis son nez capta des odeurs qui firent grogner son estomac: viande grillée, pain chaud, pommes de terre. Il redressa brusquement la tête.
Devant lui se dressaient une assiette vide, des couverts étincelants et un verre de vin rouge. Sur le reste de la table reposait un déluge de nourriture.
Il était donc mort.
Rien d’autre n’expliquait ce spectacle.
D’ailleurs, il ne sentait plus son Don. Son Don! Son regard tomba sur les menottes verrouillant ses poignets, les empêchant de les bouger de plus de trente centimètres. D’autres chaînes s’enroulaient autour de son torse, de ses jambes et de ses pieds. Le halo typique des colliers de gruach en émanait. Tout compte fait, il n’était peut-être pas si mort que ça. Et à voir l’état vaseux dans lequel il se trouvait, les Confédérés avaient aussi dû lui injecter quelque chose qui neutralisait son pouvoir. Un rapide coup de sonde intérieur lui apprit que ses liens étaient très affaiblis: il percevait Daisy, Abi et sa mère de très loin, et il ne sentait toujours pas Silyen. À cette pensée, il ravala un sanglot. S’obligea à relever la tête. A regarder au-delà du festin. La pièce avait des murs de bétons nus, aucune fenêtre. Une cellule.
Puis la porte s’ouvrit.
Jusqu’à maintenant, Luke n’avait vu cet homme qu’en photo, mais il reconnut aussitôt sa barbe soigneusement taillée, son nez recourbé et ses yeux glacés. Un flot de haine lui brûla les entrailles.
- Le célèbre Bouclier. Ou plutôt, le chiot de Rebecca Dawson. J’attendais ce moment depuis une petite éternité. Tu as l’art de te faire désirer, dit Spencer Grailingstream en refermant le battant derrière lui.
Luke ne répondit rien, se demandant par quel miracle il était toujours vivant. Il s’était attendu à ce que les Confédérés le tuent dès qu’il se rendrait, ne prenant pas le risque qu’il s’échappe.
- Tu n’es pas très bavard, poursuivit Spencer Grailingstream d’un ton affable, en prenant place à l’autre bout de la table. J’espère que tu as faim? Vas-y, sers-toi.
Sans attendre, le président s’empara d’une cuisse de poulet, dans laquelle il mordit à pleine dents. Luke resta immobile. Tout ça ne lui disait rien qui vaille.
- Timide ? Gâcher de la si bonne nourriture serait dommage, non ? Elle n’est pas empoisonnée, rassure-toi. Tu serais déjà mort si j’avais voulu te tuer.
Constatant que son interlocuteur n’allait pas répondre, le président poursuivit sur le ton de la conversation :
- J’avoue être admiratif de ce que tu as accompli jusqu’à maintenant… Nous tenir en échec aussi longtemps, sans aucune expérience militaire et à ton âge… Quel âge as-tu d’ailleurs?
Il devait certainement le savoir, songea Luke, sans comprendre où ce petit jeu allait les mener. Bouda Matravers l’aurait déjà attaché sur un chevalet de torture pour lui faire avouer ses « précieux secrets », mais là, on aurait dit que Spencer Grailingstream voulait jouer avec ses nerfs. Quelque chose perçait sous ce ton faussement aimable – une menace sourde.
- Tu ne veux toujours pas me répondre? À ta guise, fit le président en s’emparant d’une miche de pain, qu’il déchira en deux.
Sans pouvoir retenir un frisson, Luke sentit le délice avec lequel le président faisait rouler les syllabes de son nom sous sa langue, semblant savourer chaque son. Il eut soudain terriblement conscience de ses poignets entravés, de la magie qui le coupait de son Don et de son état de faiblesse. Il se demanda soudain s’il n’avait pas eu l’idée la plus stupide de sa vie, en se sacrifiant pour sauver les soldats que les États-Confédérés avaient menacé d’exécuter aujourd’hui. Les paroles jaillirent avant qu’il n’ait pu les arrêter.
- Les soldats! Vous les avez libérés?
Spencer émit un son amusé, lécha une goutte de vin sur son doigt:
- Je n’ai qu’une parole. Toi contre eux. Je les ai tous libérés, cependant…
Une pause.
- Quoi ? rugit Luke, sachant que c’était exactement la réponse que l’autre attendait de lui.
- J’ai le regret de t’apprendre que tu t’es rendu trop tard pour sauver les cinq premiers. Les malheureux ont été exécutés aujourd’hui. Le délai, c’était le matin, tu aurais pu t’en souvenir…
À ces mots, Luke perdit tout contrôle. Il se débattit, balaya l’assiette et le verre qui se fracassèrent par terre. Une flaque de vin s’élargit sur le sol, aussi rouge que le sang de Coira. En désespoir de cause, il finit par vomir toutes les insultes qui lui passaient par la tête.
Il aurait tout aussi bien pu essayer de frapper une statue. Le président resta imperturbable, avec son horrible sourire. Pire, une lueur de prédateur s’alluma dans son regard, comme si Luke venait enfin de lui offrir ce qu’il attendait: un peu de sel dans son spectacle. Il se leva, puis s’approcha, chacun de ses pas résonnant sur le sol. Ses mains devinrent dorées ; le résultat fut immédiat. Luke hurla en se contorsionnant dans tous les sens, et du sang commença à couler le long de ses poignets à vif. Tout son corps était en feu, comme si on avait pris chacun de ses organes et qu’on serrait jusqu’à les faire éclater.
Une terrible peur le submergea. Il était de retour dans la cellule, avec Astrid et Bouda, on allait bientôt lui briser la jambe. Il appela désespérément son pouvoir, en vain. Il était redevenu un roturier, il…
La douleur disparut aussi vite qu’elle était arrivée, le laissant pantelant.
- J’espère que cette petite leçon t’apprendra à bien te tenir. J’ai horreur du manque de respect, fit Spencer Grailingstream, en tapant des doigts sur la table, puis en tournant la chaise de Luke vers lui.
Le jeune homme aurait voulu le frapper, lui cracher au visage, hurler sa colère. Mais la peur anesthésiait son esprit et ses pensées fonctionnaient au ralenti. Des tremblements l’agitaient, sans qu’il puisse les contrôler. Il sentit les doigts de Spencer se poser sur son menton et le relever lentement, comme s’il voulait le consoler.
À ce contact, le sang de Luke ne fit qu’un tour. Il tenta de mordre. Évidemment, le président s’écarta à temps, avec ses réflexes Doués.
- Tsss, tsss, commenta-t-il.
Étonnamment, il n’y eut pas de deuxième vague de douleur. Spencer se contenta de scruter Luke, ses yeux effleurant chaque centimètre de son corps, avec une telle avidité que le jeune homme eut soudain l’impression d’être entièrement nu. La peur revint, bloquant sa respiration. Cette salle. Le fait qu’ils soient seuls. Les colliers de gruach, qui n’affectaient apparemment pas le président, l’avertissement de Chris sur les rumeurs à propos de son père.
Les pièces de l’horrible puzzle se mirent en place dans la tête du jeune homme et son cœur commença à palpiter follement, tandis qu’une sensation de froid l’envahissait. Il devait partir d’ici, très vite. Il se lança comme un bélier contre les colliers de gruach mais les barrières ne bougèrent pas d’un centimètre. Pire, cela parut déclencher un signal chez Spencer, qui susurra :
- Si tu savais combien de fois je t’ai imaginé attaché ici, à ma merci, à savourer la peur dans tes yeux. Exactement cette peur que je vois en ce moment. Mais pour l’instant, tu n’as rien à craindre, je vais me contenter de t’explorer un peu. Ce serait dommage d’aller trop vite et de tout gâcher, tu ne crois pas?
Les tremblements devinrent des spasmes et Luke dut serrer les dents pour les empêcher de claquer. Il lutta désespérément contre ses chaînes, mais cela ne servit qu’à lui écorcher davantage la peau. Spencer était à nouveau tout près, et avec ses lèvres, il lui effleura les épaules. Immédiatement, le jeune homme lança sa tête de côté, avec la ferme intention de heurter violemment celle du président. Peine perdue.
Il songea alors au heaume sentient, mais il n’avait plus accès à son Don, il ne pouvait plus l’utiliser. Puis une idée vint, si folle qu’il faillit éclater de rire. Mais c’était possible… C’était carrément possible…
- Le heaume sentient. C’est vous qui l’avez inventé, souffla-t-il.
Spencer se figea.
- C’est vous! C’est comme ça que vous avez êtes devenu président! Vous avez écrasé tout le monde pour y arriver! Parce que vous ne sentiez plus la peur, le doute!
Le président restait silencieux, sans tenter de nier:
- Et vous l’utilisez toujours. Votre colère vient de là. C’est… C’est pour ça que vous avez attaqué la Grande-Bretagne, poursuivit Luke, devinant la vérité au fur et à mesure. Vous ne vous rendez pas compte de ce que ça vous fait. Ce truc est en train de vous rendre dingue ! Arrêtez de l’utiliser ! Il n’est peut-être pas trop tard!
Le président éclata alors de rire et Luke sentit son espoir mourir : il n’y avait rien d’humain dans ce son, juste de la folie. Une folie ravie:
- Félicitations ! Je ne sais pas comment tu as appris l’existence du heaume, mais tu as tout faux. Cependant, bravo pour ton imagination.
- Non! Vous devez vous rendre compte. Vous n’êtes pas vous même. Chris….
- Tais-toi!
- Chris vous supplie d’arrêter cette guerre, vous ne…
La gifle fit voler la tête de Luke.
Quand il releva les yeux, il vit que le président avait sorti des photos de sa poche. Elles représentaient des enfants, des hommes et des femmes. Son estomac se souleva quand il entendit le président les nommer, donner leur nom, leur âge, décrire leur famille, leur vie. Alors, il comprit… Spencer avait expliqué que les soldats britanniques avaient été libérés, mais il n’avait pas parlé des civils – civils qu’il étaient eux aussi prisonniers.
Le salaud! Le salaud! A la torture, Luke pesa désespérément le pour et le contre, se demandant si cette pourriture pouvait vraiment exécuter ces gens, mais la réponse ne faisait hélas pas l’ombre d’un doute. Les yeux brûlants, il cessa ses mouvements, laissant le président faire courir ses mains sur ses bras, puis les descendre le long de ses côtes. Les doigts se firent plus pressants, parcourant ses abdominaux, testant leur fermeté.
Le cœur au bord des lèvres, Luke détourna les yeux, se demandant à quel moment il allait vomir. Et pendant tout ce temps, Spencer ne cessait de faire des commentaires:
- Tu tiens vraiment toutes tes promesses… Tu as un corps superbe….
Et ce que Luke redoutait arriva. Il dut bander toute sa volonté pour s’empêcher de bouger, conscient que l’autre faisait ça pour le faire souffrir, parce qu’avec son Don, il aurait très bien pu le forcer à rester tranquille - mais non, il préférait le voir lutter pour garder son sang-froid. Le coton de son T-shirt remonta centimètres par centimètre jusqu’à ses épaules, laissant son torse complètement découvert. Avec un peu de chance, il y aurait peut-être une urgence, quelque chose qui attirerait Spencer dehors et qui laisserait un peu de répit pour réfléchir, trouver une solution.
Lorsque les mains du président se reposèrent sur lui, Luke ferma les yeux, s’attendant à subir une atroce douleur. Mais l’homme se contenta de masser, de caresser. S’il espérait faire un quelconque effet, il pouvait essayer longtemps. Il n’arriverait jamais à provoquer autre chose qu’un profond dégoût et une rage encore plus brûlante.
- Un corps vraiment superbe, répéta le président, en se penchant pour poser ses lèvres sur le cou de Luke et y déposer un baiser.
Il sourit quand le jeune homme se cabra, puis remonta jusqu’à son oreille, où il chuchota:
- As-tu déjà couché avec un homme?
C’était si inattendu, si déplacé, que Luke ne put s’empêcher de rougir. Il resta évidemment silencieux. Ça ne concernait que lui et il ne ferait pas le plaisir d’une réponse. Le président promena alors son doigt sur les photos qu’il avait posées sur la table, s’arrêta sur celle d’une femme.
- Lola, capturée à Bath. Devons-nous commencer par elle? Bien sûr, mes hommes lui expliqueront pourquoi elle doit mourir, juste avant de lui mettre une balle entre les deux yeux. Je te repose donc ma question, c’est ta dernière chance pour y répondre.
A sa grande honte, Luke s’aperçut que des larmes brûlantes menaçaient de déborder de ses paupières.
- Oui. Oui… murmura-t-il.
Le président le regarda avec un sourire de satisfaction sadique:
- Voilà qui est mieux. Poursuivons.
Quand il leva à nouveau la tête, Luke s’aperçut que Spencer tenait une grappe de raisins dans sa main. Il en arracha un grain, qu’il fit rouler entre ses doigts.
- Ouvre la bouche, ordonna-t-il.
Luke ne chercha même pas à protester. Il sentit le goût frais, pétillant du raisin, puis celui, dégoûtant, des doigts du président sur ses lèvres. Il n’avait jamais été aussi humilié de sa vie. Il aurait voulu hurler sa stupidité. Qu’est-ce lui avait traversé l’esprit, quand il avait créé ce foutu portail? Pourquoi ne s’était-il pas souvenu des avertissements de Chris? Des supplications d’Abi? Abi! Daisy! Il les avait abandonnées sans une pensée. Quel imbécile! Non mais quel imbécile!
Les doigt de Spencer caressant sa langue le rappelèrent brusquement au moment présent. Jamais personne ne l’avait touché là, sauf Silyen, cette merveilleuse nuit… avait- elle seulement existé? Elle paraissait remonter à des années en arrière. Puis le président retira ses doigts.
- Allons te mettre plus à l’aise. Viens, suis-moi.
Et d’une simple impulsion douée, parce que les colliers devaient reconnaître son pouvoir, il ouvrit les menottes. Toutes les chaînes tombèrent dans un fracas métalliques. C’était le moment! Il fallait l’immobiliser, le forcer à arrêter cette guerre! Une occasion pareille ne se présenterait pas deux fois. Mais le visage de Lola s’interposa, et Luke savait que sans son Don, il n’avait aucune chance.
La rage au coeur, il se retrouva au centre de la pièce. Ses poignets furent emprisonnés par de nouvelles menottes de gruach, pendant du plafond, tandis que ses chevilles furent fixées au sol. Un vrai jambon dans une boucherie, prêt à être découpé.
Les effluves du festin, désormais nauséabondes, lui retournèrent l’estomac. Puis Spencer déchira son T-shirt d’un geste sec. Le tissu tomba par terre, le laissant torse-nu.
- Qu’est-ce que vous voulez? cria Luke, incapable d’en supporter plus.
Mais au lieu des questions sur l’armée britannique qu’il s’apprêtait à entendre, il n’y eut que dix mots.
- De l’humiliation. Du désir. De la souffrance. Du plaisir.
Ça n’avait aucun sens.
- Vous êtes cinglé! répliqua Luke, regardant avec horreur les doigts du président déboutonner son pantalon et descendre la braguette d’un geste sec.
- La folie… répéta le président. Un mot intéressant. À peine un siècle en arrière, on l’appliquait aux femmes hystériques, à ceux qui souffraient de troubles mentaux. Mais ce que l’on ne comprend pas ne mérite pas toujours ce titre, n’est-ce pas? Et dis-moi, à part tout à l’heure, t’ai-je fait mal? ronronna le président en se collant derrière Luke et en glissant les mains le long de ses hanches.
Les battements de son cœur explosant à ses tympans, Luke sentit les doigts s’insinuer dans la partie découverte de son jean, puis se poser sur son caleçon. Les larmes se mirent à couler, impossibles à retenir. Il regretta de ne pas pouvoir tuer le président d’une pensée. Réfléchir, réfléchir. Mais rien ne vint, juste ces horribles sensations. Il n’osait même pas baisser les yeux.
- Laisse-toi aller.
Luke aurait ricané s’il n’avait pas soudain eu un haut le cœur - mais Spencer contint son envie de vomir avec son Don. Il joua alors la dernière carte qui lui restait. Provoquer assez pour en finir:
- Allez, espèce de malade. Vous me voulez? Allez-y !
- Tu as déjà oublié les otages? répondit Spencer. Mais je te l’ai dit, je tiens à ce que tu en profites aussi…
Luke ressentit alors quelque chose de totalement inattendu, une sensation à la fois douce et brûlante, qui glissa dans son corps avant d’embraser son bas ventre. Il avait l’impression d’être de retour dans la chambre de Silyen, sous le feu des caresses de l’Egal. Il se sentit durcir, sans comprendre comment c’était possible. Puis la lumière se fit. C’était le Don: il pouvait guérir, provoquer de la souffrance, maîtriser les éléments et aussi… créer du désir? Les langues de feu se firent plus pressantes.
- Vous n’avez pas le droit, balbutia-t-il. Arrêtez ça tout de suite.
Mais il continuait à durcir et une pellicule de sueur couvrait son corps. Il n’avait jamais rien connu de tel, c’était… Il se répéta que c’était le Don, que Spencer ne pouvait pas naturellement provoquer ça chez lui, mais les colliers de gruach l’immobilisaient toujours. Il lutta pour atteindre son pouvoir, de manière de plus en plus désespérée, alors que le plaisir s’emparait de tous ses membres.
De l’humiliation. Du désir. De la souffrance. Du plaisir. Luke comprenait désormais pourquoi.
- Allez, crie, lui souffla Spencer en recommençant ses caresses.
Alors Luke cria. Il cria sa souffrance, sa honte, son humiliation, sa rage. Il n’aurait jamais cru qu’être autant en colère était possible, il n’allait pas seulement tuer Spencer, il allait lui rendre coup pour coup, le briser, le tuer à petit feu.
Soudain, les sensations refluèrent, comme si elles n’avaient jamais existé, alors que Luke était à deux doigts de la jouissance.
Puis il vit le visage de Spencer Grailingstream, beaucoup trop près.
Le président lui posa une main sur la joue avec un regard de douce exultation. Il essuya une des larmes, avant de porter son doigt à ses lèvres et de lécher avec délectation.
- Embrasse-moi, murmura-t-il.
Il était juste assez près pour que Luke puisse se pencher en avant et le mordre jusqu’au sang. Sauf qu’évidemment, une phrase arrêta son geste:
- Si tu tentes quoi que ce soit, j’envoie immédiatement cinq civils britanniques au peloton d’exécution… Ou peut-être dix?
Son sourire s’élargit quand il vit la détresse dans les yeux de Luke.
- Espèce d’ordure, vous devriez vous faire soigner… Vous…
Mais sa tactique ne fonctionna pas. Loin de l’écouter, Spencer se pencha, et une décharge électrique parcourut la colonne vertébrale de Luke quand leurs lèvres entrèrent en contact. Encore ce foutu Don, songea le jeune homme, qui était aussi empli de désir qu’une bouilloire sur le point de d’exploser. Il convoqua sa rage, son dégoût, et réussit à ne pas répondre au baiser. Cela parut contrarier le président, qui le pressa fermement contre lui. Avec horreur, Luke sentit alors ses lèvres s’entrouvrir, chercher celles de l’homme. Non, non, non. Il se rappela le jour où il était arrivé à Eilean Dochais et où ses pieds l’avaient amené au manoir, sans qu’il sache si c’était lui ou Crovan qui les avait contrôlés. Là, ce n’était pas exactement pareil, mais ça lui rappelait ce viol intérieur, l’impression de ne plus être maître de son corps. Et le plus horrible, c’était de constater à quel point ce baiser obscène faisait à nouveau monter le désir, prolongeant cette lente agonie.
Il aurait voulu se rouler en boule.
Se déchirer la gorge avec ses sanglots.
Mais à la place, ses lèvres continuèrent à se plaquer goulument contre celles du président, tandis que son bas-ventre le brûlait, comme un chien à qui son maître vient de jeter un os.
Puis le président recula. Sa langue entra en contact avec le lobe de Luke, y déposant une humidité dégoûtante… délicieuse… Le jeune homme ne put retenir un gémissement.
Soudain, le contact disparut. Luke ouvrit les yeux, constatant que Spencer le regardait, ou plutôt le dégustait des yeux. Il avait conscience qu’il était lamentable, soufflant comme une locomotive alors que la rage et le plaisir s’entrechoquaient en lui.
Le silence se prolongea.
Puis un sourire vicieux étira les lèvres du président. Celui-ci tendit une main, la posa sur le torse de Luke, la fit glisser jusqu’à son nombril, puis plus bas encore. Il y eut une sensation aussi légère qu’une plume, mais qui suffit à ébranler le jeune homme. Un deuxième frottement, une caresse.
Luke se mordit les lèvres jusqu’au sang, sans réussir à stopper les ondes de plaisir, à chaque infime petit mouvement des doigts de Spencer. Il était à un cheveu de la délivrance, mais il aurait pu être à un abîme de là. Le président savait parfaitement ce qu’il faisait et il n’y avait aucun espoir qu’il le laisse jouir.
Impuissant, prisonnier de ses émotions, Luke referma les yeux, ses larmes se remettant à couler. Que ça s’arrête. Que tout ça s’arrête. S’il vous plaît.
Comme par miracle, son souhait s’exauça.
Spencer marcha jusqu’à la table. Qu’importait ce qu’il faisait, cela représentait quelques précieuses secondes de répit. Le jeune homme tenta sans succès de faire baisser son excitation, essaya de réfléchir, parce qu’il était impossible qu’il soit totalement impuissant. Une intuition voletait, mais lui échappa quand il tenta de la saisir. Il s’obstina et la brume commença à se dissiper, dégageant une petite parcelle de son esprit, une parcelle juste assez importante pour percevoir…
…Pour percevoir…
… Mais était-ce seulement possible?
Ce qu’il venait de sentir, ce que le brouillard de terreur lui avait caché, c’était son lien le plus solide, celui que Silyen avait tissé, si longtemps auparavant. Il lui avait montré… Silyen! Silyen, vivant!
Mais le président revenait, son pantalon laissant clairement apparaître son excitation. Dans une de ses mains, un verre de vin, dans l’autre une chaise, dont le raclement sur le sol aurait dû mettre les nerfs de Luke à vif. Mais le jeune homme ne l’entendit même pas. Ses pensées continuaient à chanter. Silyen était vivant et c’était tout ce qui comptait! Il n’arrivait pas à croire qu’il l’ait cru mort ; il aurait au moins dû sonder minutieusement le lien, attendre quelques minutes. Et il était en train de payer sa stupidité au centuple. Mais il ne fallait arrêter d’y penser et continuer à chercher une solution. Quelque chose ! N’importe quoi ! L’illumination eut lieu juste avant que la peur ne referme à nouveau ses griffes sur son esprit.
Ne restait plus qu’à espérer que son idée fonctionne.
Les mains de Spencer se posèrent sur son pantalon à moitié ouvert et son caleçon, puis les descendirent d’un geste brusque.
Luke trembla de rage et d’humiliation. Il se tortilla dans tous les sens, mais ça ne servit à rien. Il se retrouva complètement nu, impuissant.
Les larmes aux yeux, il se prépara à l’insoutenable.
Contracta tous ses muscles.
Sentit du vomi remonter le long de sa gorge.
Mais rien ne vint.
Le président retourna jusqu’à sa chaise, sur laquelle il s’assit. A quoi jouait-il ? A le torturer encore davantage, avec ce stupide suspense ?
Un spasme de plaisir secoua Luke, puis un autre. Et le jeune homme comprit. Le président allait se contenter de l’observer se battre contre le plaisir qu’il lui infligeait avec son Don, comme s’il assistait à un spectacle. D’une certaine manière, c’était encore plus sadique.
- Aucune protestation? Je ne pensais pas te voir abdiquer si facilement…
Avec Bouda, Luke avait retenu la leçon. Plutôt que de lâcher un mensonge qui serait immédiatement détecté, il détourna la tête, comme s’il était en train de rassembler la force de supporter ce qui allait suivre. C’était d’ailleurs le cas, parce que s’il s’était trompé…
Alors qu’une nouvelle vague de plaisir submergeait son bas-ventre, il prit une grande inspiration, évoqua l’image d’un petit bateau doré et s’y accrocha. C’était Silyen qui était avec lui. Pas Spencer. Silyen. Silyen. Silyen.
Son corps était en feu. Le bateau doré. Silyen.
- Regarde-moi, ordonna Spencer.
Luke ne répondit rien, les yeux fermés, la mâchoire serrée.
- Allez!
- N-n-non.
- Dis que tu aimes ça, dis que tu me veux.
Avec l’impression qu’il était en train de se tuer lui-même, Luke ouvrit les yeux, se contraignit chercher les mots au fond de lui:
- Je… Je vous veux.
Le président poussa un grognement satisfait et Luke se força à garder les yeux ouverts. Il avait l’impression qu’il regardait la scène de très loin, de très haut, comme s’il n’était plus dans son corps. Sauf qu’il continuait à ressentir chaque vague de plaisir, de plus en plus brutalement. Alors, avec un gémissement de détresse, il arrêta de résister, s’abandonna.
Quand tout son être ne fut plus qu’un paratonnerre pour le plaisir, il sentit quelque chose céder au fond de lui et la jouissance l’emporta. Il s’en servit comme d’un tremplin, pour appeler férocement son Don à lui. Le pouvoir s’arc-bouta, dans un combat titanesque, puis finit par déferler dans ses veines.
Le jeune homme convoqua toute sa fureur et banda sa volonté comme un arc.
Il y eut une explosion. Le monde devint doré.
Quand Luke rouvrit les yeux, il remarqua d’abord que ses chaînes avaient cédé.
Puis il vit la silhouette de Spencer Grailingstream, recroquevillée dans un coin de la pièce. Ce salaud avait dû être catapulté par le souffle du Don. Restait à s’assurer qu’il était bien mort.
C’est alors que l’estomac du jeune homme se décrocha. Une trappe venait de s’ouvrir sous ses pieds - certainement une sécurité au cas où quelque chose tournerait mal. Une salle tapissée de colliers de gruach se trouvait en dessous.
Juste avant d’être à nouveau coupé de son pouvoir, Luke ouvrit un portail.
Il atterrit dans sa chambre de Manchester, haletant, les yeux pleins de larmes et le cœur en morceaux.
Note de l'autrice Rendons à César ce qui appartient à César: un très grand merci à EnSorceleurisée pour avoir relu ce chapitre, que j'ai longuement hésité à écrire, puis à publier. Je n'avais pas envie que cela soit gratuit et puis... assumer du MA n'est jamais simple. Reste que ce passage s'est imposé de lui même - je ne l'avais absolument pas planifié dans mon premier jet - et qu'il fallait faire apparaître Spencer Grailingstream d'une manière ou d'une autre dans cette fic. Alors j'ai pris mon courage à deux mains et je me suis lancée. J'implore donc votre indulgence.