Transcendance

Chapitre 68 : LUKE

Par April

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Toujours dans les bras de Silyen, Luke se retrouva dans un paysage paradisiaque. L’air était tiède, chargé d’un parfum de vanille, de noix de coco et d’air marin. De l’eau scintillante s’étirait jusqu’à l’horizon.

Un vaste bâtiment blanc entouré de fleurs tropicales apparut au-dessous et il eut la certitude d’être déjà venu ici, mais c’était impossible, il s’en serait rappelé. Puis le souvenir le frappa comme s’il avait raté une marche: pendant son premier séjour à Far Carr, une terrasse qui ressemblait comme deux gouttes d’eau à celle-ci se trouvait dans la conscience de Sil. Qu’avait dit l’Egal, déjà? Que sa famille possédait une propriété sur une île des Caraïbes et qu’il s’en était inspiré pour créer son Selbst-Welt ? Il devait s’agir de ce fameux modèle.

Puis une vague de culpabilité tordit le ventre de Luke. Doc Jackson, Dina, son père, Gavar et Coira étaient morts. Et Daisy… Daisy ! Comment pouvait-il penser à faire du tourisme?

-     Ça ne les ramènera pas, murmura Sil, comme s’il avait lu dans ses pensées.

Plus logiquement, l’Egal avait dû sentir ses remords à travers le lien, songea Luke, qui poussa un long soupir. Il refusait d’ignorer ses émotions.

Mais Silyen n’en avait pas fini. Ses bras se desserrèrent alors qu’il survolaient la mer.

-     Non! protesta Luke.

Il fut quand même lâché sans pitié dans l’eau. Puis Sil le poursuivit et le chatouilla jusqu’à ce qu’il demande grâce. Luke avait oublié à quel point l’Egal pouvait être normal, parfois. Il fut finalement obligé d’abandonner sa tristesse, mais pas sans représailles.

Quelques étincelles de Don emprisonnèrent Silyen, qui lâcha:

-     Tricheur.

Mais ses yeux brillaient. Depuis qu’il avait récupéré son Don, il semblait ravi de voir Luke utiliser ses pouvoirs.

-     Je trouve ça très excitant, confirma l’Egal avec un clin d’œil.

Luke rougit, puis avant de comprendre ce qui lui arrivait, il se retrouva allongé sur le sable. L’eau déserta ses poumons d’Originel, remplacée par de l’air et il s’aperçut que Sil venait de créer une énorme bulle d’oxygène autour d’eux.

-     Tu te souviens, dans la piscine de Far Carr? Demanda l’Egal en s’accroupissant.

Lorsqu’il lui lécha l’oreille, Luke souffla comme une locomotive. La scène était imprimée dans son esprit dans ses moindres détails: il avait renversé Sil en arrière avant d’être finalement repoussé. Bouleversé, il s’aperçut qu’il avait toujours dressé une barrière entre lui et l’Egal, peut-être pour se protéger, parce qu’il voulait cesser d’avoir mal et redoutait une trahison. Il laissa timidement voir l’intensité de ses sentiments à travers le lien.

Pétillante, l’atmosphère devint soudain moite, aussi lourde qu’un soir d’orage.

La respiration coupée, Luke attira l’Egal à lui. Sa peau était si douce… Il caressa ses omoplates, son dos, puis, après une hésitation, descendit encore, les yeux plantés dans ceux de l’Egal, qui inspira brusquement, une lueur incertaine dans le regard. Sans savoir d’où lui venait cette audace, Luke fit courir sa main le long des hanches Sil, puis la glissa entre ses cuisses, observant toujours sa réaction. Il la remonta, millimètres par millimètres, jusqu’à toucher à nouveau le tissu du caleçon.

Oh, bon sang.

Cette fois, Sil laissa échapper un petit soupir. Sa peau rayonna sous l’effet du Don, et Luke sentit son corps s’illuminer à son tour.

Le jeune homme se mordit la lèvre. Il n’avait jamais touché l’Egal à cet endroit, même lorsqu’ils avaient passé la nuit ensemble à Kilsaï. Il commença à trembler, et son cœur battit si fort qu’on devait l’entendre des kilomètres de là. L’effet que ce simple contact provoquait décuplait son excitation. Sans un mot, il bougea les doigts, commençant de lentes caresses. Sil avait désormais les yeux mi-clos, la respiration saccadée. Quelques gouttes de sueur se mêlaient à l’eau, sur son corps.

Luke attira l’Egal encore plus près de lui, jusqu’à sentir son souffle sur ses lèvres, puis l’embrassa longuement. Ses doigts tremblants prirent de l’assurance alors qu’il continuait son va et vient.

Il songea vaguement que quelque chose clochait. Normalement, Silyen aurait dû prendre l’initiative, comme dans ses appartements à Kilsaï, pourtant, il se laissait faire.

Luke se sentit soudain idiot. Et maintenant? Qu’était-il censé faire? Il repensa aux mains si habiles de Sil, à Kilsaï, et ses joues le brûlèrent. Il ne pouvait quand même pas… Oh non, il ne pouvait pas. Alors quoi? Ses doigts agrippèrent d’eux-mêmes le bord du caleçon de Sil et il faillit défaillir.

Heureusement, les sensations en provenance du lien lui montrèrent qu’il était sur la bonne voie. Allez, Luke. Tu ne vas quand même pas flancher maintenant.

-     Je peux? chuchota-t-il, parce qu’il craignait que sa voix déraille.

-     Avec plaisir, répondit Sil, la respiration hachée.

Les doigts tremblants, Luke fit descendre le tissu jusqu’aux chevilles, les oreilles soudain bourdonnantes. Affirmer que la vision qu’il avait désormais sous les yeux ne l’excitait pas aurait été mentir. Son Don devint aveuglant, tandis que le regard de Sil, étonnamment vulnérable, tourbillonna avant de s’arrimer au sien. Leurs lèvres se goûtèrent à nouveau, douce et affamée. Les instants s’étirèrent, remplis d’une merveilleuse intensité. Seuls leurs soupirs troublaient le silence du fond marin.

Cette fois, ce fut l’Egal qui guida la main de Luke. Les caresses reprirent, à même la peau. Puis Luke n’y tint plus, quand il pensa avoir rassemblé suffisamment de courage, il se laissa guider par son instinct. Ses lèvres se posèrent sur une peau très douce, celle de l’intérieur des cuisses de Sil et remontèrent.

Il hésita.

Cette fois, c’était le point de non-retour. Il n’en aurait pas mené plus large avec une fille, même si là, au moins, il était en terrain à peu près connu… Mais toucher Sil sur cette zone là, avec sa bouche, sa langue? La nervosité fit trembler ses lèvres, à moins que ça ne soit le stress? En réalité, il était mort de trouille.

Heureusement, l’excitation, devenait contagieuse à travers le lien. Les yeux mi-clos, il déposa de minuscules baisers et sa langue recueillit un goût salé. Il lécha, embrassa.

Puis il leva les yeux, redoutant de s’y prendre n’importe comment. Mais Sil le rassura d’une voix qui manquait singulièrement de dignité :

-     Continue, Hadley, par pitié.

Par pitié?

Un sourire amusé releva les coins de la bouche de Luke. En fait, ça n’avait rien de si effrayant. En théorie, il savait comment faire, et en pratique, ça ne semblait pas si compliqué. Il s’enhardit jusqu’à prendre le membre dans sa bouche, puis à le faire coulisser timidement. Il aurait pensé être vaguement choqué, peut-être dégoûté, mais non.

Les agréables picotements qui envahissaient tout son corps redoublèrent d’intensité. Puis les sensations en provenance du lien le heurtèrent comme un coup de tonnerre.

Il accéléra.

Les mains de Sil se crispaient sur le sable, qu’elles pétrissaient. Luke recueillait chaque frémissement, halètement, tremblement, ébahi de réussir à provoquer tant de réactions. Le sable brûlait ses genoux et alentours tout s’était effacé. Ne restait que ce moment, ces sensations incroyables qui s’amplifiaient, encore et encore. Il poursuivit, sentant qu’il amenait Silyen au sommet de son plaisir. L’Egal était devenu si aveuglant que n’importe qui d’autre aurait dû fermer les yeux.

Puis quand ses muscles, ses terminaisons nerveuses, subjuguées par la tempête de sensations qu’ils partagaient, refusèrent de lui obéir, Luke s’abandonna.

Sil se cambra.

Il y eut un crépitement doré, éblouissant. Le monde parut exploser.

Entraîné par le lien, Luke sentit son plaisir jaillir, dans le sillage de celui de Sil.

Ce fut indescriptible, merveilleux.

Possiblement la meilleure sensation au monde.

Le temps semblait toujours suspendu.

Repus, heureux, Luke s’autorisa à ne penser à rien.

A rien, à l’exception de ce qui venait de se passer.

Après un long moment, il finit par se redresser, comme un oiseau étourdi au lever du jour.

-     C’était…

-     … incroyable, compléta Silyen.

L’Egal rampa, ses coudes et ses genoux creusant des sillons sur le sable mouillé. Il repoussa une des mèches de cheveux de Luke, trempée, d’un geste doux, même tendre. Seul l’éclat du soleil qui traversait l’eau les illuminait, désormais. Leur halo de Don avait disparu juste après la jouissance.

Puis la réalité repris ses droits.

-     Je vais essayer de sortir Daisy du monde du Don, murmura l’Egal. S’il existe un moyen, je te promets que je le trouverai, murmura l’Egal.

Les yeux de Luke papillonnèrent. Était-ce une blague cruelle? Une telle proposition ne ressemblait pas à Sil, mais après tout ce qu’ils s’étaient avoués… Il le regarda, n’osant pas trop y croire, ne lut aucune trace d’ironie dans son regard.

Il se jeta sur lui pour l’étreindre avec une telle force qu’il faillit l’écraser…. en fait, il l’aurait vraiment écrasé s’il n’avait pas été Doué.

 

En définitive, ce fut comme sortir la tête de l’eau, avant de replonger dans un océan déchaîné. Les jours suivants, Luke sentit parfois son légendaire optimisme l’envahir, comme lorsque son regard se posait sur l’océan tiède. D’autres fois, une chape de désespoir lui tombait dessus et il s’écroulait pour sangloter comme un perdu. Il avait beau se débattre pour se libérer de sa souffrance, il n’y arrivait pas. En général, c’était dès qu’il pensait à Daisy, à la guerre, à son père, à Coira, à Gavar ou à Doc Jackson. Silyen accourrait alors et le serrait de toutes ses forces dans ses bras, sans un mot. L’Egal lui-même n’était pas inébranlable. Luke le surprenait parfois les yeux légèrement rougis, ou le regard fixe, dans le vide.

Ils avaient décidé de passer quelques jours dans la maison des Caraïbes, simplement parce que Luke, épuisé, ne se voyait pas affronter les restes de la guerre. Il avait honte de se l’avouer, mais il avait vraiment besoin d’une pause, d’autant plus que Silyen essaierait de tirer Daisy de sa prison. Luke le soupçonnait de vouloir en profiter pour bombarder sa sœur de questions – mais au moins, il y mettait du cœur.

Malheureusement, l’espoir se ternit très vite: toutes leurs tentatives se révèlent infructueuse, et si Luke tentait de ne pas s’effondrer, l’Egal semblait moins abattu, car chacun de leurs passages à la grotte engloutie lui permettait d’en apprendre un peu plus sur le monde du Don.

Et puis il y eut quelques minutes d’éternité. Ces moments où le regard de Luke s’attardait un peu trop longtemps sur le creux du cou ou les boucles de Silyen, et où il sentait une envie monter en lui comme de la sève. Il restait étonné par la violence de son désir, qui semblait insatiable, comme un volcan entré en éruption. Il luttait parfois pour ne pas sauter sur l’Egal, d’autres fois, il envoyait tous ses principes aux orties et l’attirait vers lui pour l’embrasser passionnément - quand ce n’était pas Sil qui commençait.

Ils explorèrent leur corps, d’abord timidement, puis avec de plus en plus d’enthousiasme. Ils discutèrent, plus qu’ils ne l’avaient jamais fait, réussirent même à rire, entremêlèrent leurs Dons, ouvrirent un portail pour chercher des pizzas, ou s’empiffrèrent de burger et des frites.

Luke découvrit que s’il adorait les grasses matinées, il appréciait encore plus les grasses matinées à deux. Il savourait la paix et la sécurité qui l’envahissait, quand il somnolait dans les bras de Sil, noyé dans son odeur. Le désespoir et la tristesse restaient loin, cadenassée dans une boîte qu’aucun deux ne voulait ouvrir. Et pour la première fois depuis longtemps, Luke arrêta de s’inquiéter en permanence pour Abi et maman. Il leur avait écrit qu’il avait des choses à régler et qu’il allait bien.

Bien…

Enfin, façon de parler.

Et puis un jour, Silyen le surprit, alors qu’il se recroquevillait sur la plage pour la énième fois.

-     Ta douleur, je peux te l’enlever si tu veux.

Surpris, Luke releva le nez, tandis que sa vue douée s’adaptait automatiquement au soleil.

-     Hé, je sais que tu es devenu ultrapuissant, mais il y a des limites, quand même, répliqua-t-il.

L’Egal sourit:

-     Tu ne t’es jamais demandé comment nos tendres moments étaient devenus possibles, Hadley?

Luke piqua un fard, commença à bafouiller, puis, au prix d’un gros effort, lâcha:

-     Tu ne vas me dire que…

-     Exactement. Les séquelles de mon charmant séjour chez Astrid et Bouda ont été chassées de ma mémoire. (Il sembla hésiter à dire autre chose, puis ajouta très vite, comme s’il s’était ravisé.) Je peux le faire pour toi aussi, si tu veux.

Effacer les souvenirs dont il ne voulait plus, voilà ce que l’Egal lui proposait. Luke n’avait jamais songé qu’il pouvait s’appliquer un Oubli à lui-même, et prit le temps pour soupeser cette idée, très tentante. Mais ça aurait été trop facile.

-     Non, ça va aller. Je préfère m’en sortir tout seul, souffla-t-il.

Sil haussa les épaules, comme s’il s’attendait à cette réponse, puis s’éloigna.

Luke se demanda s’il avait pris la bonne décision, se dit qu’il commençait un peu trop à réfléchir comme un Egal. Le pouvoir ne résolvait pas tout, et un tel tour de magie aurait certainement eu des conséquences. Il avait vécu des choses horribles, point. Mais qu’il le veuille ou non, ces épreuves avaient façonné celui qu’il était aujourd’hui.

Restait la question du Don… Il n’en avait plus besoin maintenant, alors mieux valait le redonner à d’autres. Mais, avec un sursaut douloureux, il songea à Daisy. Non, il en avait encore besoin.

 

Les jours passèrent, sombres tempêtes mentales hérissées d’éclats de joie. Puis la fin du séjour déboula comme un pénalty. Un pénalty pour l’équipe adverse. Le corps lourd de s’être aimés, Luke et Sil somnolaient, enlacés. L’air parfumé de la nuit s’infiltrait par les fenêtres entrouvertes, et l’Egal parla si doucement que Luke crut qu’il s’agissait d’un songe. Mais non.

-     Cet être que tu as vu dans le ciel… Il va revenir. Daisy ne nous a fait gagner qu’un répit. Et son monde… Il s’agit de celui dans lequel Enya voulait entrer.

Désormais sûr que ce n’était pas un rêve, Luke se redressa, observant Sil comme en plein jour grâce à son Don. Sa sœur restait sa priorité, mais il ne pouvait pas ignorer ce que l’Egal venait de dire.

-     Qu’est-ce qu’on peut faire? Aller dans son monde et l’arrêter avant que ça n’arrive?

La réponse mit si longtemps à arriver que Luke crut que l’Egal s’était endormi.

-     C’est impossible. J’ai essayé, mais je n’arrive toujours pas à franchir le barrage.

-     Alors…

Alors c’était comme ça qu’un bonheur si durement obtenu se cassait la figure.



Note de l'autrice Encore une fois, pardooooon pour le retard et merciiiii pour la patience! :D J'ai adoré écrire et relire ce chapitre! Luke et Sil ont tellement mérité ce moment de répit (pas simple quand même) ^^ Quant à la propriété de Silyen, elle apparaît dans le tome 3 des Puissants, mais uniquement dans son Selbst-Welt. C'était très chouette de pouvoir l'ajouter à l'intrigue de ce tome 5 hihi! ;) Et avez-vous trouvé la ref à Beaudelaire? Comme toujours, merci de me lire! Suite au prochain chapitre ;)




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