D'Eau et de Feu

Chapitre 11 : La forêt

Par kalargo

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Chapitre 11


Le trio suivait l’Aile de Nuit qui zigzaguait entre les arbres avec aisance, les rayons des lunes, mélange d’argent et de vert, leur ouvraient le passage.


L’air résonnait des crissements des grillons et de cris d'origine inconnue, qui semblaient rebondir entre les troncs immenses.


La fraîcheur de la nuit pénétrait en profondeur les écailles de Cendral, qui gardait une allure stable pour rester avec Glacier, Écume volant juste devant eux à la suite de l’Aile de Nuit. 


— Merci, de m’avoir défendu je veux dire, dit sobrement Glacier.


Cendral resta silencieux quelques instants, scrutant le sol en battant de la queue. 


— C’est… normal. Tu fais partie du groupe.


Et je n'ai pas vraiment réfléchi honnêtement… 


— En tout cas, il m'a pris par surprise celui-là, dit-il en désignant du menton l’Aile de Nuit avec un sifflement. 


— Oui, entre lui et l’Aile de Pluie invisible, je me demande quel genre de surprise on va encore avoir.


Il crut percevoir un gloussement provenant de derrière lui.


— Soyons sur nos gardes alors, tant qu'on travaille ensemble on s’en sortira, d’accord ?


Cendral tourna la tête vers lui, et distingua un sourire sur son visage dans la pénombre. Il hocha la tête en réponse. 


Il a au moins raison sur ce point, on doit rester unis.


Soudainement, il sentit des courants d'air venant des deux côtés, comme des battements d'ailes. 


D’autres Ailes de Pluie ? Combien d’autres encore nous escortent ? 


Il se mit à regarder et scruter en détail son environnement. Bien qu'il puisse distinguer quelques flous par-ci par-là, il était impossible de savoir combien de dragons les entouraient. Le dragon rouge crachait de la fumée de ses naseaux et ouvrait puis refermait ses griffes mécaniquement.


Le groupe arriva dans une clairière, avec en son centre une sorte de plateforme en bois avec un toit en forme de cercle au centre. L’Aile de Nuit se posa au milieu, et le trio en fit autant.


— Qu’un de vous aille au village prévenir la Reine, ordonna-t-il au vide devant lui. 


— Bien, j’y vais, répondit un fantôme invisible. 


Le dragon de nuit se tourna vers le trio. 


— Vous resterez ici le temps que la Reine vienne voir ce qu’il en est. Ne tentez pas de vous échapper. 


Il lança un regard vers Glacier, et vit que ce dernier avait une petite entaille sur le torse qui saignait légèrement. Prenant un petit panier tissé en feuilles dans un coin, il en sortit une feuille, pliée avec une sorte de pâte à l’intérieur, puis la tendit à Glacier en détournant le regard.


— Tiens, pour ta plaie. Mieux vaut ne pas laisser une plaie non soignée dans cette forêt.


Glacier hésita, immobile, le regard de tous les côtés semblant chercher le piège. Puis, il prit le paquet, l'inspecta et l’ouvrit. Ses yeux se posèrent sur l’Aile de Nuit, et avec un hochement de tête poli, il lui répondit :


— Merci. 


— Au fait, histoire de nous présenter, voici Cendral, Glacier et je m'appelle Écume.


— Enchanté ! Moi c’est Sapucaia ! s’écria joyeusement l’Aile de Pluie jaune en réapparaissant brusquement.


— Sapu ! Reste caché veux-tu ? dit l’Aile de Nuit.


— Ho ! Pardon ! 


Puis l’Aile de Pluie disparut à nouveau en pouffant. Le dragon de nuit soupira, puis releva la tête avec un léger sourire sur le museau.


— Bon, donc lui c’est mon ami Sapucaia. 


— Hoooo, c’est gentil ! Tu es mon ami aussi, tu sais ! l’interrompit Sapucaia quelque part.


L’Aile de Nuit tenta de lui lancer un regard furieux mais comme il ne pouvait pas le fixer, il abandonna en soupirant.


— Et donc moi c'est Altaïr. 


Écume fit un pâle sourire au dragon en réponse, avant de lui faire un hochement de tête. L’expression d’Altaïr devint plus sérieuse.


— Vous pouvez me dire ce que vous faites exactement sur notre territoire. Chaque fois que des étrangers arrivent, c’est avec un lot de problèmes.


— C’est… une longue histoire. Nous voulons simplement savoir si votre Reine sait où nous pourrions trouver les Serres de la Paix. 





Le dragon de nuit grimaça légèrement. 


— Hum… disons qu’elle n'est pas très fan de ce groupe. Mais vous verrez bien, peut-être qu'elle aura une information utile. En attendant, vous resterez ici. Vous êtes en sécurité, cet endroit sert de connexion entre le village des Ailes de Pluie et celui des Ailes de Nuit pour la Reine. 


Altaïr les regarda plus attentivement, puis interpella son ami invisible. 


— Sapu, tu peux aller chercher des fruits pour eux s’il te plaît ? 


— Oui, pas de problème ! 



Des mouvements d'air indiquèrent le départ de l’Aile de Pluie. Un long silence s’installa entre eux, puis l’Aile de Pluie réapparut, bien visible, les pattes portant un filet rempli de fruits aux couleurs et aux allures très différentes, qu'il retourna au milieu du groupe. Sapucaia leur fit un sourire radieux, avant de les inviter de la patte à se servir.


— Allez-y ! Nous avons les meilleurs fruits du continent !


Altair se rapprocha de lui, s’assit à ses côtés et lui donna un coup d’aile affectueux. 


— Qu’en sais-tu ? Tu n'es jamais parti d'ici ? dit l’Aile de Nuit d’une voix malicieuse.


— C’est vrai ! Vrai de vrai ! Après tout, j'ai tout ce qu'il me faut ici. Un ami génial, des fruits délicieux, une reine incroyable, et un village paisible… que demander de plus ?


Cendral regardait le dragon tout en prenant un petit fruit qu’il connaissait déjà. Il l'avala tout rond et réalisa combien il avait faim. Le goût sucré et doux l'apaisait beaucoup. 


— Tu as raison, admit Écume, les yeux perdus vers la forêt. Cet endroit est fantastique.


— Et encore ! Tu n'as rien vu, demain, peut-être pourrais-je te montrer ? 


Il se tourna vers son ami, et dut émettre une réserve.


— Cela dépendra de ce que décidera la Reine, Sapu. 


— Oui, tu as raison, admit le dragon jaune en hochant vigoureusement la tête.


— Et… Ça ne vous fait pas bizarre d'être deux clans gouvernés par une seule Reine ? demanda Glacier aux deux dragons.


Altaïr et Sapucaia se regardèrent mutuellement pendant un instant, puis l’Aile de Nuit prit la parole.


— Et bien…. Au début oui…. Je veux dire, nous sommes deux clans tellement différents… mais j'ai appris à respecter la Reine Gloria, elle est juste, et prend le temps de nous écouter… malgré le fait que clairement nous ne méritions pas autant. 


— Elle a fait beaucoup de changements dans notre clan, dans nos clans d’ailleurs. Mais concrètement, elle est sans doute la meilleure chose qui nous soit arrivée depuis bien longtemps, compléta Sapucaia.


Wow, ça doit être une sacrée Reine.


Cendral était perdu dans ses pensées, et mangeait mécaniquement. Puis il observa ses compagnons. Glacier mangeait tranquillement, observant l’environnement en détail… mais Écume restait figée à regarder le fruit à moitié dévoré dans ses griffes, le jus dégoulinant sur ses griffes tremblantes.


— Écume ? l’appela Cendral. 


Elle ne réagit pas. L’Aile du Ciel se leva pour s'approcher d'elle, et il la poussa de l’aile délicatement.


— Écume, ça va ? insista-t-il.


Elle tourna vers lui des yeux hagards. 


— Humm… ? 


Glacier se rapprocha à son tour, et prit une de ses pattes.


— Écume, que t’arrive-t-il ? Tu es glacée…


Elle regarda à nouveau ses griffes, et serra ses poings. 


— Je ne sais pas…. 


— Tu… tu devrais aller dormir un peu, nous avons eu une longue journée.


— Hum hum… 


Elle se contenta d’acquiescer puis se releva maladroitement pour aller s'installer dans un coin plus tranquille. Allongée, la tête posée sur ses pattes avant, elle ferma les yeux et sa respiration se fit régulière en quelques instants.


Glacier et Cendral échangèrent un regard inquiet. Altaïr se rapprocha d’eux en la regardant. 


— Votre amie … elle a un problème ? 


Cendral soupira, puis se tourna vers lui. 


— On a eu…


— Une grosse journée, compléta Glacier.


L’Aile de Nuit sembla réfléchir un instant. Puis il regarda la forêt nocturne.


— Vous devriez aller vous reposer, je ne sais pas quand la Reine arrivera.


Cendral hocha la tête, et alla s’installer à proximité d’Écume. Glacier fit de même de l’autre côté de la dragonne endormie. 


Il posa sa tête, mais garda les autres dragons dans son champ de vision, laissant ses muscles se détendre dans la fraîcheur de la nuit.


J’espère que ça ira pour elle… après tout ça, c’est normal qu'elle décroche. 


Son corps commençait à s’engourdir. 


J'espère que la Reine saura nous aiguiller…


Il prit une profonde inspiration, captant toutes ces odeurs si familières et rassurantes, puis expira.


Je me demande où les Serres de la Paix sont cachées, et s'ils connaissent ce symb…


Ses yeux s'étaient clos, et il tombait dans un profond sommeil, comme aspiré dans un silence apaisant.














Une petite chenille grimpait sur l’aile de Cendral, doucement, méthodiquement. Il sentit des griffes lui toucher l'aile, et ses sens se déclenchèrent instantanément. Se redressant d’un bond en montrant les crocs, il distingua un dragon jaune qui s’écarta vivement avec un cri de surprise.


— Haaa ! Désolé ! Désolé ! Je voulais juste récupérer cette petite grimpeuse avant que tu ne l’écrases dans ton sommeil ! Je ne voulais pas te réveiller.


Cendral regarda dans la patte du dragon et vit la chenille le regarder avec dédain. Il reconnut Sapucaia, et tenta de détendre ses muscles.


— Ce … ce n'est pas grave. 


— Bien dormi ? demanda l’Aile de Pluie. 


Le dragon rouge s'étira lentement, et fut surpris de se sentir plutôt reposé, une première depuis des jours.


— Ça va, merci. La Reine est là ? 


— Non, pas encore, mais elle ne devrait pas tarder, la matinée est bien avancée. 


Cendral regarda autour de lui pour chercher ses deux compagnons.


— Tu cherches tes amis ? demanda Sapucaia avec un sourire.


Il frémit légèrement à la question. 


— Oui.


— Altaïr est parti il y a peu avec l’Aile de Glace, Glacier je crois, pour lui parler. Et Écume est là-bas.


— Pour lui parler ? Lui parler de quoi ? s’étonna Cendral.


Sapucaia semblait gêné, il se tordait les griffes. 


— Je crois…qu'il voulait s’excuser, et s’expliquer avec lui. Il s’en voulait de l’avoir blessé même si ce n’était pas volontaire. Il prend son travail très au sérieux, tu sais. Mais sous ses airs grognons, il est très gentil. 


Cendral regardait l’Aile de Pluie, il ne savait pas trop quoi penser de lui. Mais son regard était doux et sincère. 


— Je comprends pourquoi vous êtes amis tous les deux.


Cela sembla rassurer Sapucaia, qui lui fit un sourire à pleines dents. L’Aile du Ciel lui fit un signe de tête poli, et s’éloigna vers la direction qu'avait désignée le dragon en parlant d’Écume.


Elle était assise sur le rebord de la structure, les yeux vers la forêt luxuriante et vivante. 


— Bonjour, dit Cendral.


Elle tourna sa tête vers lui, et lui fit un pâle sourire.


— Ça va mieux ? s’enquit-il.


La dragonne soupira. 


— Oui et non. Je n'ai pas arrêté de faire des cauchemars… 


Cendral resta silencieux quelques instants, puis d’une voix basse, commenta :


— Ils deviendront moins douloureux avec le temps, à force d’habitude sûrement.


Écume le regardait dans les yeux, puis les baissa de nouveau vers la forêt.


— J’espère… 


— Tu… Nous y arriverons, ensemble. Promis, dit Cendral en lui donnant un petit coup d'aile.


Un petit groupe de dragons apparut à l'orée de la clairière, se dirigeant vers eux.


— Voilà la Reine je suppose, commenta l’Aile du Ciel.


Il se leva, et fit quelques pas. Écume restait immobile, il l'attendait. 


Après un dernier regard vers la forêt, elle se leva à son tour et le suivit. Quand ils arrivèrent au centre de la plateforme abritée, Glacier et Altaïr étaient présents et discutaient avec Sapucaia. L’Aile de Glace semblait détendu.  


Quelques battements de cœur plus tard, quatre dragons atterrirent sur la structure. Il y avait trois Ailes de Pluie, et un Aile de Nuit.


La seule dragonne du groupe s'approcha, l’Aile de Nuit sur ses talons, elle était de couleur verte avec les aigrettes rouges, son regard était impénétrable.


— Bonjour, et bienvenue. Mes dragons m'ont dit que vous souhaitez me parler ? 


Sa voix était calme, mais ses aigrettes prirent une teinte plus foncée quand ses yeux se posèrent sur Cendral. Sa longue queue en forme de fouet tressaillit imperceptiblement, mais presque immédiatement elle se redressa et les regarda. 


— Oui, Reine Gloria, nous sommes à la recherche des Serres de la Paix, et on nous a laissé entendre que vous auriez éventuellement des pistes sur leur position.


La dragonne resta immobile, fixant Glacier qui venait de parler, ses griffes s'enfonçant dans le bois tendre et humide. 


— Les Serres de la Paix ? demanda-t-elle d’une voix sèche. Pourquoi ?


— Il y a eu… 


L’Aile de Glace ne finit pas sa phrase, détourna le regard un instant. Puis se tourna de nouveau vers la Reine.


— Il y a eu un attentat… à Possible-Ville, hier. Il y a eu beaucoup de morts… y compris… un dragonnet.


Il glissa un regard vers Écume qui avait sursauté. 


— Nous traquons les responsables, et nous voulions savoir si les Serres de la Paix avaient une information utile à nous fournir sur les éléments que nous avons.


Un silence pesant s'abattit sur tous les dragons. Altaïr et Sapucaia se regardèrent, incrédules.


Une vague de vert vif passa sur ses écailles avant qu’elles ne reprennent leur couleur normale. La reine les regardait, le front plissé ; ses ailes bougeaient comme pour en chasser des gouttes d’eau. Elle scruta les trois dragons avec attention, tentant de voir à travers leurs écailles. 


— Je vois... Disons que je ne les porte pas dans mon cœur mais… nous savons peut-être comment les trouver.


Espérons qu'ils soient bien là où ils pensent qu'ils sont…


L’Aile de Nuit qui accompagnait la Reine s'avança


— Je peux les trouver. Laisse-moi aller les chercher. 


— Non, tu n'es pas certain qu'ils sont toujours là-bas, ils se déplacent constamment, rétorqua-t-elle.

— Si j'ai réussi à te trouver toi, je les trouverai eux, répondit-il avec insolence.


— Ha ! C’est moi qui t’ai trouvé en premier, je te rappelle !


La Reine soupira, puis réfléchit. Après un moment, elle ferma les yeux. 


— Bien ! Vas-y. Mais fais vite et sois prudent.


— Bien, Votre Altesse. Il prit un air narquois et s’élança dans le ciel, la reine le suivant du regard. 


— En attendant, vous êtes nos invités. Vous pouvez vous rendre où vous le souhaitez. 


— Ma Reine, si vous le permettez, nous aimerions, Sapucaia et moi-même, leur servir de guide.


La Reine lui sourit, et acquiesça. 


— Super ! Bon, on commence par quoi ? La Forêt ? Notre village ? Celui des Ailes de Nuit ? Ho ! Non, je sais ! On devr…


Altaïr donna un léger coup de coude à Sapucaia pour l’interrompre, ce dernier le regarda surpris. L’Aile de Nuit désigna discrètement la Reine du menton, Sapucaia se tourna vers elle, et se calma instantanément. Il s’assit en essayant de prendre la posture d’Altaïr, et fit un sourire penaud à la Reine.


— Désolé, chuchota bruyamment l’Aile de Pluie. 


La Reine lui fit un regard contrit puis se tourna vers le trio. 


— Je dois vous laisser, dit-elle en soupirant, j'ai des affaires urgentes de Reine. Reposez-vous, et Lassassin reviendra vers vous quand il aura trouvé les Serres de la Paix.


Cendral hocha la tête pour remercier la dragonne qui s’éloigna avec un autre Aile de Pluie, laissant les cinq dragons seuls. 


Après un silence de quelques battements de cœur, Altaïr s’approcha d’eux.


— Navré que vous ayez vécu ça… mais ici, vous êtes en sécurité. 


Glacier lui sourit en lui répondant.


— Merci à toi. 


Écume était toujours les yeux dans le vague, et Sapucaia s’approcha d'elle pour la prendre par la patte afin de la sortir de sa torpeur. 


— Viens, j'aimerais vous montrer mon village ! dit l'Aile de Pluie avec une voix douce et un sourire. 


La dragonne lui rendit un faible sourire à son tour, et le suivit, se laissant guider.


Ils s’envolèrent tous ensemble à travers la forêt qui, en plein jour, débordait de lumière et de vie.


Des singes passèrent devant eux pendant leur vol, les oiseaux aux couleurs multicolores s’envolaient lorsqu'ils s’approchaient d’eux dans de grandes volées arc-en-ciel.


La nuit montrait le calme de la forêt, mais, à la lumière du jour, elle changeait complètement, devenant un lieu fourmillant de vie, d’odeurs et de couleurs qui pouvaient vous noyer dans une oasis de paix et de beauté.



Cendral prenait de grandes bouffées d’air, tout ceci lui avait cruellement manqué pendant ces derniers jours. Il savourait ce lieu, qui l’avait sauvé pendant son exil, loin de tous les problèmes du monde.


Haaaa, si seulement je n'étais jamais parti…


Mais un sentiment de culpabilité lui pinça le cœur. Ses yeux se posèrent sur Écume, qui était un peu plus loin devant, suivant Sapucaia qui lui parlait avec enthousiasme et lui désignait tout ce qu'ils croisaient en discutant. L’Aile de Mer l’écoutait, regardant chaque chose qu’il lui montrait. Mais son expression était toujours un peu hagarde, même s’il pouvait voir une petite étincelle de curiosité dans ses traits.


Non, je n'aurais jamais rencontré Écume sinon. Je serais toujours aussi renfermé et solitaire. Avoir quelqu'un en qui j'ai confiance…. Une amie… après tout ce temps. Je n'y croyais plus vraiment. 


Glacier volait côte à côte avec Altaïr, et ils discutaient tranquillement entre eux. Après quelque temps de vol, ils passèrent un mur de végétation fin, et arrivèrent dans le village des Ailes de Pluie.



L’Aile de Pluie les dirigea vers une des nombreuses plateformes qui se trouvaient dans les arbres, reliées entre elles par de grands ponts en lianes et bois. Des dragons aux couleurs chatoyantes allaient et venaient un peu partout, en groupe ou seuls, de tous âges.


Leur guide se tourna vers eux, rayonnant de joie et de fierté. 


— Bienvenue chez nous ! 



Écume balaya le village de ses yeux, un grand sourire sur le museau et les yeux grands ouverts. 


— C’est … c’est…. Wow. 


Cendral connaissait la forêt, mais il ne savait pas grand-chose des Ailes de Pluie. Les voir ainsi, en communion avec la forêt, était captivant. 



— J’ai tant de choses à vous montrer que je ne sais pas par où commencer ! commenta Sapucaia. 


Il réfléchit un instant puis écarta ses ailes en grand. 



— Je sais ! Suivez-moi ! s’écria-t-il en s'envolant.


Glacier tourna sa tête vers Cendral, et il sourit, amusé par l’enthousiasme du dragon de pluie. 


Ils s’envolèrent à sa suite, et commencèrent leur visite du village. Sapucaia débordait d’énergie, si bien qu'il était difficile de le suivre d’un point à l'autre. Ils commencèrent par la nurserie, qui était lourdement gardée. Les dragons qui étaient sur place refusèrent de les laisser entrer à cause d’un précédent malgré les demandes insistantes de l’Aile de Pluie.


Ensuite ils visitèrent le village dans son ensemble avec l’immense plateforme centrale, où un groupe d’Ailes de Pluie était occupé à jouer à cache-cache. Les nouveaux venus restèrent un temps à les observer, en particulier Écume qui semblait se prêter au jeu, tout en écoutant les explications de Sapucaia. Des dragons, semblant intrigués par le petit groupe, les observaient parfois en discutant à voix basse, ce qui avait le talent d’agacer Cendral.


Ils continuèrent jusqu’à la salle du trône, qui était vide et comme abandonnée, puis jusqu’aux plateformes au sommet des arbres, avec leurs dragons étendus et endormis, et ainsi de suite durant toute la journée. Écume semblait plus présente au fur et à mesure de leur exploration. 


La lumière faiblissait à vue d'œil, la forêt elle-même semblait s’endormir au fur et à mesure que le soleil se couchait.


Sapucaia les amena sur une petite plateforme au bord du village, il atterrit et attendit qu’ils fassent de même.


— Alors ? Vous en avez pensé quoi ? Il est merveilleux non ?


Cendral posa ses yeux sur ses compagnons, ils semblaient tous fatigués, en particulier Glacier, mais avaient tous le sourire devant ce dragon si fier de son clan.


— Oui, Sapucaia, c'est magnifique et paisible. Je comprends pourquoi tu dis qu’il te suffit, lui répondit Cendral.


L’Aile de Pluie sourit davantage encore, ce qui semblait impossible, en bombant le torse. 


Décidément, ce dragon ne semble pas épuisé après cette journée. 


Un bruissement d’ailes s’approcha d’eux et un autre Aile de Pluie, plus grand, atterrit sur la plateforme. Il était d'un bleu océan, avec le torse et les ailes jaune doré, ses aigrettes étaient violettes. Et… une sorte de boule de couleur fauve posée dans son dos qui semblait être faite de fourrure.


Il salua les dragons présents, et regarda Sapucaia.


— Salut Sapu ! Tu t’es fait de nouveaux amis à ce que je vois. 


— Hoo ! Salut Litchi ! Oui, tu as vu ? Ils sont géniaux et très gentils ! 


Gentil ? Comparé à lui, ce n'est pas dur. 


Mais Cendral fixa le nouveau venu, avec intensité. Son museau ne lui était pas inconnu. 


— Je te présente, Glacier, Écume, Altaïr que tu connais déjà de toute façon vu qu'on passe notre temps ensemble, et Cendral !


— Cendral, content de te revoir, dit Litchi avec un hochement de tête.


L’Aile du Ciel sursauta, surpris.


Mais oui ! C’est cet Aile de Pluie que je croisais parfois quand j'étais sur mon île ! 


— Vous vous connaissez ? demanda Écume, surprise. 


— Oui, on s’est déjà croisé quelques fois, répondit l’Aile de Pluie, sobrement. 


Un petit silence s’installa entre eux. Litchi reprit.


— Ça fait longtemps, n’est-ce pas ? 


— Oui, répondit Cendral. Au moins un an je crois. Quand tu m’as dit que tu revenais vers ton clan.


— Je crois, je ne sais plus. J'ai essayé de revenir te voir il y a quelque temps, mais je ne t'ai pas trouvé sur ton île. 


Il a essayé de me retrouver ? Pourquoi ?


— Ça doit être quand je suis parti sur une île un peu plus à l'ouest, fit Cendral en haussant les épaules. Tu me cherchais pour quoi ?


— J’avais dans l'idée de t’inviter à nous rejoindre ici. 


Vraiment ? Il voulait m’inviter ici ? Avec eux ? 


Cendral était un peu perdu, il scruta le museau du dragon, mais n’y lut que de la sincérité.


— Merci…


L’Aile de Pluie hocha la tête poliment. 


— Je t’ai un peu observé tout à l'heure. Tu as… changé.


Changé ? C’est-à-dire ? Je dois le prendre comment au juste…


Cendral ne répondit pas. 


— Tu ne sembles plus avoir grand-chose à voir avec ce dragon triste et solitaire que j'ai vu autrefois.


— C’est vrai… répondit Cendral au bout d'un moment. Je ne suis plus vraiment le même. 


Litchi lui sourit franchement. 


— C'est bien, tu sembles avoir trouvé des amis. Tu verras comment cela peut nous changer.


Le dragon rouge tourna sa tête vers Écume et Glacier et leur fit un sourire timide. 


— Oui, je commence à le comprendre aussi. 


Ses deux compagnons lui rendirent la pareille.


La petite boule de fourrure dans le dos de Litchi se mit à bouger, et une petite tête souriante en sortie. 


— Mais ? Tu as une bête accrochée à ton cou ! s’écria Écume. Qu’est-ce que c’est ?


L’Aile de Pluie regarda la petite bête avec un sourire tendre. 


— Elle, c'est Plume. C’est une paresseuse. D'espèce et de caractère aussi d'ailleurs, dit-il avec un petit gloussement. 


La dragonne s’approcha de la petite créature, et tendit la patte pour la caresser tout doucement. 


— Elle est si mignonne ! Et si douce. 


L’animal tendit ses deux bras terminés par des doigts griffus vers Écume pour monter sur elle. 


— Je peux ? demanda l’Aile de Mer timidement à Litchi.


— Bien sûr, elle adore les câlins et qu'on s’occupe d’elle.


La paresseuse grimpa avec lenteur, et alla se blottir dans le creux du cou d’Écume avec de petits bruits étranges. La dragonette s’allongea, et positionna ses pattes autour du petit animal.


— Elle t’aime bien visiblement, en général elle évite le contact avec les dragons inconnus. 


— Hum hum… fit la dragonne, les yeux fermés. 


— Bon, vous avez faim je présume ? demanda Sapucaia. Je vais aller vous chercher de quoi manger… par contre… je n'ai que des fruits à vous proposer, désolé.


Il glissa un regard inquiet et rapide vers Écume. 


— Ce n'est pas grave, ça nous ira, merci Sapucaia, répondit chaleureusement Glacier.


Avant de s’envoler, il se tourna vers les dragons présents et leur fit un clin d’œil. 


— Au fait, vous pouvez m’appeler Sapu, on est amis maintenant.


Et il s’éloigna dans l’obscurité.


Bizarrement, Cendral ne sentit pas ce… frisson… quand Sapucaia l’appela “Ami”.


— Si vous voulez… je pourrais … commença Altaïr. 


Il prit une petite inspiration.


— Demain, je pourrais vous montrer le village Aile de Nuit, si cela vous intéresse bien sûr.


— Avec plaisir, répondit Glacier. 



Après quelques battements de cœur, Sapucaia réapparut avec assez de fruits pour nourrir dix dragons, qu’il étala sur le sol de la plateforme. L’Aile de Pluie passa un temps fou à leur décrire chacun des fruits, leurs goûts, sans qu’aucun n’ose lui avouer qu’ils avaient déjà oublié les premiers tant le dragon enthousiaste parlait vite.


Il finit par un petit fruit d’un vert olive, qu’il tenait avec fierté.


— Et ça, c’est nous qui l’avons découvert ! Altaïr et moi ! On l'a appelé le Sapaïr ! Il est comme nous, sucré mais avec un léger arrière-goût acidulé ! s’exclama le dragon en recouvrant son ami d’une aile.


Cendral prit le fruit que lui tendait Sapucaia, et l’avala tout rond.


— Mmh… il est incroyable ce fruit. J’adore.


Sapucaia fut pris d’un incontrôlable fou rire, et s'écroula au sol en gesticulant. Son rire résonnait dans l’atmosphère silencieuse du soir.


Glacier jeta un regard surpris à Cendral, puis se tourna vers Altair qui tentait difficilement de garder son sérieux. 


— Quoi ? Qu’est-ce qu’il y a ? J’ai dit une bêtise ? s’étonna l’Aile du Ciel.


Alors que Sapucaia se redressait, contenant son rire, les larmes aux yeux.


— Aaaaah… j’aurais peut-être dû te prévenir avant. Ce fruit a une particularité étonnante.


Devant son air surpris et décontenancé, l’Aile de Pluie rajouta en donnant un coup d’aile à son ami.


— Il teint ta langue en bleu ! hahaha ! Mais… rassure-toi, ça ne dure que quelques jours.


Cendral lui fit un sourire amusé avant de lui répondre : 


— Et je suppose que tu fais souvent cette petite farce aux autres ?


— Dès que je le peux, oui ! 


Glacier se releva, et s'essuya les griffes.


— Bon, sur ce, je vous souhaite une bonne nuit à tous, dit-il d’une voix chaleureuse.


Les trois dragons lui firent signe de la patte tandis qu’il s’éloignait.


— Bonne nuit ! rajouta Cendral.


Glacier se tourna vers lui, et lui fit un sourire en hochant la tête avant d’aller s’allonger un peu à l’écart. 


Cendral posa son regard sur Écume et remarqua qu’elle s’était endormie, serrant toujours la paresseuse contre elle. Son visage était détendu.


Au moins, elle semble aller un peu mieux…


Il vit que Litchi observait Écume aussi. 


— Je suis désolé, tu veux que je la réveille pour que tu puisses récupérer Plume ? demanda-t-il, embarrassé.


— Non. Ne t’en fais pas, laisse-la dormir avec elle. Je vais dormir ici et je la récupérerai demain, si ça te va ?


Ouf !


— Merci, et bien sûr, pas de problème. 


Sapucaia s'avança et chuchota : 


— On va vous laisser aussi. On se voit demain, d’accord ?


— Oui.


Altaïr et lui s’éloignaient, quand Cendral l’interpella après une hésitation.


— Sapucaia ! Altair ! Je… je voulais juste, vous dire merci. Pour la journée. 


L’Aile de Nuit lui fit un signe amical.


— Avec plaisir !


Puis le duo s’envola ensemble dans la nuit, laissant Cendral et Litchi seuls.


Cendral s’approcha du bord de la plateforme, et s’assit, regardant le village plongé dans l’obscurité et le silence. Après un moment, Litchi vint s’installer à ses côtés. Ils restèrent ainsi immobiles et silencieux un moment à réfléchir.


— Pour…. pourquoi tu voulais m'inviter ici ? finit par demander l’Aile du Ciel.


Litchi ne répondit pas, jouant avec une des lianes poussant sur le bord en bois. 


— Car… je sais ce que c’est la solitude. Je sais combien cela peut peser quand on reste avec soi-même, dévoré par nos propres pensées et sentiments.


Il se tourna vers Cendral et le regarda dans les yeux. 


— Mon isolement, je l’ai choisi, mais en t’observant… j’ai compris que toi, tu le subissais. C’est pour cela que je suis revenu te chercher… car aucun dragon ne devrait être seul. J’ai personnellement mis du temps à le comprendre, et j’ai encore du mal à l’appliquer… mais, vivre seul, ce n’est pas vivre complètement… c’est juste survivre.


Tout ce temps… gâché… j'aurais peut-être dû… j'aurais pu…


— Non… dit l’Aile de Pluie d’une voix ferme. 


Cendral le regarda, surpris, pendant que le dragon lui répondit avec un petit sourire. 


— Je sais exactement ce que tu penses. N’aie aucun regret. Les regrets ne peuvent mener qu’à la tristesse et à la colère. Regarde-toi. Tu as des amis maintenant, alors penser à ce qui aurait pu se produire ne sert à rien et ne te fera pas avancer. Concentre-toi sur eux !


Le dragon rouge tourna sa tête vers ses deux compagnons qui dormaient un peu plus loin.


C’est vrai… j’ai… des amis maintenant… peut-être que les choses peuvent changer…que je peux peut-être changer… 


Litchi lui donna un petit coup d’aile, et se leva pour s’éloigner.


— Bonne nuit Cendral. 


— Merci, toi aussi. 


Il regarda le dragon aller s’allonger au centre de la plateforme. Puis s’installa à son tour pour s’endormir.





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