D'Eau et de Feu

Chapitre 13 : Le repos

4128 mots, Catégorie: M

Dernière mise à jour 08/08/2026 10:03

Chapitre 13


Les trois dragons avançaient rapidement, bien plus que dans le désert. Le temps était radieux, mais une légère brise venant des montagnes du Royaume du Ciel rafraîchissait l’atmosphère.


Ils volaient tous les trois à portée de voix, Cendral en tête, qui tentait de conserver l’allure de ses amis pour ne pas les distancer.


Glacier se rapprocha de lui et l’interpella. 


— Tu es sûr que ça va ? Je t’ai senti stressé quand Lassassin a mentionné le Détroit.


— Hum hum… c’est juste que… cela me rappelle de très mauvais souvenirs, répondit l’Aile du Ciel, les yeux dans le vague. 


Le dragon ne répondit pas, puis donna quelques battements d’ailes puissants pour garder la vitesse.


— En tout cas, si tu as besoin…


Cendral le remercia d’un geste, et regarda devant lui avant de repérer quelque chose à l'horizon.


— Là-bas ! Le Détroit ! On devrait y être bientôt.


— Et ensuite ? 


— Eh bien… Lassassin a dit de faire un signal, et d’attendre… répondit Cendral.


— On doit donc trouver un endroit, il a parlé d'une falaise. On verra bien sur place.




Écume s’approcha à son tour, et les regarda, curieuse. 


— Vous parlez de quoi ? 


— De ce que nous allons faire une fois sur place. Pour attirer l’attention des Serres de la Paix.


Glacier souffla du museau, visiblement irrité. 


Pourquoi est-ce qu'il a l’air aussi contrarié ?


— Tu as un problème avec les Serres de la Paix, Glacier ?


L’Aile de Glace grimaça, mal à l’aise, le front plissé dans sa réflexion.


— C'est juste que ce sont des lâches, doublés d'incapables, cracha-t-il.


Écume et Cendral échangèrent un regard surpris devant tant de colère. C’était la première fois qu'ils voyaient Glacier avec cet air si féroce. 


— Mais…. Ce sont des pacifistes, non ? Ils ont raison de ne pas vouloir tuer d'autres dragons. 


— Ce n'est pas leur cause le problème, c’est qu'ils attendent sagement que d’autres fassent le travail à leur place, cachés, pendant que les autres souffrent ! s’écria l’Aile de Glace d’une voix rauque.


Ses yeux noirs braqués sur le sol, scrutant les forêts et les montagnes qui défilaient en dessous d’eux.


— En vingt ans de guerre, qu’ont-ils fait concrètement ? Rien ! Mis à part fomenter des plans foireux avec les Ailes de Nuit, continua Glacier.


— Je ne suis pas certaine qu'ils pouvaient faire grand-chose d’autre, Glacier… Ils ne sont qu’un petit groupe, contre des clans entiers… je suis sûre qu’ils… qu'ils essayent de faire selon leurs moyens, lui répondit Écume avec une voix hésitante.


Le dragon de glace resta silencieux, continuant de scruter le sol, le museau fermé. Écume soupira, et regarda vers l’horizon. 


Le trio continua de voler ainsi, en silence. Glacier avait réduit la cadence pour rester un peu en arrière sans quitter le sol des yeux.


Ils arrivèrent au-dessus du Détroit lors des derniers rayons du crépuscule. Cendral repéra une falaise, sans doute celle évoquée par Lassassin.


Elle se trouvait à mi-hauteur d’une montagne, un petit bois occupait une partie du sommet, avec un arbre solitaire poussant partiellement penché dans le vide, comme s’il tendait ses branches pour attraper le soleil.


Les trois amis se posèrent à côté de l’arbre, sur le sol rocheux parsemé de mousse verte. 


— Il faudrait faire un grand feu, ça servirait de signal… et pour nous par la même occasion, suggéra Écume. 


Glacier s’éloigna dans le petit bois sans mot dire tandis qu’Écume commençait à rassembler des paquets de mousse pour faire des lits de fortune. 


J’espère que ça va aller pour lui…


L’Aile de Glace revint après un moment, les pattes chargées de branches sèches qu’il disposa pour former le foyer.


Une fois le foyer mis en place, Cendral cracha un jet de flammes sur le bois, qui prit feu instantanément en crépitant. Ils s’asseyèrent autour du foyer, profitant de sa douce chaleur dans la soirée qui se rafraîchissait.


Cendral observait Glacier du coin de l'œil, ce dernier ayant les yeux rivés sur le feu, les flammes se reflétant doucement dans ses yeux noirs. Le dragon ferma ses paupières, et fit un long soupir.


— Je suis désolé pour tout à l’heure, dit-il simplement en rouvrant les yeux.


Écume posa son regard sur lui.


— Ce… ce n'est pas grave. Ton point de vue est compréhensible… après tout, je ne les connais pas vraiment…


L’Aile de Glace hocha la tête, l’expression indéchiffrable. 


— On devrait se reposer à tour de rôle, au cas où. Je prends le premier quart.


— Très bien, réveille-moi tout à l'heure, je prendrai le relais.


Puis Cendral et Écume s’installèrent sur leur petit matelas en mousse improvisé. Les deux dragons ne tardèrent pas à s’endormir après cette journée de vol.



Un étrange bruit résonna près de Cendral. Le dragon ouvrit les yeux, puis redressa la tête pour regarder d'où cela pouvait provenir.


Hou ! Hou ! 


Il posa ses yeux vers l’arbre et vit une grosse chouette hululer tranquillement dans les rayons des lunes.


L’Aile du Ciel se leva, et commença à s’étirer pour se dégourdir. La chouette le fixait avec un air affligé.


Hooo !


— Hooo toi-même, maudit piaf, grommela Cendral. Allez, ouste !


D’un mouvement de queue, il fit déguerpir l’oiseau de nuit. Regardant autour de lui, il vit Glacier assis, au bord de la falaise, regardant les deux lunes étincelantes. Leur lumière d’un blanc nacré se réfléchissait sur les écailles de l’Aile de Glace, lui donnant un air fantomatique.


Cendral s'approcha doucement de lui pour ne pas réveiller Écume, et une fois arrivé à ses côtés, il remarqua des larmes qui coulaient sur le museau du dragon de glace. 


Il pleure ?! 


Le grand dragon s'assit à ses côtés. 


— Ça va, Glacier ? Que t’arrive-t-il ?


L’Aile de Glace sursauta, puis détourna la tête. Il renifla et s’essuya le museau de sa patte avant de se retourner vers Cendral, les yeux rouges et avec un sourire maladroit.


— Oui, ça va. Et toi, bien dormi ? 


Cela ne doit pas aller tant que ça… mais bon, s’il ne veut pas m’en parler…


— Ça ira. 


Glacier releva la tête vers les lunes, hautes dans le ciel, qui éclairaient la rivière et le détroit jusqu’à la mer. 


Ils ne bougeaient pas, savourant le contraste entre l’air frais grimpant le long de la falaise et le feu dans leur dos. Le temps passa sans qu’aucun des deux ne parle.


— Mes dragonnets leur avaient donné des noms… aux lunes je veux dire. Ils les avaient appelées Duveteuse, Éclaireuse, et Lumineuse… Ils disaient qu'ils préféraient ces noms-là, à ceux d’origine… Ha ! Ils passaient leur temps à renommer tout et n’importe quoi selon leurs envies…


finit par dire Glacier d’une voix douce avec un gloussement. Il avait les yeux plongés dans le ciel.


Ses dragonnets ? 


Cendral tressaillit, surpris par la révélation.


— Je… euh… je ne savais pas… que tu avais des dragonnets. 


L’Aile de Glace baissa la tête, et ferma les yeux. 


— C’était… il y a longtemps. 


Il soupira et se tourna vers Cendral. 


— Je vais me coucher, bonne nuit Cendral. 


L’Aile du Ciel regarda son ami s'éloigner et s’allonger, les mâchoires serrées et le regard dur.


Après quelque temps à le regarder, Cendral tourna le regard vers la forêt qui s’étendait loin, éclairée par une lueur pâle, devant lui, et passa les heures suivantes à réfléchir.


Quelques heures avant l’aube, il alla réveiller Écume. 


La dragonne marmonnait des paroles incompréhensibles dans son sommeil, quand Cendral la poussa légèrement de la griffe.


— Écume, réveille-toi… c’est ton tour de garde.


Elle entrouvrit un œil, et après quelques instants releva sa tête en baillant à s’en décrocher la mâchoire. 


— Bonjour Cendral. Pas de soucis, je vais prendre le relais. Tout s’est bien passé ?


Le dragon glissa un regard rapide vers Glacier, qui dormait à quelques mètres, sa poitrine se soulevant régulièrement. 


— Oui… tout va bien. 


— Ok, alors à tout à l'heure. 



La dragonne s’éloigna pour aller s’installer au bord de la falaise, et Cendral alla se poser sur sa couche, et s'endormit rapidement, épuisé. 






Une odeur de viande grillée chatouilla les naseaux de l’Aile du Ciel, son estomac le sortant de son sommeil progressivement. 


Quand il ouvrit les yeux, Écume et Glacier bavardaient devant le feu en grignotant.


— Regarde, Glacier est allé chasser et nous a ramené des lapins. On goûte la viande cuite, pour voir, s’exclama Écume à l'intention de Cendral.


Elle regarda le morceau de viande presque calciné dans sa patte avec un air un peu écœuré.


— Bah… c'est pas terrible. Je ne sais pas comment tu fais. 


— C’est le moins qu'on puisse dire… rajouta Glacier, sa part à peine entamée. 


Le dragon rouge leur sourit en se levant et s’étirant les muscles, puis haussa les épaules.


— Question d’habitude je suppose. 



Un frisson étrange partit son corps, du bout de sa queue jusqu'à sa tête, hérissant ses pics dorsaux. Son ouïe avait remarqué quelque chose d’étrange dans l’atmosphère… un silence lugubre était tombé sur cet endroit pourtant grouillant de vie.


Il se redressa, ses yeux scrutant avec attention chaque mouvement. Un craquement résonna dans la forêt proche d’eux.


Glacier se redressa instantanément en position défensive et Écume suivit le mouvement.


Les trois amis restaient immobiles, à analyser les ombres qui ondulaient…



Après un moment interminable, quatre dragons sortirent des broussailles à l’orée des bois et se jetèrent sur eux avec des grognements.


Il vit des formes rapides courir vers Écume et Glacier qui étaient au bord de la falaise.


Soudainement, un immense Aile de Boue atterrit sur Cendral et le plaqua au sol avec facilité. L’Aile du Ciel se débattait férocement, tentant de le mordre, mais son adversaire avait une force colossale.


— Raaahh !!! Lâche-moi !!


D’un seul bond, Écume se précipita sur l’Aile de Boue et lui mordit à pleines dents dans la queue, lui arrachant un hurlement de douleur.


Le dragon de boue se tourna vers elle pour l’attraper, mais d’un seul mouvement elle lui entailla l’épaule avec ses griffes puis l’assomma d’un grand coup de sa queue puissante sur le crâne. Le dragon s’écroula au sol avec un bruit sourd, à moitié sur Cendral.


— Merci ! 


Elle était essoufflée mais lui sourit, et l’aida à se dégager. Cendral se tourna vers les autres dragons, et vit que Glacier était entouré, un Aile de Mer se glissait dans son dos tandis qu'il faisait face à deux Ailes de Sable qui se ressemblaient comme deux gouttes d’eau, leur queue armée d’un dard dressé à la manière des scorpions.


Sans attendre, les deux amis se précipitèrent vers leur compagnon. Écume se mit à ses côtés tandis que Cendral faisait face à l’Aile de Mer sournois, qui s'arrêta net, surpris.


Cendral entendait ses amis lutter dans son dos, mais gardait les yeux fixés sur son ennemi, suivant chacun de ses mouvements. Il prit une grande inspiration puis, avec un sifflement, cracha un puissant jet de flammes sur l’Aile de Mer, qu'il esquiva de justesse.


Son adversaire regarda la végétation carbonisée à l’endroit où il se trouvait à l'instant. Se tournant vers Cendral, furieux, il lui cracha :



— Qui êtes-vous et pourquoi êtes-vous ici ? questionna d'un ton sec le dragon de mer.


Un gros nuage de fumée sortait des naseaux de Cendral.


— En quoi ça vous regarde ? En tout cas vous allez regretter de nous avoir attaqués !


L’Aile de Mer se redressa, il semblait plus âgé que Cendral et expérimenté, il gardait ses distances, évaluant ses chances.


— Vous êtes sur notre territoire, et vous êtes un danger potentiel pour nous. Alors partez, ou nous vous y forcerons.



— Ha ! Je demande à voir ! Nous devons parler aux Serres de la Paix et ce n'est pas vous qui nous en empêcherez ! lui cria Écume d’une voix inflexible.


L’Aile de Mer se figea, une expression étonnée sur le museau.


Un silence pesant s’installa où chaque dragon scrutait l’autre du bout de la queue aux griffes acérées.


Après un moment, l’Aile de Mer plissa les yeux, soupçonneux.


— Qu’est-ce que vous nous voulez ? Hum ? Qui nous dit que vous ne voulez pas nous attaquer ? Que ce n'est pas une ruse ?



— Alors que c’est vous, qui vous êtes jetés sur nous sans raison !? Vous rigolez ! s’écria Glacier, indigné.


Écume se tourna vers l’Aile de Mer, le regard  surpris. 


— Alors… c’est vous les Serres de la Paix ? 


L’Aile de Mer fit le tour en gardant ses distances pour rejoindre les deux Ailes de Sable toujours en position d’attaque.


— Oui… c'est nous. Alors, vous nous voulez quoi ? 


Les trois amis échangèrent des regards, puis Écume s'avança.


— Je ne sais pas si vous êtes au courant, mais il y a eu une attaque à Possible-Ville, et beaucoup de morts… nous traquons les responsables et nous espérions que vous auriez des pistes.


Les deux Ailes de Sable sursautèrent, puis se regardèrent, abasourdis. L’Aile de Mer, quant à lui, poussa un profond soupir.


— Des morts… toujours des morts … ça n'en finit jamais… 


Il se tourna vers ses compagnons.


— Mirage, Taipan… allez vous occuper de Taureau… Je vais les amener au camp.


Les deux Ailes de Sable s’éloignèrent, l’un d'eux avait un regard plein de colère. Glacier leur répondit par un sifflement menaçant.


— Bon… je m’appelle Nautilus. Je suis le chef des Serres de la Paix. Suivez-moi, et ne vous éloignez pas.


Il s’envola en direction du nord. 


— Je suppose que nous n’avons pas vraiment le choix, lâcha Écume en soupirant, avant de s’envoler à sa suite. 


Glacier s’envola à son tour, mais Cendral s'arrêta un instant avant de décoller. Il regarda ses griffes, une sensation étrange lui parcourait la patte, comme… des picotements, des nuées de fourmis qui se glissaient dans ses nerfs, sous ses écailles et qui faisaient vibrer ses griffes. 


Il serra le poing avec force pour tenter de faire partir cette sensation désagréable, puis s'envola vers ses amis qui l'attendaient en vol stationnaire, avec ce dragon étrange. 




Après un petit moment de vol, Nautilus plongea en direction du sol, au pied d'une immense falaise qui semblait se perdre dans les nuages. En s’approchant, Cendral remarqua qu’une gigantesque grotte, assez grande pour y abriter des centaines de dragons, était creusée dans la roche.


Là, un campement regroupant des dizaines de petites structures occupait la majeure partie de la surface. Des dragons de tous les clans du continent s'affairaient dans le camp, de tous les âges, allant de tout petits dragonnets à des dragons dépassant de taille Cendral.


Ils sont…. Si peu nombreux…. 


En effet, en regardant mieux, Cendral n’en compta qu’une quarantaine tout au plus. 


Alors c’est ça… le grand groupe qui voulait mettre en déroute des clans entiers et mettre fin à une guerre aussi féroce…. 


Ils atterrirent sur une petite zone dégagée aménagée à l’extérieur de la grotte, et l’Aile de Mer se tourna vers eux.


— Soyons clairs, vous n'êtes pas nos invités. Mais nous verrons si nous pouvons vous aider. Une fois fait, vous devrez partir. C’est clair ?


— Pourquoi voudrait-on rester plus longtemps parmi vous ? dit Glacier avec une pointe de mépris.


Nautilus fixa l’Aile de Glace avec froideur, la queue battante. 


— Vous resterez ici, vous n’êtes pas admis dans le campement, finit-il par dire sans lâcher des yeux Glacier.


Écume fit un pas en avant. 


— Vous êtes si peu… Pourquoi ? Je veux dire, je… enfin… je vous imaginais plus nombreux que ça…


— Nous l’étions… Autrefois nous étions beaucoup plus nombreux… plus forts… mais entre les morts, la fin de la guerre avec le pardon accordé aux membres, et ceux qui nous sont toujours hostiles… beaucoup sont partis.


Le visage de l’Aile de Mer était abattu, presque fataliste. Il se redressa, et s’éloigna en leur criant :


— Restez là, je vais chercher un dragon qui pourrait vous répondre. 


Après qu'il se soit éloigné, Glacier leur fit signe de se rapprocher. 


— Nous ne devrions pas rester ici…


— Glacier a raison, rajouta Cendral. Je ne leur fais absolument pas confiance.


Écume le regarda avec une expression amusée, un sourire en coin. Cendral le remarqua, et la fixa à son tour.


— Quoi ? S’étonna l’Aile du Ciel. 


— Cendral… tu ne fais confiance à personne de toute façon, lui répondit la dragonne en lui donnant un coup d’aile. 


— Oui… ce n’est pas totalement faux… mais vous, je vous fais confiance. Eux, non, c’est comme ça que je suis resté en vie toutes ces années.


Cendral regarda en direction du camp et vit que beaucoup de dragons avaient leurs yeux tournés vers eux et murmuraient entre eux.


Ses yeux se posèrent sur un Aile de Mer bleu qui regardait dans leur direction avec insistance, en fait, il fixait Cendral surtout…


Le cœur de Cendral commença à s’accélérer, les picotements qu'il sentait dans ses griffes se propagèrent à travers tout son corps, et il frémit.


— Cendral !? Ça va ? s'inquiéta Écume.


Il sursauta, puis se tourna vers elle.



— Oui…. Oui. Ça va, ne t’en fait pas. 


— Tu es sûr ? On aurait dit que tu étais sur les lunes, le questionna Glacier à son tour.


Il redressa la tête pour se retourner vers le dragon qui le regardait, mais ce dernier avait disparu. 


— Pas de problème…. Vraiment. 



Au-dessus d’eux, des battements d’ailes résonnèrent, le trio leva la tête et aperçut les jumeaux Ailes de Sable et l’Aile de Boue qui venaient vers eux.


À l’atterrissage, le grand Aile de Boue chancela légèrement avant de se redresser. Il s’approcha d’eux, et leur fit un sourire chaleureux.


— Bonjour, et bienvenue à vous. Désolé de vous avoir sauté dessus tout à l'heure. Je m’appelle Taureau, et voici mes frères, Mirage et Taipan. Au moins les présentations sont faites maintenant.


Taureau était sans doute le plus grand dragon que Cendral n’ait vu de sa vie, il dépassait facilement même ses commandants de quand il était soldat. Il avait des cicatrices anciennes un peu partout sur le corps et des marques de griffes encore sanguinolentes sur l’épaule. Il était de couleur marron clair, comme l’écorce des arbres, et ses yeux étaient d’un marron plus profond qui accentuait son regard doux.


Les jumeaux Ailes de Sable étaient presque identiques, d’un jaune délavé avec quelques écailles noires disséminées sur leur corps. L’un d’eux avait une de ses cornes qui était cassée à l'extrémité.


Le grand dragon se tourna vers eux, et leur fit signe de la tête pour les motiver.


— Alors les garçons ? Vous ne dites pas bonjour ?


Celui avec la corne cassée cracha au sol, il regarda rapidement les blessures de l’Aile de Boue puis lança un regard mauvais au trio.


— Pourquoi ? Je n’ai aucune envie de sympathiser avec eux. Ce sont des étrangers, et ils t'ont blessé. Je n’ai rien à savoir de plus.


Puis il se leva brusquement et s’éloigna en direction du camp d’un pas rapide sans même les regarder.


— Taipan ! Attends ! s’écria Taureau en vain. 


Le second Aile de Sable se leva, fit un petit signe de tête timide au trio puis courut pour rattraper son frère. 


Le grand dragon baissa la tête, ferma les yeux et soupira.


— Je suis désolé, Taipan peut se montrer parfois… difficile… ce n’est pas contre vous, il est juste surprotecteur. Ha, parfois j’ai l’impression que c’est lui le grand frère. 


Cendral remarqua qu’Écume fixait avec intensité les traces de griffes sur le corps de Taureau tout en ouvrant et fermant ses serres, le regard peiné. 


— Taureau ? finit-elle par dire.


— Oui ? 


— Je… je suis… 


Elle ferma son poing et plongea son regard dans celui de l’Aile de Boue.


— Je suis sincèrement désolée de t’avoir blessé… je n’aurais pas dû réagir si violemment… c’est juste que… bref, je suis désolée.


Le museau du grand dragon devint sérieux, et il se baissa pour regarder Écume dans les yeux. 


— Écoute-moi bien, ne t’excuse JAMAIS de protéger ceux auxquels tu tiens, d’accord ? Tu n'as rien fait de mal, et je ne t’en tiens absolument pas rigueur.


— Mais je… commença la dragonne.


— Non ! Tu as bien fait. Nous vous avons attaqués, et j’en suis désolé d’ailleurs, alors vous vous êtes défendus. Je ne veux plus entendre parler d’excuse, on est d’accord ?


Écume lui fit un sourire léger, et hocha la tête.


— Bien ! Alors c’est réglé ! Comme nous vous avons dérangé en plein repas, je vais aller vous chercher quelques vivres, je reviens. 


L’Aile de Boue s’éloigna à son tour vers le camp, laissant les trois amis seuls. 


Après quelque temps, Taureau et Nautilus revinrent ensemble, accompagnés par un petit Aile du Ciel qui portait des lunettes noires.


L’Aile de Boue, chargé de nourriture, déposa son fardeau au sol tandis que Nautilus et l’Aile du Ciel s'asseyaient devant les trois compagnons.


— Bien, je vous présente Aigrette, commença le chef des Serres de la Paix en désignant le dragon inconnu. Il est notre… heu… bibliothécaire ? Je ne sais pas, on n’a pas vraiment de bibliothèque mais bref… c’est lui qui s’occupe de nos messages, parchemins et autres documents. Peut-être qu’il aura des informations.


— Bonjour, je… je vais faire au mieux. C’est pour quoi ? 


Écume fit quelques pas en avant, et dessina deux traces de griffes entrecroisées avec un cercle au centre dans la terre meuble.


— Voici le symbole du groupe terroriste qui a commis un attentat à Possible-Ville, il y a quelques jours. Ils se font appeler les Deux Griffes. Vous les connaissez ?


Aigrette se leva, et inspecta minutieusement le dessin en marmonnant pour lui-même.


Après quelques battements de cœur, il regarda Écume.


— Les Deux Griffes, vous dites ? Ça me dit quelque chose. Mais… je crois que… Oui, je crois que j'ai un document qui y fait mention quelque part dans mes archives. Mais… je dois chercher.


Le petit dragon du ciel se tourna vers Nautilus.


— Cela prendra un moment, je n'ai pas eu le temps de tout réorganiser depuis notre dernier déménagement. 


L’Aile de Mer leva les yeux au ciel, agacé.


— Très bien, mais fais vite. Quant à vous… Taureau va vous accompagner jusqu'à un lieu un peu plus confortable. Mais vous n'êtes pas libres de vous déplacer sans surveillance. C’est clair ?


Cendral hocha la tête pour approuver. Nautilus se leva et partit en marmonnant dans sa colère. Le petit Aile du Ciel s’éclipsa discrètement à son tour, laissant Taureau et les trois amis seuls.


Après un petit silence, l’Aile de Boue se leva, ramassa les vivres qu'il avait amenés et leur fit signe de la tête.


— Bien ! Suivez-moi, s’il vous plaît.


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