D'Eau et de Feu

Chapitre 18 : Le départ

2244 mots, Catégorie: M

Dernière mise à jour 08/08/2026 10:31

Écume



Chapitre 18


Je dois trouver un moyen d'y aller seule. Mais comment faire pour qu'ils me laissent y aller sans eux ?


Écume battait des ailes à un rythme fort et régulier. Cela faisait un moment qu'ils volaient vers le Royaume de Mer, le soleil commençait à disparaître derrière de grands nuages gris sombre.


Je sais !


Elle accéléra pour rejoindre Glacier et Cendral.


— On devrait faire un détour ! Regardez ! Une tempête est en approche.


Comme si l’univers l'avait entendu, une goutte d’eau vint s’écraser sur le museau de Cendral, annonçant l’averse. Il regarda la tempête quelques instants, avant de se tourner vers Écume.



— Ok, on te suit, Écume, lui répondit Cendral en ralentissant pour se placer derrière elle, suivi par Glacier.



Écume pencha son aile sur la droite pour contourner les intempéries.




Plus ils s'approchaient du Royaume, plus le climat devenait dangereux. Le vent, de plus en plus violent, rendait leur vol instable, et la pluie qui était à présent très forte brouillait leur vue.



— Mhmmhmmhmh mmhmm ! cria Glacier, mais ses paroles disparurent, emportées par les bourrasques et le sifflement du vent dans leurs oreilles.


— QUOI ? hurla Écume en écartant les pattes, impuissante.


L’Aile de Glace leva les yeux au ciel et redoubla d'efforts pour se mettre à leur niveau malgré le temps.


— ON DOIT SE POSER ET ATTENDRE UNE ACCALMIE !


Cendral approuva de la tête.


— OK ! JE CONNAIS UN ENDROIT, SUIVEZ-MOI ! cria Écume.


Ils piquèrent vers le bas en direction des îles qui parsemaient l’océan.


Écume les dirigea vers une sorte de grande île rocheuse, entourée de hautes falaises avec une forêt verdoyante à son sommet.


Seulement, arrivés près du sommet, une puissante rafale de vent qui remontait la falaise les percuta de plein fouet. Perdant totalement le contrôle, les trois dragons tombèrent vers la forêt.


Par les trois lunes !


Écume percuta de plein fouet la cime des arbres, balayant branches et feuillage sur son passage avant de s’écraser lourdement sur le sol recouvert de feuilles.


Ouf !


Le choc lui coupa le souffle. Elle resta immobile, à reprendre sa respiration par grandes bouffées, la pluie tombant sur elle par le trou qu’elle avait fait dans la canopée.


Après un moment à tenter de reprendre ses esprits, elle parvint à reprendre le contrôle de son corps.


Elle sentait que des entailles creusaient ses écailles à divers endroits, et ses membres étaient tous douloureux.


Ouch ! Bravo Écume, bien joué ! Quelle idée de foncer dans une tempête franchement.


Reprends-toi ! Bon, ils ne doivent pas être loin.


Elle balaya les alentours des yeux mais ne vit que des troncs et des jeux d’ombres à l'horizon.


Peut-être que c’est l’occasion ? Je pars au village, j’interroge Manta puis je reviens ici ?


Un frisson la parcourut entièrement, ravivant ses blessures.


Non, je dois d’abord m’assurer qu'ils vont bien.


Elle fit quelques pas lents et mal assurés, puis se força à continuer.


La tempête faisant toujours rage autour d’eux, les appeler ne servirait à rien, ne laissant que la recherche visuelle comme option. Et comme elle était encore endolorie et pas franchement rassurée à reprendre le vol, elle marcha, accélérant au fur et à mesure le pas.


Mais où ils sont, bon sang ! C'est pas possible !


Soudainement, une odeur de sang frais lui parvint, lui retournant l’estomac.


Non, c'est normal, ils sont probablement un peu blessés à cause de la chute, comme moi.


Elle suivit la piste tant bien que mal, tournant et retournant en rond à cause du vent qui évaporait la piste.


Après un temps, un éclair blanc scintilla entre les troncs.


Glacier ! Enfin !


Elle courut vers lui aussi vite que lui permettait son état, et déboucha sur une clairière.


— Ha, vous voilà ! Ça fait un temps fou que je vous cherche.


Glacier ne répondait pas, il se tenait sur deux pattes, lui tournant le dos, au pied d’un grand rocher.


Elle s’approcha davantage et distingua une grande forme d’un rouge bordeaux, aux pieds de Glacier.


Cendral était immobile, allongé sur le flanc, les yeux fermés. Glacier avait ses deux pattes sur son torse.


Non… non… non non non nononon !


Quand elle arriva à quelques pas, Glacier la remarqua enfin. Il tourna vers elle un museau terrifié. Ses pattes étaient couvertes de sang et entouraient une énorme branche enfoncée dans la poitrine du dragon.


— Cendral !!! hurla Écume en courant vers eux.


— Écume, écoute-moi bien ! Tu dois…


Mais la dragonne ne l’écoutait pas, elle s'accroupit pour prendre la tête de son ami inconscient dans ses pattes.


— Qu’est-ce qui s’est passé ? Cendral ? Réponds-moi ! Réveille-toi !


— Écume, il faut que tu… continua Glacier.


— Ho Cendral, je suis désolée ! C’est ma faute, entièrement ma faute. Tu dois te rem..


— ÉCUME ! ÉCOUTE-MOI ! hurla Glacier.



Elle tourna vers lui un museau ruisselant de larmes, abasourdie par la situation.


— Tu dois trouver de la sphaigne et de l’achillée ! De toute urgence !


— M-mais c’est quoi ces plantes ? Elles ressemblent à quoi ?


Raaaah ! Bon… l’une est une sorte de mousse… tu… tu peux en trouver en bas des troncs… ou près d’un point d’eau. L’achillée, il y en a là-bas ! Une petite plante verte avec des fleurs blanches.


— Mais je… je sais pas si…


— ON N’A PAS LE CHOIX ! Il a perdu trop de sang, si je lâche la pression, il pourrait mourir ! Tu dois y aller, fais vite !


Écume se leva, et alla en courant dans la direction qu'avait indiquée Glacier pour l’achillée.


Plante verte, fleurs blanches, plante verte, fleurs blanches


À l’orée de la forêt, elle vit un petit bouquet de plantes d’un vert délavé, aux feuilles duveteuses et fleuries par de nombreuses petites fleurs blanches qui tremblaient dans la tempête.


Elle en arracha une poignée entière, emportant les pauvres plants encore figés dans leurs mottes de terre boueuse et se précipita vers Glacier.


— C’est ça ?


— Oui ! Très bien, maintenant la sphaigne ! Dans la forêt, essaye dans la forêt !


Elle jeta sa récolte au sol près de Cendral et courut dans la forêt, baissant la tête pour éviter les branches feuillues.


Se ruant entre les troncs, elle fixait leurs bases, ses yeux courant dans tous les sens à la recherche de mousse.


Après un temps interminable, elle repéra de la mousse verdâtre et se précipita dessus, en arrachant une grande quantité.


Tenant sa récolte dans ses pattes, elle fit demi-tour quand, après plusieurs longueurs de queue, elle vit une autre sorte de mousse plutôt jaune et s’arrêta. 


C’est laquelle ? C’EST LAQUELLE ?


Elle réfléchit à toute vitesse, puis d’un mouvement, en préleva une grande quantité. Portant ses deux fardeaux, elle courut vers la clairière.


Arrivée près d’eux, elle vit Glacier qui avait collé son oreille contre le torse du blessé, et avait les yeux fermés. Son front était plissé de concentration.


Pourvu qu'il respire, pourvu qu’il respire !!


Quand elle arriva près de lui, il ouvrit les yeux.


— Son cœur bat, mais faiblement. Prends l’achillée, et ça, ordonna Glacier en désignant la plante et la mousse jaune.


Écume s’exécuta, prit le maximum possible de chaque dans ses griffes.


— Maintenant, tu prends de l’eau de pluie et tu écrases l’achillée pour en faire une mixture mousseuse.


Tendant les pattes pour récupérer l’eau coulant du feuillage, Écume se mit à malaxer les plantes.


Une fois l’onguent prêt, elle se tourna vers Glacier.


— Bon, maintenant, tu mélanges la pâte avec la sphaigne. Quand je te le dirai, tu me la donneras, c'est clair ?


Écume hocha la tête silencieusement, tremblante de la tête au bout de la queue. Glacier se pencha vers la blessure, la branche était enfoncée pile entre la poitrine et le ventre de Cendral. Il renifla la plaie, inspecta la branche, puis enleva une de ses pattes de la plaie pour agripper la branche fermement.


— Désolé l’ami…


Puis très lentement, il retira la branche de la plaie qui se remit à saigner par flots entiers. Cendral lâcha un grognement de douleur sans pour autant se réveiller.


Pitié Cendral, tiens le coup !!


Une fois entièrement retirée, Glacier jeta la branche et se tourna vers Écume.


— Le pansement !


Elle lui passa la mousse devenue vert-jaune, qu'il prit et plaqua instantanément l’amas de plantes. Il l’appuya sur la blessure, et enfonça légèrement la mixture pour qu’elle pénètre la plaie.


Le sang s’arrêta presque entièrement de couler, et l’Aile de Glace se pencha pour attraper de grandes feuilles qui poussaient à côté. Il les appliqua sur le pansement, puis les colla avec un peu de boue.


Allez Cendral, réveille-toi !


Mais le dragon ne bougeait pas d’un pouce, seule la poitrine qui se levait parfois imperceptiblement montrait un signe de vie.


Glacier s’affala, assis sur sa queue, à regarder Cendral.


— Et… maintenant ?




Il posa un regard résigné sur elle.


— Maintenant… on attend… c'est à lui de se battre. Nous, nous ne pouvons rien faire de plus…


Tout ça, c'est ma faute. Si je n’avais pas voulu gagner du temps… j'ai tout gâché encore une fois…


Écume posa son regard sur Glacier, qui était immobile et regardait ses griffes couvertes de sang, comme figé.


— Et… et toi ? Ça va ? Rien de cassé ?


— Quelques entailles, deux-trois bleus, rien de grave. Et toi ?


Elle se tourna vers Cendral, son cœur se serra.


— Pareil…


— Va te reposer, ça te fera du bien, lui proposa l’Aile de Glace.


— Non. Je préfère le veiller, mais vas-y toi si tu veux.


Le dragon hocha silencieusement la tête, puis après s’être essuyé les griffes dans l’herbe alla se rouler en boule au pied d’un grand arbre.


Écume s’allongea à son tour, la tête posée sur ses pattes avant et tournée vers le blessé.


Il est blessé à cause de moi, et s’il… Si il meurt ? À cause de moi… le premier dragon à m’avoir acceptée telle que je suis…


Non… il ne peut pas mourir, je lui interdis !


— Tu m’entends Cendral ? Je t’interdis de partir ! Tu n'as pas le droit de m’abandonner comme ça ! dit la dragonne à voix basse.


Mais Cendral resta sans répondre, immobile, le museau inexpressif.

Il continuait de pleuvoir, de grosses gouttes martelaient ses écailles, l'empêchant de réfléchir. Au bout d’un moment elle se concentra sur le “ploc ploc ploc” régulier d’un goutte-à-goutte tombant d’une feuille. Ses yeux toujours rivés sur son ami, le bruit régulier et apaisant rythmait son cerveau, le maintenant stable et empêchant ses pensées de dériver dans les abysses.


Après un temps infini, elle remarqua une des griffes de Cendral qui bougeait. Elle se redressa d’un bond et remarqua à peine que le soir tombait.


— Glacier !


Ce dernier se leva immédiatement, et la rejoignit.


— Il… sa griffe, elle a bougé ! C’est bon signe non ?


L’Aile de Glace inspecta le corps du blessé.


— Je ne sais pas… peut-être que oui, ou ça peut être un spasme involontaire.


Soudain, une autre griffe bougea, suivie d’une autre. Et enfin, son œil s’entrouvrit à peine.

Glacier se pencha sur lui pour lui ouvrir délicatement la paupière. La pupille de Cendral le suivit un instant, puis son œil se révulsa.

 

Non ! Reste éveillé !


Elle vit le dragon se pencher pour coller son oreille contre le torse de Cendral, comme il l’avait fait plus tôt. Et un sentiment de soulagement apparut sur le museau de Glacier.


— Son cœur… il bat un peu plus fort.


Oui ! Enfin ! Alors il va mieux !


— Ça… ça veut dire qu'il va s’en sortir ?


— Non… cela veut dire qu'il se bat, et qu'il y a un espoir. La branche ne semble pas avoir touché d’organe vital sinon il… et bien… il… bref… donc maintenant, il lui faut du repos… beaucoup de repos. Et espérons qu'il n'attrape pas d’infection… en gros. Attendons demain et nous verrons…


La dragonne soupira en fermant les yeux, elle se sentait à bout de force.


— Écume… tu es épuisée. Tu dois aller dormir.


Glacier s’était mis devant elle et la regardait avec un air sévère.


— Mais je dois rester avec lui ! Tout ça, c'est de ma faute ! Et s’il se réveillait pendant que je dormais ? Ou s’il…


Elle s’arrêta, incapable de finir sa phrase. Son ami prit ses pattes dans ses griffes et lui dit avec douceur.


— Mais tu ne lui seras pas utile si tu dors debout… tu dois aller dormir. Je te promets que je te réveillerai au moindre changement.


Malgré le ton employé, elle savait que Glacier n’accepterait pas davantage de protestation. Elle alla s’installer où Glacier avait dormi, et se roula en boule.




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