D'Eau et de Feu

Chapitre 22 : Le rivage

Par kalargo

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Chapitre 22


Le soleil éclairait l’océan à perte de vue, grande toile d’un bleu azur parsemée de taches vertes aux tailles diverses.


Écume volait doucement, c’est elle qui donnait le rythme de vol à ses deux amis mais Cendral devait faire des pauses fréquentes. Ils venaient de s’arrêter pour la quatrième fois depuis leur envol de l'île où ils s’étaient écrasés.


Bon, dès qu'on arrive, on trouve Manta… en espérant qu'elle ne parle pas trop pour changer … 


Elle regarda Cendral, qui gardait son museau clos, mais avait le front plissé et les poings serrés. 


— On va faire une autre pause, proposa Écume.


— On est… encore… loin ? demanda Cendral, entre deux inspirations bruyantes.


— Non, c’est l'île qui est là-bas. 


La dragonne désigna un point vert à l’horizon, entouré de deux plus grandes îles.


— Alors… on continue…


— Mais tu…


— Ça… ira… ne t’en fais… pas.


Bien sûr que je m’en fais pour toi, par les trois lunes…




Ils arrivèrent proches de l'île quelque temps plus tard. Elle était plutôt modeste, avec une immense colonne de pierre en son centre. Un grand lagon la séparait de deux îles deux fois plus grandes en partie recouvertes de falaises.


Le sentiment de malaise qui n’avait cessé de croître depuis leur départ envahit tous les muscles d’Écume.


Tout ça pour revenir ici… pourquoi il fallait que cette fichue Manta soit liée à tout ça.


Ils atterrirent sur la plage, à quelques pas du village. Il était de taille moyenne, des maisons faites de bois flottant et d’algues disséminées un peu partout. Une odeur de poisson et de sel flottait dans l’air pendant que des Ailes de Mer allaient et venaient dans tous les sens.


Un duo de dragons sortit du village et s'avança vers le bord de l’eau en bavardant. Arrivés à leur niveau, ils s’interrompirent et observèrent le trio. Quand leurs yeux se posèrent sur Écume, elle y vit du dégoût, le même regard qu’elle avait bien connu.


Les deux Ailes de Mer les contournèrent et plongèrent dans l’eau de mer. 


— Oooookkkk, c’était quoi ça au juste ? Ils sont tous comme ça ici ? demanda Glacier.


Écume baissa la tête, la peur la rongeait. Cendral s’approcha d’elle et lui donna un petit coup d’aile affectueux. 


La dragonne prit la tête du groupe, et entra dans le village, Glacier la suivait et Cendral aussi en boitant.


Tout en suivant les chemins de sable zigzaguant entre les maisons, elle sentait de plus en plus de regards peser sur elle. Puis les murmures apparurent, d'abord quelques chuchotements, mais quelques rires moqueurs arrivèrent par la suite.


Elle entendit Cendral siffler de colère dans son dos, mais ne s'arrêta pas. Après plusieurs minutes, ils arrivèrent devant une maisonnette faite de bois sombre, avec un toit recouvert de sable. 


Écume resta devant la porte, immobile, incapable de bouger, quand Glacier s’approcha et toqua à la porte avec un petit bruit spongieux. 


Pourvu qu’elle ne soit pas là, pourvu qu'elle ne soit pas là ! 


Personne ne répondit, donc le dragon insista de nouveau. Un râle suivi de griffes glissant sur du bois résonna derrière la porte. D’un geste vif, la protection s'ouvrit et une grande dragonne vert foncé, à l’air furieux, apparut dans le cadre de la porte.


— Quoi ?! 


L’Aile de Mer scruta en détail les trois dragons devant elle, et finit par voir Écume. La même expression de dégoût apparut une nouvelle fois.


— Tiens ! Je pensais qu'on s’était enfin débarrassés de toi. Qu'est-ce que tu fiches ici ?


— Hé ! Vous n'avez aucun droit de lui parler comme ça ! s'emporta Glacier en se redressant, ses pics dorsaux dressés.


Cendral était derrière eux mais il se redressa aussi, en faisant son sifflement caractéristique d’Aile du Ciel, une flamme dans les yeux. 


Écume, elle, ne répondit pas. Elle resta immobile, les yeux vers le sol, tentant vainement de reprendre le contrôle de sa respiration.


— Je dis ce que je veux, c’est une sale engeance, comme l'étaient ses parents. Fille de traître, inutile, finit par cracher la dragonne avec dégoût.


Au même instant, une jeune Aile de Mer arriva par la gauche et s’arrêta net, les yeux braqués sur Écume. 


— ÉCUME ?! C'EST TOI ?!! MAIS… cria la dragonne inconnue.


Écume se tourna vers elle, surprise et son sang se gela instantanément dans ses veines. 


Non… non… ce n'est pas possible ! Qu’est-ce qu’elle fait ici ?! POURQUOI ELLE EST ICI PAR LES TROIS LUNES ! 


Écume se tourna vivement et s’envola en brisant une sorte de poteau en bambou dans la panique. Elle battit des ailes, le plus fort et le plus rapidement qu’elle pouvait pour s’éloigner vers les autres îles. Elle entendit son nom résonner derrière elle, ce qui la poussa à voler encore plus vite.


Son corps la dirigea instinctivement vers son endroit favori. Quelques moments plus tard, elle atterrit sur une plage de galets gris, et se dirigea vers une petite grotte au pied de la falaise.


La grotte était humide, une petite flaque d’eau envahie par les algues se trouvait à l’entrée. Les stalactites faisaient perler de petites gouttes d’eau qui tombaient sur le sol avec de petits “ploc” dont l’écho inondait la cavité.


Elle s’allongea en boule sur le sable et fixa la flaque d’eau et les vaguelettes que formaient les gouttes en tombant dedans. Sa respiration était saccadée, elle avait les yeux qui la brûlaient et le cœur qui battait à tout rompre.


Maintenant, je suis seule… encore…




Restant prostrée comme ça sans bouger, le temps passa sans même qu’elle ne s'en rende compte, quand au loin des battements d’ailes arrivèrent vers elle. Elle redressa la tête, et vit la dragonne et Cendral s'approcher doucement et atterrir sur la plage.


Alors on y est… c’est le moment où tout s’effondre.


Elle se redressa péniblement et sortit de la grotte pour aller à leur rencontre. Cendral resta un peu en retrait, mais l’Aile de Mer s'avança encore un peu avant de se stopper, à une longueur de queue d’Écume qui avait la tête basse et détournait les yeux.


— Acora… dit Écume d’une voix faible sans oser regarder la dragonne.


— Alors, tu étais vivante. Pendant tout ce temps ?


Sa voix était froide et pleine de colère contenue. Écume ne lui répondit pas. 


— Tu imagines ce que j'ai traversé ? Ou bien tu t’en moques ?


— Je…


— TU M'AS LAISSÉ CROIRE QUE TU ÉTAIS MORTE ! TU M’AS ABANDONNÉE ICI ET TU ES PARTIE !


Écume recula de quelques pas sous l’assaut des reproches. Ses ailes pendaient faiblement sur ses côtés.


— Je savais que tu ne me regarderais plus pareil après que tu sois venue au village. Que tu me détesterais, comme tous les autres. C’est pour cela que je ne voulais pas que tu viennes.


Pourquoi fallait-il que tu viennes au village !!


Acora la regarda, ses yeux pleurant abondamment. 


— Et tu ne m'as pas laissé l’occasion de te démontrer que tu avais tort ! Je t’aimais plus que tout, et toi, visiblement non. 


— Si ! Je t’assure que je t’aime ! C-c'est d'ailleurs p..



— NON ! On n’abandonne pas ceux qu'on aime ! J’ai… j'ai toujours cru que ce que les autres disaient était faux, que ce n'était pas l’Écume que je connaissais… visiblement, ils avaient raison au final… tu ne vaux pas mieux que ce qu'ils disent de toi !


La dragonne fit demi-tour d’un pas raide et s’éloigna avant de s’envoler, laissant Écume et Cendral seuls. 


Écume resta là, immobile, à regarder Acora s’éloigner. Elle n’avait plus d'énergie, son cerveau s'était subitement éteint et son estomac s’était retourné… D’un pas lent et douloureux, elle repartit dans sa grotte et s’allongea.


Tout est fini… je n'ai plus qu'à rester là, seule à tout jamais…


Un bruit de pas marchant dans la flaque d’eau de mer à l’entrée de la grotte lui rappela la présence de Cendral.


Sans même se retourner, ni même ouvrir les yeux, elle s’adressa à lui.


— C’est bon… tu as vu ce qu'il y avait à voir… tu peux m’abandonner ici et me laisser mourir seule. 


— Non, répondit sobrement le dragon.


— Pourquoi ? Tu vois bien que je ne suis pas une bonne dragonne. Je fais du mal, je trahis, j’abandonne ceux qui comptent pour moi.


— Tu ne m'as pas abandonné, moi. 


Elle n'avait pas l’énergie pour argumenter davantage, et s'endormit quelques instants plus tard.






Écume se retrouva sur la plage à côté du village, elle y entra avec appréhension, mais ne croisa personne. Le village était vide, mais ne semblait pas abandonné pour autant, car du poisson frais était sur des étales, et un grand métier à tisser abritait une toile à moitié faite. 


Elle tendit l’oreille, mais aucune voix ne lui parvint… et elle réalisa soudain qu'il n'y avait strictement aucun bruit… pas de son doux et apaisant de vagues s’échouant sur le sable, pas de cris de mouettes, rien… seulement le son produit par ses pas…


Une profonde tristesse l'envahit. Elle marchait sur le bord de la mer, qui s’étendait jusqu'à l’horizon… 


Seule… 


Elle ferma les yeux, et inspira un grand bol d’air marin, le sel lui chatouillant les naseaux. 


Quand elle rouvrit les yeux, le décor avait changé. Elle était allongée dans la grotte, son refuge, et pleurait à n'en plus finir. Manta l’avait encore insultée de bonne à rien, et dit qu’elle aurait mieux fait de disparaître, comme sa mère.


Manta était sa nourrice, et l’élevait depuis son éclosion deux ans plus tôt, mais la dragonne la détestait au plus haut point, elle lui avait même dit ouvertement. Et tous les jours, Écume avait son lot de brimades, insultes et coups lâches, mais même si elle tentait de faire bonne figure devant elle, cela l’affectait profondément.


Pourquoi ? Pourquoi ils sont tous comme ça avec moi ?


Quand cela devenait trop dur, elle venait se cacher ici, c’était son refuge, son bastion où personne ne pouvait venir lui gâcher la vie. 


Cela faisait déjà plusieurs heures qu’Écume était venue se réfugier ici, mais elle n'arrivait pas à se calmer. La tête posée au sol, elle reniflait bruyamment, les yeux fermés.



— Qu’est-ce que t’as ? demanda une voix.


Écume ouvrit un œil, et aperçut une dragonette de son âge, verte, qu’elle n’avait jamais vue auparavant et qui la fixait avec curiosité. Elle se cacha sous son aile.


— Rien… laisse-moi tranquille ! 


— Dis pas que t’as rien, vu que tu pleures comme si tu voulais remplir l’océan. Pas besoin ! Il est déjà plein.


— Ne te moque pas de moi … 


— Je ne me moque pas. J’essaie de te remonter le moral ! Tu t’appelles comment ?


Écume hésita à répondre. 


Si je lui dis, elle me reconnaîtra, et elle sera comme les autres…


La dragonette verte s’impatienta, elle lui donna un petit coup de queue sur l’épaule. 


— Bah alors ? J’dois deviner ? Moi c’est Acora ! 


Écume se renfrogna davantage, tentant de disparaître dans le sable. 


Pourquoi elle ne veut pas me laisser tranquille ?


Acora s'assit, et se répondit à elle-même en imitant maladroitement Écume.


— Enchantée Acora ! Moi c’est Truc ! Trop heureuse de te connaître ! 


Malgré elle, Écume esquissa un sourire devant la voix chevrotante qui était censée être la sienne.


— Bon… comme tu veux. Je te laisse seule avec ton projet de remplissage de l’océan. 


Acora se leva et s’éloigna en trottinant. Écume baissa son aile pour la regarder partir, son cœur s’accéléra soudainement et elle redressa la tête.


— Je… je m’appelle Écume… fit la dragonette, regrettant instantanément sa prise de parole. 


Acora s’arrêta et la fixa, souriante. 


— Ha bah c’est cool ! Elle parle ! En plus c’est un très beau nom Écume. Ravie de te rencontrer.


Elle ne me connaît pas ? Elle n’est pas du village ?


— M-moi aussi. 


— Pourquoi tu pleurais ? demanda frontalement Acora.


— Pour rien… tu viens d'où ?


— Du village sur l'île là-bas. Et toi ?


— De celui qui se trouve un peu plus loin…


— Ho, je ne le connais pas, lui. J’y vais jamais. Bon, c'est pas tout, mais on ne va pas rester là à parler comme deux mouettes sur un rocher. On joue ?


Elle ne connaît pas mon village ? Donc… elle ne me connaît pas, moi ?


Un petit espoir s’enflamma chez Écume, elle avait peut-être enfin trouvé quelqu'un qui l'accepterait.


— On joue ? C'est-à-dire ?


— Bah… comme deux amies, je sais pas. Tiens, j'ai une idée !


D’un coup, Acora se précipita en avant et lui donna un coup de patte sur le flanc. 


— Touché ! cria Acora en courant pour s'éloigner.


Pourquoi elle fait ça ? Elle est pas bien ?


Écume resta immobile, ne sachant pas quoi faire. La dragonette s'arrêta de courir et se tourna vers Écume en riant. 


— Et bien ? Tu dois me rattraper et le toucher ! Tu ne connais pas ?


Bah non, je ne connais pas… 


— Allez, arrête de faire ton bigorneau et viens !


Écume fit quelques pas, puis sentant la confiance naître progressivement, se mit à courir après la dragonette, avec un sourire sur le museau.



Le temps d’un clignement de paupières, la nuit tomba. Les lunes étaient hautes dans le ciel et se reflétaient dans l’eau calme du lagon, donnant deux grands yeux blancs à l’étendue d’eau semblant observer les deux dragonnes allongées ensemble au bord de l’eau.


Acora et Écume bavardaient et plaisantaient.


— Tu te rends compte, ça fait déjà un an… dit Écume en contemplant le ciel étoilé.


— Un an que quoi ? lui répondit Acora.


Quoi ? Elle ne s'en souvient vraiment pas ? 


Elle se tourna vers son amie, surprise, et la découvrit en train de sourire joyeusement. 


— Mais BIEN SÛR que je m’en souviens, tête d’oursin ! Comment oublier le jour de notre rencontre.


Écume soupira, pendant un instant elle avait vraiment cru qu’Acora avait oublié ce jour. Elle, elle en était incapable, c’était le plus beau jour de sa vie, le premier rayon de soleil qu’elle avait vécu. 


Depuis, tous les soirs elle se retrouvait ici et passait la soirée, observer la nuit, ensemble. C’étaient ses moments préférés, elle ne pouvait s’empêcher de penser à Acora toute la journée jusqu'à la retrouver.


— D'ailleurs, à ce propos, j'ai un petit cadeau pour toi ! continua Acora, l'air taquin.


La dragonne sortit une petite bourse en cuir noir qu’elle avait enterrée dans le sable, et en sortit deux petits anneaux d’argent. Elle les glissa dans la patte d’Écume, qui resta bouche bée à observer les deux petits cercles scintiller à la lumière des lunes.


Quoi ? Mais… mais je ne savais pas qu'il fallait s’offrir des trucs ? Je fais quoi moi maintenant ? J'ai rien !


Affreusement gênée, Écume bafouilla en continuant de regarder les cadeaux.


— C’est terriblement gentil… mais je n'ai rien à t'offrir, moi… je me sens comme une idiote.


— Mais nooooon. Je me fiche bien que tu aies quelque chose pour moi, ta présence me suffit. Je voulais t'offrir ce présent, car je tiens à toi, c’est tout.


Écume ne répondit rien, sa gorge était nouée.


— Et c’est à ce moment-là que tu es censée répondre “Hooo OUI ! Je tiens aussi énormément à toi ! Comment je ne pourrais pas d’ailleurs ? Tu es tellement fantastiquement génialement parfaite Acora !” s’exclama Acora avec un petit coup d’épaule.


— Oui, oui. Tout ça et bien plus ! répondit Écume, souriante.


Elle avait toujours adoré quand Acora imitait quelqu'un. Elle était très douée.


— Ha bah quand même ! Pas cool que je doive te tirer la vérité des naseaux comme ça ! 



En parlant de vérité… est-ce le bon moment ? Ou pas ? Si ? 



Après un moment de silence, Écume prit son courage à deux pattes et s’éclaircit la voix.


— E-en fait… j'ai… j'ai quelque chose… enfin non c'est pas vraiment une chose, mais c’est un petit truc… pas un cadeau, enfin pas vraiment mais…


— Bon tu vas la cracher ton arête ? l’interrompit la dragonne en riant.


— Acorajet’aime !


Écume sentit la dragonette sursauter, un frisson d’effroi la traversa.


J'ai sans doute tout gâché, je me fais des illusions. J'aurais jamais dû dire ça.


— Ho… euh… eh bien..


— Non ne réponds pas ! C'est ma faute, désolée. Je n'aurais pas dû dire ça…


— Eh bien en fait… moi aussi je t’aime, Écume, lui glissa Acora à l'oreille.


Elle sentit son cœur exploser dans sa poitrine, et ne put reprendre sa respiration.


— C-c'est… c’est vrai ? 


— Oui, depuis le premier jour d'ailleurs. J'attendais de trouver le courage pour te le dire mais… tu m’as devancée. Qu'est-ce que tu peux être agaçante parfois !


Pour la première fois de sa vie, Écume se sentait légère. Elle ne pensait plus à rien hormis le moment présent. Doucement, elle entremêla sa queue avec celle d’Acora, et se colla à elle. 


— En fait… il y a bien un tout petit truc que j’aimerais bien que tu fasses, lui confia Acora à voix basse. J’aimerais… j’aimerais vraiment voir ton village. Ça fait un an qu'on ne se voit qu’ici.


La peur faillit gâcher le moment, Écume dut trouver une parade rapidement.


— Non… euh… je t’ai déjà dit... dans mon village, ils sont tous un peu spéciaux. Tu ne seras pas à l'aise avec eux.


— Tant que je suis avec toi, ça ira ne t’en fais pas.


— Oui mais non, ce n'est pas un endroit pour nous. Je préfère notre lagon, c’est notre endroit à nous, pas besoin des autres. 


Acora soupira… 


— Très bien… c'est toi qui voit. 



Ouf… j'ai échappé au pire… 


Elles s'endormirent côte à côte sous la surveillance des lunes. 




Un bruit métallique fit sursauter Écume qui ouvrit les yeux. Elle se trouvait maintenant dans la maison de Manta. Cette dernière passa à côté d’elle avec un air désapprobateur.


— Debout, la bonne à rien. Il est temps de te montrer un tant soit peu utile, si tu y arrives. Va chercher de l’eau.


Elle jeta une gamelle en fer dans les pattes d’Écume et retourna sur son plan de travail pour préparer des poissons. 


— C’est demandé si gentiment ! Comment refuser ! 




L’Aile de Mer lui lança une tasse en terre qu’Écume esquiva de justesse, laissant l’objet se briser contre le mur.


— Ne t’avise pas de te moquer de moi. Tu le regretteras. 


Écume prit la gamelle, et sortit en marmonnant.


— Fichu sale bête. 


Elle se dirigea vers le petit ruisseau qui coulait depuis le centre de l'île jusqu'à la mer, et plongea son récipient dans l’eau froide. 


Soudain, une paire de pattes lui agrippa les épaules. La dragonne sursauta et s'écarta brusquement, prête à abattre sa lourde queue sur le crâne de l’attaquant quand elle vit que c’était Acora, qui riait à gorge déployée.


— Hahahahahah ! Je ne pensais pas t’avoir si facilement ! Tu verrais ta tête ! Ça valait le coup !


C’est pas possible ! C’est un cauchemar !! 


— Qu… qu'est-ce que… tu fais ici !?


— SURPRISE !! Je ne pouvais plus attendre ce soir, j’avais trop hâte de fêter notre anniversaire ! Alors, c’est ça ton village ? 


Acora commença à se diriger vers les habitations.


— Non ! Tu dois partir ! Viens ! 


— Roooh c'est booon… ce ne sont pas quelques dragons “spéciaux” qui vont me faire peur. Je veux voir où tu as grandi, voir où tu vis. Tu m’as toujours caché cet aspect de toi, normal que je sois curieuse non ?


— Ce n’est pas si simple. Tu dois partir ! Je t’en supplie, écoute-moi.


Pitié, écoute-moi, et pars, maintenant !


Acora s’arrêta et se tourna vers elle, soucieuse. 


— Mais enfin, pourquoi tant de drames ? 


Un cri résonna un peu plus loin.


— Écume !? Pourquoi tu mets autant de temps, maudite dragonette.


Par toutes les lunes !


Et Manta sortit de l’angle d’une maison, pour se trouver face à face avec Acora et Écume.


— Ha ! Te voilà ! Alors, et l’eau ? Tu es encore partie faire n’importe quoi ? Et toi, qui es-tu ? Et surtout, que fais-tu avec elle ? cracha Manta avec dégoût.



Écume se figea, terrorisée par ce qu’elle avait redouté depuis deux ans. La dragonne qu’elle aime, avec celle qu’elle déteste le plus au monde, ensemble.


— Ha… euh… bonjour ? Je m'appelle Acora… et pourquoi je ne devrais pas être avec elle au juste, demanda-t-elle avec agacement. 


Elle sortit un petit paquet du dessous de son aile, et se tourna vers Écume.


— Au fait, je t’offre ton cadeau un peu en av…


Mais Écume s’était envolée. Acora resta immobile, surprise, à regarder la silhouette d’Écume s’éloigner dans le ciel en tenant un petit paquet enveloppé dans de grandes feuilles vertes dans ses griffes.



Écume volait à toute vitesse, à s’en faire mal aux ailes, son cœur battait à lui brisée les côtes. Ses larmes se dispersaient dans le vent pendant qu’elle partait loin de tout ça.


Je l’ai perdue ! Pourquoi il faut que je gâche toujours tout ! Pourquoi je dois toujours être seule !! 







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