Chapitre 25
Pourvu qu’on arrive à temps. Pourvu qu’on se trompe !
Écume volait rapidement, ses ailes lui faisaient mal, ils volaient depuis des heures sans s’arrêter, Grive leur indiquant le chemin au fur et à mesure.
Elle se tourna vers Cendral, qui était à quelques longueurs de queue derrière eux, volait difficilement, le museau déformé par l’effort et ses mâchoires fermées, peinant à garder une altitude stable... Glacier, lui, semblait plus à l’aise, alimenté par une énergie étrange.
On va devoir s’arrêter, on ne va pas pouvoir continuer comme ça longtemps.
— Grive ! cria Écume dans le vent. Grive ! On est encore loin ?
L’Aile du Ciel ralentit pour se mettre à sa hauteur, il scruta le paysage en marmonnant pour lui-même. Après quelques instants, il se tourna vers elle.
— Non, on est juste à côté. Leur campement doit se trouver là-bas !
Il désignait un bois au sommet d’une petite colline verdoyante.
Elle hocha la tête puis ralentit pour avertir ses amis.
— On est presque arrivés. Tenez le coup.
— Ok… tant… mieux… articula Cendral entre deux respirations rapides.
Quelque temps plus tard, Grive s'arrêta en plein ciel et fit du surplace en fixant le bois.
— C’est là… mais… je… je ne peux pas y aller en premier…
— Ne t'en fais pas. Reste avec Cendral, il te protégera. Écume et moi allons en premier, dit Glacier en faisant un signe de tête à la dragonne.
Tous deux amorcèrent la descente, suivis des deux Ailes du Ciel.
Atterrissant en douceur à l’orée du bois, ils se mirent en cercle pour se concerter.
— Bon… on doit faire ça intelligemment. On ne sait pas comment ils vont réagir, ni leur objectif. Je devrais passer en premier, suivi de Cendral. Après, Écume puis Grive, vous nous rejoignez.
Deux grands dragons inconnus, qui rentrent dans leur camp sans y être invités… pas sûr que ce soit une bonne idée. Mieux vaut tenter une approche moins brutale.
— Non, répondit Écume. Ce n’est pas une bonne idée.
Glacier sembla surpris, puis se reprit.
— Ok, c’est quoi ton plan ?
— Je rentre en premier, suivie de Cendral. Cela réduira le rapport de force. Ensuite tu entres en jeu, et après Grive.
Elle se tourna vers le jeune Aile du Ciel.
— En cas de problème, tu pars et tu ne nous attends pas. Ok ?
Grive hocha vigoureusement la tête pour approuver. Cendral lui donna un petit coup d’aile avec un clin d'œil.
— Je te l’avais dit. Tu es plus brave que tu ne le penses.
Le dragon lui rendit un sourire timide. Écume se redressa, et fit face aux arbres. Elle prit une grande inspiration, profitant de l’odeur de bois réchauffé par le soleil, et de l’humus.
Ok, c’est parti…
Puis elle s'enfonça entre les troncs et la végétation, droit devant elle.
Elle avança, sur ses gardes, les yeux capables de voir dans le noir scrutant chaque ombre, chaque mouvement. L’endroit était silencieux, elle n’entendait que le bruit de leurs pas et les respirations vives de ses amis derrière elle.
Soudainement, elle perçut un bruit faible provenant de sa droite. Elle s’arrêta, et leva son aile droite pour signifier à ses compagnons qu'il y avait quelque chose par là.
Se dirigeant vers la source du bruit, qui s’amplifiait à chacun des pas qu’elle effectuait avec précaution, elle réalisa que le bruit était un ronflement de dragon.
Ils sont sérieux ? En mission secrète mais ronflent à rendre sourd un dragon.
Après quelques battements de cœur, elle s'approcha assez pour sentir la présence de deux dragons juste derrière un immense buisson lui bloquant la vue.
S’il vous plaît, soyez comme vos amis, soyez comme vos amis, ne soyez pas deux grosses brutes assoiffées de sang…
Elle tendit la patte pour écarter les branches quand une volée d’oiseaux s’envola à tire-d’aile du buisson, leurs cris de colère résonnant dans l’air silencieux de la forêt.
Juste derrière le buisson, elle entendit un petit bruit étrange, suivi d’une voix ensommeillée.
— Ouch ! Qu'est-ce qu…
— Chuuuuuuut !
Puis plus rien. Elle prit une grande bouffée d'air, puis écarta les branches pour entrer dans une toute petite clairière abritée. En son centre, deux dragons, un Aile du Ciel et un Aile de Boue se tenaient en position de combat, montrant leurs crocs.
Écume sortit du buisson, et s'avança vers eux les ailes bien écartées en signe de paix.
L’Aile du Ciel, un dragon rouge aux yeux d’un bleu presque translucide, la fixait avec intensité.
— Qui es-tu ?! Et comment nous as-tu trouvés ?
— Ce sont les membres de votre groupe qui nous ont dit où vous trouver.
— On ? Qui ça, on ?
L’Aile de Boue regarda derrière Écume, cherchant des yeux d'autres dangers.
Cendral sortit du buisson à son tour, provoquant une réaction forte chez l’Aile de Boue qui enfonça des griffes dans la terre meuble, et le regarda avec fureur.
— Vous êtes combien au juste ? siffla l’Aile du Ciel.
Cendral se tenait droit, ses ailes repliées contre ses flancs, il surveillait les deux dragons.
Quelques instants plus tard, Glacier sortit de l'ombre à son tour. Il s’assit face à eux, et les fixa, inflexible.
Le temps sembla se figer, les deux groupes se jaugeant, leurs muscles tendus à tout rompre, quand Grive sortit du bois en criant.
— Azur ! Saumure ! Ils disent vrai, ils sont avec nous !
— Grive ? Mais, qu’est-ce que… ? Depuis quand tu sors du camp ? Ardente le sait ?
— Oui, oui. Je suis là pour les aider.
— Mais les aider sur quoi ?
Cendral s’approcha et les regarda dans les yeux.
— On doit savoir quelle est votre mission exacte.
— En quoi ça te regarde ? cracha l’Aile de Boue.
Saumure se redressa, la tête haute, défiant Cendral.
Ce dernier lui répondit par un grognement hargneux. Les deux dragons semblaient sur le point de se jeter dessus.
— Pourquoi Grive ? Qu’est-ce qu’il se passe, bon sang ? demanda Azur en s’interposant entre son ami et Cendral.
Le jeune Aile du Ciel s’assit, la tête basse.
— Apparemment, certains de nos membres… sont ceux qui ont tué tous ces dragons à Possible-Ville.
— Impossible ! C’est impossible ! Aucun de nous n’aurait fait ça, répondit Azur.
— C’est pourtant l’un de vos membres, celui qui s’appelait Venin, qui était sur place, qui a activé les cactus. Il allait le refaire quand il a été stoppé, lui répondit Cendral sans quitter des yeux Saumure, qui restait impassible.
Azur lui fit face, ses yeux lançant des éclairs de rage.
— Pourquoi on vous croirait ? Vous êtes des étrangers. Je connais Venin, oui, il a parfois des idées très arrêtées mais je ne le vois absolument pas tuer des innocents. Vous, je ne vous connais pas. Vos paroles sont creuses, vous n’avez aucune preuve.
Cendral continua de fixer Saumure, droit dans les yeux, qui fit de même.
— Et si… tu demandais à ton ami ce qu'il en pense ? suggéra Cendral d’une voix tendue.
— Quoi ? Pourquoi ? s’emporta Azur, en se tournant vers Saumure.
Le museau de l’Aile du Ciel se décomposa en voyant le sourire en coin de l’Aile de Boue.
— Non…
— Il fallait bien qu’on soit entendus… il fallait qu’on nous voie enfin, répondit Saumure.
Alors il est l’un d'eux ? Vraiment ? Il a participé à tout ça ?
Écume avait la sensation que des griffes aiguisées tentaient de lui arracher le cœur de la poitrine.
Elle fixait Saumure avec intensité, au point de s’en donner mal à la tête, comme si elle cherchait à lire à travers ses écailles pour enfin tout comprendre.
Cendral se leva doucement, et Écume sentit Glacier se rapprocher aussi par le froid de ses écailles.
— Mais… pourquoi viser des innocents ? demanda Écume, la voix chargée d’émotions.
— Aucun d'entre eux n’est innocent, répondit Saumure avec mépris. Soit ils sont la cause, soit ils sont aveugles. C’est du pareil au même.
Écume avait sa respiration difficile, ses pattes devenaient lourdes. Elle sentait une rage sourde monter en elle, parcourir ses veines.
— Et les hybrides ? Car vous en avez tué un dans l’attaque ! Lui aussi est coupable ou alors c’est juste que vous êtes des abrutis hypocrites ?!
L’Aile de Boue sembla légèrement perturbé, puis il se reprit, se tournant vers Azur.
— Cela fait combien de temps qu’on essaie de se faire entendre ? Hum ? Personne n’écoute, tout le monde s’en moque. Il fallait qu’on frappe un grand coup.
— Et c'est qui, ce “on”, par les trois lunes ! Je n’ai JAMAIS été d’accord pour ça ! Tout ce que cela engendre, c’est plus de haine envers ceux qu’on défend ! Ouvre les yeux, Saumure !
— On n’a pas fait ça par envie ! On devait le faire JUSTEMENT pour protéger les hybrides ! Pour qu'ils comprennent que maintenant, ils sont défendus !
— PAUVRE IDIOT ARROGANT ! hurla Écume, hors d’elle. Vous n’avez rien défendu du tout ! Vous avez juste massacré des dragons qui pouvaient être de votre côté !!
Saumure se jeta sur elle, toutes griffes sorties. Écume l’esquiva de justesse et lui porta un coup au niveau de la tempe à l'aide de sa puissante queue. L’Aile de Boue tomba sur le côté, un filet de sang coulant sur sa tête.
Glacier sauta sur le dragon pour le maintenir au sol, rejoint par Cendral quelques instants plus tard.
Saumure était au sol, et se débattait furieusement.
— Azur, aide-moi. Tu sais que j'ai raison !
L’Aile du Ciel s'avança d’un pas hésitant, son regard allant et venant entre le dragon au sol et les deux étrangers qui le retenaient.
Il émit un sifflement caractéristique des Ailes du Ciel avant de cracher son feu. Cendral se tourna vers lui, tendant une patte dans sa direction.
— Souviens-toi du Repaire du Scorpion ! s’écria Cendral.
Azur se stoppa net.
— Quoi ?
— Ardente… elle m’a dit de te dire… souviens-toi du Repaire du Scorpion.
L’Aile du Ciel regardait Cendral comme s’il parlait une autre langue. Il s’assit, et regarda ses griffes.
— Ouvre les yeux, Azur. Tu sais très bien que les choses ne changeront pas toutes seules. Tout ce qu’on veut, c’est qu’on traite les hybrides avec le même respect que les autres dragons.
— Si tu veux les respecter, commence par ne pas les tuer en leur nom… répondit Écume avec dégoût.
Elle croisa le regard de Glacier, il était étrange.
Voyant Azur rester immobile refusant de le regarder, Saumure arrêta de se débattre, respirant bruyamment.
— Bon, plan B… dit l’Aile de Boue à voix basse.
Saumure se contorsionna, puis d’un geste vif et précis, il frappa le pansement de Cendral qui s’écroula avec un hurlement de douleur. Dans le même temps, il réussit à repousser Glacier, puis s’envola à travers la canopée.
— Cendral !
Écume se précipita vers son ami qui était allongé au sol, ses griffes crispées au-dessus du pansement qui commençait à devenir rouge, son museau tordu de douleur. Glacier s’envola à la poursuite de l’Aile de Boue.
Par les trois lunes, j'espère qu'il n'a rien aggravé !
Écume se tenait à côté de son ami, qui tentait de reprendre son souffle, allongé sur le côté les yeux fermés.
— Hum… il... il ne m’a pas raté, finit par dire Cendral entre deux grognements de douleur.
Ouf… il n'a pas dû frapper trop fort.
— C’est bien notre chance… tu commençais seulement à guérir.
— Ça ira… laisse-moi… juste… reprendre mon souffle…
Elle examina le pansement, dont les feuilles suintaient de sang.
Raaah… et évidemment, c’est Glacier qui a les plantes… ah, attends.
— Il est où le remède que t’a donné Ardente ? demanda Écume à son ami.
Le dragon désigna d’une griffe tremblante la petite sacoche qui pendait mollement sous son aile. Écume l’ouvrit et en sortit une des fioles.
Elle avait dit, une gorgée par jour je crois. Non ?
— Tu en as pris tout à l'heure ?
— Non, pas encore. Je comptais en prendre ce soir.
Oui bah tant pis, ça sera maintenant.
Écume retira un peu de cire avec une de ses griffes et ouvrit délicatement le récipient qui fit un petit “pop” à l’ouverture. Elle renifla le contenu, l’odeur était âcre, et très désagréable.
Pouah ! J'espère que ça a meilleur goût que l’odeur.
Elle donna la fiole à Cendral, qui avala doucement une gorgée de la mixture. Au vu de la grimace qu'il fit, le remède semblait immonde.
— Merci Écume… mais je crois que je ne me ferai jamais à ces trucs.
Elle esquissa un faible sourire en reprenant le récipient, avant de le refermer avec précaution et de le remettre dans la sacoche.
Il va nous le payer…
Assise auprès de Cendral, Écume le regardait, luttant contre des émotions contradictoires. Elle ressentait tout à la fois de la colère, de la tristesse, de la peur, du dégoût… tout cela formait un mélange qui lui donnait déjà mal au cœur, mais l’odeur du sang amplifiait l’ensemble.
Au loin, elle entendit des battements d'ailes qui s'approchaient, elle tourna son museau vers le trou dans la cime. Quelques instants plus tard, Glacier traversa le feuillage et atterrit lourdement au sol, à bout de souffle.
Écume se redressa, et le regarda reprendre son souffle.
— Alors ? Tu as réussi à le rattraper ?
— Non… il… était trop… rapide…
Non ! C’était notre seul lien ! C’est pas possible !
Elle se mit à faire les cent pas, puis passant devant un arbre, elle le lacéra de ses griffes en poussant un cri de colère.
— Raaaaaaah !!
Glacier marcha jusqu'à Cendral et inspecta son pansement.
— Comment tu te sens ?
— J'ai mal. Mais je survivrai.
— Attends, je vais te refaire ton pansement. Celui-ci est abîmé et plein de sang.
Il s’affaira à retirer les différentes couches, méticuleusement, comme il l’avait déjà fait plusieurs fois. Mais son regard était étrange, il ne cessait de jeter des coups d’œil à Azur, toujours immobile, regardant la scène d’un air absent.
À quoi il peut bien penser ?
— Qu’est-ce qu’on fait maintenant ? demanda Cendral.
Grive s’approcha du dragon blessé, et assista Glacier pendant qu'il épongeait le filet de sang qui coulait doucement.
— Je ne sais pas… j’en sais rien… c’est… pourquoi… ? Pourquoi tout ça ? Cela fait des JOURS qu'on suit piste après piste. Et tout ça ne mène à rien hormis à des dragons qui semblent soit être dérangés, soit carrément monstrueux. Je ne sais plus quoi faire…
Glacier lui lança un regard impénétrable… il ouvrit la gueule pour parler, puis se ravisa, se concentrant sur le soin.
C’est quoi ce REGARD ? Hum ?
— Quoi ? demanda sèchement Écume.
Glacier ne répondit pas, les yeux toujours sur les dernières couches du pansement qu'il mettait en place.
— QUOI ? s’impatienta l’Aile de Mer.
Glacier ferma les yeux et soupira.
— Rien.
— Si, visiblement tu penses quelque chose. Alors vas-y, partage-le-nous !
— Et… et si… ils avaient raison…
Écume sursauta de surprise, et se figea, immobile, son cerveau essayant d’intégrer ce qu'il venait de dire.
Il a perdu la tête ou quoi !?
— Comment ça, avoir raison ? Tu penses qu’ils ont bien fait de faire cet attentat ? Que ces morts étaient JUSTIFIÉES ?
— NON ! Bien sûr que non ! Je dis juste que… enfin quoi. Tu as vu comme moi comment sont traités les hybrides. Et personne ne fait rien.
L’Aile de Mer avait mal à l'estomac, elle fixait Glacier comme si elle ne le reconnaissait plus.
— Et cela justifie les morts qu’ils ont causés ?
— Ces morts sont regrettables mais…
— REGRETTABLE ? Tu t'imagines que ce ne sont que des chiffres ou quoi ? Une perte acceptable ? C’est ÇA ce que tu penses ? C’ÉTAIT DES DRAGONS ! PAS DES VARIABLES.
Glacier replia ses ailes contre ses flancs. Cendral se leva difficilement en grognant de douleur, et clopina jusqu'à Écume. Il tenta de placer son aile sur elle, mais elle le repoussa, ses yeux furieux braqués sur Glacier.
— Je suis sûr que ce n’est pas ce qu'il pense. N’est-ce pas Glacier ?
Mais l’Aile de Glace resta silencieux. Ses muscles tremblants, il affrontait le regard de ses amis.
Pourquoi il dit ça ? Ça n’a pas de sens ! RIEN N’A DE SENS ICI.
— Glacier… fit Écume, d’une voix contenue.
— Parfois, il faut faire ce qu'il faut pour notre avenir, répondit Glacier, le menton levé.
Azur et Grive échangèrent un regard surpris… l’Aile du Ciel aux yeux bleus s’avança, les yeux grands ouverts de surprise.
— Cette phrase… On l’a déjà entendue… Venin nous la répétait souvent.
— Et alors ? C’est qu’une phrase non ? Qu’est-ce que ça peut bien faire ? s'emporta Glacier, faisant reculer l’Aile du Ciel.
Glacier se mit à faire des allers-retours, écrasant rageusement les plantes sur son passage.
— Vous ne pouvez pas comprendre, vous ne... vous ne savez pas ce que ça fait de…
— Et qu’est-ce qu’il y a à comprendre exactement ? Tu te rends compte de ce que tu dis ? dit Écume, la queue battante.
L’Aile de Glace s’arrêta, et lui jeta un regard mauvais.
— Bien plus que tu ne le pourras jamais ! Alors garde tes leçons de morale, tu veux ? On est dans le monde réel, là.
— Donc TU estimes que la fin justifie les moyens ! Peu importe qui paie les pots cassés.
— SI CELA PERMET AU PLUS GRAND NOMBRE DE VIVRE MIEUX ! LE MONDE A TOUJOURS ÉTÉ COMME ÇA. IL Y A TOUJOURS DES MORTS INJUSTES.
Écume s’approcha de lui pour lui faire face.
— Non ! Il est comme ça justement à cause de ce genre d'idées. Je… je n'arrive pas à comprendre… toi… penser ça…
— C’est que tu ne me connais pas, c'est tout, répliqua l’Aile de Glace sèchement.
Cendral s’approcha de Glacier, tremblant de tous ses membres…
— C’est toi, n’est-ce pas ?
— Moi, quoi ? demanda Glacier, agacé.
— Tu es leur chef.
QUOI ?! NON, IMPOSSIBLE ! NON… CE N’EST… ÇA NE PEUT PAS…
Le sang d’Écume se figea dans ses veines, sa tête commençait à tourner.
Cendral parlait d’une voix monocorde, dénuée d’énergie.
— Pfff. N'importe quoi. Arrête un peu de…
— Si, c'est forcément toi… tout rapporte à ça… depuis le début…
Glacier le fixa intensément, ses ailes agitées de soubresauts.
Pitié, démentis, Glacier… je t’en supplie.
— Toi, mieux que quiconque devrait comprendre… finit par répondre l’Aile de Glace.
Non… non… s’il te plaît… pas ça…
— Vous n’avez pas la moindre idée de ce qu'il se passe réellement avec les hybrides. Il fallait bien que quelqu'un fasse le sale boulot.
Tout en disant ces mots d’une voix plate, Glacier posa une griffe sur sa sacoche.
— Alors c’est toi… c’est TOI !
Soudainement, Cendral siffla et cracha un jet de flamme sur Glacier qui esquiva facilement. Cendral essaya de lui courir dessus mais sa blessure encore vive le plia en deux de douleur, laissant le temps à Glacier de s’envoler à tire-d’aile.
Écume était tétanisée, fixant l’endroit où se trouvait Glacier quelques instants plus tôt, son cœur sur le point d’exploser.
Ce n'est pas possible. Pourquoi ? Pourquoi …