D'Eau et de Feu

Chapitre 26 : Le sommet

3563 mots, Catégorie: M

Dernière mise à jour 08/08/2026 11:01

Chapitre 26


Écume avait la vue brouillée, tout son environnement tanguait légèrement et elle voyait double. Dans ses oreilles, un bourdonnement résonnait, prenant le pas sur les autres bruits, tout se mélangeait dans son esprit. Elle entendait seulement les battements frénétiques de son cœur. 


Ça ne peut pas être lui, il doit forcément y avoir une explication. 


Regarde les choses en face, il nous a tous trahis. 


Non ! Impossible… Pas lui… pas Glacier… pas après tout ça… 


Elle sentit quelqu'un qui avait posé une aile sur son dos, elle pivota légèrement la tête jusqu'à tomber sur les yeux orange de Grive. 


Même en voyant double, elle distingua que le dragon lui parlait grâce aux mouvements de sa gueule. Mais elle n’entendait pas, ne comprenait pas… 


Reprends-toi, Écume ! 


Se secouant la tête avec violence pour remettre son cerveau à l’endroit, elle se concentra de toutes ses forces. 


— Mmmmhmhhhmhm mhmhmh.


Elle prit une profonde inspiration et referma ses griffes dans le sol, pour agripper une motte de terre, se concentrant sur le contact frais de l’humus. 


— Écume ! Il faut que tu m’aides ! le supplia Grive. 


— Quoi ?... P-pourquoi ? 


Il fit un signe de tête qu’elle suivit du regard, et tomba sur Cendral, qui était hors de contrôle. 


Le grand dragon frappait, martelait, lacérait tout ce qui passait à sa portée dans une rage aveugle. Il se jeta sur un énorme rocher, qu’il entoura de ses puissantes pattes et souleva comme s’il n’était rien. Il le jeta de toutes ses forces vers la forêt, et le rocher brisa un tronc d’arbre sous la puissance de l’impact dans un craquement qui résonna dans l’air. 


Cendral s’écroula au sol, vaincu par la fatigue et la douleur avec un hurlement de rage. 


Il resta accroupi au sol, le museau vers le sol, sa respiration saccadée et forte éparpillait les feuilles mortes. 


— Pas encore… pas encore… murmurait Cendral, les yeux fermés. 


Il faut qu'on se reprenne… 


Elle s'approcha de lui, et posa ses griffes sur son épaule. Il sursauta au contact de ses écailles et releva la tête, une flamme dans les yeux. Quand il reconnut Écume, Cendral détourna le regard. 


— Il… il faut qu'on se ressaisisse. On ne doit pas rester bloqué comme ça. 


L’Aile du Ciel déglutit péniblement, il grimaçait de douleur à chaque respiration. 


— S'il te plaît… Cendral, j'ai besoin de toi. J'ai besoin que tu reviennes. On est une équipe, on a autant besoin l’un de l’autre. 


— Tu ne comprends pas… il nous a trahis… enc… encore une trahison… JE LUI FAISAIS CONFIANCE !!! 


— Oui, moi aussi. J’ai mal aussi. Mais il faut se servir de cette douleur. On doit le retrouver, on doit l’arrêter. 


Cendral tourna vers elle un regard désemparé. 

Il fit non de la tête, vigoureusement. 


— Impossible… je ne peux pas… pas encore… alors qu’enfin je… 


— Cendral. J'ai promis aux Reines qu’on trouverait les responsables et qu’ils répondront de leurs actes… je dois le retrouver, mais je n’y arriverai pas sans toi… 


Le grand dragon se prit la tête entre ses griffes, comme si sa tête devenait trop lourde pour lui. 


Pitié, Cendral, ne m’abandonne pas maintenant. Pas toi aussi… 



Après un long moment où aucun ne parla, Écume se tourna vers Grive et Azur qui observaient la scène en silence, mal à l’aise. 


— J-je ne… je crois que j’en suis… incapable, dit Cendral d’une voix éteinte. 


Grive s'approcha avec précaution de Cendral, et lui glissa à l’oreille, juste assez fort pour qu’Écume puisse le distinguer : 


— Tu peux être aussi courageux que le pense tes amis, il suffit de faire le premier pas. 


Cendral écarta assez ses griffes pour pouvoir regarder le jeune Aile du Ciel qui lui faisait un sourire timide. Il poussa un profond soupir, puis se redressa. 


Écume relâcha légèrement ses muscles. 


Ouf… 


— C’est bien beau tout ça… mais vous avez une idée d’où il a pu partir ? Rejoindre Saumure ? demanda Azur. 


C’est vrai ça ! On fait quoi maintenant ? Il peut aller n’importe où ! Faire n'importe quoi ! On n’a aucune piste ! 



Elle tourna la tête pour regarder Cendral, il avait l’air concentré. 


— Je… je crois que je sais où il est parti…


Comment c’est possible ? 


— Vraiment ? s’étonna la dragonne. 


— J’en sais rien… c’était il y a quelques jours, dans la bibliothèque de Possible-Ville. Il m’a parlé d’un truc. J’ai oublié… je n'y prêtais pas vraiment attention. Mais je me souviens qu’il avait récupéré un vieux parchemin. 


— Un parchemin ? Un parchemin de quoi ? Ça parlait de quoi ? 


— Je… je ne sais plus… un truc sur qui disait ”Gronde”… “Ciel”… je ne me rappelle plus du reste.


Grive fronça le museau, répétant ce qu'avait dit Cendral. 


— Le ciel qui gronde… et si… 


— Tu as une idée, Grive ? 


Le dragon s’assit, ramassa une brindille et joua avec. 


— Non, c'est probablement une mauvaise idée. 


Sous le regard insistant de la dragonne qu’il ne pouvait plus ignorer plus longtemps, Grive la regarda dans les yeux. 



— Je me disais… que peut-être, enfin j’en sais rien… que… cela faisait référence au Pic de Foudre ? Je veux dire… c’est cohérent avec ce qu'a dit Cendral. Mais ça peut aussi vouloir parler d’une simple tempête. 


Réfléchis, Écume, réfléchis !


Soudain, quelque chose dans son estomac lui fit des picotements… 


— Non, tu as sûrement raison. La tempête, c'est aléatoire. Glacier n'est pas du genre à s’en remettre à l'aléatoire… donc il est peut-être parti vers le Pic. En plus, on n’est pas loin. 


Enfin, est-ce que je peux me fier à ce que je pense de lui… après tous ses mensonges… est-ce qu'il y avait ne serait-ce qu'une chose vraie chez lui ? 


Pas le choix, de toute façon, au point où on en est… mais si au moins on savait ce qu'il mijote… 


Écume observa Grive et Azur. Tous deux avaient l’air aussi perdu qu’elle. 


— Grive… je te remercie pour ton aide. Mais tu devrais rentrer chez toi. Azur va t’accompagner. 


Le jeune Aile du Ciel sembla hésiter, puis hocha la tête, jetant un dernier regard vers Cendral et Écume.


— Bonne chance… 


Puis il suivit Azur, et tous deux disparurent à travers la végétation. 


Elle se tourna vers Cendral qui fixait le tronc d’arbre qu'il avait brisé, le museau fermé. 


— On n’est plus que tous les deux, comme au début… 


Cendral ne réagit pas, elle hésita puis se plaça face à lui. 


— Bon, on doit y aller. Il faut faire vite… on y va ? 


Elle décolla et resta en vol stationnaire juste au-dessus du sol, attendant son ami. 


Jetant un dernier regard vers l’arbre détruit, Cendral soupira, puis après plusieurs essais réussit à décoller. Tous deux battirent des ailes pour gagner de l’altitude, en direction du grand pic visible au loin. 


Même si elle n’était pas la plus grande du continent, la montagne vers laquelle ils se dirigeaient était haute, son sommet constamment entouré de nuages lui donnant un air de grand champignon. 


Après quelques minutes de vol, Écume crut entendre un grondement sourd, venant des nuages qui s'obscurcissaient à vue d'œil. 


Ça recommence, comme tous les soirs… il faut faire vite ou nous serons pris dans l'orage ! 


— Cendral ! Essaye de voler plus vite, si tu le peux. On doit arriver avant que l’orage n'éclate. 


L’Aile du Ciel peinait à suivre la cadence, ses grandes ailes battant avec force, mais de manière irrégulière. 


Il hocha la tête et serra les mâchoires, tentant d’accélérer le mouvement. 


Écume perçut le vent qui commençait à se lever. 

Selon ce dont elle se souvenait, cette montagne était réputée pour son climat changeant, et pour ses orages localisés qui frappaient son sommet tous les soirs. 


Pourquoi Glacier s’y rend ? Ça n’a aucun intérêt ! C'est quoi ? Il est fan d’orages ? Il n’a rien de mieux à faire hormis trahir ses amis ?! 


Alors qu’ils s’approchaient du sommet de la montagne, la peur commença à cisailler le ventre d’Écume. 


Comment on va faire ? Qu’est-ce qu'on doit faire ? Ça m’étonnerait qu'il nous suive gentiment jusqu'aux Reines, il est convaincu de son idée… et on ne va quand même pas… enfin… c’est Glacier quoi… 


Les nuages entourant le sommet formaient un mur gris foncé qui angoissait Écume. À l’approche de ces derniers, elle sentit que l’air devenait plus lourd, comme une eau chaude et mouvementée. 


Elle s'arrêta dans les airs juste avant la barrière naturelle et attendit Cendral. Quelques instants plus tard, il la rejoignit, et ils restèrent là, à se regarder mutuellement dans les yeux. 


Bon… quand faut y aller, faut y aller. 


Prenant une grande inspiration, elle piqua vers les nuages denses, suivie par Cendral. 


À l’intérieur de ces derniers, il faisait frais, humide. Elle tenta d'avancer droit devant elle à travers ce rideau opaque. Cendral avait disparu, elle n’arrivait pas à le voir ni l’entendre, mais elle continua. Une sorte de courant d’air chaud la bouscula et, sorti de nulle part, le flanc de la montagne apparut devant elle. Elle manqua de peu de s’écraser dessus. 


C’est VRAIMENT pas le moment de t’assommer toute seule, Écume ! 

 

Tout en battant plus fort des ailes pour continuer de monter, elle laissa une de ses griffes glisser le long de la paroi rocheuse pour garder un point de repère.


À travers l’épais nuage, elle commença à percevoir une lumière douce, à peine visible et se dirigea instinctivement vers elle. 


Quand elle traversa le nuage, une lumière éblouissante l’aveugla quelques instants. Une fois sa vue retrouvée, elle observa ce qui l'entourait. 


La montagne continuait à sa droite, semblant transpercer les nuages comme une lance, au loin, elle aperçut le sommet escarpé. 


Tout autour d’elle, les nuages commençaient à prendre de la hauteur, par fragment. 


Où est Cendral ? Ho non ! Pourvu qu'il ne soit pas retombé ! Ou alors qu'il soit toujours perdu dans le nuage ! Ou… et s’il avait percuté la montagne ?


Elle commença à paniquer, les yeux allant dans toutes les directions pour espérer voir une trace de son ami. Quelques battements de cœur plus tard, elle l'aperçut qui traversait la couche nuageuse. 


Ouf… heureusement, il n’a rien.


Bien sûr qu'il n’a rien, arrête de te monter en pression à chaque fois. 


Facile à dire… 


Sans un mot, Cendral s'approcha d'elle, une lueur étrange dans les yeux. Elle se tourna et tous deux avancèrent vers le sommet. 






Écume prit un peu plus d’altitude dans l'espoir de voir plus large. Le sommet était irrégulier, mais assez grand pour qu’au moins 10 dragons s’y installent sans problème. Il faisait très frais, mais le sommet n'était pas assez élevé pour que de la neige se forme. À quelques longueurs de queue en dessous, une corniche de roche occupait une partie du flanc de la montagne. 


Un rayon de soleil se reflétant sur des écailles blanches attira son attention sur le sommet de la montagne. 


Glacier… 


Sans attendre davantage, les deux dragons piquèrent vers le sommet. À quelque distance, elle distingua enfin Glacier, qui observait les nuages montant le long des flancs escarpés, de plus en plus menaçants, en leur tournant le dos. 



Écume atterrit derrière lui, ce qui fit sursauter l’Aile de Glace qui se tourna vivement vers elle, l’air étonné. 


Cendral atterrit à son tour mais dut se faire mal car il trébucha en avant, se rattrapant de justesse avec sa patte intacte. Il se redressa de toute sa taille et de la fumée noire sortait de ses naseaux. 



Leur ancien compagnon leur faisait face, la tête haute, sa queue balayant des pierres sur le sol qui roulèrent jusqu'au bord avant de disparaître. 


— Comment vous m’avez trouvé ? demanda Glacier, d'une voix calme. 


— Qu’est-ce que cela change ? cracha Cendral, tremblant de rage. 


Écume remarqua que Glacier tenait quelque chose dans sa patte, mais sans savoir exactement ce que c’était. 


— Glacier… si ne serait-ce qu'une seule fois, tu nous as réellement appréciés, suis-nous sans faire d'histoire. 


Le dragon ne répondit pas, la fixant de ses yeux peinés. 


— Bien sûr que c’était vrai ! Oui, je vous ai menti sur certaines choses, mais j'ai réellement de l’affection pour vous deux ! On est amis ! 


— AMIS ?! hurla Cendral.


L’Aile du Ciel fit un pas en avant, puis s'arrêta avec un grognement de douleur. 


— Comment oses-tu dire qu'on est amis après ça ! Après qu'on ait découvert tout ça ! continua le dragon rouge. On ne peut être ami avec un meurtrier ! 


Glacier recula, comme si Cendral l’avait frappé.


— Ce n'est pas si simple… 


Par les trois lunes ! Il espère nous faire avaler quoi encore ! 


— Pas si simple ? Si, au contraire, ça l’est. Tu as massacré des innocents, rien de complexe là-dedans, répondit la dragonne. 


L’Aile de Glace détourna le regard quelques instants, serrant l’étrange objet fermement. Écume sentait que l’atmosphère devenait de plus en plus lourde, chargée, comme si leur conflit alimentait la météo. 


— Je n’avais pas le choix. 


— Arrête ! Ne te cache pas derrière la cause des hybrides ! s’emporta Écume. 


Glacier se tourna vivement vers elle, la faisant sursauter. 


— C’est pourtant la vérité ! Je n'ai pris aucun plaisir à faire ça ! Mais il fallait bien que quelques dragons finissent par réveiller ce monde aveugle ! Tu n’as aucune idée de ce que vivent réellement les hybrides ! 


— La douleur des uns ne doit JAMAIS justifier la violence contre d’autres ! C’est un cercle sans fin, Glacier ! Vous tuez, d'autres tueront pour les venger, et ainsi de suite ! 


— Sans parler de votre hypocrisie ! gronda Cendral à son tour. 


— On a essayé la voie pacifique ! Mais RIEN n'a été fait ! Ni les Reines, ni les Serres de la Paix, personne n’a bougé la moindre griffe ! Il fallait les défendre d’une manière plus directe ! 


Cendral cracha un nuage de fumée par ses naseaux, ses griffes se crispaient sur la pierre. Un grondement résonna dans l’air, intimidant. 


— Si tu défends cette idée… tu ne vaux pas mieux que ceux que tu combats… d'ailleurs, tu n'es même pas un hybride, donc tu te permets de massacrer des dragons en leur nom, lui répondit Écume, l’air dégoûté. 


— ILS ONT MASSACRÉ MA FAMILLE !! hurla l’Aile de Glace, tout en les regardant, ses yeux brûlants de rage. Vous n’avez aucune idée de tout ce qu'il se passe ! 


Quoi ?! 


Les ailes de Cendral s’affaissèrent légèrement, Glacier baissa les yeux et fixa le sol, tremblant.


— Ils les ont… tués… sans aucune autre raison que le simple fait qu'ils étaient hybrides. Je n'ai… rien pu faire… 


Ho Glacier… pourquoi ne nous avoir rien dit… 


Son museau se durcit, il releva la tête et se redressa de toute sa taille. 


— Mais je pouvais faire quelque chose pour tous les autres. Je le devais. Le monde doit changer, peu importe par quel moyen, pour que plus jamais, aucun dragon ne subisse ce que j'ai subi. 


Écume était tiraillée, elle était furieuse, furieuse contre Glacier, furieuse contre elle-même, furieuse contre ceux qui avaient tué sa famille. Elle replia ses ailes contre ses flancs. 


— Ce que tu n’as pas réalisé, c’est qu’au final, tu as fait la même chose. 


Le dragon semblait interloqué. 


— Comment ça ? 


— Est-ce que tu as pensé aux familles de tous ces dragons ? À comment tu venais de toutes les détruire ? Au dragonnet hybride ? Non… tu t’es laissé aveugler par ta colère, Glacier. 


L’Aile de Glace resta figé, ses ailes tressaillirent, il détourna le regard. Écume chancela face à une bourrasque de vent violent, se redressant comme elle put. 


— Et tout ça pourquoi ? Les hybrides ne sont pas sauvés, cela a même peut-être empiré, continua la dragonne. 


Glacier leva la patte qui tenait l'objet bizarre et le fixa avec intensité. Il ouvrit sa paume, laissant apparaître une sorte de boucle en métal épais, enroulée sur elle avec deux extrémités qui dépassaient de chaque côté. 


C’est quoi ce truc ? 


— Pour ça, j'ai trouvé la solution… 



Cendral réagit aussitôt, s'approchant de quelques pas. 


— C’est… ce truc… c’est le dessin du parchemin…


Le dragon blanc acquiesça sans lâcher l’objet des yeux. 


— Oui, je l’ai trouvé dans le palais du Royaume du Ciel… 


Qu’est-ce que c’est ? 


— Glacier… c'est quoi ce truc ? demanda Écume avec appréhension. 


Glacier la regarda avec un petit sourire en coin. 


— Ça, c'est ce qui va tout changer ! Je vais pouvoir transformer ce monde, le rendre plus juste, pour tout le monde. 


Il se rapprocha un peu de ses deux anciens amis, l’air décidé. 


— Il est animusé, j’en suis sûr, le parchemin était explicite. Aidez-moi, s'il vous plaît. Je veux faire ça avec vous, qu'on puisse tout réparer, redevenir comme avant ! Vous verrez que j'avais raison quand le monde sera guéri ! 



Et s’il avait raison ? Et si… c'était le moyen pour qu'on puisse tous vivre ensemble, en paix ? 


Jamais tu ne dois faire confiance à Glacier, c'est un meurtrier. Il est fou de croire que ce truc va marcher. 


Mais… et s’il ne l’était pas… 


Écume resta hésitante, incapable de savoir quoi faire ni quoi répondre. Elle se tourna vers Cendral qui avait le front plissé, visiblement en proie au même tiraillement. Après quelques battements de cœur, Cendral releva la tête vers Glacier et le fixa avec froideur. 


— Non ! répondit l'Aile du Ciel d’une voix ferme. Tu es fou de croire que cet objet puisse marcher, c’est juste un vieil artefact d’un autre temps, apparu dans un parchemin en partie illisible ! Il n’est pas animusé. Et surtout, il ne te dédouanera JAMAIS de tes actes, peu importe ce qu'il promet. 


Les ailes de Glacier s’affaissèrent, il semblait comme sonné. Levant sa patte pour fixer l’objet, il le serra de toutes ses forces.


— Non. Il va marcher. Il DOIT marcher. J’espérais que nous pourrions faire équipe… dit l'Aile de Glace en glissant son regard jusqu'à Écume.


Un frisson parcourut les muscles d’Écume, amplifié par l’air chargé en électricité. 


Cendral a raison… c'est impossible.


L’Aile du Ciel tendit sa patte ouverte, paume vers le haut, quand un tonnerre résonna dans le ciel qui était devenu gris sombre, tournoyant rapidement autour de la montagne. 


— C’est fini, Glacier. Même si, par je ne sais quel miracle, cet objet est réellement animusé… cette magie est trop puissante. Elle a toujours un coût effroyable... Donne-le-moi, et suis-nous… assume tes choix… et paie les conséquences. C'est la seule chose à faire. 


Le cœur d’Écume ralentit, suspendu à la décision de Glacier, observant chacun de ses mouvements. 


— S’il te plaît, Glacier, arrête cette folie ! le supplia Écume. 


Pourvu qu'il écoute… pourvu qu’il nous suive. Par les trois lunes ! 


Glacier hésita, ses yeux allant et venant entre Écume, Cendral et l’artefact. Il ramena l’objet vers lui, le posant contre sa poitrine. Après un soupir, il se redressa face à Cendral, un autre éclair illuminant son museau résolu. 


— Alors je le ferai, seul. 


Non ! 


Écume se jeta sur Glacier, toutes griffes dehors pour lui arracher l’objet des griffes. 






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