Annexes : D'Eau et de Feu

Chapitre 9 : Ardente : Partie 1

Par kalargo

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Ardente : Partie 1


Une brise fraîche se glissa dans les fentes du casque d’Ardente. Le soleil frappait fort sur leurs armures, les cuisant à petit feu cet après-midi. 


Elle se tenait droite et immobile, les ailes redressées en arrière et sa lance profondément plantée dans le sol, lui servant d’appui. Ses yeux suivaient les mouvements des dragons qui passaient devant elle. 


Glong


Elle tourna légèrement la tête vers sa droite pour voir d’où venait le bruit. Azur, qui était en poste de l’autre côté de l’accès qu’ils gardaient, venait de faire tomber son casque dans un bruit sonore. 


Il était immobile, la tête basse et les yeux fermés. 


Azur, espèce d’idiot ! C’est bien le moment de t’endormir comme ça ! 



Le dragon ne bougea pas d’un millimètre. 



Soudainement, un grand dragon rouge passa l’arche de terre blanche et se tourna vers Azur. Ardente se redressa instantanément, surveillant la scène du coin de l’œil. 



Il fit un croche-patte au garde qui s’était relevé en sursautant. Il s’étala de tout son long dans le sable dans un brouhaha de métal puis leva la tête vers le dragon furieux qui lui hurla dans les oreilles. 



Azur se releva tant bien que mal, ramassant son casque et sa lance puis se remit en position, droit comme un tronc d’arbre, ses yeux braqués devant lui sans bouger. 


Le grand dragon se tourna si vivement vers Ardente qu’elle sursauta avant de reprendre le contrôle et de s’immobiliser. Il la fixa, son museau si proche de sa tête qu’elle sentait son souffle chaud. Il cracha un nuage de fumée noire par ses naseaux avant de retourner d’où il venait sans ajouter un mot. 



Après un long moment, une fois qu’elle était sûre que leur commandant était parti, elle ficha un coup de lance sur le casque d’Azur. 





Elle ne dit plus rien, restant concentrée sur les dragons qui allaient et venaient pendant que la nuit tombait doucement sur Possible-Ville, rafraîchissant l’atmosphère. 



Après un long moment, deux autres soldats vinrent les relever de leurs postes pour qu’ils aillent se reposer. Azur suivit Ardente jusqu’à leurs baraquements en traînant des pattes. 


Ardente s’assit près d’un feu de camp et sortit de sa sacoche de la viande séchée et une gourde d’eau en peau. 


Elle prit quelques bouchées et les mâcha longuement en observant Azur s’affaler au sol en soulevant un nuage de sable. Il se mit sur le dos, son museau braqué vers le ciel et les étoiles qui commençaient à apparaître. 



Ardente leva la tête à son tour, et fixa une petite étoile brillante. 


Si… tous les jours… 



Il poussa un profond soupir et se tourna vers elle. 




Elle lui lança un morceau de viande au museau qu’il ramassa et grignota en souriant. 



Ardente fronça le museau et but une grande gorgée d’eau claire. 



Le dragon gloussa et lui jeta une poignée de sable. 



Elle s’allongea et posa sa tête sur ses pattes avant. 


Si seulement j’avais le choix… 


Quelques instants plus tard, elle dormait. 






À l’aube, elle ouvrit les yeux et se leva en s’étirant. Tout autour d’elle, des Ailes du Ciel se préparaient et partaient en patrouille ou à leurs postes. Elle fit quelques pas et donna un coup de queue à Azur qui ronflait, roulé en boule. 



Le dragon étira chaque membre en poussant des grognements et s’assit, les yeux encore embrumés. 


Alors qu’Ardente attachait la dernière sangle de son armure et mettait son casque, elle remarqua qu’Azur n’avait pas bougé. 


C’est pas possible, il est pire qu’un gosse ! 


Elle prit l’armure d’Azur et lui lança. Il la reçut en plein torse et tomba à la renverse, le souffle coupé. 



Il commença à mettre son armure mais avait du mal à attacher les sangles. 


Bon, il faut que je l’aide, car là, on est encore ici demain. 


Elle posa sa lance et s’approcha du dragon avant d’entreprendre d’attacher les sangles de sa cuirasse. 




Il se tourna vers elle et lui donna un petit coup d’aile affectueux. 



Ardente le fixa dans les yeux et lui sourit à son tour. 


Oui… heureusement qu’on est là l’un pour l’autre…



Elle se tourna, ramassa sa lance et celle d’Azur puis la lui lança, avant de marcher d’un pas décidé vers l’entrée du camp.


Une file de soldats attendait son tour devant le commandant qui, deux par deux, leur donnait leur affectation de la journée. 


Quand Ardente et Azur s’avancèrent, il releva le museau et regarda Azur d’un œil noir. Il émit un grognement et regarda son parchemin.



Enfin une bonne nouvelle ! J’adore le marché ! 



Tous deux passèrent l’arche de pierre qui marquait l’entrée du camp et continuèrent en direction du marché. 






Après quelques ruelles sombres, ils arrivèrent à la place centrale où nombre de commerçants commençaient à déployer leurs étalages. 


Tout en restant droite pendant leur patrouille, les yeux d’Ardente se promenaient sur les étals et leurs objets, admirant l’artisanat, les fruits et légumes aux couleurs étonnantes et aux odeurs alléchantes. 



Les deux gardes faisaient des rondes régulièrement et, parfois, s’arrêtaient pour rester immobiles et observer l’activité environnante. 


Le soleil était à son zénith quand tous les deux se trouvaient au milieu de l’allée centrale. Tout à coup, Azur s’éloigna et Ardente le perdit dans la foule. 


Mais où est-ce qu’il va encore ? 


Elle s’arrêta et resta au milieu du chemin, immobile et mal à l’aise. 


Après un temps interminable, Azur réapparut en tenant dans ses pattes deux trucs étranges à l’odeur agréable. 



Le dragon lui tendit l’une des choses qu’il tenait. C’était un bol avec plusieurs petits fruits aux couleurs variées. 



Elle lui jeta un regard furieux.



Il balaya ses inquiétudes d’un air nonchalant par-dessus son épaule. 



Azur, espèce d’idiot. 


Après un soupir agacé, elle prit le bol. 




Elle ne put s’empêcher de sourire discrètement, et goba un petit fruit. 


Mince, ils sont incroyables. 


Il était très sucré et juteux, sa chair fondait sur sa langue. Elle savoura le fruit puis recommença à marcher en grignotant les petits fruits, suivie d’Azur qui en faisait autant. 



Après avoir fini, elle alla rendre les bols au marchand et tous deux reprirent leurs rondes. 


Le reste de l’après-midi s’écoula doucement, la masse de dragons se réduisait au fur et à mesure que le soleil laissait place à la nuit. 








Alors que la nuit finissait de tomber, le soleil continuant d’éclairer faiblement, les marchands commençaient à ranger leur marchandise sous l’éclairage des nombreuses torches allumées il y a peu. 


Azur et Ardente s’étaient positionnés à une des entrées quand l’œil d’Ardente fut attiré par du mouvement. 



À quelques étals de distance, une forme furtive aux couleurs étranges se mouvait discrètement entre les stands et semblait chercher quelque chose. Ardente se concentra sur l’inconnu, surveillant ses moindres mouvements. 



Elle donna un coup de coude à Azur et désigna du menton sa cible. 



Il fallut quelques instants à Azur pour repérer le dragon. 



La silhouette se pencha sous un stand et ramassa une sacoche. Elle regarda à l’intérieur puis, après un rapide coup d’œil aux alentours, détala à toutes pattes jusqu’aux allées adjacentes au marché. 





Elle pivota et se précipita entre deux stands, renversant trois caisses en bois par la même occasion, afin d’entrer dans une des ruelles sombres de la ville. Après quelques longueurs de queue, elle s’arrêta à un embranchement, cherchant le voleur. 


Un bruit de pas précipités lui parvint par le passage à droite. Elle reprit sa course dans cette direction et aperçut un bout de queue de dragon disparaître à l’angle un peu plus loin. Elle se dirigea vers l’endroit, mais ralentit le pas pour ne pas se faire repérer. Alors qu’elle passait la tête à l’angle, elle aperçut le dragon pénétrer dans une petite impasse discrète entre deux grandes bâtisses de pierre. 


Cette fois, je vais t’avoir !


Avançant d’un pas précautionneux, elle réussit à rejoindre l’entrée de l’impasse et jeta un regard à l’intérieur. De dos, dans l’ombre, la silhouette semblait s’être accroupie pour fouiller dans la sacoche volée. 


Qu’est-ce qu’il peut bien faire ? 


Le plus silencieusement possible, Ardente se glissa derrière elle, avisant la sangle de la sacoche qui traînait au sol. Une fois à portée, d’un geste vif, elle tira de toutes ses forces sur la sacoche qui glissa des mains du voleur. 



Le voleur se tourna vivement vers elle, les yeux remplis de terreur et de colère. C’était une jeune dragonne qui devait avoir cinq ans. Elle avait le museau d’une Aile de Sable, mais était de couleur rouge pâle, presque délavée, et elle n’avait pas d’aiguillon au bout de sa queue. Une grande brûlure cicatrisée allait de sa tête jusqu’au haut de sa patte avant gauche. 


Une hybride !? 


Les yeux de la dragonne allaient et venaient entre Ardente et le sac. 






La dragonne semblait prise de panique et ses yeux cherchaient une sortie, mais Ardente se tenait entre elle et la liberté. Après quelques secondes d’hésitation, la voleuse se jeta sur Ardente pour lui reprendre le sac. 


L’Aile du Ciel esquiva facilement l’attaque, et plaqua avec force la dragonne contre le mur. 



Qu’est-ce qu’il peut bien y avoir de si précieux là-dedans ? 


Ardente ouvrit la sacoche d’un mouvement sec de sa main libre et regarda le contenu. Il y avait deux fruits, dont un entamé, et trois morceaux de viande séchée semblant dater d’un moment. 



La dragonne tenta une nouvelle fois de se dégager, sans succès. 



Ardente se figea, réfléchissant à ce qu’elle venait de dire. Elle la repoussa dans l’allée et la dragonne s’écroula dans le sable. 




L’hybride resta au sol, la tête basse, respirant rapidement. 




La voleuse releva ses yeux furieux vers Ardente, et la fixa comme si Ardente était démente. 




Ardente recula d’un pas. 


Alors c’est comme ça qu’ils sont traités ?… 




La dragonne se releva, ses yeux terrifiés braqués vers l’angle de la rue d’où semblait venir la voix d’Azur. 


Je peux pas… je peux pas… 


Sans dire un mot, Ardente s’écarta légèrement, laissant un passage pour sortir, sa queue balayant le sable et sa respiration rapide. La dragonne fixa Ardente, qui détourna le regard, d’un air surpris, puis, après une hésitation, s’avança prudemment. Arrivée à sa hauteur, l’Aile du Ciel lui tendit la sacoche. 



Sans dire un mot, la jeune dragonne prit le fardeau et courut à toute vitesse dans la direction opposée pendant qu’Ardente la regardait disparaître au loin. 


Au même moment, Azur s’approcha d’elle à toute vitesse, à bout de souffle. Entre deux bouffées d’air, il réussit à articuler : 





Ardente ne répondit pas et se tourna vers son ami quand des bruits de cavalcade résonnèrent derrière eux. Le commandant et deux soldats s’approchaient d’eux rapidement. 





Ce dernier jeta des éclairs de rage sur son subordonné. 



Les deux gardes plaquèrent Azur au sol en le tenant fermement par les épaules. 





Azur fit non de la tête à Ardente pour lui signifier de se taire. Il se releva et marcha en suivant leur commandant, escorté par les deux soldats. Ardente ferma la marche et jeta un dernier regard vers là où avait disparu la dragonne. 


Qu’est-ce que j’ai fait ! 





Ils entrèrent dans le camp et, sans lui adresser un regard, le commandant guida ses soldats et Azur jusqu’au bâtiment qui abritait les dirigeants de l’armée. Mais les deux soldats en faction devant la porte lui barrèrent le passage quand elle essaya de les suivre à l’intérieur. 


Avec un grondement rageur, elle se mit à faire les cent pas devant la porte, ses ailes prises de frissons. 


Qu’est-ce qui m’a pris ? J’aurais dû l’arrêter, c’est mon devoir. 


Qu’est-ce qu’ils vont faire à Azur ? Ils ne vont quand même pas le tuer ?? 


Elle tourna la tête vers la porte en bois et cracha un nuage de fumée noire par ses naseaux. 


J’espère qu’il va bien… 



Ardente s’assit sur le sable, ses yeux toujours fixés sur la porte comme si elle essayait de voir à travers. La nuit finissait de tomber, seuls les feux de camp et quelques torches éclairaient le camp où les soldats se reposaient de leur quart. 


Après une éternité, les battants s’ouvrirent enfin et Azur sortit du bâtiment. Il boitait d’une de ses pattes arrière, et avait plusieurs contusions au visage. Ardente accourut pour se placer contre lui et le soutenir. 






Tous deux marchèrent jusqu’à leur tente, et Azur s’allongea doucement sur le sable, puis poussa un soupir. 



Ardente le fixait, la mine sombre. Il le remarqua et gloussa. 





La dragonne détourna le regard. 







À se demander pourquoi…




Azur s’allongea en grondant, et posa sa tête sur ses pattes avant. Après un petit soupir, il ferma les yeux. 















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