Le Bus filait dans un ciel bleu. À l'intérieur, May pilotait, Clint nettoyait ses flèches, Rhodes faisait une sieste, Ward regardait l'étendue des cieux et Tony se disputait avec Hank.
— Tu ne comprends pas, Tony, une fois réduits, il nous faudrait plusieurs jours pour aller de chez toi à chez ton voisin, par exemple, donc même si j'y arrivais, imagine le temps qu'il faudrait pour aller dans l'ESPACE ! vociférait Hank.
— Tu as toujours dit que le Royaume Quantique avait des règles spéciales en termes de temps. Alors, si on arrivait sur l'Héliporteur avant qu'il décolle…
— Non ! Non, non, non et non ! On ne va pas jouer avec le temps, Tony. Il en est hors de question. Tu n'as toujours pas compris le fonctionnement du temps ! On va créer une autre réalité et laisser celle-ci se faire détruire ! Ça n'a aucun sens !
— Il doit bien y avoir un moyen de contourner ce problème.
— Écoute. Tu as toujours été un expert en sciences technologiques. Mais la physique quantique, c'est mon rayon, laisse-moi faire. Je te dis que c'est impossible. Pourquoi tu ne reproduis pas la technologie qui leur permet d'aller dans l'espace ?
— Parce que je n'ai pas le matériel. Hank, je suis persuadé que notre solution se trouve dans le Royaume Quantique.
— Désolé, Tony. Je ne peux rien faire sans quelque chose qui…
Hank sembla avoir une épiphanie.
— Tu as toujours les rétropropulseurs que tu avais conçus pour l'Héliporteur ?
— Eh bien, je ne les ai pas sur moi, ils sont conservés à Stark Industries…
— Ça tombe bien, tu t'appelles Tony Stark.
Une lueur renaquit dans les yeux de Tony.
— T'as raison. On y va !
Tony se leva, guilleret, et alla vers le cockpit tandis que Hank commençait à gribouiller des schémas sur une serviette en papier.
— Je te préviens, ne nous encombre pas de ta pollution sonore, j'ai besoin de réfléchir ! sermonna Hank.
— Tu n'as toujours rien compris, Hank. Le rock'n'roll n'est pas de la pollution sonore, dit Tony en mettant du Black Sabbath à fond dans le Bus.
Ward était perdu, ne comprenait rien à tout ce qu'il venait d'entendre, mais il était content qu'une solution soit apparue. Il alla s'asseoir à côté de Rhodes.
— Colonel.
— Je me demandais quand est-ce que vous alliez me remettre.
— C'est étrange de vous voir ici après Moscou.
— À qui le dites-vous.
Rhodes se redressa.
— C'est étrange de vous voir faire copain-copain avec le type qui a fait sauter le Capitole.
— Anton n'est pas responsable de l'attentat.
— Ah. Mettez-vous d'accord avec la version officielle !
— Anton était à Washington pour récupérer la capsule. Il devait s'emparer de Natasha. L'attentat a été un contretemps.
— La capsule… Tony m'a parlé de ce truc. Qu'est-ce qu'elle contient ?
— Le pouvoir de faire beaucoup de mal à beaucoup de monde. Le SHIELD nous avait chargés de la retrouver, il y a quelques années. Mais à l'époque, Fury ne savait pas encore ce que ça allait impliquer.
— Et donc ? C'est à cause de ça que vous avez fini prisonniers dans des transports américains ?
— On n'a jamais su qui étaient nos ravisseurs.
— Facile : sur ordre de qui Vankakrov venait-il chercher la capsule à Washington ?
— Sur ceux de Fury.
Rhodes s'avachit dans le fauteuil. Le colonel avait l'air de comprendre la complexité de l'histoire.
— Alors, Vankakrov travaille pour Fury, qui veut la capsule, il vient la chercher et, au même moment, un attentat a lieu au Capitole ?
— Natasha m'a parlé d'une enquête interne au sein du FBI. Suspicion de corruption.
— Vous êtes en train de me dire que le FBI aurait commandité l'attentat ?
— Je ne sais pas encore ce que je suis en train de dire. Mais les seuls au courant de la présence de Vankakrov étaient Natasha, moi et nos supérieurs.
— D'accord, et vous vous rendez compte, monsieur l'analyste, que tout ça, c'est du n'importe quoi complet ? Le type qui bosse pour Fury a explicitement entendu que votre mission était de rattraper Fury…
— Non, il travaillait pour Fury jusqu'à ce qu'il apprenne que j'étais dans le camp d'en face. Je le traquais à Washington, Stark m'a d'abord empêché de l'atteindre, mais Anton a tout vu de notre altercation. Il a compris qu'il devait suivre mon plan à partir de là.
— Votre plan. Comment Romanoff est-elle entrée en possession de cette capsule ? On l'a rencontrée le même jour que vous et elle n'en a jamais parlé.
Ward baissa la tête.
— Depuis quand connaissez-vous Stark ? contourna-t-il.
— J'étais agent de liaison entre l'armée et Stark Industries. Il m'a fabriqué une armure, j'étais un renfort pour les Avengers. Je me suis rangé du côté de Tony quand la guerre civile a éclaté, mais j'ai signé un accord quand Rogers a gagné. Je pensais qu'ils me laisseraient être War Machine de temps en temps. Tu parles. Alors, je suis parti à Madripoor et j'y ai retrouvé Tony.
— Il a dit pourquoi il venait à Washington ?
— Vous posez beaucoup de questions pour quelqu'un qui veut pas répondre.
Ward sourit.
— C'est l'ambiance générale à bord, je crois.
— Ouais. Mais il va falloir qu'on communique si on veut pas se faire bouffer par Fury et ses hommes. Ils seront organisés, eux.
Ward savait que Rhodes avait raison, son esprit militaire ne l'avait pas quitté. Mais il ne faisait confiance à aucun des membres de cette équipe, tellement chacun semblait poursuivre un objectif différent. Ils n'avaient en commun que leur destination, comme les passagers de n'importe quel transport en commun. Ward les regarda les uns après les autres. Rhodes, qui tenta de se replonger dans sa sieste. Clint, qui regardait ses flèches d'un air assassin. Hank, qui dessinait. Et plus loin, dans le cockpit, Tony était assis en gigotant au rythme de la musique, à côté de May, qui demeurait inexpressive. Ward manquait encore de certaines données pour avoir la maîtrise complète de l'opération. Rhodes se méfiait trop de lui pour lui en donner. Pas la peine d'essayer d'interroger May ou Clint. Sa seule option valable était Hank Pym. Ward décida d'attendre que ce dernier termine d'écrire sur sa serviette.
***
Quand le Bus arriva à New York, Tony regarda le bâtiment de son entreprise avec envie. Il voulait revoir ses collègues, mais il savait que ce ne serait pas prudent. Hank était en train d'enfiler son costume d'Ant-Man, prêt à aller s'infiltrer dans le complexe.
— N'oublie pas, ne blesse personne, répéta Tony pour la dixième fois environ.
Il savait que Hank pouvait s'emporter parfois.
— Je récupère les propulseurs et je file. Monsieur Barton ?
— Je suis prêt, t'inquiète pas, la fourmi.
Lorsque Hank rétrécit à la taille d'un insecte et monta sur une flèche de Clint, Tony sentit un frisson de nostalgie le parcourir. Il avait l'impression d'être à l'étranger, en mission avec les Avengers. May ouvrit la rampe, Clint alla au bord et tira, envoyant Ant-Man dans l'immeuble. Tony resta à fixer son ancien lieu de travail.
— Je peux peut-être passer dire bonjour ? suggéra-t-il.
— C'est vraiment une très mauvaise idée, contesta Rhodes, qui s'empressa de refermer la rampe.
Puis il s'approcha de Tony.
— Le gamin, là. Il est bizarre, Tony.
— Je sais.
— Il dit qu'il a un plan, il a l'air de se prendre pour un héros, il va nous foutre dans la merde…
— Je sais, et toi, tu sais à quel point il est important. T'as pu apprendre des trucs ?
— Que Fury a envoyé Vankakrov, mais ne lui a pas commandé l'attentat du Capitole. On avance dans le noir, là, Tony, on ne sait pas ce que Hank et Clint ont vécu à Madripoor, et je n'ai pas confiance en Ward. Il n'y a que May dont je ne me méfie pas ici, et c'est dire à quel point cette situation est bordélique…
— Contrairement à ma réputation, je sais exactement ce que je fais. Détends-toi, profite du voyage et on repartira tous la bouche en cœur.
On entendit les alarmes se déclencher dans le bâtiment.
— Merde. Je crois que je dois y aller, s'inquiéta Tony.
— Le FBI a sûrement déjà été alerté, vous êtes un fugitif national, monsieur Stark, rappela Ward.
— Pourquoi vous êtes tous si fans de ces mots ?
— Pym va se faire arrêter, dit Rhodes, sûrement pour ramener tout le monde à la réalité.
— On n'a pas vraiment de solution à apporter, on est tous des fugitifs ! dit Ward, acculé.
Tony ne comprenait pas pourquoi cette situation générait autant de stress. Des alarmes, il en avait entendu des centaines de fois, surtout celles de sa propre entreprise.
May arriva de la cabine de pilotage. Clint courut la remplacer.
— Je suis une spécialiste de l'infiltration, c'est mon rayon, dit-elle avant de saisir un parachute et de sauter vers le complexe.
Ward resta sans bouger, la bouche ouverte.
— Vous êtes tous malades, dit-il.
— Elle a fait le bon choix. On doit se serrer les coudes, dit Tony.
— Se serrer les coudes ? Je ne vous vois pas en bas, Stark, répondit Ward, visiblement tendu.
— Je te signale que si je me fais prendre, on dit adieu au Porteur, à la capsule et à ton crush.
— Donc, c'est moins grave de perdre un soldat que le général ?
— Bien sûr que oui, Ward, grandis un peu ! s'exclama Rhodes.
Tony entendit Clint crier de surprise. Hank émergea de la cabine de pilotage.
— Qu'est-ce que c'est que ce foutoir ? demanda Rhodes.
— Ils n'ont plus les propulseurs. J'ai dû improviser, et j'ai trouvé quelque chose de bien plus intéressant. Je parie que personne n'avait la moindre idée de ce que c'était !
Hank montra à tout le monde une petite mallette grise. L'expression de Tony changea drastiquement : cet objet allait les aider de manière considérable.
— Qu'est-ce que c'est ? demanda Ward, mais Tony savait qu'il parlait au nom de tous.
— C'est rien, un vieux projet. Il faut récupérer May, dit Tony.
Il prit la mallette, la retourna, appuya sur un bouton. Cela fit apparaître un clavier dessus. Tony tapa activement sur les touches. Une voix robotique prononça : « Coordonnées ciblées, paré au déplacement », et un vortex bleu emporta Tony.
Il l'amena en plein dans le bâtiment, au milieu de l'alarme qui sonnait et des agents de sécurité qui couraient et affrontaient May, qui les mettait tous au tapis. Tony lui faisait des signes, ayant peur de s'approcher. Mais elle semblait beaucoup trop absorbée par son combat.
— Hé, Karate Kid, mission avortée !
Lorsque May le vit, elle se dirigea vers lui d'un pas furieux. Tony s'empressa de taper sur le clavier et, pile au moment où May l'atteignit, le vortex bleu les emporta tous les deux dans le Bus. Ils y arrivèrent essoufflés.
— Stark, il va falloir que vous vous expliquiez très vite, dit Ward nerveusement.
— Plus tard. Hank, tu penses que tu peux miniaturiser ce truc et l'intégrer au système du Bus ?
— Je vois ce que tu veux faire. Je vais essayer. Il faudrait que ça ne réduise en rien sa capacité, ce qui ne va pas être facile.
Tony sourit et confia la mallette à Hank, qui se dirigea vers le laboratoire du Bus. Ward fixait étrangement Tony.
— Quoi ? C'est probablement le meilleur moyen qu'on a de rattraper Fury.
— Vous saviez que cette mallette était à Stark Industries ? Ou est-ce que vous pensiez que le FBI l'avait emportée avec vos armures ? demanda
Ward, les yeux plissés.
— Qu'est-ce que ça change ? demanda Tony.
— Je crois que je commence à comprendre ce que vous faisiez à Washington.
Tony haussa les épaules. Il n'aimait pas la condescendance de ce gamin qui croyait tout savoir sur tout le monde.
À son tour, Rhodes vint voir Tony et lui chuchota :
— Tony, est-ce qu'on peut parler de ce qu'il y a là-dedans ?
— Je ne pense pas que ce soit nécessaire. On a juste à savoir que ça nous a sauvé la mise.
— Sauf que, généralement, quand tu dis ça, y a des aliens ou des robots qui nous tombent sur la gueule dix minutes après…
— Pas la dernière fois.
— Non, t'as raison. La dernière fois, c'était ton ex enragé…
— Ex ? Quelqu'un a accepté cette vie-là ? s'étonna Ward.
— Hé, la ferme, Spy Kids, les adultes discutent. Rhodey, je te prie de me faire confiance. Dès que Hank aura fait son boulot, Fury sera à portée de main.
— Comment tu peux en être aussi sûr ? Ce truc va nous amener droit sur l'Héliporteur dans l'espace ?
— Non. Mais je sais où il va, et c'est ça qui compte.
***
Fury, Hill, Bobbi, Hunter et d'autres agents embarquaient dans des canots. Natasha suivait la foule, curieuse, un peu anxieuse. Lorsque le canot démarra et s'envola dans l'espace, Natasha sentit un nouveau frisson la parcourir. Celui de l'excitation, de l'inconnu. Cela faisait longtemps qu'elle ne s'était pas laissée surprendre par quelque chose. Le canot était protégé par la même lueur violette.
— Je croyais qu'on devait attendre ?
— Oui, Vision a envoyé le signal.
— Comment expliquez-vous tout ça ? se décida-t-elle enfin à demander en désignant le champ de force.
— Vision est le garant de la réussite de notre mission. Grâce à cette fameuse capsule, il s'assure que rien ne nous arrivera tant que le travail ne sera pas terminé, répondit Fury.
— Et en quoi consiste ce travail ?
Fury sourit. Le canot se posa sur le gros astéroïde que Natasha avait vu de loin. Avant qu'elle ne sorte, Hill lui tendit une combinaison spatiale.
— Oh, donc je n'ai pas droit à la protection ?
— Croyez-moi. Vous ne voulez pas ressentir ça, dit gravement Fury.
Natasha s'empara de la combinaison et l'enfila.
Lorsqu'elle sortit du canot pour marcher sur l'astéroïde, la sensation fut incomparable. Elle savait que ce qu'elle vivait était important à l'échelle de l'humanité. Fury avançait devant, confiant. Autour d'elle, tous les agents avançaient comme s'ils faisaient ça tous les jours. Ils arrivèrent devant un grand édifice de pierre, taillé en forme de trône.
— C'est le Sanctuaire, expliqua Fury. Chaque année, nous devons venir faire notre rapport ici, et si nous trouvons l'un des objets de notre quête, nous devons l'amener.
— En échange de la sécurité de la Terre ?
— En échange de sa survie. Ceci, agent Rushman — il brandit la capsule en lui parlant —, est une Pierre d'Infinité. C'est le dernier rempart entre des êtres supérieurs et nous.
Natasha entendait les agents autour d'elle jubiler.
— Une fois qu'on aura rendu cette stupide Pierre, j'aimerais me faire un trip à Bamako, dit Hunter.
— Je ne fais plus de voyages avec toi. À chaque fois, ça finit en crise de jalousie, répondit Bobbi.
— Oui, parce que tu dragues tous les gens qu'on croise comme si on était en mission, vu que t'as pas l'air de connaître la définition du mot « vacances » !
— Ce n'est pas parce qu'on ramène la Pierre que tout est fini. Restez concentrés, ordonna Hill.
Tout le groupe s'arrêta devant le trône.
— Chers amis. Notre calvaire prend fin aujourd'hui, dit Fury en posant la capsule sur le trône.
Un silence complet s'abattit. Natasha regarda tout le monde, dans l'attente que quelque chose se produise. Un faisceau de lumière apparut soudain sur la capsule et l'éleva. Natasha s'approcha de Fury.
— On ne va pas voir ces êtres ?
— Non. Nos yeux ne le supporteraient pas.
— Mais alors, comment vous communiquez avec eux ?
— Vision. Je dirige ce SHIELD clandestin depuis trois ans, mademoiselle. Dans l'ombre, nous nous assurons qu'HYDRA ne puisse rien mettre en œuvre. Nous nous assurons que ces êtres, là-haut, ne touchent pas à la planète. Et grâce à vous, nous allons enfin avoir droit à un peu de repos.
Natasha regarda en direction de l'Héliporteur, là où était resté Vision. Elle n'était pas sûre de comprendre tout ce qui se passait ici, tandis que la capsule continuait de s'élever. Elle finit par être hors de vue.
— Et maintenant ?
Fury regarda sa montre.
— Et maintenant ? répéta Natasha.
— Quelque chose cloche, dit Fury sans quitter sa montre des yeux.
Hill sortit son pistolet et le pointa sur Fury.
— Vous nous avez menés droit dans un piège.
Chaque agent sortit son pistolet. Certains visaient Fury, d'autres Hill. Natasha les regarda d'un air ahuri. Ils semblaient tous avoir oublié leur propre condition.
— Baissez votre arme, Hill. Tâchez de dire des choses intelligentes, je ne vois pas de quoi vous parlez.
— Vision ne donne aucun signal, pas vrai ? Il est sûrement déjà parti. Les protections vont s'abaisser et on va tous mourir ici, tout ça parce que vous avez eu la foi, sermonna Hill.
Fury rit.
— Maria, si la protection ne s'abaisse pas, votre arme ne servira à rien, et si elle s'abaisse, elle ne vous servira pas plus. Alors, cessons d'être hostiles et essayons de comprendre tous ensemble.
Un coup de feu se fit entendre, tout le monde sursauta. Bobbi venait de tirer sur Hunter, mais il avait toujours la protection.
— Mais t'es complètement folle ? s'exclama Hunter.
— Je voulais juste vérifier, dit Bobbi.
Soudain, la capsule retomba sur le trône, ouverte. Elle était vide. La montre de Fury émit un bip, et une voix en émana, celle de Vision : « C'est une fausse, rentrez vite au Porteur, il envoie un Léviathan. »
Fury se tourna vers Natasha et colla le canon de son pistolet au scaphandre.
— C'est quoi, ce bordel ? demanda-t-il.
— J'en sais rien, j'ai trouvé cette capsule il y a trois ans, j'ai jamais su ce qu'il y avait dedans !
— Pas grand-chose, à l'évidence.
— Fury, je n'ai aucune idée de ce qui se passe, je le jure.
— Où est la vraie ?
— J'en ai aucune idée…
Un bruit déplaisant se fit entendre. Natasha leva la tête et vit un immense monstre, une sorte de ver géant, foncer droit sur eux.
— Oh, merde. Tout le monde au Porteur, vite, vite !
Tout le monde se mit à courir vers l'Héliporteur. Natasha tenta de suivre, mais courir avec la combinaison n'était pas chose aisée. Alors que le monstre se rapprochait dangereusement, elle vit un avion arriver droit sur elle et une corde s'en déployer. Elle s'y accrocha et l'avion fila dans l'autre sens, avant de s'engloutir dans un vortex bleu.
***
Un peu plus tôt, Ward était assis à côté de Rhodes. Pym ne voulait pas lui parler, comme il était concentré sur la demande de Tony.
— C'est pour cette mallette que Stark est venu à Washington, pas vrai ? dit Ward.
— Ward. Ce genre de relation va dans les deux sens, tu ne peux pas t'attendre à ce que je te file toutes les infos que tu veux sans rien me donner.
Ward soupira. C'était naturel de la part d'un soldat expérimenté. Il devait neutraliser la méfiance de Rhodes.
— Le SHIELD m'avait envoyé à Moscou. La mission, c'était de retrouver ma sœur.
L'expression de Rhodes changea.
— Sofia Ward ? L'agente spéciale ?
— Oui. Elle avait été faite prisonnière par HYDRA et on devait la récupérer. Les commandants du SHIELD étaient contre le fait que j'y aille, vu que ça me touchait de trop près, mais Fury disait que c'était précisément pour ça qu'il savait que j'allais tout donner.
— Ça ressemble bien à Nick Fury.
— Mais quand on est arrivés à Moscou, on a été attaqués par le KGB. Comme eux aussi avaient été infiltrés par HYDRA, on savait pas qui, exactement, attaquait, et on voulait pas risquer une guerre avec la Russie. Mais ils savaient qu'on venait. On s'est rendus et, surprise, j'ai menti tout à l'heure, c'était HYDRA. Mais ils avaient des drapeaux américains sur leurs transports. Ils nous ont marqués comme des bêtes. Ils nous ont torturés pour avoir des infos. Mais on n'a rien dit. Et c'est là que vous entrez en scène, Colonel.
— Et Sofia ?
— C'est pour ça que je suis resté au FBI. Ça fait trois ans que je la cherche.
— Oh, waouh. Je suis désolé, Ward. Je savais pas.
Ward s'essuya les yeux.
— Alors ? Stark, Washington ?
— Y a plein de raisons pour lesquelles Tony devait aller à Washington. Mais je crois qu'il essayait surtout de provoquer son ex.
— Quoi ?
— Ouais. Quand je l'ai rencontré, il sortait avec Steve.
Petit instant de blanc.
— Steve… Rogers ?
— Ouais.
Ward resta bouche bée.
— Faut jamais sortir avec ses collègues, dit Tony, qui venait d'arriver derrière eux. Allez, Hank a fini.
Tout le groupe, à part May, qui pilotait, se réunit dans le laboratoire.
— Voilà l'idée. On va être en mesure d'atteindre l'Héliporteur, s'il est arrivé à destination. May doit évidemment rester à bord pour piloter. Hank va devoir rester à bord pour superviser le dispositif qu'il vient d'installer, évitons tout crash inutile. Moi, je vais monter à bord du Porteur pour récupérer ce qu'on a à récupérer. Je suis pas contre quelqu'un qui m'accompagne, mais moins on est, plus on sera discrets, expliqua Tony.
— Et si les agents de Fury attaquent ? demanda Clint.
— Je vais avec Stark. Je connais bien le fonctionnement du SHIELD, la Ghost Force était en poste permanent dans l'Héliporteur, dit Ward.
— Pourquoi toi plutôt que Barton ? souleva Rhodes.
— Je doute pas de ses capacités, mais je pense avoir davantage d'informations pour mener à bien la mission…
— Il serait peut-être temps que tu les partages, tes informations, dit Clint.
— Écoutez. Il faut qu'on se dépêche, ou Fury va…
Ne laissant pas Ward finir sa phrase, Tony alla taper sur le clavier de la mallette. Ward sentit un haut-le-cœur, comme si le Bus s'était déplacé anormalement vite, mais ça ne dura qu'un instant. Il sentit ensuite que l'appareil était en train de se poser.
— Agent Ward, en route, dit Tony en allant dans la pièce principale.
Ward regarda tout le monde, les sourcils levés, puis suivit Tony. Peut-être que Stark allait enfin faire preuve de bon sens.
Il regarda par la fenêtre. Ils étaient posés sur l'Héliporteur.
— May a été réactive, dit Tony, visiblement content.
Ward se méfiait tout de même un peu.
— Et pour la discrétion ?
— On est en mode camouflage. Tu ressembles beaucoup à ta sœur, tu sais.
— Quoi ?
— Sofia.
— Comment tu connais Sofia ?
— C'était l'agent de liaison des Avengers.
Tony alla appuyer sur le bouton pour ouvrir la rampe, mais Ward le stoppa.
— Si tu as des informations sur Sofia…
— C'est frustrant, pas vrai ? Quand les autres jouent avec les mêmes règles que toi, le jeu devient moins facile, hein ?
— C'est de ma sœur qu'on parle, Stark.
— Non, là, maintenant, en entrant dans le Porteur, on parle de sécurité mondiale. C'est légèrement plus important.
— Pourquoi t'étais à Washington ?
— T'es un jouet cassé ou quoi ?
— Tout ça a commencé quand tu t'es ramené au FBI, qui nous dit que c'est pas toi que l'attentat visait ?
— Parce qu'il n'y avait aucune raison pour que je sois au Capitole, peut-être ?
Ward lâcha Tony. Il venait de comprendre quelque chose d'essentiel, quelque chose qu'il avait sous le nez depuis le début.
Tony ouvrit la rampe du Bus, qui s'abaissa directement sur une entrée dans le hangar de l'Héliporteur. Tony sourit.
— Ils ont laissé le hangar ouvert ? demanda Ward, inquiet.
— Non. Il sait qu'on est là. Je comptais dessus.
— Qui ?
Ward n'eut jamais sa réponse, mais Tony commença à fouiller sa poche. Il sortit une capsule, quasiment identique à celle recherchée depuis le début.
— Ça, mon gars. C'est notre monnaie d'échange.
— LES GARS ! s'exclama la voix de Rhodes.
Ward se retourna et vit par la fenêtre les agents du SHIELD arriver en courant, poursuivis par le monstre. Il vit également Natasha à la traîne derrière. Il n'y avait plus le choix. Il arracha la capsule des mains de Tony et le frappa pour le pousser hors du Bus. Il atterrit par terre dans le hangar de l'Héliporteur et se releva en hurlant quand Ward appuya sur le bouton pour fermer la rampe.
— Désolé, Stark. Je pense que toi et Fury avez beaucoup à vous dire. Je ne jouerai pas avec tes règles.
Une fois la rampe refermée, Ward courut voir May dans la cabine.
— Il faut qu'on récupère Natasha pendant sa course, foncez vers elle, dans la combinaison !
May hocha la tête et fonça vers Natasha. Ward s'empressa d'aller déployer la corde.
— Pym ! À mon signal, on retourne sur Terre ! cria Ward.
Natasha saisit la corde.
— Maintenant !
Ward sentit le même haut-le-cœur, puis vit par la fenêtre le paysage familier de la Terre. Il ouvrit la rampe pour faire remonter Natasha, qui ôta sa combinaison. Rhodes, Clint et Hank arrivèrent en courant.
— C'est terminé, agent. Le SHIELD est parti, vous n'avez plus à vous battre, dit Rhodes avec le sourire en regardant Natasha.
— Colonel Rhodes ? s'étonna Natasha.
— Hé, Ward, où est Tony ? enchaîna Rhodes.
— Tony ? Tony Stark ? s'étonna Natasha une seconde fois.
— Il a une autre mission à régler, dit simplement Ward en commençant à emmener Natasha vers la pièce principale.
Rhodes, Clint et Hank restèrent à se regarder, choqués. Puis Clint vint écarter Natasha de Ward.
— Natasha, t'as rien ? Ils t'ont fait quoi ? demanda Clint en l'emmenant plus loin.
Ward alla dans une cabine et regarda la capsule qu'il venait de récupérer.
***
Tony attendait, assis en tailleur au milieu de la salle de commandement de l'Héliporteur, tandis qu'il le sentait décoller et qu'il entendait les agents monter à bord. Les premiers à arriver face à lui furent Bobbi et Hunter.
— Qu'est-ce qu'il fout là, lui ? s'exclama Hunter.
Dehors, le monstre fonça dans le champ de force autour du Porteur.
— On verra plus tard, Vision va pas tenir éternellement, vite ! dit Bobbi en s'empressant d'aller aux commandes.
Les autres suivirent.
— Vous n'avez plus de directeur ? demanda Tony.
— Il arrive, répondit Bobbi, et vous allez prendre sacrément cher.
L'Héliporteur décolla et s'envola loin de l'astéroïde. Tony sourit en voyant les silhouettes de Vision et Fury s'approcher.