Abysse

Chapitre 7 : La mémoire du cœur

Par BlueEcho

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Chapitre 7 : La Mémoire du Cœur


Les victoires sur le terrain et la fusion parfaite de notre duo n'étaient pas suffisantes pour Zola. Notre amour, bien qu'exploité comme un moyen de pression diabolique, restait un élément incontrôlable pour HYDRA : une étincelle d'humanité capable de passer outre leurs ordres si la vie de l'autre était en jeu.


Pour eux, nous devions passer au niveau supérieur : le conditionnement cryogénique et la reprogrammation mentale.


Ce matin-là, après notre retour d'une mission en Sibérie, la porte de notre cellule ne s'est pas ouverte pour nous laisser nous reposer.


Au lieu de cela, des gardes équipés d'armes lourdes et d'injecteurs de sédatifs sont entrés en nombre. Avant que nous ne puissions esquisser le moindre mouvement de défense, des fléchettes nous ont percutés à l'épaule et au cou. La pièce s'est mise à tourner. Mes jambes ont fléchi, et j'ai vu James s'effondrer à genoux, luttant en vain contre la paralysie chimique qui engourdissait ses muscles.


— James... ai-je murmuré, ma vision se voilant de noir alors que mon corps touchait le sol glacé.


— Sophie... garde... les yeux... sur moi... a-t-il croassé, sa main de métal s'étendant vers moi dans un dernier effort désespéré avant de sombrer.


Quand nous sommes revenus à nous, nous n'étions plus dans notre cellule.


Nous étions maintenus droits dans des caissons verticaux en verre blindé et acier chirurgical. L'air y était d'une sécheresse glaciale, gelant les poumons à chaque inspiration. En face de nous, suspendue au plafond, se trouvait une machine infernale : une structure métallique munie de bras articulés et de casques garnis d'électrodes qui descendaient lentement vers nos têtes.


Au-delà de la vitre, Zola se tenait debout devant sa console de contrôle, flanqué de deux assistants bardés de magnétophones à bandes magnétiques.


— Le moment est venu de purifier vos esprits, a déclaré Zola à travers l'interphone du caisson. La douleur ne suffit plus. Vos sentiments et vos souvenirs sont des parasites. Nous allons les effacer. Vous ne serez plus l'ombre de vos passés. Vous ne serez que les instruments d'HYDRA.


On nous a appliqué le casque sur le crâne. Un arc électrique d'une puissance inouïe s'est déversé directement dans nos cerveaux.


Ce n'était pas une douleur physique classique. C'était un arrachement. L'impression qu'on m'enfonçait des lames de verre dans le crâne pour y extirper chaque souvenir, chaque visage, chaque mot. Les images de ma mère dans la cuisine à Thann, le visage de mes frères, la couleur du ciel d'Alsace en été... Tout commençait à se dissoudre dans une brume blanche et assourdissante.


De l'autre côté du verre, à travers le hublot de mon caisson, je voyais le corps de James s'arquer dans des convulsions effroyables sous le choc des décharges. Les électrodes lui martelaient le cerveau, cherchant à effacer Brooklyn, Steve, les Commandos Hurlants... et moi.


Une voix monocorde et métallique a commencé à réciter des mots-clés en russe et en allemand à travers les haut-parleurs :


— Désir. Rouillé. Sept. Dix-sept. Aube. Fournaise. Neuf. Bénévole. Retour à la maison. Un. Wagon...


À chaque mot prononcé, je sentais le regard de James s'éteindre. Ses yeux bleus, autrefois si profonds et habités d'une passion ardente, se figeaient, devenant ternes, vitreux, absents. Le Soldat de l'Hiver prenait le dessus, effaçant l'homme.


Non ! Pas James ! Ne les laisse pas te le prendre !


Alors que la machine cherchait à détruire ma propre identité, mon pouvoir hydrokinétique et la mutation de mon sang ont réagi de manière instinctive. Mes sens altérés sont allés chercher l'humidité dans l'air glacé du caisson. J'ai condensé une mince pellicule de givre sur l'intérieur de mon hublot en verre. Avec mes doigts engourdis par le froid et l'électricité, luttant contre la décharge qui me fracassait le crâne, j'ai tracé dans le givre un seul mot, le dernier rempart de mon âme :


DOLLY


À travers le brouillard de sa mémoire qui s'effondrait, les yeux vitreux de James ont accroché cette inscription sur le verre.


Un tressaillement d'une violence inouïe a parcouru son corps. Les moniteurs cardiaques de sa machine se sont affolés, crachant des bips stridents. Malgré la reprogrammation qui cherchait à balayer son humanité, un éclair de clarté est réapparu au fond de ses pupilles. Ses lèvres se sont entrouvertes sous le casque, et dans un souffle rauque que la machine n'a pas réussi à étouffer, il a articulé :


— Dolly...


La décharge s'est arrêtée brutalement. Les casques se sont relevés dans un sifflement de vapeur sous pression. Les caissons se sont ouverts, nous laissant nous effondrer au sol comme deux poupées de chiffon. Les techniciens d'HYDRA s'empressaient d'analyser les relevés télémétriques.


Zola est descendu de la passerelle, fronçant les sourcils devant les graphiques de l'activité cérébrale de James.


— Étrange... a murmuré le scientifique en ajustant ses lunettes. La zone de la mémoire épisodique du sujet Barnes a montré une résistance anormale au moment de l'encodage des mots-déclencheurs. Il y a un résidu... une interférence électromagnétique non identifiée.


Il s'est approché de moi, m'observant alors que je rampais péniblement sur le béton pour atteindre la main de James. Nos doigts — la chair et le métal — se sont cherchés et scellés une fois de plus dans la poussière. James me fixait. Ses yeux étaient encore embrumés par la reprogrammation, son visage livide, mais lorsqu'il a serré mes doigts, la force de sa prise était indéniable.


— Tu... tu es... ma Dolly, a-t-il chuchoté d'une voix hachée, luttant mot après mot contre le vide.


— Oui, James. Je suis ta Dolly, ai-je répondu en essuyant le sang qui coulait de mon nez. Et tu es mon James. Ils n'ont pas réussi.


Zola a esquissé un sourire froid en nous observant.


— Ils pensent avoir gagné... a-t-il dit à ses assistants. Ils croient que leur amour est un bouclier. Laissez-les récupérer. La prochaine session effacera tout le reste.

On nous a ramenés dans notre cellule.

La lourde porte blindée s'est refermée, nous laissant seuls dans l'ombre tiède. Pour la première fois depuis des semaines, le silence du bunker semblait lourd, presque religieux, comme si les murs de pierre eux-mêmes retenaient leur souffle. Je me moquais bien de la petite lueur rouge de la caméra infrarouge dissimulée dans le coin du plafond. Je savais que Zola observait peut-être, mais ce soir, ce bunker n'appartenait plus à HYDRA.


James m'a attirée contre lui sur l'étroite paillasse. Son corps tremblait encore des répliques du choc électrique. Dans le noir, sa main de chair a attrapé la mienne, et du bout de son doigt, il a tracé lentement la forme des lettres D-O-L-L-Y sur ma paume, comme pour les imprimer dans sa peau et dans son esprit.


— S'il arrive un jour où je ne me rappelle plus mon nom, Sophie... a-t-il murmuré contre mon cou, sa voix tremblante d'une peur viscérale. Promets-moi de me dire ce mot. Promets-moi de me ramener.


— Je te le promets, James, ai-je dit en serrant ses épaules. Même si je dois parcourir le monde entier, je te ramènerai à moi.


Il a marqué un temps d'arrêt. Un pli d'une gravité sombre a barré son front. Sa main de chair s'est ancrée dans mes cheveux blonds qui repoussaient, basculant légèrement ma tête en arrière avec une fermeté soudaine, sauvage, pour forcer mon regard à croiser le sien. Ses yeux brillaient d'une lueur possessive, farouche.


— Regarde-moi, a-t-il ordonné d'une voix sourde qui vibrait d'une autorité jalouse. S'ils me mettent sur cette chaise un million de fois, s'ils broient ma mémoire jusqu'à ce qu'il ne reste que de la cendre... tu me ramèneras. Tu m'entends ? Personne d'autre n'a le droit d'entrer là-dedans. Tu es la seule qui m'appartienne, et je suis le seul à qui tu appartiens.


Ses mains ont balayé dans un geste urgent les restes de nos tenues de déportés, dénudant chaque cicatrice, chaque marque d'aiguille, chaque parcelle de notre chair altérée. Sous ses caresses frénétiques, nous n'étions plus des cobayes. Nous étions un homme et une femme s'offrant l'un à l'autre, réclamant leurs propres corps face à l'abîme.


Sa main de chair s'est resserrée sur ma nuque tandis que sa main d'acier venait s'imposer sur ma hanche nue, me plaquant brutalement contre lui. Sa force surhumaine, maîtrisée mais écrasante, ne me laissait pas un millimètre de distance. Le contact du métal glacé et implacable contre la courbe de ma peau brûlante a déclenché une onde de choc électrique qui m'a traversée jusqu'au creux du ventre. Le contraste était vertigineux.


— Tu es à moi, Dolly, a-t-il chuchoté contre mes lèvres, son souffle fiévreux balayé par la haine qu'il vouait à nos geôliers. Ni à Zola, ni à HYDRA. À moi.


— À toi, James... ai-je répondu dans un souffle brisé, le cœur battant à tout rompre. Rien qu'à toi.


Il a écrasé ses lèvres sur les miennes dans un baiser d'une intensité dévorante, une prise de possession mutuelle. Ma langue a rencontré la sienne dans un affrontement fiévreux.


James est descendu le long de mon corps, ses lèvres brûlantes scellant des baisers appuyés sur ma gorge, puis sur le galbe de mes seins. Quand sa bouche s'est refermée sur ma chair, aspirant avec une gourmandise affamée, un gémissement incontrôlable a franchi mes lèvres. Mes doigts se sont ancrés dans sa chevelure sombre, tandis que sa main d'acier descendait avec une lenteur calculée, épousant la courbe en sablier de mes hanches pour s'immiscer entre mes cuisses.


Ses doigts glacés ont effleuré mon intimité trempée du désir que sa seule présence éveillait en moi. Il a fait glisser un puis deux doigts en moi, trouvant mon rythme avec une justesse troublante, faisant basculer mes hanches dans une vague de plaisir si intense que j'ai dû mordre mon épaule pour ne pas hurler dans le couloir.


— Regarde ce que tu me fais, Dolly... a-t-il murmuré, la voix enrouée par l'excitation, ses yeux sombres rivés sur mon visage offert. Tu es si belle.


Il s'est redressé au-dessus de moi. Le sérum dans son sang et la prothèse sur son épaule lui donnaient la carrure d'un dieu antique sculpté dans la guerre, mais dans son regard, il n'y avait que pour moi un culte absolu.


Lorsqu'il s'est enfoncé lentement, pleinement en moi, une décharge de chaleur inouïe a submergé mon corps tout entier.


Mes capacités hydrokinétiques, d'ordinaire si tumultueuses, se sont calées sur son souffle, vibrant en parfaite résonance avec la moindre de ses poussées. L'eau dans mon sang, la sueur qui perlait sur nos peaux : tout semblait répondre à l'emprise de James. Chaque coup de butoir de son bassin, chaque pression ferme de son bras d'acier me plaquant contre la paillasse marquaient sa volonté féroce d'ancrer son être au plus profond du mien. Il m'aimait avec une ferveur brute et une précaution bouleversante, dosant sa force colossale pour ne m'offrir que l'extase, réclamant mes gémissements étouffés comme la seule preuve de sa propre existence.


— James... oh, Gott, James ! ai-je hoqueté, mes jambes enserrant sa taille pour l'attirer plus profondément encore.


— Dis mon nom, Dolly... a-t-il exigé, le souffle court, accélérant le rythme avec une puissance qui faisait trembler la couchette. Dis-moi à qui tu es !


— À toi... James... Je suis à toi !


Le plaisir s'est intensifié, devenant une tempête dévastatrice. Les contractions de mon sexe autour du sien l'ont poussé à son tour au bord du gouffre. James a scellé sa bouche sur la mienne pour étouffer son propre rugissement alors qu'il se répandait en moi. L'onde de choc de notre orgasme simultané a fait frissonner la condensation sur les parois de la cellule, nous laissant pantelants, suspendus hors du temps.


Lorsque la vague s'est enfin apaisée, nous sommes restés étroitement enchevêtrés. Le silence est revenu. James gardait son bras d'acier fermement replié autour de ma taille, me maintenant contre son torse moite comme s'il craignait que l'aube ne vienne me voler à sa vue. Sa main de chair caressait doucement ma joue, déposant des baisers possessifs et profonds dans mon cou.


— Je t'aime, Sophie... a-t-il murmuré à mon oreille. Tu es ma vie. Si jamais ils essaient de te toucher ou de nous séparer, je réduirai ce complexe en poussière.


Des larmes chaudes ont coulé silencieusement sur mes joues.

— Je t'aime, James. Je suis à toi pour l'éternité.


Nous ne le savions pas encore, mais c'était notre dernière nuit de liberté. Notre unique et précieuse parenthèse d'amour avant que les portes du froid cryogénique et des décennies de ténèbres ne se referment sur nous




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