L'épiphanie par

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Side Story / Humour

1 Le casier C-18

Catégorie: G , 2251 mots
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Ce texte participe au défi d’écriture d’avril 2018 du site Fanfictions.fr sur le thème la pièce mystère.



A la retraite depuis cinq ans, l'ex-agent K dont la mémoire est effacée, coule des jours heureux et inintéressants en tant que postier d'une petite ville. Toujours au MIB où il passe son temps à neuralyser tous ses nouveaux coéquipiers qu'il trouve incompétents, J bosse sur une nouvelle affaire de meurtre entre aliens. Comprenant que ces derniers sont étroitement liés à un ancien dossier à l'époque géré par K, le MIB est obligé le réactiver dans l'espoir qu'il empêche la terrible Serleena de détruire la planète dans sa quête de la mystérieuse Lumière de Zartha… D'abord incrédule et réticent, K qui a la cervelle en gruyère, ne tarde pas à retrouver ses vieux réflexes.



Nota : la plupart des dialogues sont tirés du film Men in Black 2, quelquefois très légèrement retouchés.


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L'ÉPIPHANIE

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Épiphanie, n, f : 1. manifestation divine. 2. Compréhension soudaine de l'essence ou de la signification de quelque chose.

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Prologue

C'était bientôt l'heure. Après son oraison matinale, le vieil hiérophante seul dans sa cabane se releva péniblement de son galetas. D'une main lasse, il arrangea un pli sur sa houppelande brune et attrapa la mince houlette qui lui servait à moitié de canne et à moitié de sceptre... Lissant rapidement ses longs cheveux et sa barbe blanche ondoyante avant de sortir, il commença à repasser en son esprit quelques bribes de son sermon désabusé…

" Réconciliez-vous avec votre passé afin d'avancer sereinement vers l'avenir... Rendez deux fois ce qu'on vous a donné... Pensez à rembobiner... "

A la vérité, il doutait que ces vieux dogmes de bon croyant intéressent encore les fidèles qu'il sentait avides de nouveautés. Même en ce jour saint du Mercredi, ils étaient de moins en moins nombreux à se présenter au prêche et à réciter les répons. Mais comment leur en vouloir ? Quand Dieu les avait abandonnés depuis des temps immémoriaux sans jamais tenir sa promesse de revenir ?…

Alors qu'il n'avait pas encore gagné l'agora, Il lui sembla sentir dans l'air la vibration d'un léger tremblement : le son caractéristique qui avait précédé la toute dernière manifestation divine. Ses grands yeux aux paupières fendues légèrement bridées, clignèrent deux ou trois fois, comme s'ils avaient le pouvoir d'affiner son ouïe, rendue hélas défaillante par le grand âge…

Il eut la chair de poule lorsque la suave rumeur basse aisément reconnaissable du Divin lui sembla se faire entendre… Rêvait-il ? Il sut que non lorsqu'il entendit résonner les voix d'une centaine de fidèles rassemblés sur la Grand-Place, qui entonnaient comme un seul la salutation rituelle qu'il n'attendait plus :

"Gloire à K, le Prince de la Lumière !"

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Le casier C-18

Entièrement mobilisé par la résolution de cette affaire qui l'attirait étrangement, l'agent K fraîchement réintégré au MIB n'avait pas une minute à perdre. Il fallait remonter la piste de l'indice qu'il venait de trouver.

Une fois leur (charmant) témoin déposé au domicile de l'agent J, il s'était avancé dans le couloir fleuri du palier à grandes foulées élastiques, que les longues jambes de son acolyte légèrement inquiet pour lui avaient presque eu du mal à suivre.

Après cinq ans d'inactivité et une déneuralysation sauvage qui datait d'il n'y avait pas dix minutes, force était de constater que "la légende" pétait la forme, et ce malgré des valises sous les yeux plus grandes que le Nicaragua…

— Est-ce qu'on peut revoir ton plan encore une fois ? proposa le jeune agent. Parce que moi je le sens pas… T'as auto-neuralysé tes souvenirs, mais tu t'es quand même laissé des indices, au cas où ?

— Oui, c'était ça le plan. Je tiens à ce que mes ennemis se posent des questions…

— Oh ça pour tout dire, on s'en pose tous…

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La gare centrale bruissait de voyageurs pressés mais comme à l'ordinaire personne ne prêtait particulièrement attention à eux dans leurs costumes sombres taillés pour l'insuccès.

La clé verte d'une consigne serrée dans son petit poing nerveux, le retraité des Postes semblait prendre un malin plaisir à accélérer encore davantage le pas. J tâcha de le rattraper dans le couloir assez tranquille menant aux casiers.

— T'as pas l'intention de me ralentir, n'est-ce pas ? s'inquiéta le plus vieux.

— Moi te ralentir ? Mais c'est lequel de nous deux qui tourne sous un vieux logiciel ?

Après un petit coup d'œil à la fois impatienté mais non dépourvu d'une très secrète tendresse, qu'il aurait bien évidemment niée sous n'importe laquelle des pires tortures, K dansa d'un pied sur l'autre et fit un mouvement avec la main.

— Tu peux aller nous chercher un petit café pendant que je bosse ?

Bien planté sur ses pieds, l'agent J arbora alors un sourire goguenard, à l'idée de retrouver soudainement un K dans son jus, l'autoritarisme et le paternalisme toujours aussi "bien burnés", comme aurait dit Franck…

— Oui, bien sûr, acquiesça-t-il avec une relative obséquiosité de façade. Et comment tu le veux ? Noir ? Avec un petit morceau de mon cul ?

Forcément, le petit nouveau dont il se souvenait s'était émancipé pendant son absence. K laissa passer ce commentaire aigre-doux et réussit à feindre, ou pas, la plus grande préoccupation pour son bien-être.

— Écoute, je ne sais pas du tout ce qu'il y a dans cette consigne, et je ne veux pas que tu sois blessé ! Recule d'un pas.

J grimaça, commençant à perdre patience à son tour. La meilleure preuve était qu'il gesticulait en parlant avec les mains, presque aussi bien qu'un natif italien...

— Oh mec, sois sympa, arrête de te la jouer et ouvre-moi ce casier, d'accord ?!...

Avec des gestes précautionneux, K introduisit la clé qu'il tourna doucement, juste avant d'ouvrir la porte à peu près comme arrache un pansement…

Son regard vide passa en revue le contenu. Contre toute attente, son masque de flegme professionnel venait de se craqueler légèrement pendant sa contemplation stupéfaite.

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Une centaine de petites créatures bipèdes minuscules, entièrement couvertes de fourrure couleur miel et dotées de petites antennes à bout lumineux, se retourna d'un bloc vers la porte. Clignant une fois des yeux, elles se mirent à brailler tout fort :

"K ! Revoilà le Prince de Lumière, gloire à K, gloire à K !"

… avant d'entamer l'hymne américain.

Perplexe, K considérait ce qui apparaissait comme un village miniature, éclairé par l'obscure clarté qui tombait de dizaines de lumignons, et dont les toutes petites maisons se resserraient frileusement autour d'une construction évoquant vaguement un temple romain. Dans un coin, il y avait même le clocher d'une petite église. J écarquilla à peine les yeux en contournant la porte pour mieux voir à l'intérieur, mais il était surpris.

— Et quoi ? Tu es l'homme qui voulut être roi… du casier de la gare ?

K ignora la remarque choisit d'user de ses intonations moelleuses pour faire taire au plus vite les vivats et avec un succès remarquable :

— Je vous rends grâce, honorable peuple du casier C-18… J'ai laissé un objet ici ?

Un petit alien sur le devant confirma d'une voix étonnamment forte et assurée :

— Oui ! Le Gardien du Temps ! Tu l'as laissé pour illuminer nos rues et notre cœur…

Une montre reposait bien en évidence sur le mini temple et K lança un bras pour l'attraper et pouvoir l'examiner de plus près. Il marmonna qu'il se demandait justement où diable était passée cette montre avant de la remettre illico à son poignet.

Dans le casier, les paupières battirent en panique et les petites voix tendues et inquiètes des créatures à l'unisson protestèrent aussitôt :

— Aie pitié de nous, ô miséricordieux, pas l'horloge de la tour !

Sensible à leur désarroi, l'agent J tendit les mains en signe d'apaisement tout en murmurant des paroles réconfortantes. Il dégrafa son propre bracelet qu'il déposa délicatement là où était celle de K juste avant, en leur énumérant toutes les caractéristiques techniques (boîtier en titane, étanche à trois cent mètres) afin qu'ils comprennent qu'ils ne perdaient vraiment pas au change.

— Voilà… ça baigne ?

L'un des petits aliens à fourrure lança d'un ton mélodieux qui retentit dans le silence religieux observé par les autres :

— Et qui es-tu, étranger ?

— J, répondit l'intéressé d'un air trop radieux pour être réellement modeste.

Après un petit cri d'approbation satisfait, la foule réagit immédiatement en poussant deux vibrants "Gloire à J" avant de renquiller sur un nouvel hymne national qui amena un sourire content sur les lèvres pleines de l'Homme en Noir.

Mais quand il commença à s'auto-envoyer des fleurs sur sa grande bienveillance, K décida d'y couper court. Il l'attrapa aux épaules pour le pousser de là et referma aussitôt la porte.

A l'intérieur, une drôle de voix se fit entendre. Le prêcheur venait enfin d'arriver en haut de son promontoire et avait commencé son sermon en faisant référence aux Tables de la Loi.

L'information sembla malgré tout déclencher un souvenir dans le cerveau secoué de K qui rouvrit la porte d'un geste toujours aussi énergique et avisa une carte de visite qui avait été plantée comme un grand panneau publicitaire autoroutier. Il la saisit entre le pouce et l'index pour la sortir de son logement.

Pendant ce temps, le patriarche alien continuait sur sa lancée en débitant des préceptes absurdes d'un ton monocorde martelés par sa houlette. Apparemment, la religion locale était bourrée de poncifs commerciaux et civiques. Et le Mercredi Saint consacré au visionnage de films pornos... L'agent J plissa le nez de consternation.

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En faisant le point à la sortie de la gare, les deux agents convinrent que tout ce qu'ils avaient gagné c'était un compte à rebours de soixante minutes dont ils ne savaient pas quel délai il indiquait, et la carte de visite d'un magasin de location de cassettes vidéos appelé Tapeworm...

A toutes les questions de J, K répondait avec honnêteté qu'il ne savait plus. C'était bien ça le problème avec les déneuralysations sauvages, elles vous laissaient un peu la tête en vrac.

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Épilogue

Quelques jours plus tard, la mission était finie et alors qu'une autre de ses journées venait à son terme, l'agent J s'assit mélancoliquement sur un banc des vestiaires du MIB en prétendant qu'il allait bien. Il desserra son nœud de cravate d'un geste machinal.

Il affirmait que non, mais il repensait toujours à la "Lumière de Zartha", une belle princesse aliène qui s'ignorait et à laquelle il avait été très sensible. Pour une fois qu'une fille ne perdait pas les pédales face à tout ça... Hélas, elle était attendue ailleurs et repartie vers sa planète, où son destin était de restaurer son monde désormais à l'abri des griffes tentaculaires et serpentiformes de la terrible Serleena…

Bien sûr il avait retrouvé K, mais comme un pauvre cowboy solitaire, il restait là à l'écouter débiter les plus pitoyables tentatives de remontage de moral. Et les blagues sexuelles de Z et Franck tombaient un peu à plat étant donné la situation.

J se leva et s'approcha de sa porte de vestiaire pour y ranger son uniforme.

Mais à peine l'eut-il entrouverte qu'il entendit beugler alors un vibrant :

"Gloire à J !"

Interloqué, il referma et se tourna vers son partenaire en quête d'explications sur la présence des "mulots" que K admit avoir déplacés.

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Il l'avait fait afin que le jeune homme se secoue un peu, réfléchisse et qu'il finisse par avoir un peu de plus de "recul sur la vie". Mais « l'artiste » n'était pas d'accord et secouait la tête. Il argumentait comme il le faisait toujours, comme s'il croyait vraiment que son baratin ne faisait pas que lui rentrer par une oreille pour sortir aussitôt par l'autre...

K fit claquer sa langue et secoua la tête d'un air impatienté et navré, tandis que le jeune agent noir parlait de sortir les bestioles de là, afin qu'elles sachent qu'il existait un vaste monde, là dehors tout autour…

Le plus vieux se dirigea alors vers une porte spéciale du vestiaire entièrement peinte en noir et bardée de nombreux avertissements en gros caractères blancs et rouges. "Danger !" avertissait-elle. "Sortie interdite ! Défense d'ouvrir"...

— C'est bien ce que je pensais, soupira-t-il avec une once de déception. T'es toujours qu'un débutant !

Et avec ça, il donna un théâtral coup de pied dedans pour la faire céder.

J s'approcha prudemment. Leurs silhouettes sombres et rétroéclairées se découpèrent dans l'ouverture. Leur porte n'était qu'une parmi tant d'autres, sur un grand mur où il y en avait des dizaines d'autres identiques. En contrebas, il y avait un immense espace où de grands aliens allaient et venaient d'un pas pressé et indifférent.

Dix contre un que c'était une gare.

Et dix de plus qu'ils étaient eux aussi dans un foutu casier de consigne...

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FIN


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