Valentine eut à peine le temps de faire un saut chez elle afin de se débarrasser de ses affaires de travail et de rapidement se changer avant de se rendre au Dickens. Ce pub, situé à distance parfaitement égale de son appartement, son université et du collège où elle travaillait, était le parfait équilibre entre une bonne ambiance, de bonnes bières et des prix raisonnables pour la qualité de la marchandise.
Elle avait eu l'habitude de s'y rendre avec quelques camarades de promotion lors de ses deux premières années de licence ; certains ayant redoublé, changé de voie, ou tout simplement abandonné, elle se retrouvait désormais seule, et elle ne s'en plaignait pas. Seulement, sa seule amie proche n'était pas un pilier de bar comme elle, alors les occasions d'y boire se faisaient rares. Elle n'avait plus que ce type comme camarade de beuverie, pour le meilleur comme pour le pire. C'était d'ailleurs à cet endroit-là qu'il l'avait invitée à prendre un verre le jour-même de leur rencontre.
Elle avait troqué son habituel jean et son haut à manches longues en dentelles contre une robe foncée à motifs de fleurs dont le col se terminait en un nœud au niveau du cou. Elle prit soin de choisir une tenue qui couvrait ses poignets, mais la compléta tout de même d'une montre, qui attirerait sûrement plus les regards que ses cicatrices si l'on venait à observer ses avant-bras. Elle alla dans la salle de bain, et passa rapidement un coup d'eau sur son visage pour le rafraîchir ; grands dieux, que ses cernes étaient laids. Elle tenta vainement de les masquer avec du maquillage, se répétant que les gens se focaliseraient plus sur ses yeux mis en valeur par le fard à paupières que sur ses cernes, mais elle n'y croyait pas trop. Elle brossa rapidement ses cheveux, les attacha en une queue de cheval qu'elle retourna sur elle-même afin d'en faire une coiffure sophistiquée mais relativement simple. En un quart d'heure, elle était prête à repartir. Elle revêtit une veste légère et, sac à main sur l'épaule, et enfila des bottines à talons avant de sortir de chez elle et de fermer la porte à double tour.
Elle marcha rapidement dans les rues, afin de ne pas se mettre plus en retard qu'elle ne pouvait déjà l'être. L'heure du rendez-vous était passée de quinze minutes lorsqu'elle posa le pied sur le seuil du bar.
Il vint aussitôt l'accueillir à bras ouverts.
Thomas Dompeyre était le genre de personne qui semblait plus vieille que ce qu'elle n'était réellement. Sa barbe brune taillée courte lui donnait facilement cinq ans de plus – c'était l'estimation qu'avait faite Valentine en le rencontrant – et malgré cela, il n'était son aîné que de deux ans. Il fallait dire qu'en plus de l'apparence physique – malgré sa taille moyenne il avait une carrure relativement maigre ; pas de muscles apparents, pas d'épaules carrées, il était tout à fait moyen – jouait le style vestimentaire sur la première impression. À chaque fois, elle l'avait vu habillé relativement bien ; chemise ou t-shirt, et jean, accompagnés de chaussures de ville en toutes circonstances. Dans les meilleurs moments, il mettait même des cravates. Autant dire qu'il détonnait souvent sur son lieu de travail.
Ils s'étaient rencontrés sur ce même lieu de travail, qui n'était autre que le collège Françoise Dupont ; cela faisait deux ans qu'il y était employé en tant que surveillant. À ses débuts, il avait paru singulier de par ses tenues plutôt bien habillées, mais il avait rapidement conquis le cœur des collégiens, et faisait partie des surveillants qu'ils préféraient. Il avait rapidement repéré Valentine à son arrivée, et lui avait présenté tous les trucs et astuces bons à savoir, comme les petites magouilles permettant de débloquer les distributeurs automatiques de friandises ou bien d'obtenir des boissons gratuites à la machine à café. Il lui avait semblé être un type jovial et avenant, et son impression s'était confirmée avec le temps à force de le fréquenter ; il fallait dire que le soir de sa première journée il l'avait invitée de force à boire un verre en compagnie des autres surveillants, et c'était surtout lui qui avait animé la soirée.
Leur relation passa assez rapidement de collègues à amis proches, et elle ne comptait plus le nombre de fois où ils s'étaient mutuellement invités l'un chez l'autre, ou encore dans ce pub, et avaient passé des soirées entières à rire et discuter, entre autres. Cependant, Valentine s'était jurée de ne jamais se montrer faible devant lui, et elle craignait de ne pas pouvoir s'y tenir ce jour-là encore. Ses nerfs étaient encore à vif, et les larmes coulaient facilement lorsqu'elle avait bu.
« Comment tu vas, Val ? Ça faisait longtemps que je t'ai pas vue !
– À peine deux semaines, ricana-t-elle. C'est bon, tu vas survivre ! À moins que tu ne tiennes tant que ça à moi ? »
Il s'inclina respectueusement devant elle, et lui fit du baisemain.
« Ma chère, chaque jour sans vous voir n'est que monotonerie !
– Si tu veux, rit-elle. Sauf qu’on dit « monotonie » !
– Peu importe ! La vie est trop courte pour être vécue sans te croiser ! »
Ils s'esclaffèrent tous deux, une petite crise de rire qui détendait agréablement, puis la discussion reprit une tournure habituelle.
« Qu'est-ce que tu veux boire ? Comme d'hab ? Je t'invite.
– Dans ce cas je veux bien une blanche s'il te plaît.
– Pinte ? Demi ?
– Pinte, voyons ! Pour qui tu me prends ? »
Il lui fit signe de s'installer à une table tandis qu'il s'approchait du comptoir pour commander leurs boissons. Elle jeta son dévolu sur une banquette moelleuse qui avait sûrement connu des jours meilleurs, et patienta en naviguant sur son téléphone. Quelques articles de presse mentionnaient l'attaque qui avait eu lieu plus tôt dans la journée. Heureusement, comme à chaque fois, il n'y avait eu aucun dégât grâce aux petites coccinelles. Valentine grommela. N'y avait-il personne de sensé pour se dire que ce climat d'insécurité n'avait que trop duré, et que ce n'était pas à des adolescents d'endosser ce rôle de sauveurs ? Tout portait à croire qu'elle seule avait de telles opinions dans cette ville.
Elle verrouilla son téléphone avec agacement, à l'instant même où Thomas revenait avec une pinte dans chaque main. Il lui tendit celle à la couleur jaune pâle, avant de s'asseoir en face d'elle et de tenir par l’anse un verre à la couleur brune. Elle avait, au fil de leur relation, rapidement noté ce tic qu'il avait, celui de passer sa main dans ses cheveux courts qui tombaient vers l'avant de la tête lorsqu'il était gêné et ne savait quoi dire. Cette fois-ci ne fut pas une exception, elle avait aperçu ses yeux à l'iris noisette parsemé de touches de vert tournés vers son poignet alors qu'elle rangeait son téléphone dans son sac à main après l'avoir mis en silencieux. La montre n'avait pas marché. Elle se mordit la lèvre inférieure ; elle ne voulait pas avoir à parler de ça.
« Et si on trinquait ? » proposa-t-elle afin de détourner l'attention vers leurs verres plutôt que sur son poignet.
Il acquiesça, et les deux pintes tintèrent l'une contre l'autre. Chacun en but une gorgée ou deux, avant de les reposer sur la table.
« Dis-moi, lança Thomas afin de changer de sujet, et de faire cesser ce début de silence, qu'est-ce que c'était que cette histoire d'aborder un inconnu ? Ça s'est fini comment ?
– Je ne vais pas rentrer dans tous les détails, mais j'ai peut-être une piste pour remonter à une personne que je traque.
– Traquer, carrément ! Qui est ta proie ?
– C'est pas important, coupa Valentine en prenant une nouvelle gorgée de sa bière. Quoi qu'il en soit, ce type-là, il a un lien avec elle. Alors je suis allée sonner à sa porte en me faisant passer pour une nouvelle voisine.
– Genre ? T'as vraiment pas peur, toi. »
Elle lui répondit par un sourire espiègle, et poursuivit.
« J'ai tout fait bien, figure-toi. Petit gâteau acheté à la boulangerie du coin pour faire genre, j'ai quand même donné une fausse identité pour pas qu'il me retrouve. Et il m'a laissée entrer et on a discuté.
– J'espère pour toi que tu as obtenu les renseignements que tu voulais !
– Non, mais ce type était louche. Il cachait quelque chose. Il va falloir que je pousse l'enquête un peu plus loin.
– Tu n'as rien appris qui vaille au moins le gâteau ?
– Rien qui vaille le gâteau. Mais je relativise. J'ai pu en avoir une part ! »
Ils rirent à nouveau ensemble. Décidément, c'était agréable comme sensation d'euphorie. Peut-être que l'alcool aidait, mais en tout cas, elle avait besoin de se changer les idées comme elle le faisait à cet instant précis.
« Bon et toi ? Comment ça se passe le boulot ? Du nouveau en mon absence ?
– Pas grand-chose, encore des problèmes à cause de la fille Bourgeois. Le fils Agreste tente de la calmer souvent, mais elle fout toujours la merde celle-là. Mais tu sais, si ça s'apprend que tu es sortie en-dehors des heures autorisées, ils risquent de te passer un bon savon !
– Bah. Tu es digne de confiance, non ? Vous n'allez tout de même pas prévenir la CPE, monsieur Dompeyre, » gémit-elle en imitant la voix d'une collégienne.
Il essuya une larme qui menaçait de glisser hors de son œil tant il riait, et respira difficilement en se tenant les côtes. Bon sang, cela faisait un moment qu'il n'avait pas autant ri ! Voilà pourquoi il appréciait la compagnie de Valentine. Dans ses meilleurs jours, elle pouvait rivaliser avec les plus grands humoristes.
Ils discutèrent longuement, rebondissant sur divers sujets. Après avoir fini chacun leur bière, la tentation d'en commander une seconde était bien trop grande, et l'un comme l'autre ne résistait que trop mal à celle-ci. Valentine insista pour qu'ils prirent en plus de quoi grignoter, car elle sentait sa tête tourner un peu trop à son goût, elle voulait limiter les dégâts, bien qu'il fût peut-être déjà trop tard. Dans le même temps, elle sentait son cœur se réchauffer ; elle passait un agréable moment malgré son état d'esprit misérable des derniers jours. Cela l'étonnait qu'elle pût s'amuser autant dans une telle situation, mais cela ne lui déplaisait aucunement que de vivre normalement.
« Bon, finit par dire Thomas en constatant les pintes vides sur lesquelles perlaient des gouttes de condensation, et si on migrait ? Tu as faim ? On pourrait attraper un tacos sur le chemin du retour, t'en dis quoi ? »
Elle leva les yeux vers lui, et pencha la tête sur le côté, avant de la rattraper d'une main. Le monde tournait, il fallait qu'elle se maintînt fermement si elle voulait pouvoir le regarder en face. D'habitude elle tenait mieux l'alcool, mais ce jour-là elle avait bu sans manger au préalable, et surtout, elle était épuisée des jours précédents. Elle acquiesça. Elle avait une faim de loup ; elle n'allait pas refuser un repas.
« Allez, viens, je t'offre le gîte et le couvert pour ce soir. Tu m'as l'air d'en avoir grandement besoin.
– Ça ne te dérange pas ? Tu bosses demain, non ?
– Bah, t'en fais pas pour ça. Tu as un double des clés de toute façon. »
Elle lui répondit par un large sourire, et se mit debout sur ses jambes. Elle chancela quelque peu ; Thomas lui offrit son bras auquel elle se raccrocha afin de se maintenir debout. En un rapide mouvement elle s'empara de son sac à main, dont elle mit la lanière sur son épaule, et ils quittèrent le Dickens, toujours en discutant et en riant.
L'appartement de Thomas se situait à quelques rues de là, dans le sens opposé de celui de Valentine. Il y avait dix minutes pour se rendre de son appartement au pub, et un quart d'heure de marche supplémentaire pour aller chez lui. Bien sûr, il y avait moyen d'utiliser le métro ou les bus pour raccourcir un peu le chemin. Mais lui comme elle adorait marcher, et passée une certaine heure, la faune des transports en communs était singulière et peu fréquentable. Toutes les excuses étaient bonnes pour faire ce bout de chemin à pied.
La résidence dans laquelle vivait le jeune homme se trouvait dans une ruelle en parallèle d'une grande avenue ; il était proche de beaucoup de petits commerces de proximité, dont des restaurants et autres fast-foods, y compris un établissement de l'enseigne O'Tacos, auquel ils se rendirent afin de s'acheter de quoi dîner. À huit heures et demie passées, il y avait un grand nombre de personnes qui y faisaient la queue. Ils s'y insérèrent, comme tout le monde, et attendirent leur tour.
« Tu sais, le vieux de tout à l'heure, commença Valentine en posant sa tête sur l'épaule de Thomas, les yeux fermés.
– Qu'est-ce qu'il a, ce vieux ?
– C'était un Chinois.
– Et ?
– J'ai pas pu m'empêcher de lui parler en chinois.
– Il a dû te prendre pour une meuf bizarre !
– T'imagines si je m'étais trompée, et qu'il était en vrai, genre, je sais pas, vietnamien ? La honte ! »
Ils repartirent dans un fou rire ; le cœur de la jeune femme se réchauffait lorsqu'elle entendait ce rire si particulier. Cela lui évoquait de très bons souvenirs de toutes ces soirées passées ensemble à se raconter des anecdotes insolites, et à rire tout en buvant divers mélanges d'alcool jusqu'à ne plus pouvoir tenir debout. Bien sûr, ils avaient aussi passé des moments plus calmes, mais elle n'avait pas envie de tourner ses pensées vers ce genre de choses ; elle sentait que si elle s'y abandonnait, elle se laisserait entièrement aller.
« Mais en même temps, reprit-elle sur un ton plus calme, presque endormi, avec un nom pareil, c'était impossible qu'il soit pas chinois. C'est comme s'appeler « François Martin » et ne pas être français. »
Bientôt, ce fut à leur tour de commander, et ils n'eurent qu'à attendre une poignée de minutes supplémentaire avant d'obtenir le Saint Graal, leur pitance de ce soir-là. Ils rentrèrent d'un pas vif – quoiqu'un peu déséquilibré pour Valentine, bien que Thomas n'en menât pas large non plus – jusqu'à l'appartement du jeune homme, qui se trouvait au troisième étage.
C'était un deux pièces plutôt spacieux, dans lequel on pouvait aussi bien aisément vivre seul comme à deux. L'entrée donnait sur une cuisine qui servait de temps à autre – bien qu'il ne l’eût jamais invitée à dîner chez lui, elle savait qu'il était un bon cuisinier – séparée du salon par un demi-mur. Un canapé convertible faisait face à un meuble de télévision sur lequel reposait cet appareil, ainsi qu'un exemplaire d'une des dernières consoles de jeu sorties sur le marché. Une porte non-loin de là menait à la salle de bain, et une autre à la chambre. Les rideaux gris disposés sur la fenêtre près du bureau filtraient les éclairages publics ; il ne fermait jamais les volets, il n'en voyait pas l'utilité puisqu'il ne dormait pas dans cette pièce.
Ils s'affalèrent simultanément sur le canapé en poussant un long soupir d'épuisement, comme si toutes leurs forces les avaient quittés à cet instant précis. Ils retirèrent chacun leur dîner de son emballage d'aluminium, et croquèrent avidement dedans. Il n'y eut bientôt pour seuls bruits dans l'appartement que ceux qu'ils faisaient en mangeant.
« Rien de mieux qu'un bon tacos après une bonne bière, soupira Thomas en s'étirant une fois qu'il eût fini. Le tien était bon ?
– Ils ont été radins sur la sauce, mais sinon oui, très. »
Elle étira grandement sa mâchoire dans un bâillement qui parut interminable, et tomba sur Thomas ; il caressa sa tête, un sourire dessiné sur les lèvres, et tira l'élastique qui retenait ses cheveux, les libérant de son emprise.
« Tu veux aller au lit maintenant ?
– Tu as sommeil, toi ? rétorqua-t-elle d'une voix déjà quelque peu endormie.
– Pas vraiment, mais si tu veux qu'on y aille, alors on y va. »
Elle se roula en boule, la tête posée sur les genoux de son ami, le visage tourné vers lui, et ferma les yeux.
« Je vais faire une petite sieste, murmura-t-elle. Réveille-moi quand tu voudras aller te coucher. »
Son sourire s'agrandit encore un peu plus alors qu'il observa le visage endormi de la brunette. Il s'efforça de ne pas regarder son poignet abîmé, mais c'était difficile de rater les marques encore rouges. Il ignorait ce qui avait bien pu se passer pour qu'elle en vînt à cela ; cela devait sûrement à voir avec cette personne qu'elle traquait et ce vieux Chinois qu'elle avait abordé, mais il ne pouvait pas la forcer à lui en parler. Tout ce qu'il pouvait faire pour elle était d'être présent, de lui changer les idées. Il espérait que ce soir-là avait été le cas.
Après quelques minutes passées à se perdre dans ses pensées, il décida qu'il était temps d'aller se coucher ; il s'extirpa doucement de l'emprise de Valentine, et une fois debout, il se pencha vers elle afin de la prendre dans ses bras. Il l'emmena jusque dans sa chambre, où il la posa sur le lit ; cela la réveilla, et elle l'observa d'un regard brumeux.
« Merci, souffla-t-elle.
– Pas de quoi. Je n'allais pas te laisser dormir sur le canapé. Tiens, tu peux mettre ça, » fit-il en lui tendant un t-shirt trop grand pour lui, qui ferait office de chemise de nuit pour son invitée.
Elle sourit, et murmura qu'il lui fallait d'abord aller se démaquiller. Après un rapide tour à la salle de bain, elle revint s'asseoir au bord du lit, et commença à se déshabiller. Elle bailla à nouveau, en s'étirant. Lorsqu'elle ramena ses mains sur ses jambes, elle en profita pour tirer l'une des extrémités du nœud afin de le défaire. Elle ôta ses chaussettes, et les posa dans un coin près de la table de chevet, au pied de laquelle reposait son sac à main – quand avait-il atterri là ? – avant de poursuivre. Elle se releva quelque peu afin de faire remonter le bas de sa robe au niveau de ses hanches. À ce moment-là, Thomas s'approcha d'elle, et lui murmura à l'oreille.
« Besoin d'aide ? » demanda-t-il en posant ses mains sur les siennes, et en approchant ses lèvres de sa nuque de laquelle il avait balayé les quelques mèches de cheveux.
Il y déposa un premier baiser, qui fit frémir Valentine de tout son corps au contact de sa barbe mi-rugueuse, mi-douce. Satisfait de cette réaction, il poursuivit, en l'embrassant à plusieurs reprises, tout en saisissant le tissu qu'elle portait. Il le fit remonter, mettant à nu ses jambes, puis son ventre, et enfin sa poitrine, avant de l'ôter complètement. Instinctivement, elle cacha ses seins en croisant les bras ; elle n'aimait pas qu'il vît cette partie d'elle.
Il remarqua qu'elle portait un des soutien-gorge qu'il préférait, celui qui était de couleur noire et aux bordures de dentelles. Il releva aussi qu'elle n'avait pas pris la peine de mettre un ensemble, privilégiant le confort d'une culotte de coton face au charme inconfortable d'un sous-vêtement de dentelle. Il posa la robe à côté d'eux, et fit remonter ses mains le long du corps de la jeune femme, visitant le creux de ses hanches, ses côtes que l'on sentait sous la peau, avant de terminer leur voyage sur sa poitrine moelleuse. Il y resserra les doigts, les enfonçant dans la chair, et accompagna ses mouvements de baisers dans le cou, descendant sur les épaules.
« Tu en as envie ? » demanda-t-il doucement en posant sa tête dans le creux de sa nuque.
Elle acquiesça timidement. La lumière éclairait vivement sa peau claire, et cela la gênait pour une raison qu'elle ignorait ; elle ne voulait probablement pas qu'il vît combien son corps avait été abîmé par les récents événements.
Il sentit d'où venait son malaise, et tendit le bras afin d'abaisser l'intensité de la lumière ; dans une semi-obscurité, il se coucha sur le dos, et invita Valentine à le rejoindre. Elle se lova contre lui, sa tête posée sur son bras. Elle aimait être blottie contre lui, son corps lui apportait souvent un sentiment de réconfort et de sécurité, et elle en avait grandement besoin ces jours-ci.
Il parcourait le dos de la brunette du bout des doigts. Ses caresses le menèrent jusqu'à l'agrafe du soutien-gorge, qu'il ôta à contrecœur. Valentine sourit en contemplant sa mine faussement déçue, et se redressa quelque peu, lui permettant de passer les bretelles et de complètement lui dévêtir le haut.
« Ce n'est pas très juste si toi tu restes habillé, souffla-t-elle en s'asseyant au-dessus de lui, son bassin situé au niveau de l'entrejambe du jeune homme.
– Alors à toi l'honneur, » répondit-il tout sourire.
Elle commença à ôter un à un chaque bouton de la chemise qu'il portait, découvrant peu à peu son torse dont la légère toison brune lui donnait des picotements dans le ventre à chaque fois qu'elle l'apercevait. Si l'on disait que l'appétit venait en mangeant, il ne lui avait fallu que de quelques amuse-gueules pour avoir envie d'un festin.
La chemise tomba au sol, rapidement suivie par le jean que portait jusqu'alors Thomas. Quelques caresses suffirent à faire suffisamment monter l'excitation du jeune homme ; il fallait dire que le physique de Valentine, qui se réjouissait de sentir son érection grandir sous elle, ne le laissait pas indifférent. Il l'attrapa par les épaules, et la fit basculer sur le côté ; roulant l'un contre l'autre, elle se retrouva sur le dos, tandis qu'il caressait son corps.
Sa main glissa le long de son cou, dessinant la finesse de sa clavicule, et descendit jusque sur sa poitrine, dont il traça les contours. Il approcha ensuite son visage, et déposa quelques baisers là où sa main venait de passer ; il s'attarda sur ses seins, c'était la partie de son corps qu'il préférait. Il prit le droit dans sa main, et l'embrassa avidement, mordillant le mamelon, ce qui arracha quelques gémissements à Valentine. Elle passa ses mains dans ses cheveux, crispant ses doigts lorsque son corps entier se contractait sous l'envie qui devenait plus grande et plus pressante.
Il descendit sa main droite le long de son ventre, qu'il effleura ; cette sensation légère de chatouillement lui fit lâcher un soupir lascif, et elle lui murmura un « encore... » qui l'incita à appuyer un peu plus ses caresses. Elle le sentit s'arrêter longuement à la limite de son sous-vêtement, avant qu'il ne le tirât pour le lui enlever. À la réalisation qu'elle était complètement nue sous ses yeux, elle chercha à se cacher, une main barrant sa poitrine tandis que l'autre dissimulait du mieux qu'elle le pouvait son entrejambe.
« Chut... Calme-toi, Val, souffla doucement Thomas en se rapprochant à nouveau d'elle. Tu veux qu'on arrête ? »
Elle secoua négativement la tête, les yeux fermement clos. Il posa sa main sur sa joue ; la chaleur de sa paume surprit Valentine.
« Est-ce que... tu veux bien... ne pas me regarder... ?
– Si c'est ce que tu souhaites, alors je le ferai. »
Il se colla à son corps ; elle sentait son cœur battre dans sa poitrine. Cela affola le sien en retour.
« Je peux ? osa-t-elle en posant sa main sur l'entrejambe de Thomas, qui retint un instant son souffle pour ne pas succomber à l'envie.
– Bien sûr, » répondit-il finalement, l'autorisant à lui ôter le seul bout de tissu qu'il lui restait.
Ils se retrouvèrent ainsi tous deux nus, l'un contre l'autre. Leurs peaux se frôlaient, et cela ne calmait en rien leur excitation à chacun. Valentine sentait son sang bouillir, et un coup d’œil jeté en direction de son partenaire lui confirma qu'elle n'était pas la seule.
« Tu peux y aller, » souffla-t-elle en plongeant dans ses yeux d'amande.
Il n'en fallut pas plus au jeune homme ; il tira le tiroir de sa table de nuit pour sortir d'une boîte un préservatif, qu'il enfila sur son sexe. Il y ajouta un peu de lubrifiant, et s'installa au-dessus de Valentine, qui l'accueillit à bras ouverts. Il entra en elle, lui arrachant un énième soupir de plaisir alors qu'elle le sentait grossir encore un peu plus au contact de sa chaleur. Il laissa s'échapper un râle de plaisir partagé, et se laissa tomber contre elle, plongeant son visage dans le creux de son cou ; le parfum de la jeune femme l'emplit soudainement, l'enivra.
« Si tu savais combien tu m'as manqué, souffla-t-il en l'embrassant dans la nuque. Tout de toi m'a manqué. »
Elle répondit par un discret gémissement et un hochement de tête. Elle ferma les yeux, ses mains posées sur les épaules de Thomas, et ses jambes entourant le bas de son dos ; elle se laissa bercer par les mouvements de bassin qu'il exécutait, et qui se répercutaient jusqu'au plus profond d'elle. Elle sentait son corps réagir à chaque frottement du sexe de Thomas contre son corps en elle ; parfois le plaisir la dominait, et sa respiration se bloquait, tout son corps se crispait. Ses pensées divaguaient, passaient d'une chose à l'autre, jusqu'à être rappelées par la position dans laquelle elle se trouvait.
« Val ?
– Oui ?
– Est-ce que tu veux bien changer ? »
Elle acquiesça, et sourit. Il s'éloigna quelque peu de son corps, leurs regards se croisèrent, elle détourna le sien. Elle ne parvenait pas à le regarder en face ce soir-là.
Il sortit de l'intérieur de son corps, et la fit doucement pivoter afin qu'elle fût couchée sur le ventre. Il entra à nouveau en elle, ce qui lui arracha un gémissement de plaisir. Ses désirs les plus primaires la ramenaient à la raison.
« Encore... Encore, s'il te plaît, » gémit-elle alors qu'elle le sentait accélérer la cadence.
Elle s'abandonna entièrement aux mouvements de Thomas. Son buste quelque peu redressé, elle lui avait laissé un accès à sa poitrine, qu'il massait avec ardeur de ses doigts fins. Elle sentait qu'il atteignait ses limites ; depuis le temps qu'ils se fréquentaient, elle avait appris ses réactions et ses signes de faiblesse. Elle releva le bassin, suffisamment pour changer l'angle de pénétration et amplifier les sensations que tous deux ressentaient. Le résultat se fit rapidement sentir ; Thomas poussa un râle de plaisir, et resserra ses doigts sur la chevelure de Valentine, les tirant involontairement vers lui, ce qui fit gémir à son tour la jeune femme sous la surprise.
Ses va-et-vient se firent plus forts, jusqu'à ce qu'elle sentît son corps entier se raidir alors qu'il jouissait en elle. Elle sentait son sexe se contracter ; enfin, Thomas s'écroula sur elle, haletant. Il ne put s'empêcher de l'embrasser à plusieurs reprises dans la nuque. Son corps était brûlant.
Une fois l'exaltation de l'homme passée, il se retira, et s'affala sur le lit. Valentine se redressa quelque peu, inspira un grand coup, et se dépêcha de se lever afin de gagner les toilettes. À son retour, Thomas avait investi la salle de bain, laissant la chambre vide. Elle se hâta sous la couette, et attrapa le t-shirt qu'il lui avait prêté. Lorsque ce fut son tour de se rendre à la salle de bain, elle se dépêcha de se brosser les dents, se passa un coup d'eau sur le visage, et regagna le lit aussi vite qu'elle le put.
Enfouie sous la couette, roulée en boule, elle tournait le dos à Thomas, qui s'approcha doucement d'elle. Il l'entoura de ses bras, et posa sa tête contre sa nuque.
« Merci, lui souffla-t-il. Tu m'avais manqué.
– Merci, répondit-elle. C'était très agréable... »
Il ne releva pas la boule qui s'était formée dans la gorge de Valentine alors qu'elle lui répondait. Elle n'avait pas pu aller jusqu'où elle le voulait ; il avait ignoré le désir de la jeune femme pour se focaliser uniquement sur le sien. Mais si seulement il n'y avait que ça... Elle refoula ses larmes du mieux qu'elle put, mais rien n'y fit.
Ce n'est pas en t'abandonnant dans ses bras que tu iras mieux, lui cria une voix dans sa tête.
C'est vrai, songea-t-elle. Mais si elle devait se priver de la seule chose qui lui apportait un tant fût peu de plaisir, que deviendrait-elle ?
Elle retint un gémissement ; Thomas le remarqua.
« Quelque chose ne va pas ? s'inquiéta-t-il. Je t'ai fait mal ?
– Serre-moi dans tes bras, s'il te plaît, » murmura-t-elle.
Il ne posa pas plus de questions, et s'exécuta ; il ne la connaissait pas suffisamment bien pour connaître la source de son malheur sans qu'elle ne le dît d'elle-même, mais il ne pouvait être insensible à sa douleur. Il la serra un peu plus fort contre lui, et lui murmura quelques mots réconfortants.
« Tout va bien se passer, chuchota-t-il. Tout va s'arranger. Ne t'en fais pas. »
Le cœur de Valentine hurlait sa détresse, mais il ne l'entendait pas. Il n'était que son ami, c'était impossible qu'il pût l'aider mieux que ça.
Pour la première fois, il se prit à penser qu'il aurait aimé ne pas être qu'une simple fréquentation.
Puis les pleurs de Valentine se calmèrent. Il la retrouva endormie, le visage misérable, les cicatrices rougeoyantes sur la peau claire de ses poignets.
*
« Je la sens qui m'appelle... Quand viendra-t-elle à ma rencontre ? »
Ce soir-là, ils furent deux à avoir une telle pensée. L'un voyait en elle une alliée de taille ; l'autre espérait lui apporter le soutien dont elle avait besoin.
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* 『古びた団地の陰が伸びる 荒れ果てた花壇飲み込む
子供がペンで書いた墓標 吹き曝しの無常に花も咲かねぇ』
「ポルノ映画の看板の下で」 - amazarashi