« Dites-moi, Nathalie, que pensez-vous de cette personne ?
– Pour être honnête, monsieur, elle m’a quelque peu inquiétée. Je ne m’attendais pas à ce qu’elle me remarque alors que j’étais sûre d’être parfaitement dissimulée.
– Je vois. Êtes-vous sûre de ce que vous avancez ?
– À quel propos ? »
Gabriel fit quelques pas, se déplaçant de son estrade vers la grande fenêtre du salon, à travers laquelle l’obscurité de la nuit semblait vouloir pénétrer dans la demeure, puis il se tourna vers elle.
« Cette femme, possédait-elle bien un Miraculous, elle aussi ?
– D’après la Coccinelle, oui. Elle l’aurait volé, très certainement au Gardien.
– Ainsi quelqu’un a pu remonter jusqu’à lui et lui dérober l’un de ces bijoux… »
Il afficha une mine songeuse. Son assistante l’observa avec grand intérêt, à la fois fascinée et effrayée.
« Avez-vous ressenti ses émotions ?
– Oui, monsieur. Elles étaient très fortes. Je n’ai jamais perçu une telle haine.
– Nous sommes d’accord. »
Nooroo restait en retrait, toujours assis sur le rebord de la fenêtre, et les écoutait silencieusement. Duusu avait été congédiée avant qu’il ne pût lui adresser le moindre mot cette fois-ci encore.
« Je pense qu’elle pourra nous servir.
– Je le pense aussi, Nathalie. Mais je ne ressens plus ses émotions. Comment serait-ce possible ?
– Peut-être y a-t-il un élément déclencheur ? Il nous faut enquêter. »
Il acquiesça sobrement. Leur priorité était les porteurs des Miraculous de la Coccinelle et du Chat Noir, mais s’ils pouvaient retrouver cette étrange femme et la rallier à leur cause… Leur tâche n’en serait que plus aisée. D’autant plus que, en ayant un autre Miraculous en leur possession, ils pourraient en faire une excellente utilisation. Peut-être cette nouvelle arrivante serait-elle leur nouvel atout, et leur clé vers le succès.
« Maintenant que j’y pense, avez-vous fixé un rendez-vous avec l’enseignante d’Adrien ?
– Oui monsieur. Vous avez un créneau de libre la semaine prochaine. Je l’ai communiqué à Adrien, qui se chargera de la prévenir.
– Bien. Nous mettrons nos pions en place et l’accueillerons comme il se doit. »
*
Roarr trépignait alors que Valentine prenait tout son temps pour avancer jusqu’à l’interphone. Elle tira le combiné qu’elle porta à son oreille. Une voix lui parvint de l’autre côté ; Thomas était arrivé.
« C’est ouvert ! » fit-elle en appuyant sur le bouton réservé à cet usage ; elle reposa le téléphone, et se tourna vers le tigre fuchsia. « Tu veux bien rester dans la chambre tant qu’on est ici ?
– Je n’ai même pas le droit de lui dire bonjour ?
– Je croyais que nul ne devait connaître votre existence ? Il est du genre à ne pas avoir sa langue dans sa poche. »
Le kwami fronça les sourcils, et grommela qu’elle ne comprenait décidément aucune de ces expressions humaines, avant de capituler et de virevolter jusqu’à l’autre pièce. Avant de passer à travers le mur, elle jeta un dernier regard à la jeune femme qui lui faisait un signe de la main ; elle remarqua qu’elle portait le bracelet de Panja à sa main droite.
L’instant d’après, on vint frapper à la porte. Valentine inspira profondément, et afficha son plus grand sourire, étirant ses lèvres sur lesquelles elle avait passé un coup de rouge à lèvres foncé.
« Bonsoir, madame, lança Thomas d’une voix grave alors qu’elle apparaissait sous ses yeux. Me laisseriez-vous entrer ? »
Elle ne put se retenir de rire. Il l’accompagna de ses éclats de voix, qui se dissipèrent doucement lorsqu’il passa le seuil. Ils se saluèrent en échangeant quelques bises, et elle lui ôta sa veste, avant de l’accrocher au porte-manteau qui se trouvait dans l’entrée. Elle l’invita à s’asseoir sur le canapé, et lui proposa de prendre un apéritif, qu’il ne put refuser.
« Qu’est-ce que je te sers alors ?
– Tout dépend de ce que tu me proposes !
– Ça va du verre d’eau au cocktail le plus chargé en alcool qui puisse exister. Alors ? »
Il sembla réfléchir un instant. Puis il lui demanda une bière, tout ce qu’il y avait de plus simple.
« Une bière ? Tu ne changes jamais. J’aurais presque pu la sortir avant même que tu ne frappes.
– Tu me connais bien, Val. »
Elle versa le contenu de la bouteille dans un verre ; le liquide de couleur brune moussa, avant de s’apaiser. Elle se servit pour elle-même un fond de whiskey, qu’elle dilua dans du soda. L’odeur de l’alcool lui fit monter l’eau à la bouche, et elle se retint d’engloutir quelques gorgées avant d’avoir trinqué. Elle posa les deux verres sur la table basse, devant Thomas, et fit un dernier détour vers sa petite chaîne hi-fi, à laquelle elle connecta son téléphone. Lorsque l’écran s’alluma, elle vit les habituelles notifications du groupe de la promotion, mais aucun message qui ne lui était personnellement destiné. Elle enclencha le mode silencieux, et lança un album à faible volume afin d’installer une ambiance musicale.
« Encore cet album ? fit Thomas en tournant la tête vers elle. Il date pourtant.
– Laisse-moi profiter s’il te plaît, grimaça-t-elle. Tu ne peux t’en prendre qu’à toi-même.
– Je savais que je n’aurais jamais dû te le faire découvrir.
– Ce n’est pas de ma faute si je l’associe à de bons souvenirs. »
Elle lui adressa un regard complice. Il déglutit.
« Allez, me fais pas plus attendre. Viens trinquer.
– Très bien, monsieur Dompeyre, » fit-elle sobrement.
Il l’observa faire quelques pas avant de venir s’installer à ses côtés. Elle avait encore fait fort ce soir-là. Elle avait choisi de revêtir une tenue tout à fait sobre, un jean noir et un pull de laine de couleur bordeaux, et avait noué ses cheveux en un chignon maintenu par une baguette chinoise laquée. Il restait captivé par la couleur brillante de ses lèvres, à défaut de pouvoir se plonger dans son regard légèrement sublimé par un fard à paupières ambré, tant il n’osait la regarder.
« Santé, sourit-elle en faisant cogner son verre contre le sien.
– À la tienne, répondit-il en souriant. Tu es sûre que ça va aller ? Un whiskey-coca sans manger avant, tu vas vite finir au lit.
– Qui te dit que ce n’était pas mon but premier ? »
Il eut le malheur de croiser son regard en coin. Il sentit son sang s’affoler dans ses veines.
« Je ne relèverai pas. Je sais que tu n’attends que ça. »
Elle afficha une moue faussement agacée. Il ne put s’empêcher de communiquer sa bonne humeur, et laissa s’échapper un pouffement. Comme si cela allait l’aider à reprendre le contrôle de ses émotions, il engloutit une gorgée de la bière fruitée qui pétilla dans son œsophage, puis une autre. Avant même qu’il ne le remarquât, il avait déjà vidé son verre.
« Tu avais soif, on dirait, lança Valentine en l’imitant et en avalant cul-sec son mélange. Je te ressers ? »
Il n’eut pas le temps de répondre, elle s’en alla décapsuler une autre bière, qu’elle versa afin de remplir le verre, et s’en resservit un dans la foulée. Elle ne sentait pas encore l’alcool monter, alors qu’elle n’avait encore rien mangé. Cela était plaisant de savoir qu’elle avait encore toutes ses capacités.
« Tu es allé à la salle pour finir ? demanda-t-elle en lui tendant sa boisson.
– Ouais. C’était épuisant. C’était les jambes aujourd’hui. Je sens que je ne pourrai pas marcher demain.
– Oh ? Voilà qui est intéressant… »
Il manqua de recracher sa bière. Était-elle sérieuse ? Faisait-elle exprès de lancer des sous-entendus aussi explicites ? Il n’osait la questionner.
« Tu seras donc coincé au lit, sans possibilité de bouger… Il ne faut pas mettre cette information entre les mains de n’importe qui. Une chance que je sois quelqu’un de fiable qui ne profite pas des faiblesses d’autrui. »
Elle entendit une petite voix intérieure se moquer d’elle. Quelle ironie, en effet.
« Je ne sais pas ce que tu comptes faire de moi, et ça ne me plaît pas.
– Rassure-toi, je suis bien trop affamée pour penser à ce genre de choses.
– Est-ce que ça doit vraiment me rassurer ? J’en doute. »
Elle rit, de sa voix claire, et engloutit encore quelques gorgées, mais ne relança pas la discussion.
Le four vrombissait, et une douce odeur en émanait. Il reconnaissait au parfum un délicieux plat de lasagnes, qui lui rappelait ceux que cuisinaient ses grands-parents lorsqu’il était plus jeune. Ah, il avait tellement faim !
« Et si on passait à table ? » demanda Valentine, comme si elle avait lu dans ses pensées.
Au même moment, le four bipa, indiquant que la minuterie avait atteint les zéro minutes restantes. Elle alla gaiement chercher le plat, prenant soin de passer ses mains dans des maniques afin de les protéger des brûlures. De la fumée s’extirpait du plat alors qu’elle le posait doucement sur la table, s’assurant de bien le placer sur le dessous de plat en bambou. Elle invita Thomas à s’asseoir en face d’elle, et déboucha une bouteille de vin blanc qu’elle fit couler dans les deux verres à pied. Il ne manquait plus qu’une bougie pour rendre la scène romantique, mais là n’était pas leur objectif, ni à l’un, ni à l’autre, bien que la musique au rythme binaire quelque peu bancal donnait un semblant d’érotisme qu’on ne pouvait éviter. Valentine baissa un peu le son, mais laissa tout de même l’album tourner. Cela ne déplut pas à son hôte, qui appréciait lui aussi ce groupe, mais qui préférait de loin entendre la voix de la jeune femme alors qu’elle lui parlait, un large sourire ravi aux lèvres.
« Ça me fait plaisir que tu sois là, dit-elle après qu’ils trinquèrent. Je ne me sentais pas de passer ma soirée seule, et encore moins après… »
Elle retint les mots qui manquèrent de dépasser sa pensée. Un peu plus et elle se dévoilait.
Mince. Elle perdait ses moyens face à lui.
« Après l’attaque ? J’ai vu, sur internet, souffla-t-il en retour, une mine à moitié inquiète et à moitié rassurée sur son visage. Ce truc est passé vraiment pas loin de chez toi. Tu aurais pu être blessée…
– J’ai eu de la chance, on dirait. Ils ont été efficaces, comme toujours.
– C’est vrai, acquiesça Thomas en portant son verre à ses lèvres. Ils sont formidables tous les deux. »
Il but une gorgée. Le goût sucré et très légèrement sec du vin le surprit, il ne s’y était pas attendu en le sentant. Puis il se souvint que Valentine aimait tout particulièrement ce genre de vin blanc moelleux, et cela le fit sourire, une fois de plus.
« Tu as raison, » répondit-elle en en faisant de même.
Reposant son verre, elle se saisit d’un couteau avec lequel elle coupa une part du plat, qu’elle déposa dans l’assiette de son invité. La viande et la sauce la teintèrent de rouge en coulant peu à peu. À peine Valentine se fût-elle servie que tous deux plantèrent avidement leurs couverts dans le plat et le dégustèrent.
« Ah, s’exclama Thomas d’un air réjoui, tu cuisines trop bien ! Les carottes vont tellement bien avec !
– Merci, sourit-elle en retour en riant légèrement face à l’exaltation de son ami. Mais c’est pourtant un plat très simple qui ne demande pas grand-chose…
– Oh tu sais, dès que ça mélange plus de trois ingrédients, c’est de la gastronomie pour moi ! »
Leurs rires résonnèrent alors qu’une nouvelle chanson se lançait. Le bruit des couverts cognant contre la porcelaine des assiettes, celui des verres à demi vide qui tintaient lorsqu’ils touchaient la table de bois, celui des gorges alors qu’ils avalaient boisson et dîner, cet étrange concert dura un certain temps. À son terme, il n’y avait que Thomas pour applaudir, félicitant son hôte qui, gênée, lui réclamait qu’il cessât, justifiant que ça n’était qu’un repas très facile à faire.
Bien trop repus pour prendre un quelconque dessert, la jeune femme décida alors de débarrasser la table, et une fois les restes du dîner mis au réfrigérateur, proposa de faire la vaisselle tant qu’elle en avait encore la force. Thomas, à ses côtés, prit un torchon dont il se servit pour l’essuyer une fois propre, sans qu’elle ne lui demandât. Ils montèrent un peu le son de la musique ; Valentine chantonnait les paroles, et lui en sifflait l’air en contrechant.
La chanson s’acheva, laissant un goût amer à Valentine. Comme si, étrangement, ses paroles avaient pris un tout autre sens dans le contexte présent où elle l’écoutait, alors que d’ordinaire cela ne lui faisait ni chaud ni froid. Elle retint un soupir. Son esprit n’allait jamais la laisser tranquille.
« Est-ce que ça va ? »
La voix de Thomas la tira de ses pensées alors qu’elle se lavait les mains, comme elle le faisait toujours après avoir fini de faire la vaisselle.
« Bien sûr, bégaya-t-elle sans comprendre pourquoi elle était tant désemparée, tournant son visage vers celui du jeune homme. Qu’est-ce qui te fait croire que ça ne va pas ?
– Tes sourcils sont froncés, fit-il, tes yeux tristes, et tes lèvres… »
Il glissa sa main le long de la mâchoire de la brunette, avant de rapprocher son visage, et de l’embrasser doucement.
Elle eut cependant une réaction qu’il n’avait pas prévue ; elle laissa s’échapper un gémissement désapprobateur, et fit quelques pas en arrière, s’éloignant au plus vite de ce contact non désiré, avant de s’essuyer les lèvres d’un revers de poignet, effaçant les derniers vestiges de son rouge à lèvres.
Il y eut un silence gêné ; il la dévisagea sans rien dire, elle lui jetait un regard noir.
« Désolé, bafouilla-t-il en baissant la tête. Je…
– Qu’est-ce qui t’a pris ? articula-t-elle difficilement d’un ton dur. On avait pourtant dit jamais ça.
– Je sais, je… Je sais pas, dans le feu de l’action, ça m’a pris, voilà… Excuse-moi. »
Elle se relava rapidement les mains, grattant le maquillage sur son poignet, et frotta nerveusement ses mains contre un torchon afin de les sécher. Elle passa tout aussi frénétiquement un mouchoir sur ses lèvres, comme pour effacer ce qui avait été fait, en vain.
Elle avait envie qu’il s’expliquât, mais en même temps, d’un coup il lui était devenu insupportable. Elle ne voulait plus le voir, et lui n’osait plus la regarder tant son air furieux et dégoûté lui faisaient mal. Pourtant… Elle ne pouvait pas non plus le mettre à la porte. Comme si une part d’elle refusait qu’il quittât les lieux.
À la place, elle se dirigea sans un mot vers le canapé, sur lequel elle s’assit. Tapotant légèrement à ses côtés, elle invita Thomas à la rejoindre, ce qu’il fit en hésitant quelque peu. Il s’enfonça peu à peu dans le dossier, et elle vint poser sa tête sur son épaule. Leurs corps étaient proches, mais leurs esprits semblaient plus éloignés que jamais.
Elle inspira profondément, avant de souffler longuement. Elle faisait souvent ça lorsqu’elle voulait calmer sa colère, comme si elle parvenait d’une si simple action à remettre ses émotions à zéro.
« Est-ce qu’il y avait une raison pour que tu m’embrasses subitement ? souffla-t-elle en priant les cieux pour ne pas entendre de réponse déplaisante.
– Ça a dû me rappeler… des moments passés avec une de mes ex. Tu m’as fait penser à elle, va savoir pourquoi ou comment.
– Je vois… »
Elle ferma les yeux, respira le parfum du jeune homme – en avait-il d’ailleurs mis ce soir-là ? Il se dégageait de lui une douce odeur d’agrumes – et s’apaisa du mieux qu’elle pût. Elle sentait dans le ton de sa voix qu’il ne disait pas la vérité. Cela ne lui plaisait pas, mais elle n’avait pas vraiment d’autre choix que de l’accepter.
« Tu vois quelqu’un d’autre en ce moment ? finit par demander Valentine, bercée par la respiration de son invité.
– Je n’ai pas trop la tête à ça. Que ce soit sérieux ou non, j’ai pas envie de fréquenter quelqu’un de nouveau.
– Je vois… »
Elle n’aimait pas ça non plus, mais elle n’avait – encore une fois – pas d’autre choix que de l’accepter. Le refuser revenait à complètement rejeter Thomas, et c’était absolument le contraire de ce qu’elle désirait, de ce qu’il lui fallait.
« Et toi ?
– Quoi ?
– Et toi, tu fréquentes d’autres gars ?
– Non. Pas le temps, ni l’envie. Ceux avec qui je tente des choses finissent par prendre sans rien donner, et au final, je finis par regretter de les avoir rencontrés. »
Valentine se blottit un peu plus contre lui. Elle entendait son cœur battre à tout rompre dans sa poitrine. Était-ce encore une fois l’alcool qui lui était monté à la tête qui lui jouait des tours ? Voilà que tout son corps hurlait son envie de se rapprocher de lui. Le contact de sa peau, le mélange des odeurs du parfum et de sa transpiration nichées au creux de son cou, le rugueux de sa barbe, les senteurs du shampooing qui imprégnaient ses cheveux… Un rien éveillait ses sens, et elle sentait les papillons battre de leurs ailes dans le bas de son ventre. Une voix – était-ce une feinte de son esprit, ou bien était-ce la voix de Roarr ? Elle ne pouvait le dire. – tentait de la ramener à la raison, de la dissuader de céder à ses désirs les plus primaires.
Au diable la raison ! Si elle voulait mettre la main sur un peu de bien-être, oublier – même le temps de cinq minutes ! – combien elle se détestait, alors pourquoi se retenir ? Elle avait déjà pris son pied en mettant à terre ces deux garnements. Elle revoyait leurs visages terrorisés, oh comme elle avait adoré voir ça ! L’exaltation de la puissance du bracelet aussi avait joué son rôle dans ce court moment de béatitude. Et à présent, elle désirait atteindre ce semblant de plénitude autrement qu’en profitant d’un bijou magique.
Sa main, jusque-là posée sur l’épaule du jeune homme, glissa doucement, effleurant le cardigan de laine bleu marine, dont elle ôta un à un les boutons, découvrant un peu plus le léger pull blanc rayé de gris qu’il portait en-dessous. Il l’observa faire, incapable de l’en empêcher tant il était partagé entre l’inquiétude de s’éloigner d’elle et l’envie de s’en rapprocher.
Lorsque le gilet fut ouvert, sa main poursuivit son chemin jusqu’à sa ceinture. Elle releva le bas du vêtement, dévoilant la peau claire du ventre du jeune homme. Elle resta pensive quelques secondes, le regard posé sur la ligne dessinée par les poils sombres, reliant le haut de son torse à son bas-ventre.
« Je peux ? » demanda-t-elle sobrement, sa voix se perdant dans un murmure soufflé à son oreille.
Il acquiesça, sans dire un mot. Sa main poursuivit alors sa route, s’arrêtant sur les obstacles qu’elle pouvait rencontrer, à commencer par la ceinture noire en cuir qui lui barrait le passage. Elle tira dessus, l’extirpant de l’emprise de la boucle de métal, et la défit. Puis ce fut le tour des boutons refermant le jean de Thomas ; avant de s’en occuper, elle dessina le bord du vêtement du bout du doigt, caressant la peau, provoquant des petits sursauts de plaisir chez le jeune homme. Lorsqu’elle commença à s’en lasser, elle fit sortir de leurs entailles les quatre boutons, libérant un peu plus Thomas de ses contraintes vestimentaires.
Bien qu’il ne prononçât le moindre mot, il était facile de savoir ce qu’il voulait. Il ne repoussa pas Valentine lorsqu’elle glissa ses doigts sous son caleçon, et laissa même s’échapper un soupir de plaisir lorsqu’ils rencontrèrent sa peau brûlante. Enroulant sa main autour de son sexe, elle commença à faire quelques mouvements de va-et-vient, afin de faire monter un peu plus le désir. Lorsqu’elle jugea cela suffisant, elle fit doucement glisser son jean et son sous-vêtement afin de ne plus être gênée par les tissus superflus.
Son visage glissa un peu plus le long du torse de Thomas, et bientôt il sentit le souffle chaud de la jeune femme sur la partie découverte de son corps. Comprenant ses intentions, il posa sa main sur sa tête, la forçant à lever les yeux vers lui.
« Tu es sûre de vouloir faire ça… comme ça ? articula-t-il en haletant, ses joues prenant peu à peu une teinte rouge sous la gêne.
– Je suis clean, et toi aussi, non ? Pourquoi s’en priver ? demanda sobrement la brunette, sans afficher la moindre hésitation.
– C’est juste que… On n’a jamais rien fait sans…
– Si ce n’est que ça, je vais chercher ce qu’il faut. »
Elle fit mine de se relever, mais il la retint en lui attrapant le bras, en secouant la tête de droite à gauche. Elle afficha un large sourire, et se remit en position.
Ses lèvres s’approchèrent timidement du pénis en érection de Thomas, avant de l’embrasser. La réaction ne tarda pas, et sentant qu’il n’en pouvait plus d’attendre qu’elle le prît à pleine bouche, elle décida de le faire languir un peu plus. Sa langue s’étira, et vint lécher sensuellement son sexe, avant de l’engloutir sans le prévenir. L’instant d’après, la main de Thomas se refermait brusquement sur ses cheveux, les tirant involontairement, tant le plaisir l’envahissait.
Valentine commença alors à jouer avec lui. Tantôt passant sa langue sur les endroits qu’elle nota comme étant les plus sensibles – Thomas était très expressif, et cela lui facilitait la tâche – et tantôt exécutant des mouvements de va-et-vient, elle sentait les tremblements de son corps alors qu’il l’accompagnait en bougeant lui aussi, cherchant à s’enfoncer un peu plus profondément dans sa gorge. Lorsqu’elle leva les yeux vers lui, elle constata qu’il gardait les siens fermés, comme s’il concentrait toute son énergie à profiter, ou bien à résister.
Les mains du jeune homme finirent par ne plus supporter de rester là sans rien faire, et commencèrent à se promener du mieux qu’elles purent le long de son corps, passant sous ses vêtements, à travers ses cheveux. Mais sans le prévenir, préférant affirmer sa domination, elle décida que ce petit jeu avait assez duré, et il n’en fallut pas plus pour qu’un goût âcre lui emplît la gorge alors qu’il jouissait en elle. Son corps se crispait, sa respiration se coupait, et ses paupières se fermaient violemment alors qu’il était parcouru de sursauts de plaisir.
Elle resta là, près de lui, quelques instants, patientant tranquillement le temps qu’il se calmât, à l’observer avec un large sourire. Elle le trouvait encore plus charmant lorsqu’il affichait cette expression de satisfaction. Sa vulnérabilité était belle.
La musique continuait à bercer avec sensualité leurs esprits.
Il expira ; un long soupir qui sembla l’aider à reprendre ses esprits tiraillés par ses désirs les plus primaires. Lorsqu’il rouvrit les yeux, Valentine le dévisageait en silence, ses yeux bleu-vert brillant d’excitation, et de désir.
« Merci, Val, articula-t-il difficilement. Je… Merci… »
Il la serra dans ses bras. Pour peu, il aurait couvert son corps de baisers afin d’en découvrir les moindres recoins à son tour. Mais elle se contenta d’articuler un « de rien » presque muet, et de cacher son visage dans leur étreinte, sans lui en donner l’opportunité.
Combien de temps restèrent-ils ainsi ? Ni l’un ni l’autre ne le savait, mais lorsque leurs regards se croisèrent de nouveau, ils décidèrent d’un commun accord de prendre la direction de la chambre, où Thomas s’empressa d’ôter les beaux vêtements de Valentine afin de la satisfaire en retour, non sans rester quelques secondes abasourdi devant la vision de la jeune femme en sous-vêtements ; elle savait si bien choisir ses ensembles qui la mettaient tant en valeur...
Elle prenait des poses sensuelles qui le surprenait tant il ne l’avait jamais vue aussi sûre d’elle lors de leurs échanges intimes, et il ne put que se perdre dans les courbes de son corps alors qu’elle sautillait au-dessus de lui, l’abritant au creux d’elle-même, ses cheveux ondulant à chacun de ses rires, et ses seins perdus dans les mains du jeune homme. Elle finit par s’effondrer dans un râle de plaisir lorsqu’elle vint, et il ne tarda pas à la rejoindre, lui aussi dans un soupir satisfait.
Valentine regarda longuement Thomas dormir, allongée à ses côtés, nue. Ils étaient restés un certain temps dans le lit, à discuter ensemble, de tout et de rien. Puis, lorsque la fatigue les gagna, ils s’apprêtèrent à aller se coucher. Il s’était rapidement endormi, épuisé par sa longue journée, et probablement aussi par les riches émotions, laissant la jeune femme seule avec ses pensées.
Elle ne pouvait s’empêcher de se remémorer la scène où, un peu plus tôt, il avait rompu leur contrat implicite. Dès leurs premières fréquentations, sitôt avaient-ils exprimé leur attirance mutuelle, ils s’étaient jurés de garder une certaine distance. Tout était permis, sauf le fait d’embrasser les lèvres de l’autre. Jusque-là, il n’y avait jamais eu d’autres sentiments que le désir physique. Valentine ferma les yeux en fronçant les sourcils, blessée par la tournure des événements.
Thomas pouvait l’aimer, elle n’avait aucune possibilité de l’en empêcher de ressentir ce genre d’émotions. Mais elle ne pouvait pas retourner ce sentiment. Elle n’était qu’une coquille dénuée d’amour, depuis maintenant trop longtemps. Tous ceux qu’elle aimait finissaient par la haïr ou la quitter. Il valait mieux qu’elle restât seule, ou au moins entourée de gens qui désiraient quelque chose d’elle. Thomas voulait son corps, comme l’avait voulu Quentin, et tant d’autres avant eux. Ashley, elle aussi, attendait sûrement quelque chose en retour ; ce devait être une forme d’attention, de sympathie. Et Roarr, étonnamment, était la seule personne – ou plutôt créature – qui ne semblait pas avoir de quelconque profit à tirer de leur relation. Pour l’instant. Quelle vaste blague.
Sa gorge sèche d’avoir trop ruminé l’appela à se lever. Elle enfila une légère robe de chambre, et prit la direction de la cuisine, où elle surprit Roarr, qui somnolait sur le canapé, en allumant la lumière. Le kwami lui adressa un sourire amical, et vint virevolter autour d’elle.
« Insomnie ? lança-t-elle.
– Ouais. Je cogite trop.
– Tu veux en parler ?
– Ce sont des problèmes d’humains. Quand bien même tu aurais pu fréquenter pendant des siècles d’autres personnes, tu ne sais pas comment on fonctionne dans nos têtes. Désolée, mais je crois que tu ne pourras pas m’aider sur ce coup-là. »
Valentine ouvrit le réfrigérateur, duquel elle extirpa la bouteille de verre dans laquelle elle versait habituellement de l’eau afin de la garder au frais, ainsi que la boîte dans laquelle elle avait rangé les restes de lasagnes. Coupant un bout du plat et le plaçant au micro-ondes afin de le réchauffer, elle s’adressa au tigre qui la regardait patiemment faire, assise sur le plan de travail.
« Je t’avais promis un bout. Alors le voilà. Laisse l’assiette là, je la rangerai demain matin. »
Roarr la remercia, avant de se jeter d’une manière avide sur l’assiette. Ces créatures ressentaient-elles le besoin de se nourrir ? Elle l’ignorait.
Engloutissant son verre d’eau d’une traite, elle frissonna lorsque le froid du liquide sembla la congeler de l’intérieur. Une goutte s’échappa, et vint finir sa chute au creux de sa poitrine, la faisant trembler de froid et de surprise. Elle reposa le verre dans l’évier, et attendit que le tigre eût fini de dévorer son plat, alors qu’il léchait goulûment chaque trace de sauce, sans en perdre ni goutte ni miette. L’assiette semblait presque propre. Elle la débarrassa et souhaitait à la créature la bonne nuit, avant de retourner dans la chambre.
La bouteille de Bordeaux, à moitié vide, refléta tristement le dernier éclat de lumière qui disparut dans le cliquetis de l’interrupteur, laissant la pièce plongée dans une froide obscurité.
Dehors, une pluie fine tombait.
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* 『はしゃいだ分だけ寂しい 空虚に化粧ほどこし
夕映えが最後に 頬を赤く染めてくれる
そしたら綺麗と言って 良かったころの思い出
口を塞いで黙らせて 今だけ見ろって
ア ア ア アルカホール フォール
ア ア ア アルカホール フォール』
「アルカホール」 - amazarashi