Paris n'oublie jamais

Chapitre 6 : Chapitre 5

1934 mots, Catégorie: T

Dernière mise à jour 16/08/2026 23:16

Adrien soupira en remettant en place, pour la énième fois, sa cravate. Il avait un oral dans à peine quinze minutes et avait passé la nuit à réviser. Il relut encore une fois ses fiches tout en finissant de se préparer pour sortir.

— Hum ? Tu ne manges pas avant de partir ?

Il releva la tête et regarda Nino, toujours installé sur son canapé depuis trois jours.

— Non, je mangerai après. Je ne veux pas te mettre à la porte, Nino, mais quand est-ce que tu comptes rentrer chez toi ?

— T’inquiète, je comprends, mon pote ! Ce n’est pas facile de vivre avec un coloc quand on est un célibataire endurci comme toi.

— Ouais, mon pote. Surtout quand ton coloc est en train de fuir sa meuf, répliqua Adrien.

Nino grimaça.

— D’accord, le point est pour toi.

Il sortit rapidement et traversa plusieurs quartiers sans encombre sur sa trottinette électrique. Lorsqu’il arriva devant la faculté, il sourit en voyant Zoé approcher. Il lui fit signe et descendit de sa trottinette à côté d’elle.

— Je ne savais pas que tu passais aussi aujourd’hui, dirent-ils en même temps.

Ils éclatèrent de rire avant de se diriger vers les salles d’oraux.

— Je n’ai pas dormi de la nuit. Ça me stresse tellement.

— Tu vas très bien t’en sortir, Zoé.

Elle eut un sourire avant de reprendre :

— Dit le major de promotion depuis trois ans. Toi, tu n’as pas redoublé ta première année…

— Ça arrive à beaucoup de monde en arrivant à la fac, Zoé. Tu travailles en plus de tes études, ça doit être difficile pour toi.

— J’ai réussi à prendre un bon rythme, et mon patron est compréhensif. Je fais moins d’heures pendant les périodes d’examens.

Il hocha doucement la tête et ils prirent place sur les chaises vides. Un silence s’installa, puis Zoé reprit :

— Tu as vu le message d’Ivan sur le groupe, hier ?

— Oui…

Elle trifouilla le bas de sa robe avant de poursuivre :

— Tu vas essayer de la revoir ? Marinette ?

— Je… je n’ai pas encore décidé. Et puis, la photo d’Ivan était floue. Ce n’était peut-être pas Marinette.

Zoé eut un sourire forcé.

— Adrien… il y avait sa mère et Luka sur la photo.

Adrien ne répondit pas. Il l’avait vue. Marinette avait changé, mais pas au point d’être méconnaissable, surtout en présence de sa mère et de Luka.

La veille, il n’avait pas vraiment réfléchi. Lorsqu’il avait vu la photo apparaître sur leur groupe, il avait fait un détour pendant sa patrouille et l’avait observée de loin pendant un moment. Il l’avait vue retirer les photos accrochées à son mur et les ranger dans un tiroir. Puis elle était sortie sur la terrasse.

Il n’avait pas réussi à passer son chemin.

Discuter avec elle lui avait fait du bien, surtout parce qu’il était caché derrière le masque de Chat Noir. Cela lui avait rappelé des souvenirs qu’il croyait avoir réussi à enfouir. À l’époque où Marinette et lui ne sortaient pas encore ensemble et où ils se tournaient autour lorsqu’il était transformé.

Ça n’avait pas duré longtemps, parce qu’il avait fini par comprendre que Marinette l’aimait. Enfin, qu’elle aimait Adrien, donc lui. Parfois, tout cela devenait encore un peu trop compliqué dans sa tête.

Il allait répliquer quand Zoé fut appelée. Il lui souhaita bonne chance, puis son propre nom retentit peu après. Lorsqu’il ressortit de la salle, il était fier de lui. Zoé l’attendait dans le couloir et semblait, elle aussi, vraiment satisfaite de sa prestation.

— Je crois que j’ai super bien réussi ! déclara-t-elle aussitôt.

Adrien sourit et allait lui répondre quand leurs téléphones vibrèrent en même temps. Ils consultèrent immédiatement le message qui venait de s’afficher.

ALERTE : AKUMATISATION EN COURS. VEUILLEZ RESTER OÙ VOUS ÊTES ET VOUS METTRE À L’ABRI.

Adrien releva les yeux et observa les alentours, cherchant un endroit où se transformer. Depuis quatre ans, une application avait été mise en place afin de prévenir rapidement les habitants en cas d’akumatisation.

Il attrapa la main de Zoé et l’entraîna vers un placard.

— Je vais trouver autre chose. Reste là !

— Adrien !

Il referma la porte avant qu’elle puisse protester, puis s’engouffra dans les toilettes.

— Plagg ! Vérifie s’il y a des caméras !

Le kwami fit minutieusement le tour de la pièce. Depuis que Chrysalide avait repris le Miraculous du Papillon, elle cherchait à tout prix à découvrir leurs identités. Les caméras cachées étaient ainsi devenues de plus en plus nombreuses.

— C’est bon, Adrien !

Il sourit.

— Plagg, transforme-moi !

Une fois transformé, il se précipita dehors et se retrouva rapidement face à un énorme loup qui se mit aussitôt à le pourchasser.

— Tout doux, le chien ! Le chat n’est pas ton casse-croûte !

Il se mit à courir, puis prit de la hauteur à l’aide de son bâton pour tenter de se réfugier sur les toits et d’évaluer la situation.

— Tu te mets dans pas mal de galères, Chaton.

Il releva la tête et fut surpris de découvrir Ladybug, assise sur le rebord d’une cheminée, en train de l’observer.

— Cette fois, j’en suis certain, je ne t’ai pas appelée.

— Non, mais c’était mon tour de patrouiller. Tu avais indiqué sur le planning que tu n’étais pas disponible.

Il se tut et se gratta l’arrière de la tête, gêné.

— Je… oui. Je n’ai pas réfléchi en recevant l’alerte.

Elle sauta de la cheminée et atterrit à côté de lui.

— Eh bien, il est trop tard maintenant. Tu veux bien faire équipe avec moi ? On ne va quand même pas repartir sans en profiter.

Chat Noir sourit.

— D’accord. Allons-y !

Ils hochèrent la tête d’un même mouvement, puis sautèrent dans la rue pour affronter l’akumatisé. Ce fut l’un de leurs meilleurs combats depuis longtemps. La semaine précédente, ils avaient dû improviser dans l’urgence pour sauver Paris, mais cette fois, tout lui rappelait leurs premières années ensemble, et il ne put s’empêcher de sourire. Leur humour revenait peu à peu, tout comme leur synchronisation. Par moments, ils n’avaient même pas besoin de se parler pour comprendre ce que l’autre attendait.

Quelques minutes plus tard, Chat Noir se tenait debout devant les morceaux de l’objet qu’il venait de détruire. L’akuma noir et violet s’en échappa, et Ladybug l’attrapa aussitôt avec son yo-yo avant de le purifier et de le relâcher. Elle observa ensuite les dégâts autour d’elle, puis lança dans les airs le dernier Lucky Charm qu’elle avait invoqué.

— Miraculous Ladybug !

Un flash lumineux traversa la rue et, lorsqu’il se dissipa, tout était redevenu comme neuf. L’akumatisé était un étudiant de la promotion d’Adrien, un jeune homme qui rencontrait des difficultés en cours et dont l’oral s’était probablement mal passé. 

Chat Noir s’approcha et posa une main sur son épaule, tandis que le jeune homme reprenait doucement ses esprits.

— Tu sais, ce n’est pas grave d’échouer. Ça te permet toujours de t’améliorer.

Ladybug sortit alors un Magical Charm noir et gris, aux couleurs de la faculté, et le déposa entre ses mains.

— N’oublie pas que, si tu en as besoin, ce Magical Charm te protégera. Et Chat Noir a raison : échouer est parfois aussi important que réussir.

Ils s’éloignèrent tous les deux en voyant la foule commencer à se rassembler autour d’eux, puis s’isolèrent sur un toit.

— C’était sympa… commença Chat Noir.

Ladybug se tourna vers lui.

— Oui. Tu m’as manqué, Chaton.

— Ce n’est pas ce que disent tes cinq années d’absence, Ladybug.

La voix sèche de Rena Rouge les fit sursauter. Elle atterrit à son tour sur le toit, le regard dur. Ladybug recula légèrement et son expression s’assombrit aussitôt. Chat Noir, lui, observa Rena avec surprise. Depuis que Ladybug s’était mise à l’écart du groupe, Rena Rouge était devenue sa seconde et l’aidait à gérer les autres porteurs.

— Rena… commença-t-il.

— Non. Ce n’est pas parce qu’elle a décidé de revenir qu’on doit l’accepter. Tu voulais suivre ta voie toute seule, alors continue.

Chat Noir vit Ladybug entrouvrir les lèvres, comme si elle cherchait quelque chose à répondre. Finalement, elle se contenta de détourner le regard avant de partir sans prononcer un mot.

— Lady…

Il soupira, puis se tourna vers Rena Rouge.

— Tu exagères !

— Deux fois en une semaine ! Elle essaie juste de revenir dans le groupe.

— Et pourquoi changerait-elle d’avis après cinq ans ?

— Je n’en sais rien et je m’en fiche. La plupart d’entre nous refuseront de travailler avec elle après ce qu’elle a fait concernant Monarque.

— Elle voulait protéger les proches de Monarque ! On n’est plus des adolescents, Rena.

— Pense ce que tu veux. Mais les mensonges n’ont jamais réellement protégé qui que ce soit.

— La vérité brute non plus. Tout n’est pas noir ou blanc dans ce monde.

— Ne me sors pas ces inepties politiques. Je dis simplement que Ladybug n’a plus sa place parmi nous.

Elle partit à son tour sans ajouter un mot. Chat Noir la regarda s’éloigner, le cœur serré. Pourquoi Alya nourrissait-elle autant de rancœur envers Ladybug ? Il comprenait une partie de ce qu’elle disait, mais il était impossible d’être aussi dure uniquement à cause de ce qui s’était passé cinq ans auparavant.

Il n’eut cependant pas le temps d’y réfléchir plus longtemps. Il retourna à la faculté, reprit l’apparence d’Adrien et se mit à chercher Zoé. Elle l’attendait dans le couloir et, dès qu’elle l’aperçut, elle lui donna une tape sur l’épaule.

— Tu ne refais plus jamais ça, Adrien ! J’ai cru que tu avais été blessé !

— Je suis parti loin. Désolé, je ne voulais pas t’inquiéter.

Il rentra dans la soirée et trouva un mot de Nino dans son appartement. Son ami avait même fait un peu de ménage.

Je suis rentré. Alya avait besoin de moi. Merci de m’avoir permis de squatter.

Ton coloc par intérim.

Adrien sourit et colla le message sur son réfrigérateur. Il donna ensuite un morceau de fromage à Plagg, qui commença aussitôt à le dévorer. Alya avait sûrement appelé Nino après sa dispute avec Ladybug.

Il s’installa sur son canapé désormais vide et fit défiler distraitement les publications sur son téléphone, mais rien ne parvenait à retenir son attention. Il finit par jeter l’appareil sur la table basse dans un soupir las, puis tourna les yeux vers la fenêtre.

Après quelques secondes, il prit une décision. Il se releva brusquement.

— Plagg !

— Oh non, Adrien ! On vient à peine de rentrer !

— Transforme-moi.


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