Paris n'oublie jamais

Chapitre 14

2450 mots, Catégorie: T

Dernière mise à jour 16/09/2026 22:03

Red vérifia une dernière fois sa tablette avant de relever les yeux vers les mannequins alignés dans les coulisses. Elle connaissait pourtant l’ordre de passage par cœur. Chaque couple, chaque transition musicale, chaque pièce forte. Pourtant, son regard revenait encore et encore sur la liste, comme si quelque chose pouvait soudainement changer.

Nathalie s’approcha d’elle.

— La salle est pleine. Tout le monde est installé.

Red hocha doucement la tête.

— On peut commencer.

Quelques secondes plus tard, un assistant cria :

— Trente secondes !

L’agitation sembla brusquement ralentir autour d’elle. Red rejoignit le premier couple. La femme portait une longue robe rouge portefeuille, serrée à la taille par une ceinture noire, tandis que l’homme avait une veste rouge moderne sur un pantalon sombre. Elle réajusta rapidement le col de la veste.

— Comme à la répétition. Vous entrez ensemble, vous vous séparez au bout et vous revenez côte à côte.

Les deux mannequins acquiescèrent. La musique de Nino commença.

— Allez !

Ils disparurent derrière le rideau. Red ne pouvait voir qu’une petite partie du podium depuis les coulisses. Quelques secondes plus tard, les premiers applaudissements retentirent et elle sentit son ventre se détendre légèrement.

Le couple revint presque aussitôt et la première pièce forte prit place. La grande robe rouge et noire demandait beaucoup plus d’espace que les tenues précédentes. Les broderies sombres semblaient remonter le long de la robe avant de s’épanouir sur le corsage, tandis que la traîne s’étendait largement derrière la mannequin. Red vérifia une dernière fois le tissu.

— Marche doucement au retour. Laisse la traîne suivre.

— D’accord.

La mannequin entra seule. Cette fois, le silence dura quelques secondes avant que les applaudissements ne reprennent, beaucoup plus forts. Red sourit.

— Très bien ! Couple suivant !

Le changement fut brutal. Les silhouettes suivantes étaient presque entièrement noires. La femme portait une veste aux bords volontairement irréguliers avec un pantalon large, tandis que l’homme avait une tenue plus sobre et structurée, mais toujours sombre. Ils partirent ensemble avant de revenir quelques minutes plus tard.

La deuxième pièce forte les attendait déjà. Le long manteau noir semblait avoir été rongé et déchiré à certains endroits. Les pans irréguliers se superposaient jusqu’à former une silhouette sombre et presque mouvante, tandis que quelques touches de vert apparaissaient entre les différentes couches. Red remit rapidement l’un des pans en place.

— Parfait.

Le mannequin partit seul. Les réactions de la salle lui arrachèrent un nouveau sourire, mais elle n’eut même pas le temps d’en profiter.

— Couple suivant !

À partir de là, le rythme s’accéléra. Des silhouettes crème et beige, très naturelles, laissèrent place à du rose plus vif et joyeux. La robe de la mannequin avait presque un côté rétro, contrastant avec le pantalon noir et le haut rose de son partenaire. Red passait déjà au duo suivant : du blanc et du gris clair, relevés de touches bleues, dans des tenues plus élégantes et presque aériennes, puis du gris plus urbain, avec des coupes techniques, des lunettes sombres et des silhouettes nettement plus modernes.

— Attention à la manche.

Red la remonta légèrement.

— Voilà. Vous pouvez y aller.

À peine étaient-ils partis qu’un nouveau couple s’avança. Cette fois, le blanc et le crème dominaient, mais le jaune venait apporter quelque chose de beaucoup plus lumineux. La silhouette féminine était légère et asymétrique, tandis que celle de l’homme restait plus classique, relevée par une veste jaune. Ils laissèrent rapidement leur place à deux silhouettes entièrement grises, beaucoup plus structurées et discrètes, puis à deux tenues ivoire presque monochromes.

Red jeta un coup d’œil à sa tablette. Tout se déroulait parfaitement. Pour l’instant.

— La prochaine pièce forte doit être prête !

Les deux mannequins suivants s’avancèrent dans des silhouettes crème très élégantes. La robe féminine avait des lignes nettes et structurées, tandis que le costume masculin jouait davantage sur la simplicité et les détails dorés. Une fois leur passage terminé, Red se tourna vers la mannequin qui attendait seule.

Son corset blanc était extrêmement rigide, sculptant complètement la silhouette. De fines lignes dorées en soulignaient chaque partie et se prolongeaient jusque sur les pointes géométriques qui descendaient sur les hanches. La longue jupe blanche restait volontairement beaucoup plus simple. Une assistante approcha avec un bijou, mais Red l’arrêta immédiatement.

— Non. Rien de plus.

— Même pas les boucles d’oreilles ?

Red observa la tenue.

— Juste les petites. Le corset doit rester le centre.

L’assistante acquiesça. Red recula.

— Vas-y.

La mannequin entra seule. Les flashs commencèrent presque immédiatement, mais Red n’eut pas vraiment le temps d’en profiter.

— Couple suivant !

Le violet sombre et le magenta remplacèrent le blanc. La tenue féminine était extrêmement structurée, presque sévère, alors que celle de l’homme était plus fluide. Red avait justement voulu jouer avec cette opposition.

Le passage suivant ramena quelque chose de beaucoup plus calme. Deux silhouettes vert sauge s’avancèrent. Les vêtements étaient souples, larges, confortables, avec des couches qui enveloppaient presque complètement les mannequins.

Une fois leur passage terminé, la nouvelle pièce forte prit place. Red l’aimait particulièrement. Une grande capuche encadrait le visage de la mannequin, tandis qu’une accumulation de tissu vert pâle descendait autour de ses épaules et de son cou comme une immense écharpe. Tout reposait sur les volumes et les différentes couches. Red ajusta l’un des pans. La mannequin sourit.

— Je pourrais vraiment passer la journée dedans.

Red rit légèrement.

— C’est plutôt bon signe.

Elle partit à son tour. Le contraste avec les silhouettes suivantes fut immédiat. Du bleu nuit, des matières plus épaisses et un style beaucoup plus sportif. Les deux mannequins avaient presque l’air de sortir d’une collection urbaine destinée à être réellement portée dans la rue.

Red entendit alors la transition musicale suivante et releva immédiatement la tête.

— Les irisés, préparez-vous !

Le couple s’avança. Les matières blanches et transparentes captaient les lumières et changeaient de couleur au moindre mouvement. Orange, rose, bleu, parfois presque argent. Même Red, qui connaissait ces vêtements par cœur, aimait toujours les regarder bouger.

Le couple partit, puis arriva la pièce forte. La mannequin portait une tenue beaucoup plus spectaculaire composée de voiles translucides et irisés qui descendaient le long de son corps et derrière elle. Certaines parties semblaient presque disparaître sous certaines lumières avant de reprendre soudainement des reflets orange ou bleus.

Red lui fit signe de tourner. La mannequin s’exécuta et les couleurs changèrent aussitôt.

La salle réagit presque immédiatement lorsqu’elle entra. Red jeta un regard en direction de la régie. Nino avait réussi à ajuster les lumières exactement comme elle le souhaitait. Elle devrait penser à le remercier. Plus tard.

Les passages suivants reprirent. Du vert plus sombre, avec de longues silhouettes superposées, presque protectrices, puis du brun, avec des tenues plus libres et décontractées. Red vérifia l’heure. Ils approchaient de la fin.

Le couple suivant arriva dans des tenues principalement blanches et grises, relevées de petites touches colorées semblant avoir été ajoutées directement au pinceau. Red sourit. La dernière pièce forte attendait derrière eux.

La mannequin portait une longue jupe asymétrique composée de plusieurs couches de tissu blanc, gris et coloré. Des éclaboussures de bleu, de rose, d’orange et de turquoise recouvraient certaines parties, comme si quelqu’un avait utilisé la tenue comme une toile. Red vérifia rapidement les différentes couches.

Elle entra seule. Red l’observa disparaître avant de reporter son attention sur la suite.

Il ne restait plus que les derniers passages réguliers.

Deux silhouettes violettes prirent place devant elle. La femme portait une longue tenue sombre et fluide, tandis que l’homme avait un costume profond aux différentes nuances de violet. Ils partirent ensemble.

Puis vint le dernier couple. Blanc. Lilas. Des matières beaucoup plus légères et douces. La tenue féminine avait quelque chose de presque féerique sans devenir extravagante, tandis que l’homme portait un costume clair relevé de touches lavande.

Red les regarda partir et son cœur commença à battre beaucoup plus vite. Ils n’étaient plus qu’à quelques minutes du final.

Lorsqu’ils revinrent, il n’y avait plus de mannequins professionnels en attente.

Seulement Adrien, Kagami et elle.

Red inspira profondément. Adrien s’avança le premier. Son costume bleu nuit était parfaitement ajusté. Les reflets violets et turquoise apparaissaient à chaque mouvement, tandis que les motifs inspirés du plumage du paon se prolongeaient jusque dans les longs pans de sa veste. Red s’approcha immédiatement.

— Ton col.

Adrien soupira.

— Encore ?

Elle le réajusta.

— Maintenant, c’est bon.

— Tu dis ça depuis tout à l’heure.

— Parce que tu y touches tout le temps.

Il sourit.

— Stressée ? 

Elle leva les yeux au ciel.

— Donc oui.

La musique ralentit et Red lui fit signe d’y aller. Adrien entra seul. Elle s’approcha légèrement du rideau. Il n’avait effectivement rien oublié. Sa démarche était naturelle, ses mouvements parfaitement maîtrisés. Il savait exactement comment laisser les pans de la veste bouger sans jamais exagérer ses gestes. Les flashs se multiplièrent, puis les applaudissements. Adrien revint avec un grand sourire.

— Alors ?

— Va te préparer pour le dernier passage.

— Donc c’était bien.

— Adrien…

Il rit avant de s’éloigner. Red se tourna vers Kagami et son sourire disparut. Pendant quelques secondes, elle ne dit rien.

La robe blanche s’étendait tout autour d’elle en plusieurs couches de voiles. Des touches de lilas et de violet sombre apparaissaient entre les différents tissus, donnant presque l’impression qu’une brume colorée accompagnait la robe. Les détails argentés captaient la lumière jusque dans la longue traîne.

Red s’approcha lentement. Elle connaissait chaque couture. Chaque broderie. Chaque défaut qu’elle avait corrigé. Cinq années d’études. Des dizaines de nuits à travailler. Tout était là. Kagami la regarda. Red hocha la tête.

— Tu es parfaite.

Kagami eut un léger sourire.

— La robe surtout.

— Les deux.

La musique changea. Red recula. Kagami entra seule. Red s’approcha de l’ouverture. Elle voulait voir.

Les flashs commencèrent immédiatement. Kagami avançait lentement, laissant les voiles glisser derrière elle. Le blanc dominait, mais à chaque mouvement, les touches violettes apparaissaient puis disparaissaient. Pendant quelques secondes, la salle resta presque silencieuse.

Puis les applaudissements explosèrent. Elle essuya difficilement une larme qui coulait le long de sa joue. Pendant que  Kagami revint finalement dans les coulisses. Adrien l’attendait déjà.

Red les regarda tous les deux. Le bleu profond d’Adrien contrastait parfaitement avec le blanc et le violine de Kagami. Exactement comme dans ses dessins.

Adrien tendit son bras et Kagami le prit. Ils partirent côte à côte.

Red resta près de l’ouverture. Cette fois, elle regarda réellement le podium. Les flashs étaient presque continus et les applaudissements remplissaient toute la salle.

Nathalie vint se placer près d’elle.

— C’est une réussite.

Red sourit.

— Oui.

Adrien et Kagami firent demi-tour. Son sourire s’effaça doucement, parce qu’elle savait ce qui venait ensuite. Nathalie posa les yeux sur elle.

— C’est à vous.

Red baissa les yeux vers sa propre tenue. Elle réajusta sa veste, passa une main dans ses cheveux, puis posa doucement ses doigts contre son masque. Elle sentit son cœur se serrer.

Kagami et Adrien franchirent le rideau et, au lieu de descendre les quelques marches qui menaient aux coulisses, ils s’arrêtèrent devant elle et lui tendirent chacun une main.

Red les regarda quelques secondes avant de sourire et de saisir leurs mains.

Au même moment, Nathalie s’avança sur scène avec un micro.

— Voilà ce qui clôt notre défilé de la marque Agreste, en collaboration avec la styliste Red ! Mais si ce défilé a eu lieu aujourd’hui, c’est également pour faire une annonce importante concernant l’avenir de notre marque. Red a décidé de devenir bien plus qu’une simple collaboratrice. À partir d’aujourd’hui, elle devient la styliste principale de la marque Agreste ! Veuillez l’applaudir chaleureusement !

Red ferma les yeux une seconde, puis avança entre Adrien et Kagami. Tous les deux saluaient le public de leur main libre tandis qu’elle serrait toujours les leurs. Elle se sentit presque minuscule entre eux, et pourtant incroyablement fière. Elle était entourée de deux de ses plus belles créations, portées par deux personnes qui avaient autrefois compté parmi les plus importantes de sa vie.

Lorsqu’ils arrivèrent au bout du podium, Nathalie lui tendit la main. Red la saisit et récupéra le micro alors qu’une nouvelle salve d’applaudissements retentissait dans la salle.

— Je suis vraiment fière et honorée de représenter aujourd’hui la marque Agreste. C’est un grand pas dans ma carrière, mais aussi une reconnaissance que beaucoup de personnes attendent parfois pendant des années. Une reconnaissance qui oblige aussi, à un moment ou à un autre, à accepter de se montrer au grand jour.

Elle prit une courte inspiration.

— Alors, pour célébrer cette collaboration et avec l’accord des groupes Agreste et Tsurugi, j’ai décidé qu’il était temps d’arrêter de cacher mon identité.

Elle rendit le micro à Nathalie.

Les flashs ne s’arrêtaient plus.

Red inspira profondément, leva les mains jusqu’à son visage et retira lentement son masque.

Quelques exclamations et applaudissements jaillirent du public, mais beaucoup de journalistes restèrent silencieux. Après tout, le visage qu’ils découvraient ne leur disait probablement rien.

Elle reprit le micro que Nathalie lui tendait.

— Je m’appelle Marinette Dupain-Cheng. Je suis Red. Et j’annonce officiellement qu’à partir d’aujourd’hui, je deviens la styliste principale de la marque Agreste.



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