Deux ombres

Chapitre 6 : Le chasseur et la promeneuse

3807 mots, Catégorie: M

Dernière mise à jour 17/01/2021 17:43

Chapitre VI — Le chasseur et la promeneuse


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« Tu es prêt ? demanda Efa à son compagnon d’expédition alors que ce dernier croquait avidement dans une miche de pain moelleuse à souhait. On attend plus que toi, même Fechín est déjà prêt ! »

Le felyn, vêtu de son armure isotherme doublement résistante à l’épreuve des serres et des queues recouvertes de piquants, acquiesça en poussant des miaulements enjoués. Il venait de finir de boire sa soupe de légumes, et s’en léchait encore les babines. La chaleur du repas lui donnait le sentiment de pouvoir résister à n’importe quelles températures glaciales.

Uthyr, quant à lui, peinait à rattraper ses acolytes. D’ordinaire, il était le premier à terminer son repas, et devait toujours patienter de longues minutes pour que son assistante et son palico fussent prêts à leur tour. Mais aujourd’hui, pour la première fois depuis une éternité, c’était lui le retardataire.

« Máel raconte que le legiana blizzard rôde dans le secteur treize. En partant du camp nord-est, on y sera en un rien de temps. »

Il leva un sourcil intrigué, et posa sur elle un œil amusé, l’air de dire : « Depuis quand tu viens avec moi sur le terrain ? » ; mais que voulait-il réellement faire savoir par ce simple regard ? Nul ne le saurait jamais, Efa ne pourrait toujours que le supposer.

« Oui, d’accord, je ne ferai que te superviser, mais avoue que j’ai raison ! Le camp central est le meilleur point de départ. »

Il haussa les épaules, et termina son repas. La cuisine d’Aimee, la vieille felyne, était aussi délicieuse qu’à l’accoutumée, et comme à chaque fois, il sentait son énergie déborder. Jamais un chasseur n’était plus apte à capturer et vaincre ses proies que lorsqu’il sortait d’un déjeuner comme celui qu’il venait d’engloutir.

Une fois qu’il fut fin prêt, il empoigna sa lourde épée et la fixa dans son dos. Quittant la cantine, le trio s’approcha des portes de la ville. Sifflant leurs cortos, Efa et Uthyr s’envolèrent pour quitter Seliana ; Fechín s’était fermement accroché à l’assistante de son chasseur, et faisait de son mieux pour ne pas regarder le sol qui s’éloignait un peu plus à chaque battement d’ailes des créatures qui les emmenaient vers leur destination.

L’atterrissage était toujours un moment délicat ; les drakes détestaient s’approcher trop près du sol, souvent parce qu’ils craignaient être ainsi être une proie facile pour les prédateurs qui rôdaient dans les environs. Il fallait ainsi déloger le pied glissé dans la boucle de la corde – la majorité des individus étant droitiers, c’était souvent celui-ci qui servait d’appui – et prestement se laisser tomber. Le plus dur était de bien préparer son atterrissage, et de ne pas se casser une cheville à la réception. Pour Fechín, c’était chose aisée ; les felyns avaient un sens de l’équilibre inné et tombaient à coup sûr sur leurs pattes. Pour les humains, c’était plus difficile, mais des années d’expérience permettaient aux chasseurs les plus maladroits de devenir aussi habile que leurs compagnons à fourrure. Même Efa et ses étourderies légendaires s’en sortaient brillamment.

« Tu as bien tout ce qu’il te faut ? » demanda-t-elle comme elle le faisait à chaque fois, presque d’un ton maternel, ce qui ne lui ressemblait pourtant pas.

Il acquiesça. Une fois encore, que pouvait-il faire de plus ? Il n’hésita pas cependant à faire un signe, attirant son œil en direction de sa grande épée, une lame glavenus dans sa deuxième version. Dotée de cinq dents extrêmement affûtées – et vérifiées juste avant de partir –, cette épée s’accrochait particulièrement bien au corps des monstres et permettait de traverser leurs épaisses peaux. Combien de membres avait-il sectionnés d’un mouvement de bras bien placé ? Il en avait perdu le compte depuis le temps.

Face à des legianas, et encore plus lorsqu’il s’agissait de cette sous-espèce dont il était question ce jour-là, cette épée était l’arme de choix ; grâce à diverses parties du corps de la titanesque wyverne de terre, son attribut élémentaire de feu se réveillait lors de la friction entre la lame et le corps de sa victime. Un chasseur imprudent aurait vite fait de se brûler, mais pour Uthyr, c’était plutôt un accident digne d’un malhabile.

« Je reste là pour te superviser, alors, relança Efa en plaçant ses poings sur ses hanches, poitrine fièrement bombée. Tu n’as qu’à siffler, et j’accourrai. »

Il haussa les épaules, et lui tourna le dos. Ils savaient tous les deux très bien qu’elle n’aurait pas besoin de lui venir en aide ; il se débrouillait toujours très bien tout seul.

Une fois descendu de la falaise en haut de laquelle se trouvait le campement, caché dans une semi-grotte à ciel à peine ouvert, Uthyr prit la direction ouest. La neige, dense par endroits, lui collait à l’armure épaisse qu’il avait revêtue, et le froid commençait déjà à lui engourdir les membres. Il sortit de sa sacoche une boisson chaude, véritable potion qui faisait brûler chaque partie de son corps, le protégeant ainsi des températures glaciales pendant un temps donné, jusqu’à ce que les effets se dissipassent. Il en proposa une goutte à Fechín, qui se saisit de la fiole et la vida avec une grande joie.

Il était fort agréable de se promener dans ces plaines hivernales. La neige poudreuse crissait sous les pas des créatures qui se promenaient là, les pierres congelées restaient accrochées fixement au sol, et les montagnes se dressaient en d’immenses falaises abruptes pour se terminer en pointes dangereusement aiguisées. En les survolant à plusieurs reprises, Uthyr s’était demandé s’il était possible, par pur accident, de venir s’y empaler en tombant de la corde fixée aux drakes ailés utilisés pour parcourir de grandes distances par la voie aérienne. Il espérait seulement que nul n’en fît un jour l’expérience.

Il parvint enfin, après de très longues minutes de marche – il n’avait pas pensé à prendre l’appeau à monstres, qui aurait bien pu lui servir pour amadouer un wulg et en faire sa monture – au secteur treize. La zone était immense, presque semblable à une clairière dans une forêt de montagnes. Les pierres et les falaises délimitaient cette aire quasi circulaire, pour laquelle il n’y avait que deux entrées et sorties ; Uthyr venait de la zone est, une pseudo-caverne dans laquelle s’engouffrait un blizzard qui venait brûler les joues.

Au-delà du ravin, au nord de l’endroit, il aperçut la silhouette d’un legiana qui faisait le guet. Dressée sur ses puissantes pattes arrière pourvues de serres redoutables, la bête avait refermé ses ailes, et tournait la tête de droite à gauche, se figeant pour identifier la provenance du moindre son qui lui parvenait. Il semblait, par ailleurs, ne pas les avoir remarqués, et c’était tant mieux ; ce n’était pas lui leur cible du jour. Ces créatures étaient majestueuses, et elles en avaient conscience – pour peu que des monstres pareils eussent conscience de quelque chose –, n’hésitant pas à en jouer lorsqu’elles narguaient leurs rivaux dépourvus d’ailes et ainsi cloués au sol.

Le chasseur fit signe à son palico de ne plus bouger, et de se taire. Un petit miaulement étouffé d’approbation lui parvint en retour. Tous deux tendirent l’oreille, guettant la bête qu’ils traquaient. Ils avaient vu bon nombre de traces du legiana blizzard traqué, qui avaient confirmé sa présence dans cette zone précise ; écailles, traces de griffures sur le sol et les murs… Il y avait même eu des artefacts témoignant d’une guerre de territoire entre lui et un autre monstre qui n’avait pas laissé assez d’indices pour l’identifier.

Et voilà que la bête à chasser se tenait là, assoupie, lovée dans un coin, blottie contre les rochers. Lorsqu’elle était au sol, ainsi recroquevillée, cette créature ne semblait pas aussi redoutable qu’elle pouvait réellement l’être. Pourtant, dès lors qu’elle aurait conscience qu’un ennemi menacerait sa vie, elle ne ferait pas dans la demi-mesure. C’était le chasseur ou la proie ; seul l’un d’eux sortirait vivant de cet affrontement.

Le corps du legiana brillait sous les quelques rayons de soleil qui perçaient l’épaisse couche de nuages. Les écailles, fines et très serrées, de son corps luisaient d’une nuance de bleu semblable à celle revêtue par les nuits sans lune, pour virer à la couleur des saphirs lorsque le soleil venait réchauffer la wyverne. Seul le dessous de son corps se confondait avec la neige éblouissante, de sa teinte blanchâtre qui recouvrait l’intérieur de ses palmures. Le surprendre était la clé ; s’il pouvait d’un coup bien placé lui abîmer suffisamment les ailes ou la queue pour l’empêcher de voler, le combat en serait bien raccourci.

Uthyr se rapprocha doucement, pas à pas, de sa proie. Sans un bruit, il parvint jusqu’à l’arrière de la bête dont le corps se soulevait et s’affaissait au rythme de sa respiration. Un legiana hurla au loin, peut-être celui qui faisait le guet. Mais celui qu’il visait ne broncha pas, et enfouit un peu plus sa tête sous l’une de ses ailes.

L’homme dégaina son épée. Gonflant ses muscles, il se prépara à asséner une puissante frappe sur l’aile de la créature. Les attaques chargées à la grande épée étaient les meilleures à son goût, capables d’infliger de gros dégâts aux monstres. Cela n’avait rien à voir avec la danse des lames doubles, lorsque leur puissance se déversait dans le corps du chasseur et permettait une vitesse d’attaque phénoménale, presque inhumaine. Ce n’était pas pour rien que certains appelaient cela le « mode démon » et, à en observer certains utilisateurs, le titre était parfois justifié.

L’aura rougeâtre commença à déborder, s’échappant de l’arme et formant un nuage qui entourait Uthyr. N’y tenant plus, il s’élança en avant, et asséna un violent coup qui vint déchirer plusieurs des membranes de l’aile gauche de la créature. La difficulté qu’il eut pour ramener son arme vers lui lui laissa penser qu’il était parvenu à la planter aussi dans la patte de la créature, ce qui n’était pas plus mal.

Le legiana blizzard se mit à hurler, et se redressa aussitôt. Étendant les ailes de toute leur envergure, ignorant le sang qui coulait de ses plaies, il poussa un cri assourdissant qui immobilisa Uthyr un instant, alors qu’il se bouchait les oreilles pour s’épargner une surdité temporaire ou définitive. Les yeux dorés de la bête le fixaient avec rage, et elle tenta de s’envoler pour mieux attaquer par la suite.

Fechín poussa un miaulement apeuré lorsqu’il vit le legiana prendre de l’élan, pour ensuite tournoyer sur lui-même et fondre sur sa cible. Uthyr se jeta sur le côté au dernier moment, s’évitant de lourds dégâts. Sans prendre le temps d’éponger la sueur qui commençait déjà à perler sur son front, il afficha un large sourire et serra un peu plus sa prise sur le manche de cuir de son épée, prêt à riposter.

Le combat commençait enfin ! Voilà l’adrénaline qui parcourait son corps, inondant chaque parcelle qui lui était accessible, du cerveau carburant à toute vitesse pour trouver une stratégie d’attaque en temps réel jusqu’au bout de ses doigts fermement crispés, assurant une tenue d’arme lui laissant tout un champ de possibilités d’action. Et face à lui, face à ce chasseur déterminé qui portait fièrement son titre, cette wyverne volante s’apprêtait à attaquer de nouveau, furieuse que ce qu’elle voyait comme un simple humain lui eût fait si mal.

La longue queue du legiana battait l’air avec agacement – ou était-ce de la nervosité ? – et faisait s’élever une brume de neige qui le dissimulait faiblement. Les longs pics de givre qui garnissaient sa gorge, ses pattes et ses ailes lui donnaient un air terrifiant, mais ce n’était plus rien pour Uthyr qui avait déjà vu des wyvernes bien plus effrayantes. Ce legiana ressemblait à un maigre cochon tant il ne les craignait plus. Certes, cela ressemblerait de fait à un cochon ailé drôlement rapide, mais ce n’était pas un danger insurmontable dès lors qu’on savait y faire avec.

Fechín fit une première diversion, comme il le faisait à chaque fois. Grimpant le long d’une falaise, il attira le legiana à lui en paraissant à découvert et fragile ; lorsque la créature s’approcha de lui, il se jeta sur sa tête et commença à lui asséner de violents coups de griffes, tentant de l’aveugler. Uthyr en profita alors pour parer son grappin, et le planter dans les cuisses de la wyverne. Ainsi accroché à son corps écailleux, il grimpa pour se placer à califourchon sur son dos, et commença à lui asséner de nombreux petits coups de dague, fragilisant ainsi la surface du corps. Lorsqu’une plaie conséquente apparut, grâce à la ténacité du chasseur et du palico, et malgré les tentatives du legiana pour se défaire de ces gêneurs venus le chevaucher, il prépara son épée, et chargea un nouveau coup.

L’instant d’après, la wyverne était au sol et se débattait pour se remettre sur pied. De ses yeux giclaient quelques gouttes de sang – Fechín n’y était pas allé de griffe morte – et son dos et son aile gauche faisaient de la peine à voir. Uthyr profita de cet instant de faiblesse pour s’attaquer à la seconde aile, et assénant coups sur coups, il parvint à trancher suffisamment de membranes pour les rendre inutilisables. Ce qui autrefois ressemblait à une belle branche d’érable givrée de fin d’automne n’était plus que des lambeaux de chairs et de nerfs à vif, desquels coulait abondamment le sang.

Les hurlements de la bête étaient stridents, insoutenables. Il tenta de fuir, mais avec son aile déchirée, il ne put que faiblement planer sur quelques courts mètres avant de s’enfoncer un peu plus dans la neige. Il tentait de migrer vers la zone au sud de là, peut-être pour trouver un point de fuite. Le chasseur ne lui laissa pas plus de temps, et se jeta à nouveau sur lui à l’aide de son grappin ; s’en prenant cette fois-ci à sa queue, véritable gouvernail de son équilibre parfait, il donna coups sur coups, jusqu’à atteindre les chairs, les muscles, et enfin, le squelette. Son épée s’enfonçait dans tout cela grâce à ses dents pointues, et une fois plantée dans la queue, il parvint à l’en retirer au prix de nouveaux cris de douleur. Le membre du legiana pendait, ne répondant plus à son propriétaire ; il était parvenu à atteindre la moelle épinière.

Désorientée, et aveuglée par la douleur qui fulgurait à travers son corps, la wyverne volante ne put esquiver le mur vers lequel elle courait maladroitement ; les voiles frontales étirées situées à l’avant de sa tête ne supportèrent le choc, et se brisèrent à leur tour. De nouveaux cris retentirent, bien plus plaintifs. Il semblait prêt à accepter son sort, à reconnaître sa défaite.

Mais était-ce la ténacité d’une bête sauvage, ou bien le désespoir d’un prédateur devenu proie ? Voilà qu’il se mit à courir dans tous les sens, faisant voler au passages quelques roches ocres qui tremblaient sous la puissance des geysers voisins tandis que jaillissaient des trombes d’eau bouillante. Uthyr et Fechín l’observèrent au loin, depuis l’entrée de la pseudo-clairière, et profitèrent pour rapidement réaffuter leurs armes, se préparant pour l’assaut final.

La chaleur de l’endroit n’avait rien de comparable avec la froideur de celui qu’ils venaient de quitter, si ce n’était que les vapeurs d’eau étouffantes rendaient la respiration difficile, en opposition à l’air pur qu’ils avaient respiré jusqu’alors. Chaque mouvement était accompagné d’une sudation extrême, en partie à cause des effets de la potion réchauffant le corps.

Le legiana les vit, et sembla sortir de ses gonds ; il se mit à hurler, bien plus fort que les fois précédentes, et se rua vers eux. Au dernier moment, il se redressa, battit prestement des ailes pour se soulever, et donna de puissants coups de pattes. Ses griffes vinrent s’accrocher dans un pan de tissu de l’armure d’Uthyr, qui se retrouva attiré malgré lui vers la bête.

Un novice aurait eu tout le temps de paniquer et de perdre ses moyens. Sûr de lui, il se laissa faire, et ne se libéra qu’au dernier moment, pour venir planter son grappin dans la gorge du legiana. Accroché de manière très précaire à sa monture qui se précipitait de nouveau vers la clairière voisine, il joua des reins pour se hisser dans le haut du dos de la bête, juste devant ses ailes. La wyverne eut beau se débattre et tenter de le déloger, elle ne put éviter l’ultime coup qui vint se planter dans sa trachée, et la découper aussi nettement que ses griffes ne pouvaient se planter dans la chair d’un humain.

Le legiana expira dans une mare de sang, teintant la neige pure d’un rouge cramoisi, secoué par les tremblements spasmodiques de son corps avant de rester inerte, raide mort.

Alors qu’il dépeçait la bête, récupérant soigneusement le plus de matériaux possible sur sa dépouille – les palmures et autres membranes étaient fortement appréciées, et il pourrait en tirer un bon prix, de même que pour les griffes et quelques écailles qui plaisaient fortement aux palicos intrigués par tout ce qui brillait –, il entendit son acolyte couiner, avant de ronronner à plein régime. Relevant la tête pour tenter de comprendre ce qui lui arrivait – d’ordinaire, seule l’herbe à chat le mettait dans de tels états – il reconnut en un coup d’œil la silhouette qui s’approchait de lui.

« Si je m’attendais à vous trouver ici ! s’exclama Dylis en époussetant la neige tombée sur ses épaules, teintant sa cape de blanc. La chasse a été bonne on dirait. »

Il acquiesça, un sourire aux lèvres, et reprit son travail. Il fallait se dépêcher de récupérer tous les matériaux désirés, avant qu’un cousin de la bête ne rappliquât et ne se mît en tête de venger son semblable. La jeune femme se rapprocha, et l’observa faire, accroupie à hauteur de la tête ensanglantée du legiana, dont les yeux grands ouverts ne reflétaient plus rien désormais.

« Tu es fier de ton acolyte, n’est-ce pas ? sourit-elle au felyn qui se frottait à elle en ronronnant comme un perdu, avant de lui gratter le poitrail. J’espère que tu ne l’as pas laissé faire tout le travail ! »

Un miaulement amusé lui fit savoir que non, ce que confirma aussi le sang qui avait séché sur les poils entre ses coussinets. Ces créatures étaient redoutables lorsqu’elles appartenaient au camp ennemi, se dit-elle.

Uthyr finit par se relever. Ôtant ce qui lui servait de protection crânienne – bien que cela laissât tout de même apercevoir son visage –, il enleva de ses mains les gantelets qui lui tenaient un peu trop chaud, et épongea la sueur qui avait coulé le long de son front. Ce fut à ce moment-là que Dylis remarqua la petite plaie qui saignait le long de son avant-bras, laissée par le bout d’une griffe interrompue par le gantelet, probablement.

« Laissez-moi voir ça, insista-t-elle en lui attrapant le bras et en l’immobilisant. Ça n’a pas l’air trop grave, mais il faudra vous soigner. Attendez… »

Elle tira de sa sacoche quelques ingrédients qu’elle venait de cueillir, ainsi qu’une bande de tissu. Après application d’une pommade épaissie par un peu de miel, elle enserra le bandage tout le long de l’avant-bras. Le chasseur n’attendit pas plus longtemps pour remettre son armure, comme embêté par le zèle de la guérisseuse.

« Et qu’est-ce que je vois là ? » ajouta Dylis en fronçant les sourcils, constatant l’égratignure qu’avait laissé le combat sur le visage de l’homme.

Elle voulut lui attraper le menton pour le forcer à regarder dans sa direction, et lui permettre de surveiller la petite plaie, mais il se débattit et fit quelques pas en arrière – manquant presque de trébucher sur la dépouille du legiana – pour au final lui lancer un regard amusé, l’air de dire que ce n’était rien.

La jeune femme ne put que hausser les épaules, et réprimander légèrement le chasseur pour le manque de soin porté à son propre corps.

« Lorsque vous serez vieux et perclus de douleurs à cause de vos blessures mal guéries, vous vous en mordrez les doigts ! » répliqua-t-elle face à son insouciance, avant de le saluer et de repartir dans sa quête d’ingrédients pour ses remèdes, laissant le chasseur et son palico seuls tandis qu’ils prenaient le chemin du retour au camp pour y retrouver Efa.

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