Sunburn : l'éclat du Zénith
Une fois sur le vaste terrain d'entraînement, l'angoisse de Kaori revint au galop. Shota Aizawa venait de lâcher une bombe avec le flegme de quelqu'un qui annonce le menu de la cantine : le dernier du classement des tests physiques serait renvoyé sur-le-champ.
Kaori sentit ses genoux flageoler. Renvoyée ? Dès le premier jour ? Son cerveau se mit à mouliner à une vitesse vertigineuse. Elle revit le sourire édenté d'Hibio de ce matin, la fierté dans les yeux de ses parents... Non, c'était impensable. L'angoisse menaçait de lui paralyser les muscles, mais en levant les yeux au ciel, elle se rappela qu'elle n'était pas seule.
Le soleil de cette fin de matinée tapait déjà fort. Heureusement qu'il n'y avait pas de nuages aujourd'hui, songea-t-elle, sans quoi sa puissance aurait été drastiquement réduite. Au-dessus de ses cheveux roses, son halo discret, presque invisible sous la lumière du jour, s'activa. La chaleur familière de son Alter, Solar Flare, inonda ses veines. Le soleil ne doutait pas. Il brûlait, tout simplement. Puisant dans cette énergie astrale, Kaori chassa son anxiété pour laisser place à une détermination incandescente.
Lors du sprint de 50 mètres, elle se retrouva sur la ligne de départ à côté d'une fille aux allures de grenouille, Tsuyu Asui. Kaori expira lentement, canalisant l'énergie solaire fraîchement absorbée directement dans ses mollets. À l'instant où le robot donna le signal, elle relâcha la chaleur d'un coup sec. Le sol fuma sous ses baskets et elle fut propulsée en avant comme une fusée humaine, franchissant la ligne en 5,8 secondes. Pas mal pour un début.
Pourtant, en se dirigeant vers l'atelier suivant, l'ombre d'un des imposants bâtiments du campus passa brièvement sur elle. Kaori tressaillit : la chaleur dans ses veines chuta brutalement, la laissant l'espace d'un instant vidée de toute force. Une piqûre de rappel glaciale sur la fragilité de sa condition.
L'épreuve de force de poigne s'avéra un peu plus compliquée. Elle tenta d'imprégner ses muscles de lumière pour augmenter sa force brute. L'écran digital grimpa rapidement jusqu'à 85 kilos, ce qui la rendit plutôt fière, jusqu'à ce qu'une odeur âcre de plastique brûlé ne lui chatouille les narines. La poignée de l'appareil fondait littéralement sous ses doigts incandescents.
— Oups... vraiment désolée ! grimaça-t-elle, rouge de honte, en rendant l'appareil fumant et déformé à un Aizawa parfaitement impassible.
En attendant son tour pour le saut en longueur, elle recula pour ne gêner personne et se plaça à côté de Fumikage Tokoyami. Soudain, une étrange créature ténébreuse à tête d'oiseau émergea du ventre du garçon, se recroquevillant sur elle-même avec un petit gémissement pitoyable.
— Trop de lumière... ça pique les yeux... murmura l'ombre en se cachant sous la cape de Tokoyami.
— Mes excuses, dit calmement le garçon à tête de corbeau en faisant un pas de côté. Dark Shadow est très sensible aux éclats intenses.
— Oh mon Dieu, pardon ! s'affola Kaori en essayant vainement de dissimuler la lueur dorée de son halo avec ses mains. Super, je n'ai pas encore passé la moitié des épreuves et je terrorise déjà les Alters de mes camarades.
Vint enfin l'épreuve reine : le lancer de balle. Après la démonstration de puissance explosive du blond hargneux — un certain Bakugo — et le lancer littéralement infini d'Uraraka, la pression était à son comble.
Kaori s'avança dans le cercle blanc. Elle ferma les yeux et prit une profonde inspiration, s'imprégnant de chaque rayon de soleil qui caressait sa peau depuis le début de la matinée. Son halo se mit à briller avec l'intensité d'une supernova miniature. Elle concentra toute cette lumière bouillonnante dans sa main droite, son bras tremblant sous la charge d'énergie. En pivotant sur elle-même, elle propulsa la balle avec un cri, libérant une énorme onde de choc lumineuse et brûlante.
La balle fendit le ciel comme une étoile filante diurne, laissant une traînée de chaleur derrière elle. L'appareil d'Aizawa bipa froidement. Il tourna l'écran vers la classe : 812 mètres.
— Huit cents mètres ?! Sérieusement ?! s'époumona Mina, les yeux équarquillés.
— Cette chaleur résiduelle... C'est clairement un Alter de type énergétique, analya Iida en remontant ses lunettes avec un sérieux imperturbable.
— Elle est super impressionnante ! renchérit un garçon blond avec un éclair noir dans les cheveux.
Un peu plus loin, Bakugo plissa ses yeux rouges, fixant la légère fumée qui s'échappait encore de la main droite de Kaori. Encore une abrutie qui joue avec le feu, grogna-t-il intérieurement, les poings serrés. Son regard en disait long : il venait de la cataloguer sans hésiter comme une rivale potentielle à éliminer de son chemin.
Leurs regards se croisèrent une fraction de seconde. Le sourire de Kaori se figea. Elle venait de comprendre une chose : ce type n'avait pas l'habitude de perdre, et il la détestait déjà.
Un peu en retrait, le regard à demi clos, Aizawa l'observait en silence. Intéressant. Puissance brute très élevée... mais contrôle encore médiocre, analysa-t-il intérieurement en notant la façon dont elle crispait sa main droite.
Car cette puissance brute avait un prix.
Alors que les élèves se dirigeaient vers le dernier atelier, Kaori s'attarda un instant à l'arrière et baissa les yeux sur ses paumes. La peau de ses mains était d'un rouge alarmant, atrocement sèche et craquelée par la chaleur qu'elle venait de canaliser. Une petite crevasse venait même de s'ouvrir sur la jointure de son index, laissant perler une fine goutte de sang. Elle essuya rapidement la blessure sur son short de sport et serra les poings, ignorant la douleur cuisante. Sans une bonne hydratation et une meilleure maîtrise, son Alter finirait par la consumer.
Lorsque Aizawa afficha le classement final holographique, Kaori chercha fébrilement son nom. Huitième. Un score tout à fait honorable pour quelqu'un dont le pouvoir exigeait autant de conditions. Elle vit que Bakugo trônait à la troisième place, les dents serrées, visiblement frustré de ne pas être le premier. Tout en bas de la liste, à la vingtième place, Izuku Midoriya semblait au bord du désespoir.
C'est alors qu'Aizawa annonça avec un sourire en coin que l'histoire du renvoi n'était qu'une "supercherie rationnelle" pour les pousser à bout. Kaori crut que ses jambes allaient définitivement l'abandonner. Un immense soupir de soulagement collectif s'éleva dans les airs.
Elle regarda Midoriya, le garçon aux cheveux verts qui partait vers l'infirmerie avec un doigt cassé et gonflé, l'air d'avoir miraculeusement ressuscité, puis elle posa à nouveau les yeux sur Bakugo, qui bouillonnait toujours d'une rage incompréhensible.
Le niveau de la classe 1-A était monstrueux. Chacun de ces élèves était un prodige en devenir. Mais alors qu'elle marchait vers les vestiaires sous ce soleil de plomb, Kaori esquissa un sourire fatigué. Avec son Alter Solar Flare — que ses amis surnommeraient très bientôt Sunburn —, elle venait de prouver qu'elle y avait sa place.