Danse avec moi, loin de cet enfer || Le choix de Toya Todoroki
Note : Bienvenue dans cette seconde partie de l'histoire ! J'espère que vous prendrez autant de plaisir à suivre l'évolution de Tōya que j'ai pris à l'écrire ♡ Bonne lecture !
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Une nuit calme et sans lune enveloppe la petite ville de Musutafu. Au milieu du silence et de la pénombre de son appartement, Hawks est assis sur son lit, vêtu d'un simple pantalon de sport en guise de pyjama. Il n'arrive pas à se résoudre à aller se coucher, maintenu éveillé par sa tête trop pleine de tourments. Ses épaules sont affaissées, ses deux mains agrippent l'arrière de sa nuque dans un geste d'abattement. Ses deux grandes ailes rouges pendent mollement dans son dos, quelques-unes de ses plumes éparpillées sur ses draps. La fatigue le ronge, cruelle, tenace.
Cela fait trop longtemps maintenant qu'il n'a pas passé une nuit complète, sereine et reposante. Malheureusement, il n'est pas encore au bout de ses peines. Au contraire : c'est maintenant que tout va se jouer.
Sur sa table de chevet trône un livre. Il l'a récupéré un peu plus tôt dans la journée, sur un banc, laissé par un agent de la Commission à son adresse. Ironiquement, il s'agit d'un ouvrage d'Histoire qui relate les grandes guerres japonaises. Dedans, en langage codé, figurent les détails de la prochaine bataille qui les attend. Dans quatre semaines, les plus grands héros du pays attaqueront simultanément l'hôpital Jaku, où se terre Tomura Shigaraki, et le Manoir de la Montagne Gunga. Dans quatre semaines, la mission d'infiltration de Hawks pourra finalement toucher à sa fin.
Enfin.
Enfin, il va pouvoir mettre un terme à cette mascarade. Plus de mensonges, plus de double jeu. Il va pouvoir rentrer chez lui. Redevenir le héros qu'il est, être félicité, acclamé pour ses sacrifices envers la société. Le succès de sa mission sauvera le Japon d'un chaos certain. Ses collègues et lui pourront enfermer derrière les barreaux tous ces vilains qui menacent l'équilibre fragile du pays. Hawks fera alors un pas de plus vers son monde idéal, un monde de paix dans lequel les héros auraient le loisir de s'ennuyer.
C'est tout ce qui compte pour lui, pas vrai ?
Alors... Pourquoi ne parvient-il pas à s'en réjouir... ?
* * *
Une semaine s'est écoulée depuis que Yumei est arrivée au Front de Libération du Paranormal.
Depuis l'interrogatoire qu'elle a subi aux côtés de Dabi et de Hawks, elle a fini par accepter pleinement sa nouvelle réalité et même à se construire un quotidien agréable au milieu des hors-la-loi. Malgré la situation, elle commence à retrouver le sourire, ce qui lui fait le plus grand bien.
On lui a trouvé une occupation pour aider le Front sans avoir à se servir de son alter. Désormais, elle a intégré la Division des Renseignements Carmin, menée par Himiko Toga et Skeptic. Elle est chargée, en tant qu'ancienne journaliste, d'éplucher la presse, de fouiller les tréfonds d'Internet à la recherche de toute information profitable à leur cause, et de diffuser leur idéologie sur les réseaux. Elle peut travailler à son rythme, sans obligation d'horaire, à condition d'effectuer un rapport à Skeptic deux fois par semaine.
Pour l'occasion, on lui a fourni un ordinateur portable, un téléphone et des accès aux réseaux sociaux sous une fausse identité. Tout ce qu'elle y fait est tracé et susceptible d'être contrôlé par les autres membres de sa Division : elle ne s'en sert donc que pour accomplir ses tâches.
Suite à son intégration à la Division Carmin, elle passe beaucoup de temps avec Himiko, que ce soit en réunion ou pendant ses pauses. Les deux filles ont développé de l'affection l'une pour l'autre, et Himiko lui a confié tous les détails de sa peur du rejet, de sa haine de la société et de ses problèmes de cœur qui lui pèsent lourdement. Yumei sait désormais qu'elle est amoureuse de deux apprentis héros de son âge : un certain Izuku et une certaine Ochaco, qui elle-même aime Izuku. L'ex-journaliste les connait déjà, ce qui facilite leurs discussions. Comme tout le monde, elle a regardé le Championnat de UA à la télé lors de sa diffusion il y a quelques mois.
En retour, Yumei lui a parlé de Kugo, son fiancé. Sans jamais mentionner le cœur du problème (les véritables capacités de son alter), elle lui a raconté le reste. Leur rencontre, leur année de vie commune, à quel point elle a été amoureuse de lui. Comme elle a tout donné pour lui, et comme il l'a complètement détruite en retour. Himiko lui a même promis de le tuer pour elle, s'il doit sortir du coma dans lequel il est actuellement plongé. Ce qui lui a glacé le sang, mais l'a aussi étrangement rassurée.
À l'inverse, depuis le jour du procès devant les Officiers, Yumei n'a pratiquement plus adressé la parole à Hawks. L'oiseau, retenu la majorité du temps par ses obligations d'infiltration chez les héros, semble aussi esquiver sa présence. Il ne reste presque plus dormir à la résidence, préférant regagner Musutafu après ses comptes rendus auprès de la Division Carmin. Les seuls moments où ils peuvent échanger quelques mots sont pendant leurs réunions communes et lors des repas, mais il semble s'arranger pour arriver en retard et écourter ces moments.
Cette distance fait du mal à Yumei, mais elle peut comprendre ses raisons. Depuis la lecture de sa fausse lettre de rupture devant tous les Officiers, Hawks et elle sont désormais considérés comme "en froid". C'est loin d'être le cas, bien sûr, mais il est inévitable que l'oiseau agisse comme s'il s'était réellement pris un rejet de sa part. Faire comme si rien ne s'était passé n'aurait pas été crédible et aurait juste ravivé les soupçons à leur égard.
Cela dit, il y a une autre raison, plus importante encore, à la réticence de Hawks à côtoyer Yumei. Et cette raison s'appelle "Dabi".
Aussi surprenant que cela puisse paraître, depuis le jour où ils se sont promis de devenir coéquipiers, l'attitude de ce dernier a drastiquement changé. Désormais, quand il n'est pas en train de travailler pour le Front et qu'elle n'est pas accompagnée d'Himiko, Dabi suit Yumei partout. Il mange avec elle. Scrolle sur son téléphone à côté d'elle quand elle travaille. Se propose toujours de l'accompagner quand elle veut prendre l'air. Ils ont même fini par passer la plupart de leurs soirées ensemble. Comme un petit frère débordant d'admiration pour sa grande sœur, il a développé un drôle d'attachement envers la jeune femme.
Au départ, cela avait mis Yumei mal à l'aise, toujours incertaine des intentions du criminel à son égard. Mais après plusieurs jours, elle a fini par comprendre qu'il n'y a rien de méchant ou de tordu derrière ce changement d'attitude. Le manieur de flammes a trouvé une unique personne qui connait ses faiblesses, ses tourments, ses besoins profonds. Il s'est donc accroché à elle, comme à une bouée de sauvetage au milieu des flots déchaînés qui tempêtent toujours dans son esprit. Yumei est désormais la seule personne qui lui évite de sombrer, et elle a fini par accepter ce rôle et même par l'apprécier.
Cette proximité nouvelle entre Yumei et Dabi n'a évidemment échappé à personne. En ajoutant à cela les propos tenus devant l'Assemblée, les rumeurs vont bon train au sein du Manoir, et tout le monde est plus ou moins persuadé qu'ils entretenent une relation, sinon romantique, du moins intime. D'autant qu'ils passent le plus clair de leur temps à discuter dans la chambre de la jeune femme pour s'isoler du monde. Il n'y a pas du tout d'attirance entre eux, mais aucun des deux n'a eu le courage de démentir. Après tout, même les vilains sont friands de ragots, et cela ne fait de mal à personne.
En vérité, l'étrange dépendance de Dabi vis-à-vis Yumei est en train d'évoluer vers une amitié sincère. À force de passer du temps avec lui, la rouquine a fini par comprendre son fonctionnement parfois un peu énigmatique et par l'apprécier. En fait, le vilain est beaucoup plus sensible que ce que laisse paraître son attitude froide et désintéressée. Depuis qu'il essaie de se distraire de ses désirs de vengeance, il se pose énormément de questions, toujours, tout le temps. Parfois hyper philosophiques, parfois inattendues. La plupart du temps, il les garde pour lui et semble plongé dans de profondes réflexions pendant des heures. Quelques fois, il les partage avec Yumei. Ils ont discuté de leurs raisons de vivre, de la société, de leurs démons intérieurs, mais aussi de cuisine, de mode ou de souvenirs honteux d'enfance.
C'est ainsi qu'au fil des jours, Dabi et Yumei ont commencé à prendre goût au plaisir des instants léger, sans prise de tête, raffermissant leur amitié nouvelle et leur premier pas vers leurs guérisons respectives.
Des instants comme ce matin-là.
Yumei est allongée sur son lit avec son ordinateur sur les cuisses, concentrée sur son travail. Dabi est là aussi, comme souvent, scrollant silencieusement sur son téléphone. Il est installé sur le bureau, jambes croisées et dos au mur : Yumei a fini par comprendre que ce garçon n'arrive jamais à s'asseoir normalement sur une chaise.
Au bout d'un moment, brisant involontairement un long moment de concentration, elle pousse un gros soupir. Elle vient de tomber malgré elle sur une publicité pour une marque de vêtements stylés, colorés et décontractés. À vrai dire, elle commence à se lasser des trois mêmes t-shirts unis et sobres que Hawks lui a achetés, et ce manque l'obsède de plus en plus. Elle ne peut pas se plaindre, bien sûr, mais elle ne peut pas cacher non plus qu'elle rêve de renouveler sa garde-robe.
Sa réaction intrigue Dabi, qui saute du bureau pour venir jeter un œil indiscret à l'écran de son ordinateur.
« Princesse Yumei rêve de faire du shopping ? », lui glisse-t-il d'une voix moqueuse mais amusée.
La jeune femme lui répond par un rire gêné pour lui signifier que ce n'est pas très important. Mais il se redresse pour contempler son long manteau noir rapiécé, semblant soudain se poser la même question qu'elle.
« Je sais pas trop si j'ai encore envie de porter ça, lui confie-t-il. Ça ne brûle pas et c'est pratique pour pas finir à poil quand j'utilise mon alter, mais bon... En dehors du champ de bataille, j'ai l'impression que ça me rappelle des mauvais souvenirs. »
Yumei lui renvoie un sourire compréhensif.
« Alors, n'hésite pas ! Toi au moins, tu peux encore mettre les pieds à l'extérieur, tu devrais en profiter pour faire quelques achats.
— C'est toujours la galère pour moi d'apparaître en public... »
Il fait tourner son index en direction de son visage pour désigner ses cicatrices.
« Et de toute façon, je ne saurais pas quoi acheter. Il faudrait que tu sois là pour me conseiller. »
Cette affirmation fait légèrement rougir Yumei, touchée par la confession qu'il aimerait passer ce genre de moment en sa compagnie. Elle réfléchit quelques secondes, puis s'exclame d'une voix enjouée :
« On peut toujours faire du shopping virtuel ensemble, si tu veux ! On ne peut rien acheter, mais je trouverais ça drôle qu'on se relook l'un et l'autre. Surtout que je n'ai jamais vraiment su comment m'habiller moi-même. »
Et, bien qu'elle ait lancé cette idée sans réfléchir, ils se sont vraiment mis à le faire. Dabi s'est installé sur le lit à côté d'elle, sans ambiguïté, les yeux brillants d'excitation à l'idée de faire une activité normale pour un jeune homme de son âge. Ils ont épluché les boutiques des marques les plus emblématiques de la Dark Fashion, rempli leurs paniers virtuels de t-shirts sombres à motifs stylés, de pantalons troués, d'accessoires et de bijoux métalliques et cloutés. Ils ont aussi regardé du côté du maquillage, choisi les couleurs qui iraient le mieux à Yumei, le vernis noir qui plairait à Dabi. Ils ont beaucoup ri, s'imaginant avec des tenues improbables.
Et ils ont surtout beaucoup rêvé.
Après cette heure de perdue dans leur petit monde, Dabi conclut enfin, le regard dans le vague :
« Le jour où on aura changé ce monde de merde et qu'on pourra de nouveau sortir d'ici sans avoir la police et les héros au cul... On ira se les chercher, ces vêtements. »
Yumei lui répond par un petit coup d'épaule, le sourire aux lèvres mais le cœur lourd.
« Je remarque que tu évites subtilement d'utiliser le mot "acheter", monsieur le rebelle. »
Elle pince alors ses lèvres. Quel est exactement ce monde dont il rêve ? Serait-elle prête à vivre dedans, elle aussi ? Voudrait-elle vraiment soutenir ses idéaux de chaos ? Elle n'est encore sûre de rien.
Ce qui est sûr en revanche, c'est que cette première semaine aux côtés de Yumei a permis à Dabi d'apaiser légèrement son cœur. C'est un bon début, mais il lui faudra redoubler d'efforts pour chasser l'image omniprésente de son père et les envies de destruction qui hantent toujours son esprit. Certes, poursuivre un nouvel objectif de vie est un premier pas énorme, qu'il n'aurait jamais pu s'imaginer franchir il y a à peine quelques jours.
Néanmoins, le chemin vers la guérison s'annonce encore long, très long avant de pouvoir envisager de faire la paix avec lui-même. Encore mentalement instable, Dabi est souvent rattrapé par ses démons quand Yumei n'est pas dans les parages. C'est même pour cette raison qu'il recherche sa proximité autant que possible.
Lorsqu'il se retrouve seul, il se remet aussitôt à douter de ses choix, secoué de crises de colère dirigées contre lui-même, contre son père, contre le monde entier. Parfois, l'envie de tout casser, de crier, de pleurer ou même d'en finir devient presque irrésistible. Il s'enferme alors dans sa chambre pendant des heures, pour cacher sa faiblesse et la détresse qui l'habite. Puis il réapparaît plus tard, calme, ne laissant rien transparaître de ses blessures mentales, comme il sait si bien le faire depuis des années. Seule Yumei est parfois témoin direct de ses sautes d'humeur, aussi imprévisibles qu'intenses.
Ce jour-là, comme ils en ont fait leur routine, Yumei et Dabi travaillent en silence dans la chambre de la jeune femme. Elle est installée sur le lit avec son ordinateur, lui perché sur le bureau. Soudain, leur concentration est brisée par le bruit sec d'un téléphone qui s'écrase au sol.
« Dabi ? »
Yumei relève la tête, intriguée. Son ami a les yeux écarquillés, le regard perdu dans le vague, la mâchoire crispée. Elle referme son laptop et sort du lit, les sourcils froncés d'inquiétude alors que le jeune homme se met à hyperventiler progressivement. Ses mains tremblent affreusement et la sueur perle déjà sur son front. Un détail plus inquiétant encore attire l'attention de la rouquine : sous ses yeux, quelques gouttes de sang s'échappent des interstices entre sa peau saine et ses cicatrices, coulant lentement le long de ses joues. Est-il blessé ? A-t-il mal quelque part ?
« Hé, qu'est-ce qui ne va pas ? Tu veux que j'appelle quelqu'un ? »
Elle s'efforce d'avoir l'air rassurante, mais elle ne parvient pas à masquer les tremblements de sa propre voix. Quant à lui, il ne semble même pas réaliser qu'elle lui parle. Il suffoque, en pleine crise de panique, et elle ignore tout du déclencheur de cet état.
« Dabi, respire avec moi, ok ? Essaie de te concentrer sur ma voix. »
Elle tente de synchroniser sa respiration avec la sienne, mais sans grand succès. En même temps, sans le quitter des yeux, elle se penche lentement pour ramasser le téléphone tombé à terre. Malgré le choc et la longue fissure qui parcourt désormais l'écran, celui-ci est toujours allumé et ce qu'elle y lit lui permet de comprendre. Un article de journal accompagné d'une photo. Le titre, en caractères gras, affiche : "Le fils d'Endeavor attaqué par un vilain tout juste sorti de prison. Plusieurs morts évitées de justesse par son second fils et deux autres internes prometteurs".
Face à elle, Dabi perd petit à petit le contrôle. Il n'arrive pas à suivre les exercices de relaxation que Yumei lui adresse désespérément. Le sang continue de couler sur ses joues et l'incapacité à remplir ses poumons d'air semble amplifier sa panique. Plus inquiétant encore : de la fumée commence à s'échapper de sa nuque et de ses clavicules. Essayant comme elle peut de le calmer, Yumei tente de lui parler doucement et de lui sourire, mais le stress la gagne de plus en plus, elle aussi. Elle n'a jamais géré ce genre de situation et elle s'en veut terriblement de ne pas savoir comment réagir. Elle décide alors de changer de stratégie et souffle, timidement :
« Tōya... Tu m'entends ? »
À son grand soulagement, il semble enfin réagir au son de sa voix, tournant les yeux vers elle. Lentement, elle approche une main du visage de son ami, espérant qu'un contact physique l'aide à se...
Mais Dabi arrête la main de Yumei au milieu de sa trajectoire. D'un geste vif, il lui attrape fermement le poignet, plantant ses deux yeux d'un bleu glacé dans les siens. Elle y lit clairement de la peur, étroitement mêlée de colère et de tristesse, comme s'il ne contrôlait plus ni son corps ni ses émotions. Comme s'il était à deux doigts de lâcher prise.
Et c'est précisément ce qui est en train de se passer.
Subitement, le corps de Dabi prend feu. Son dos, ses épaules, ses bras et son visage se couvrent de flammes bleues tandis qu'il pousse un cri étouffé. Il tient toujours le poignet de Yumei, à qui la chaleur arrache un hurlement de douleur, brûlée à vif par l'alter incontrôlable de son camarade. Elle parvient à se dégager, plongeant ses yeux épouvantés dans les siens. Cette vision semble enfin faire effet : en voyant qu'il vient de blesser sa précieuse équipière, le vilain revient soudainement à lui et éteint aussitôt ses flammes dévastatrices avant qu'elles ne commencent à lécher les murs et les meubles de la pièce.
« Yumei ! Je... Je suis... »
Il a encore du mal à parler, sous le choc de sa crise d'angoisse et de sa perte de contrôle. Yumei grimace, des larmes coulant sur ses joues qu'elle ne parvient plus à retenir, et recule de quelques pas pour se tenir à distance de celui qui vient de l'agresser sans le vouloir. Lui porte ses mains à son visage, poussant un cri de frustration. Remarquant le sang qui barbouille ses paumes, il essuie vivement ses joues du pan de sa veste ignifuge avant de se lever, annonçant à la jeune femme qu'il court chercher un kit de premiers soins.
Quelques instants plus tard, ils sont tous les deux assis au sol en tailleur, le contenu de la trousse de secours éparpillé autour d'eux. Après un passage sous l'eau, Dabi s'attelle méticuleusement à soigner les dégâts sur le bras de Yumei, appliquant une crème cicatrisante avant de le panser. Ce n'est un secret pour personne : il s'y connaît en brûlures. Pas étonnant, donc, qu'il n'ait aucune hésitation sur la manière de traiter cette blessure malencontreuse.
Aucun des deux n'ose parler pendant qu'il s'applique. Une fois le pansement terminé, Dabi pousse un profond soupir, le regard fuyant, et se risque enfin à ouvrir la bouche.
« Merde. Excuse-moi, Yumei. J'ai pas voulu te blesser... Je sais pas ce qui m'a pris. Je suis vraiment un putain de dégénéré. »
Elle hésite, lève son bras valide vers lui, puis pose finalement sa main sur la joue du jeune homme dans un geste encourageant. Cette fois, il ne l'empêche pas de le faire.
« Ne dis pas ça. Je vois bien que tu n'as pas fait exprès... J'ai vu l'article du journal. Tu veux m'en parler ? »
Il détourne toujours résolument les yeux, puis se décide finalement à se confier après un nouveau soupir résigné.
« Le vilain qui a agressé mon frère... Ending. C'est moi qui lui ai donné l'adresse de leur maison. Moi qui l'ai motivé à attaquer ma famille dès sa sortie de prison. Moi qui ai... espéré qu'il tue... »
Il ne finit pas sa phrase. Une goutte de sang recommence à couler le long de sa joue. Yumei comprend maintenant qu'il s'agit d'une réaction de son corps aux larmes qu'il ne peut plus verser à cause de sa peau brûlée. Elle l'essuie doucement du pouce, l'encourageant silencieusement à continuer.
« J'avais tout préparé pour qu'il chope les infos dès sa libération. Je ne savais plus que c'était aujourd'hui... Je n'y ai plus pensé. Putain ! »
Il repousse le bras de la jeune femme, pressant ses paumes contre ses yeux irrités. Ses doigts se saisissent d'une mèche de ses cheveux noirs qu'il commence à tirer fort sous l'effet du stress. Remarquant ce réflexe, Yumei lui prend doucement la main pour l'en empêcher.
« Mais tu es en train de changer, dit-elle en le regardant fixement, l'air soucieux. Si tu es dans cet état maintenant, c'est que tu n'es déjà plus capable de recom...
— J'ai failli provoquer la mort de mon frère, Yumei ! Bordel, arrête d'essayer de me trouver des excuses ! Je n'ai plus de cœur, je suis un connard, un putain de monstre ! C'est trop tard... Pourquoi est-ce que tu t'entêtes à...
— Dabi a failli provoquer la mort de ton frère. »
Il s'interrompt net, les yeux écarquillés. Qu'essaie-t-elle de... ?
« Tu es devenu "Dabi" quand tu as pris la résolution de pourrir la vie de ton père. C'est ce que tu m'as expliqué, non ? Alors, maintenant que tu es en train de faire marche arrière... Est-ce que ce ne serait pas le moment pour toi de redevenir Tōya ? »
Il serre les dents, en proie à un conflit interne très visible sur son visage fatigué.
« Tōya... »
Une nouvelle larme de sang perle au coin de sa paupière abîmée et il baisse la tête, calmé mais abattu. Sa voix se perd désormais en un murmure, comme s'il avait peur que quelqu'un d'autre qu'eux ne les entende.
« Quand... Quand tu as utilisé ce nom tout à l'heure... Tōya... C'est con, mais j'ai eu l'impression que tu t'adressais enfin vraiment à moi. »
Elle lui sourit tendrement. Elle a l'impression qu'il recommence à entrevoir la lumière au milieu de la mer d'ombres dans laquelle il se débat encore désespérément. Tout était loin d'être gagné, mais ce n'était définitivement pas perdu non plus. Dabi prend un peu de temps pour réfléchir. Puis, ses lèvres s'étirent en un petit sourire timide qui réchauffe instantanément le cœur de la jeune femme.
« Yumei... Fais-le encore, s'il te plaît. Appelle-moi encore "Tōya". »