Danse avec moi, loin de cet enfer || Le choix de Toya Todoroki

Chapitre 19 : Être là

Par Sevvka

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« T'as qu'à m'appeler Tōya, c'est un magnifique, putain de prénom ! Oh, ça te surprend ?! Et ouais : Tōya Todoroki n'est pas mort, il est même incroyablement bien vivant ! Et il t'emmerde ! »


La voix de Dabi tremble tellement sous le coup de l'émotion qu’elle se brise sur les derniers mots de sa phrase. Face à lui, Hawks a l’impression que sa tête commence à lui tourner, alors que l'alcool est pourtant redescendu d'un coup. À vrai dire, il ne comprend plus bien ce qui est en train de se passer. Il y a à peine deux minutes, ils étaient encore assis, côte à côte, à discuter en toute légèreté de leurs vies et de leurs expériences. Et là, presque sans transition, le noiraud le dévisage avec colère, frustration, déception.

En l’espace de quelques secondes à peine, celui qu’il commençait à considérer comme un ami s’est brusquement retourné contre lui, sans même qu’il ait pu anticiper ce renversement de situation. Il soupçonnait déjà son instabilité émotionnelle, surtout après en avoir parlé avec Yumei. Mais il n’était pas préparé du tout à la scène qui se déroule devant lui. Et surtout pas à cette révélation.

Tōya... Todoroki ?

Todoroki ??


Hawks n’a même pas le temps d’ouvrir la bouche. Son camarade se remet déjà à marcher et passe à côté de lui, lui administrant un coup d’épaule sur son chemin. Le sang du héros ne fait qu’un tour : d’un geste rapide de la main, il lui agrippe le bras, l’empêchant de fuir une nouvelle fois la confrontation. À son grand soulagement, le vilain n’essaie pas de se dégager.

« Tu n’as quand même pas l’intention de te casser après avoir balancé une révélation pareille ?? »

Dabi ne répond pas. Dos tourné à lui, son visage est dissimulé par sa capuche, ce qui empêche Hawks de deviner les émotions qui le traversent actuellement.

« Je ne sais plus quoi penser, là... Je comprends plus rien ! Tu... Pourquoi tu m’en veux ? Parce que j’ai pas eu une vie aussi difficile que toi ? Parce que je ne suis pas devenu un vilain comme toi ?? Je ne sais pas ce que tu as traversé, c’est vrai, mais tu n’as pas le droit de me reprocher ça ! Surtout pas alors que tu ne sais rien de ma vie ! »

Le criminel reste résolument silencieux, mais Hawks remarque qu’il tremble légèrement, comme s’il essayait de contenir une vague de sentiments prête à exploser en lui. Le héros s’attend à tout moment à ce qu’il se retourne pour lui crier dessus, même s’il ne comprend toujours pas exactement la raison de sa colère. Mais contre toute attente, ce dernier dégage simplement son bras d’un geste sec, tête baissée. Cette fois, Hawks n’ose plus lui faire face. Il ne sait absolument pas à quoi s’attendre, et il préfère rester à une distance prudente pour le moment.

« On ne pourra jamais se comprendre, Hawks. Je ne sais pas pourquoi tu penses qu’on se ressemble. Tu ferais mieux de ne plus perdre ton temps avec moi. »


Hawks ne sait pas pourquoi cette dernière phrase le met autant en colère. Pourtant, il n’est pas d’un naturel explosif, au contraire. Il a plutôt tendance à voir le bon côté de chaque situation, à relativiser, à dédramatiser les choses. Mais le fait est : Dabi a réussi à éveiller en lui un sentiment qu’il connaît peu. Celui de bouillonner de l’intérieur. De peiner à contenir une immense frustration qui ne demande qu’une chose, qu’on la laisse s’échapper d’un coup. Quitte à ébranler les murs, quitte à créer quelques dégâts autour d’elle au passage.

« Tu es... vraiment... le type le plus stupide et borné que j’ai jamais rencontré !! »

Étonné par cet accès de colère inattendu de la part de l’oiseau, Dabi se tourne finalement vers lui, yeux ronds, sourcils froncés. Hawks se laisse emporter dans son élan, s’avançant d’un pas rapide vers son camarade en lui donnant des coups secs sur le torse avec son index.

« Tu me fais rentrer dans ta vie, puis tu me refermes brutalement la porte au nez ?? Tu me révèles ton nom, mais tu me demandes de ne pas m’intéresser à toi ?! Mais qu’est-ce que tu veux, à la fin ?? Que je te déteste, que je m’apitoie sur ton sort, ou que je te tende la main ? Parce que là, désolé, c’est pas clair ! Tu ne fais que m’envoyer des signaux contradictoires ! »

Confus, Dabi recule de quelques pas avant de se défendre :

« Je n’ai pas choisi de te faire rentrer dans ma vie, Yumei l’a fait ! Si ça ne tenait qu’à moi, j’aurais jamais accepté ton invitation ! Et de toute façon, sans elle, tu l’aurais jamais envoyée non plus ! »

Hawks se stoppe net. Les paroles de l’homme face à lui sont comme des lames de rasoir : coupantes, aiguisées, précises, qui visent exactement là où ça fait mal. Blessé, le héros ne se laisse pourtant pas démonter.

« La première était pour Yumei, oui ! Mais cette seconde soirée, c’était ma propre volonté... Rien ne m’obligeait à te recontacter, mais j’ai eu envie de le faire. »


La colère de Hawks retombe d’un coup. Il se sent si bête en cet instant... Lui, un héros, en train d’essayer d’exprimer des sentiments affectifs sincères envers un vilain ? C’est vraiment le monde à l’envers. C’est vraiment stupide. Pourquoi s’accroche-t-il ? Après tout, Dabi a raison : s’il a accepté de lui donner une chance, c'était uniquement pour gagner la confiance de Yumei. Il n’est pas obligé de faire ça. Pas du tout. Si le vilain ne veut pas de lui, il n’y a aucun problème à avoir avec ça.

Face à lui, Dabi a l’air tout aussi perdu. Sa mâchoire est serrée de frustration, mais ses yeux trahissent un grand sentiment d’impuissance, de vulnérabilité. Regrette-t-il ses paroles ? Pourquoi les lui avoir balancées à la face, alors ? Veut-il à ce point ériger un mur entre eux pour se rendre inaccessible ?


Au bout d’une longue minute de silence, Hawks se sent quand même obligé de continuer.

« C’est vrai, je ne sais pas ce que t’as vécu, ni pourquoi tu as changé d’identité. Je suppose que “Dabi” a eu ses raisons. Même si, bien sûr, je ne pourrai jamais comprendre ce qui amène quelqu’un à tuer des innocents. Tu penses avoir tout gâché ? Ouais, c’est probablement le cas. Du moins, si tu décides de te complaire dans ton malheur. »

Il marque une légère pause, soupire, et reprend.

« Et je ne te forcerai pas à en sortir. Mais si Yumei et moi on est là, c’est justement pour t’offrir une nouvelle alternative... Et t’aider à te reconstruire une vie. Même si ça n’a pas l’air de tilter dans ta stupide petite cervelle de moineau... »

Face à lui, le criminel semble s’être un peu calmé. Il a le regard fuyant, et les tremblements de colère qui le secouaient encore quelques instants plus tôt se sont interrompus. Il a même l’air... pris de remords ?

Après un moment d’hésitation, il redresse enfin ses yeux vers le héros, affichant un demi-sourire embarrassé.

« C’est toi qui me donnes un nom d’oiseau maintenant ? C’est le monde à l’envers. »

Pris de court par cette blague inattendue, Hawks laisse s’échapper un petit rire qu’il ne parvient pas à retenir. Les deux hommes se toisent un instant, essayant de réfréner les sourires qui commencent à se dessiner sur leurs lèvres. Le héros croit comprendre. En fait, Dabi ne le rejette par vraiment. Probablement qu’il a peur. Peur de s’ouvrir enfin aux autres. Peur de devoir dévoiler ses faiblesses et de se rendre vulnérable. Peur d’être un fardeau qu’on abandonne quand il devient trop pesant. On peut le comparer à un animal blessé : agressif envers ceux qui tentent de l’aider, même en sachant que cela pourrait le sauver.


« J’en reviens pas. Tōya Todoroki... Le fils d’Endeavor... Sérieusement... ? »

Le vilain détourne le regard d’un air coupable.

« J’aurais aimé te le dire autrement... Je sais pas ce qui m’a pris. Au plus je passe du temps avec Yumei et toi, au plus ça me met hors de moi que vous m’appeliez Dabi.

— Et tu es prêt à me laisser découvrir Tōya ? Ou tu veux toujours me dégager de ta vie ? »

Le noiraud affiche soudain un air bougon, le regard toujours résolument tourné sur le côté. Pourtant, ses joues commencent légèrement à rosir.

« Nan, c’est bon. Finalement, je veux bien que tu restes... »


Hawks ne sait pas pourquoi cette phrase le soulage autant. Dans son dos, ses deux grandes ailes rouges se gonflent d’excitation, s’agitant joyeusement dans l’air.

Il prend un instant pour observer le jeune homme en face de lui, digérant encore la révélation de son appartenance à la famille Todoroki. Il sait depuis longtemps que le Numéro 1 a perdu son fils aîné, Tōya. Mais comment n’avait-il jamais fait le lien avec Dabi auparavant ? Maintenant qu’il y réfléchit, il s’agit même d’une évidence. Il y a bien sûr la ressemblance d’alter qui aurait déjà dû lui mettre la puce à l’oreille. Mais physiquement... Certes, le vilain est loin de posséder la taille et la carrure de son père. Ses traits sont beaucoup plus délicats, sa musculature beaucoup plus fine.

Mais en observant son visage de plus près, il est facile d’y retrouver un air de famille. Comment n’a-t-il pas deviné rien qu’en regardant ses yeux ? Ces deux yeux brillants d’un bleu vif, empreints de la même fierté arrogante. Ce regard profond, inébranlable, presque un peu intimidant, dans lequel il est facile de se perdre tant il semble transmettre un tas d’émotions à la fois. De la force, de la certitude, mais aussi une douceur inattendue.

Dabi – enfin, Tōya – semble gêné que le héros prenne autant de temps à le dévisager sans rien dire. Il réajuste la capuche sur sa tête qui avait un peu glissé, hausse les épaules, et passe à nouveau à côté de lui pour retourner s’installer à leur place habituelle face à la vue sur la vallée. Hawks le rejoint aussitôt.


En s’asseyant au bord du gouffre, l’oiseau se risque :

« Je suppose que Yumei sait ? Pour Tōya ?

— Mmh-hmm.

— Depuis combien de temps ?

— Elle l’a compris toute seule, il y a quelques jours. Avec son job, elle a suffisamment fouillé la vie privée de mon paternel pour savoir qu’il a perdu un fils. Et elle a fait le lien en le voyant partout dans mes visions du futur...

— Je vois... Tu n’as pas besoin de m’expliquer toute ta vie maintenant, si tu ne t’en sens pas prêt. Mais je suppose que tu as tes raisons de ne pas retourner auprès de ta famille ? »

Tōya baisse la tête. Pour une fois, il a franchement l’air triste et il n’essaie pas de le cacher.

« C’est compliqué... C’est mon père, le... problème. Et Shōto. »

Il s’interrompt. Ses mains commencent à trembler sous le coup de l’émotion. Hawks comprend que le problème dont il parle est grave, très grave. Que cela doit être lié à Dabi et, avant ça, à la mort de Tōya. Il s’apprête à lui dire qu’il n’a pas besoin de continuer à en parler maintenant, mais le noiraud reprend.

« J’aurais aimé revoir les autres, mais je ne peux pas. Et de toute façon... ils ne voudront pas d’un criminel comme grand frère. »

Un silence coule entre eux. Hawks n’est pas en position de parler pour le moment. Il n’en sait pas assez pour pouvoir le réconforter ou lui prodiguer des conseils. Et puis, il a lui-même besoin d’encaisser un paquet de choses. Après tout, Endeavor est son sauveur... Celui qui a fait indirectement de lui un héros. Son idole de toujours, et l’homme en qui il croit le plus au monde actuellement.


Il n’est pas sûr d’avoir envie de savoir ce qu’il a fait à Tōya. 

Il n’est pas encore prêt.


Alors il se contente d’être là. Un soutien silencieux, une présence discrète mais encourageante. Sans un mot, il se laisse basculer sur le côté, laissant tomber son épaule contre celle de Tōya pour lui faire comprendre qu’il peut désormais compter sur son soutien. Ce dernier semble véritablement étonné, mais il décide de ne pas le repousser.


Ils restent comme ça un moment, jusqu’à ce que les premiers rayons de soleil pointent le bout de leur nez. Ils restent juste à deux, consolidant leur amitié nouvelle et leur promesse d’être là l’un pour l’autre.



* * *



Yumei reprend doucement conscience alors que le soleil encore timide vient caresser son visage. Elle réalise qu'elle s'est assoupie sur le banc dans le jardin, et qu'elle est seule. Depuis combien de temps Himiko est-elle partie ? C'en est presque effroyable, à quel point cette gamine peut être silencieuse et furtive.

La jeune femme se redresse, les membres ankylosés par sa position inconfortable. Sa tête lui tourne, et il lui faut quelques secondes pour se reprendre. Elle remarque la douleur qui lui lancine le bras en même temps qu'elle se remémore les derniers évènements de la soirée, grattant distraitement l'endroit où était enfoncée la seringue de la vilaine quelques heures plus tôt. Elle ne veut pas regretter sa promesse envers la jeune fille... mais elle n'est même pas sûre que son corps tienne longtemps ce rythme, vu la quantité de sang qui semble lui avoir été prise. Elle ne peut qu'espérer qu'Himiko n'aura pas besoin de revenir vers elle trop régulièrement.


C'est pas vrai... Pourquoi je prends toujours des décisions pareilles sans penser à ce que ça implique pour ma propre vie... ?


Sa confrontation avec Himiko lui a fait plus de mal qu'elle n'aurait cru. Comme d'habitude, Yumei a encaissé, a joué la carte de la femme sûre d'elle et inébranlable. Elle a réagi de la façon la plus raisonnable possible compte tenu de la situation, comme elle a toujours appris à le faire. Alors qu'elle était juste venue prendre l'air, voilà qu'elle se retrouve à avoir fait une nouvelle promesse d'avenir meilleur à quelqu'un. Comme si sa charge mentale n'était pas déjà trop difficile à supporter...

Pourquoi fait-elle toujours ça... ?


Pourquoi est-elle incapable de se faire respecter ?

De se respecter, tout court ?

Elle se sent franchement idiote en cet instant.


La rouquine presse ses deux poings fermés contre ses paupières pour tenter maladroitement d'empêcher ses larmes de se mettre à couler. Oh, qu'elle est fatiguée... Tellement fatiguée... Fatiguée de toujours s'effacer pour les autres. Fatiguée de toujours en faire trop, pour son physique, pour son mental. Fatiguée de toujours se mêler de ce qui ne la regarde pas, et d'en subir les conséquences ensuite.

Fatiguée de... de...


Une sensation inattendue la sort soudain de sa spirale de pensées négatives. Quelque chose lui effleure la joue, léger, d'une douceur infinie. Yumei ouvre les yeux, et découvre avec étonnement quelques petites plumes rouges et duveteuses flotter devant son visage, caressant sa peau avec une précaution calculée. Elle comprend immédiatement, et tourne la tête pour apercevoir à sa grande surprise Hawks et Tōya accourir vers elle.

Confuse d'être abordée dans un tel moment de faiblesse, elle baisse précipitamment les yeux pour les dissimuler derrière sa frange, tendue, les lèvres pincées. Le héros est le premier à arriver à sa hauteur. Il s'agenouille sans attendre devant elle et prend ses deux mains entre les siennes, caressant leur dos de ses pouces dans un geste rassurant pour lui signifier qu'il vient la soutenir.

« Eh, Yumei. Ça fait longtemps que tu es là ? Tu ne devrais pas passer la nuit dehors, tu vas prendre froid... Tu as de la chance que j'ai capté ta présence grâce à mes ailes ! »

Elle renifle, la gorge trop nouée pour répondre tout de suite. Tōya arrive derrière elle et s'appuie contre le dossier du banc, posant sa main sur la tête de la jeune femme pour lui ébouriffer les cheveux.

« Et ben, princesse, tu nous fais quoi là ? Je vais plus pouvoir t'appeler comme ça si tu te mets à dormir sur un banc comme une clodo. »

Hawks lui renvoie un regard désapprobateur, pas encore habitué à son humour pinçant, et le vilain lui répond par un sifflement agacé. Contre toute attente, leur chamaillerie fait rire doucement Yumei. Elle recherchait désespérément leur présence et, même si cette dernière arrive un peu tard, elle se sent infiniment soulagée qu'ils soient à ses côtés à présent. Et aussi, qu'ils aient l'air... d'avoir passé la soirée ensemble et de s'entendre plutôt bien ?


« Je... J'avais besoin de prendre l'air. Ce n'est rien. »

Elle frotte ses joues et force un sourire sur son visage.

« Vous étiez à deux ? C'est super ! Qu'est-ce que vous... »

Tōya l'interrompt en lui attrapant le menton pour la forcer à le regarder, écrasant ses joues entre ses longs doigts fins.

« Ça suffit ! Fini de changer de sujet chaque fois qu'on parle de toi. Assume que toi aussi t'as parfois besoin d'aide, idiote. »

Elle écarquille les yeux, seule réaction qu'elle est en mesure d'avoir vu que le jeune homme l'empêche complètement de bouger et de parler. Elle plonge son regard dans le sien. C'est étrange... Il a l'air, presque... apaisé ? Il lui renvoie un sourire doux, malgré une tristesse non dissimulée sur son visage. Elle a déjà vu Tōya vulnérable, mais là, c'est différent : il s'est passé quelque chose ce soir. Elle ne saurait pas dire quoi, mais elle brûle d'envie de le découvrir.

Elle se débat pour que son ami relâche ses joues et elle lui renvoie une moue boudeuse à laquelle il répond par un sourire narquois. Elle regarde ensuite Hawks, qui a l'air particulièrement serein lui aussi, même si une ride d'inquiétude creuse son front entre ses deux sourcils. Elle se sent tellement rassurée à présent. Pour une fois, elle n'a pas besoin de s'en faire pour quelqu'un d'autre. Pour une fois, elle peut enfin penser à elle-même sans honte.

Sans avoir l'impression de prendre trop de place.


« Merci de vous inquiéter pour moi..., commence-t-elle prudemment. J'ai eu une petite dispute avec Toga, mais ça va maintenant. Je suis juste vraiment fatiguée...

— En même temps, t'as vu où tu t'es posée pour pieuter...

— Tōya ! », le sermonne Hawks d'une voix ferme.

Yumei glousse. L'oiseau ne le sait pas encore, mais l'humour nul et sans pincettes de Tōya est ce qui parvient le plus efficacement à chasser ses pensées sombres. Elle remarque aussi l'utilisation du vrai prénom de son ami, et comprend donc que le vilain a finalement réussi à se confier au héros, ce qui la rend heureuse.

Elle renvoie un léger petit coup sur l'épaule de Tōya pour le remercier de l'avoir fait rire, et reprend :

« Je suis contente de voir que vous passez du temps ensemble et que vous avez l'air de vous apprécier enfin, tous les deux...

— Hum... Qu'est-ce qui te fait dire ça ? »

Hawks détourne le regard, les joues légèrement rosies. Tōya semble lire dans les pensées de la rouquine, parce qu'il comprend immédiatement ce qu'elle sous-entend.

« Tu aurais aimé qu'on passe la soirée avec toi ?

— Ah, je... »


Elle baisse la tête, embarrassée à l'idée qu'ils culpabilisent de ne pas l'avoir prévenue. Le noiraud sort son téléphone de sa poche.

« J'ai lu ton message un peu tard, désolé. J'ai pas répondu parce que je suis un mec décent, je voulais pas risquer de te réveiller en pleine nuit.

— "Un mec décent... ?" »

Yumei et Hawks se lancent un regard. Ils ont prononcé ce morceau de phrase exactement en même temps, ce qui les fait éclater d'un grand rire, ignorant les protestations du manieur de flammes.

« Je vous signale que si vous vous foutez de ma gueule chaque fois que j'essaie d'être sympa avec vous, je vais très vite vous envoyer chier !

— Désolée... », répond simplement Yumei d'un air pas désolé du tout, séchant quelques larmes de joie qui perlent au coin de ses yeux.

Tōya grogne et pose ses deux avant-bras croisés sur le sommet du crâne de son amie, puis son menton par-dessus.

« Bref, si vous pouvez arrêter de jouer aux cons, j'aimerais finir ce que j'étais en train de dire. Même si je suis très tenté de ne pas le faire.

— Allez, arrête de bouder, le raille Hawks, qui peine encore à reprendre son sérieux. On t'écoute.

— J'allais proposer à Yumei de l'emmener avec nous sur la falaise, la prochaine fois. Mais tout bien réfléchi, je pense qu'on ira sans toi, stupide poulet décérébré. »

En voyant la mine déconfite de Hawks et bien malgré elle, Yumei repart dans un fou rire incontrôlable. C'est tout ce dont elle avait besoin ce soir, en fait. Décompresser, et s'amuser pour se vider l'esprit. Et que ça lui fait du bien, oh oui, tellement de bien !

Voyant qu'elle n'arrive pas à se calmer, les garçons se joignent à elle. Ils rient de bon cœur à trois, oubliant un instant leurs soucis, leurs traumatismes et leurs secrets.


Ils rient comme trois jeunes gens normaux de leur âge.


Sans savoir que c'est exactement ce dont ils rêvent, tous les trois, depuis toujours...




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