Note : Il est temps de conclure enfin la fête ! Je m'excuse d'avance pour celles et ceux qui voulaient voir un rapprochement entre Tōya et Keigo, mais il va leur falloir encore un peu de temps (pas trop, je vous rassure héhé) avant de laisser tomber les barrières entre eux 🫣 Ce chapitre nous amène doucement vers la fin de la partie 2 de l'histoire, qui se terminera ce dimanche avec une scène très importante pour nos différents protagonistes. J'espère que la fic vous plait toujours, n'hésitez pas à me faire un retour ou au moins un like si c'est le cas, c'est motivant d'avoir quelques encouragements 💖
Bonne lecture !
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Où est-ce qu'il est, ce crétin ?
Keigo se déplace avec habilité entre les invités, titubant légèrement sur ses jambes. Il a envoyé quelques-unes des rares plumes qu'il a gardées sur lui à la recherche de Tōya, mais ce dernier ne semble plus se trouver dans la pièce. Il rumine, l'esprit encore légèrement embrumé. Malgré tous ses efforts pour ne pas y penser, sa dernière altercation avec le vilain lui a fait passer toute envie de faire la fête.
Il sait bien qu'il a merdé : Tōya a eu raison de lui faire comprendre que ce n'était pas le moment de parler de choses aussi sérieuses dans l'état où ils sont tous les deux. Mais voilà... le héros est lassé de ressortir toujours perdant de leurs confrontations. De ne jamais savoir si le vilain l'apprécie ou essaie, au contraire, de lui faire comprendre de ne pas s'attacher à lui. Il aimerait que les choses soient enfin claires entre eux. Pour le moment, il est coincé dans un looping de montagnes russes émotionnelles et tout ça devient bien trop difficile à gérer.
Peut-être qu'il s'emballe tout seul, ce serait même probable. Peut-être que le vilain ne fait que l'utiliser et se moquer de lui, comme ça a toujours été le cas.
Alors, pourquoi ces fichus papillons persistent-ils à tordre son ventre chaque fois qu'il pense à lui ? Tōya est égoïste, négatif, et possède un incroyable talent pour tout détruire autour de lui. C'est vrai, il a un charme unique qui ne laisse pas Keigo indifférent. C'est vrai, il est touchant, quand il laisse enfin tomber la couche de barrières qui entourent son cœur. Mais c'est un meurtrier. C'est son ennemi, et en tant que héros, il ne peut pas se permettre de douter de son propre camp.
Alors ce soir, Keigo a décidé qu'il affirmerait ses sentiments et prendrait une décision. Il ne sait pas encore laquelle, mais il refuse de rester plus longtemps dans cet entre-deux flou qui lui occupe plus la tête que sa mission d'infiltration, et ce depuis que le vilain lui a avoué sa véritable identité.
J'espère quand même qu'il ne lui est rien arrivé...
Aussitôt que cette pensée lui traverse l'esprit, il frémit. L'une de ses plumes a capté la présence du noiraud sur le balcon. Keigo s'y engouffre sans réfléchir, bien décidé à lui dire en face ses quatre vérités.
Mais il se fige face à la scène de tension sexuelle évidente à laquelle il assiste. Ah oui, d'accord... Le héros se sent encore plus bête maintenant. Évidemment que son étrange affection envers Tōya ne pouvait pas être réciproque.
Tant mieux, ça rendra les choses plus faciles.
Il est tenté de fuir à toutes jambes, mais à la place, il décide que c'est le meilleur moment pour enfin régler ses comptes. Il se racle bruyamment la gorge pour bien gêner ses deux interlocuteurs. Tōya titube en faisant un pas brusque en arrière, et Compress se tourne vers lui sans avoir l'air perturbé le moins du monde, dévoilant toutes ses dents dans un sourire énigmatique.
« Tiens, Hawks. Tu viens fumer avec nous ?
— Non, je ne pense pas. J'aurais l'impression de déranger. »
Tōya, les joues rouges, lève les yeux au ciel et rétorque de son acidité légendaire :
« C'est un peu ta spécialité, ouais. »
Keigo commence à bouillonner de l'intérieur. La tension entre eux est si palpable qu'elle en ferait trembler plus d'un. Mr. Compress rabat son masque sur son visage, attrape sa veste qu'il jette par-dessus son épaule, l'autre main en poche, et passe à côté du héros pour se diriger vers la fenêtre.
« J'ai l'impression que vous avez des choses à vous dire. »
Il relève son masque le temps de leur adresser un clin d'œil, puis disparaît à l'intérieur. Keigo l'ignore royalement, les yeux toujours rivés sur Tōya qui a l'air mal à l'aise. Et dire qu'il s'inquiétait pour lui, il y a à peine quelques minutes... Franchement, il se sent tellement bête de s'être laissé distraire aussi facilement par ses charmes.
Cette fois, on arrête tout. Fini les "Keigo". Fini les papillons. À partir de maintenant, il redevient Hawks, le héros chargé d'arrêter Dabi et les autres membres du Front.
« Très bien. Je ne vais pas te déranger trop longtemps alors », commence-t-il d'une voix sèche.
Il prend une grande inspiration. L'air de rien, il n'a pas envie de faire du mal à Tōya. Il s'est vraiment attaché à ce jeune homme, mais... c'est le mieux à faire pour tous les deux, et il profite de l'alcool qui lui délie la langue pour parvenir à lui parler sans filtre.
« En fait, je ne viendrai plus vers toi, tout court. J'en ai assez, merde... je suis lassé de te courir après et de me prendre des murs ! Je ne suis pas une bête de foire dont tu peux disposer selon tes humeurs ! Je sais que t'es instable, je sais que t'as pas la vie facile, mais bordel : tu crois être le seul ?? »
Il est surpris à quel point les mots sortent tous seuls, tranchants, précis. Ce n'est pourtant pas dans son habitude... lui qui prend toujours soin de contrôler précisément ce qu'il dit, de penser aux conséquences. Il s'avance d'un pas menaçant, alors que Tōya se tient toujours à la balustrade, les yeux ronds d'étonnement. Il continue en haussant la voix sans vraiment le vouloir.
« Alors laisse-moi t'expliquer un truc, parce que ça n'a pas l'air d'être clair pour toi. Yumei et moi, on a aussi notre lot de traumatismes. On a aussi été blessés par nos proches... comme toi ! Mais de nous trois, t'es le seul à toujours tout ramener à toi ! À jamais penser aux sentiments des autres ! T'es le seul à avoir tué des innocents pour évacuer ta colère ! En fait, t'es juste un putain de gamin bloqué dans sa crise d'adolescence. Qui fait de son problème celui de tout le monde, parce qu'il est trop égocentrique pour penser aux dégâts qu'il cause autour de lui ! »
Tōya ne réagit pas, mais sa respiration s'accélère. Il ne décolle pas ses yeux horrifiés de ceux de Hawks, qui lui lancent des éclairs, ses deux pupilles de rapace dilatées sous l'effet de la colère et du stress. L'oiseau parvient tout de même à calmer ses émotions, et il conclut d'une voix sèche.
« Donc ouais, Dabi. C'est terminé ! J'en ai marre. Je ne veux plus avoir affaire à toi. »
Il est temps de mettre un terme à tout ça, avant que cette situation ne devienne incontrôlable.
Un long silence s'abat sur les deux hommes. Tōya ouvre plusieurs fois la bouche, mais aucun son n'en sort. Il serre la mâchoire et semble contenir difficilement un tas d'émotions qui l'assaillent à la fois. Finalement, il renonce à se défendre et se dirige vers la fenêtre, passant à côté de Hawks d'un pas maladroit en baissant piteusement la tête. Il s'arrête juste avant de pénétrer à l'intérieur et se tourne légèrement vers lui, les yeux remplis de douleur.
« Le pire, c'est que je m'en doutais. Mais ça fait mal quand même... »
Le cœur de Hawks se serre. Cette simple phrase fait redescendre toute sa colère et le fait immédiatement regretter ce qu'il vient de dire. Il fait un pas en avant, prêt à rattraper son ami pour s'excuser d'avoir laissé l'alcool autant amplifier sa frustration.
« Attends, Tō... ! »
Mais le vilain a déjà quitté les lieux en courant. Cloué sur place, il faut quelques longues secondes à Hawks pour calmer les battements de son cœur, qui semble prêt à lui déchirer la poitrine face à l'intensité des émotions qui l'assaillent. En retournant à l'intérieur, le héros entend des éclats de voix. Il se fraie un chemin parmi la foule et retrouve Yumei qui a l'air dans tous ses états, prête à quitter la pièce.
« Qu'est-ce qui se passe ?!, s'écrie-t-elle. Il faut aller le rejoi... »
Mais Mr. Compress s'interpose d'un geste de la main.
« Non, laisse. Je sais exactement où il est parti. Toi, tu ferais mieux de prendre soin de Hawks. »
À ces mots, Yumei se tourne vers le héros et croise son regard. C'est seulement à ce moment-là que Hawks s'en rend compte.
Ses propres yeux sont noyés de larmes.
* * *
Il fait silencieux et sombre dans cette grande chambre de vilain. Tōya n'a pas pris la peine d'allumer la lumière : après tout, le noir lui sied à merveille. Ce dernier est à l'image de sa personne. De ses cheveux, de ses habits, de ses ongles, et puis aussi de son cœur. Un cœur de meurtrier, gangrené par la haine et les ombres, terne, sans éclat. Celui d'un jeune homme profondément blessé, traumatisé au point d'avoir sombré dans la démence, et dont l'unique mécanisme de défense est de faire plus mal encore à ceux qui s'en prennent à lui.
Et ce sera toujours comme ça...
Tōya attend, debout face à la fenêtre. Les rayons blafards de la lune éclairent son corps meurtri et lui renvoient son reflet dans la vitre. Il se contemple un instant. Observe la goutte de sang parcourir douloureusement sa joue avant de la frotter de son pouce d'un air indifférent. Il le connaît par cœur, son visage : pourtant, c'est la première fois qu'il remarque à quel point il est sinistre. Lugubre. Déplaisant au regard. Avec une allure pareille, qui pourrait avoir envie de le voir, de lui donner une chance ? Franchement... Même sa façon de pleurer est désespérément morbide.
Il ne sait même plus s'il est encore humain à ce stade. Il ne ressent presque plus la douleur physique. Il ne peut plus pleurer autrement qu'en rouvrant les plaies sous ses paupières. Sans parler de son cerveau dysfonctionnel, probablement atteint d'il-ne-sait-quelle putain de maladie mentale qui le fait partir en vrille à la moindre émotion forte. Hawks a raison : il est instable. Il est détestable. Mais il n'avait pas besoin qu'on le lui rappelle, et surtout pas comme ça.
Surtout pas quand, pour la première fois depuis son réveil à l'hôpital il y a sept ans, Tōya faisait de réels efforts pour changer.
Putain.
Il pose son front sur la vitre, épuisé. L'avantage de toute cette tempête d'émotions qui secoue sa tête depuis le rejet de Hawks, c'est qu'il ne ressent presque plus les effets de l'alcool. Il subira demain matin, bien sûr : son corps, lui, n'oubliera pas. Mais il sait ce qu'il fait. Il est pleinement maître de ses pensées et de ses décisions, à présent. Certes, il est encore incapable de réfléchir plus loin que dans l'instant présent et de se soucier des conséquences de ses actions, mais ce n'est pas grave. De toute façon, il n'a plus rien à perdre, ce soir.
Alors autant gâcher les choses en beauté, jusqu'au bout, comme il en a toujours fait sa spécialité.
Si le monde refuse aussi obstinément de lui accorder le bonheur, ça doit être parce qu'il est destiné à tout foirer. Yumei lui en a apporté la preuve concrète. Tōya ou Dabi, il n'y a que le nom qui change. Comme l'a très bien décrit Hawks, il est juste un gamin qui ne sait agir que par pulsions et par caprices : coincé dans une adolescence qu'il n'a, ironiquement, jamais eu l'occasion de vivre.
Mais c'est comme ça qu'il est, en fait. N'est-ce pas un truc qu'on dit en thérapie ? "Il faut s'aimer et s'accepter comme on est", ou une connerie du genre... ? Il ne sait pas trop. Il n'a jamais fait de thérapie, alors il préfère réinterpréter cette phrase à sa manière.
Il aime le chaos. Il aime détruire. Il aime SE détruire.
C'est ce qu'il sait faire de mieux. C'est sa fierté, son plus grand, putain, de talent.
Alors, si les autres ne l'acceptent pas, c'est leur problème et pas le sien.
Ils peuvent juste dégager de sa vie.
La porte s'ouvre derrière lui. Les lèvres de Tōya s'étirent en un sourire tordu alors que la voix de Compress lui parvient dans son dos :
« Ça a l'air d'être ton truc, de rentrer chez les gens sans leur autorisation. »
Tōya ferme les yeux, prend un instant pour recoller les morceaux de ses pensées, puis se détourne de la fenêtre pour faire face à son camarade, arborant un air faussement indifférent.
« Je pensais y avoir été clairement invité, tout à l'heure... Je me suis trompé ? »
Mr. Compress referme la porte derrière lui. Il lance sa veste sur un fauteuil, pose son masque sur une petite table basse et s'approche du noiraud d'un pas lent, un sourire mystérieux aux lèvres.
« Pas du tout. Je commence à te connaître, Dabi. Je remarque très vite quand tes yeux crient au désespoir et que ton corps te supplie de lâcher prise. »
En quelques pas, Tōya referme l'écart entre eux. Sans un mot de plus, il passe ses bras autour des épaules du grand brun et commence à l'embrasser vigoureusement. Compress ne le repousse pas, il semblait même s'attendre à cette réaction. Il glisse ses mains dans le dos de Tōya pour raffermir leur étreinte et colle son corps au sien, passant sa langue dans sa bouche et ses doigts dans ses cheveux noirs. Leur baiser n'est pas passionné, au contraire : il est même complètement dénué de sentiments, animé uniquement par un désir d'anesthésier leurs esprits malades et d'assouvir leurs pulsions physiques.
Après un échange intense de salive et de coups de langue, ils s'écartent un instant pour reprendre leur souffle. Tōya fait quelques pas en avant et pousse Compress sur le lit en même temps qu'il ôte son pull noir à capuche. Il l'enjambe, à califourchon sur son bassin, et se penche à nouveau vers son visage. Contre toute attente, le magicien l'interrompt par une question, comme s'il s'inquiétait soudainement de comprendre la situation dans laquelle il se trouve :
« Tu es sûr de ce que tu fais ?
— Ferme-la, Mister, susurre Tōya en agrippant les lèvres de l'homme avec ses dents. Mon corps me supplie de lâcher prise, c'est pas c'que tu viens de dire ? »
Compress laisse échapper un grognement de plaisir alors que le noiraud commence à lui mordiller le cou.
« Je ne voudrais juste pas que tu regrettes. Par rapport à Hawks. »
Tōya pousse un sifflement agacé. Il a tout sauf envie de penser à ce stupide piaf en ce moment. Ce dernier n'a pas hésité à le jeter à la première contrariété, et il ne pourra jamais lui pardonner ça. Pour réponse, il se met à agiter doucement son bassin, frottant leurs entrejambes encore prisonniers de leurs pantalons pour leur arracher quelques petits gémissements de plaisir. Il ne pense pas pouvoir être plus clair.
Il se penche à nouveau vers son partenaire en portant doucement une main à son cou. Il lui murmure à l'oreille, alors que ce dernier est en train de se débarrasser de sa ceinture.
« Prononce encore une fois ce nom ici, et je n'hésiterai pas à t'étrangler après en avoir terminé avec toi. »
* * *
La fête s'est conclue peu après la sortie dramatique de Tōya. La salle, complètement sens dessus dessous (quelqu'un se dévouera bien pour nettoyer demain), est à présent vide du monde et du bruit qui l'a animée pendant toute la soirée.
Enfoncée dans un des larges canapés, ignorant les odeurs d'alcool et de cigarette qui empestent toujours dans la pièce, Yumei est encore secouée par les derniers événements. Hawks est blotti contre elle, sa tête sur son épaule. Ses yeux sont clos, encore un peu gonflés, et il semble épuisé par les émotions intenses de cette fin de soirée. Elle ne sait pas s'il s'est endormi, mais elle effectue encore machinalement des petits cercles réguliers dans son dos avec la paume de sa main, pour le calmer et le rassurer.
Elle s'en veut de ne pas avoir été là pour empêcher la situation de dégénérer, distraite par l'ivresse de la soirée. Elle se sent tellement inutile, et surtout, incroyablement bête.
Elle n'avait pas compris, en fait.
Elle n'avait pas compris que la relation entre Hawks et Tōya, qu'elle a mis tant d'effort à faire germer, avait évolué vers des sentiments inattendus. Ça n'a jamais été son objectif. Et, si elle l'avait su, elle aurait tout fait pour calmer le jeu entre eux et éviter le dérapage de cette nuit.
Hawks remue à côté d'elle. Il entrouvre les yeux et fronce le nez, rattrapé malgré lui par les relents de la soirée.
« Quelle heure il est ?, demande-t-il d'une voix rauque et éteinte.
— Bientôt six heures. On devrait aller se coucher. »
Le héros se redresse, une main sur sa tête qui doit être prise de vertiges ou d'un début de migraine. Heureusement, il semble au moins avoir récupéré sa présence d'esprit.
« Où est Tōya ?
— Je ne sais pas, Hawks... Je suis restée ici avec toi, tu te souviens ?
— Je dois aller le trouver... Je lui ai dit des choses horribles. Il faut que je m'excuse... »
Yumei soupire et lui renvoie un regard peiné. Même dans une situation pareille, le jeune homme ne peut s'empêcher d'être toujours aussi empathique, positif et désespérément anxieux de jouer un autre rôle que celui du gentil.
« Regarde-toi. C'est la dernière chose que tu serais capable de faire en ce moment. »
Elle se relève péniblement et l'aide à son tour. Elle est épuisée elle aussi, et impatiente d'aller se reposer. D'autant qu'elle va avoir besoin de toute sa tête demain pour recoller les morceaux de ses deux amis.
« Allez, on va dormir. Vous pourrez vous expliquer demain. Je suis certaine que tout finira par s'arranger. », rajoute-t-elle face à la mine piteuse de son ami.
Hawks, fidèle à lui-même, force un sourire sur son visage fatigué.
« Tu as raison. On est des adultes, après tout. Ça ira. »