Note : Bienvenue dans la partie 3 de cette histoire ! L'intrigue s'accélère alors que la grande bataille sur le Manoir approche dangereusement. Et tout devient beaucoup plus compliqué quand des sentiments amicaux et amoureux viennent se mêler à tout ça...
J'espère de tout cœur que cette histoire vous plait toujours autant. On arrive dans un acte beaucoup plus sombre, même si je vous promets quelques chapitres particulièrement adorables sur le chemin. Merci de suivre les aventures de Yumei, Hawks et Tōya depuis plusieurs mois maintenant, j'ai hâte de vous amener petit à petit vers le clash de la bataille qui se promet riche en émotions !
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Une nuit aussi noire que l'encre enveloppe le Manoir de la Montagne Gunga. La vallée est plongée dans un silence de mort, et la montagne elle-même semble retenir son souffle pour ne pas perturber cette quiétude. De gros nuages cachent la lune et ses compagnes étoilées alors qu'un épais brouillard recouvre le bâtiment de ses grands bras invisibles, comme s'il cherchait à le dissimuler aux yeux du monde. À l'intérieur, une centaine de résidents dorment à poings fermés depuis déjà plusieurs heures. Tous... sauf un.
Une petite silhouette se faufile par une fenêtre du deuxième étage. Elle est vêtue d'un t-shirt de compression, d'un pantalon large qui se resserre au niveau de ses chevilles et de deux bottines, le tout entièrement noir pour ne pas attirer l'attention. Cependant, sa visière, son casque et les deux grandes ailes rouges dans son dos trahissent immédiatement son identité. Mais il n'a pas le choix de les arborer : sans voler, il ne pourra pas arriver à temps à son rendez-vous.
Avec quelques mouvements habiles, il se hisse sur le toit sans un bruit, aussi gracieux et silencieux qu'un félin. Il s'y accroupit, scrutant la pénombre de ses yeux de rapace, nerveux. Depuis qu'il vit au sein du Front, il a eu le temps de repérer les allers et venues de la patrouille nocturne, mais il n'est pas parvenu à s'informer au sujet des alters de tous les résidents du Manoir. Il prie intérieurement pour qu'aucun vilain ne possède la capacité de le repérer, sinon, cela pourrait signifier son arrêt de mort. Il souffle pour évacuer son stress, secouant la tête. Non... il n'y a pas de risque. Sa furtivité est légendaire, et il n'a jamais été pris la main dans le sac lors de ses missions d'espionnage ou d'assassinat. Il ne doit pas s'en faire.
Grâce à Dabi, il ne possède même plus les capteurs sur ses ailes qui auraient tout de suite alerté les autres de ses déplacements suspects. Les vilains les replacent sur lui chaque fois qu'il quitte le Manoir... mais ce soir, ils n'ont pas besoin de savoir qu'il se rend à Musutafu sans leur demander la permission.
Hawks lève les yeux vers le ciel sans étoiles. Son cœur bat vite et il déteste ce qu'il s'apprête à faire, mais il sait qu'il n'a pas le choix. Depuis la fête, il y a quatre jours, il a décidé de reprendre en main son rôle de héros et de répondre à la moindre des requêtes de la Commission sans rechigner, même si cela doit risquer d'abîmer la confiance des personnes qu'il côtoie au Front. Ce qui veut dire : plus question de se laisser distraire par son amitié pour Yumei ou son affection pour un certain vilain... Il s'arrête un instant sur ces pensées, puis secoue la tête pour les chasser, honteux de se faire encore prendre au piège. Non, il n'y a plus de "Tōya" pour lui. Il n'y a plus que "Dabi", qui se fera arrêter avec les autres dans douze jours, quand l'attaque sur le domaine sera lancée par la Commission et les héros.
Le jeune homme ailé regarde sa montre, puis se déplace habilement sur le toit pour vérifier que personne ne se trouve en vue. Il prend une grande inspiration et s'élève dans les airs, aussi discret que le battement de ses ailes le permet, prêt à rejoindre la personne qui l'attend à Musutafu.
Environ une heure plus tard, Hawks atterrit sur le toit du très haut immeuble signalé dans le dernier livre que ses employeurs lui ont fait parvenir. À peine a-t-il le temps de poser pied à terre qu'il est accueilli par une sensation désagréablement familière. D'un coup, il est pris de vertiges alors que ses oreilles se mettent à bourdonner avec force, et tous les sons autour de lui s'évaporent en un instant, comme s'il était brusquement devenu sourd. Chancelant, il parvient quand même à repérer son assaillante grâce à la sensibilité de ses plumes. Il se saisit d'une rémige primaire et lève le bras en même temps qu'un couteau se place sous sa gorge. La personne derrière lui se fige alors que sa longue plume rencontre également son cou, et soudain, le sens de l'ouïe revient au héros qui tangue encore sur ses jambes.
« Pas mal, Hawks. J'avais peur que tu aies perdu la main après avoir passé autant de temps à te prélasser avec les vilains, mais je ne suis pas déçue. »
Le jeune blond se tourne vers sa camarade, tous ses muscles tendus, alors qu'elle range son couteau à sa ceinture. Elle est aussi vêtue entièrement de noir, le même uniforme que lui : à l'exception d'un casque sur les oreilles de couleur mauve dont elle se sert pour amplifier les sons, et qu'elle ôte aussitôt que leurs regards se croisent.
« Salut, Void. T'es toujours aussi douée pour mettre tes collègues à l'aise, je vois. »
La petite femme à la peau mate et aux cheveux noirs coupés en carré court lui adresse un sourire en coin. Sans un mot de plus, elle enveloppe leurs deux corps d'une sorte de champ protecteur à peine visible, que Hawks ne parvient à distinguer que parce qu'il a grandi avec elle et qu'il connaît son alter par cœur. Ce qui le fait immédiatement froncer les sourcils.
« Pourquoi... ?
— Désolée, on va rester dans notre petite bulle, toi et moi. Je ne voudrais pas que des oreilles indiscrètes nous écoutent.
— On est seuls, si c'est ça qui te tracasse. Mes plumes ne détectent aucune autre présence.
— Allons, ne joue pas à l'idiot. Tu espionnes pour les deux camps depuis plus d'un mois, tu sais mieux que moi comment soutirer des informations sans te faire remarquer... »
Il fronce davantage les sourcils, comprenant qu'elle doute de lui, alors que son cœur commence à s'emballer dans sa poitrine. Elle rajoute avec un sourire énigmatique :
« Je préfère m'assurer que notre petite discussion ne puisse parvenir qu'à nos quatre oreilles. Ne m'en veux pas d'être méfiante, c'est toi qui t'es fourré tout seul dans cette situation et tu le sais bien. »
Il serre les dents et les battements de son cœur s'accélèrent davantage. Il ne connaissait pas la raison exacte de sa convocation par la Commission ce soir, mais il s'en doutait. Ils commencent doucement à remettre en cause sa loyauté envers eux... Il tente un sourire forcé, comme il a toujours appris à le faire, feignant de prendre une voix amusée pour détendre l'atmosphère atrocement lourde.
« De quelle situation tu me parles ? Tu ne vas pas m'annoncer une bêtise du genre : "on pense que tu as rejoint les vilains", quand même ? Allez, je vous pensais plus malins que ça ! »
La dénommée Void ne réagit pas tout de suite à sa remarque. Elle le sonde de ses yeux noirs perçants alors que le blond commence à sentir quelques gouttes de sueur perler sur son front. Après un instant de réflexion, elle pousse un soupir ennuyé.
« Sérieusement, Keigo. Je ne vais pas te rappeler ton propre comportement de cette dernière semaine... J'ai franchement autre chose à faire. Mais si tu veux des indices : la Commission n'apprécie pas que tu sèches le travail. Tu n'es jamais tombé malade comme ça sans donner d'explication satisfaisante, et malheureusement pour toi... tes rapports sont loin, très loin d'être satisfaisants. Ils sont même de plus en plus médiocres. »
Hawks lui adresse un regard noir.
« Arrête de m'appeler comme ça. Toi comme moi, on a perdu le droit de porter nos prénoms depuis bien longtemps.
— Boude pas, mon poussin !, ricane-t-elle. Est-ce que c'est une façon de t'adresser à ton amie d'enfance ?
— Sans vouloir te vexer, je n'ai pas vraiment l'impression de m'adresser à une amie, là... »
Elle hausse les épaules en soupirant et lui adresse à nouveau un demi-sourire. Puisqu'ils ont tous les deux subi la même formation, il sait très bien que ce dernier est aussi faux que celui qu'il arbore tous les jours quand il se promène dans les couloirs du Manoir.
« Moi non plus, pour tout te dire. »
Hawks oublie de respirer pendant quelques secondes. Que veut-elle dire par là ? Lentement, elle s'approche de lui et se met à lui tourner autour, prenant soin de ne pas quitter la bulle insonorisée qu'elle a créée autour d'eux. Elle a beau être plus petite que lui, sa présence est vraiment intimidante.
« Qu'est-ce que tu fais parmi le Front ? Pourquoi tu ne rentres presque plus le soir à Musutafu ? Tu sembles distrait, et tes rapports sont de moins en moins détaillés. Tu as l'esprit ailleurs, mon petit Hawks ? Et puis... »
Hawks fronce les sourcils, soudain anxieux de ce qui va suivre.
« Depuis que tu nous as annoncé il y a une semaine que tu as trouvé une opportunité de te rapprocher de Dabi, c'est silence radio. Pourtant, tu avais l'air fier de nous dire qu'il commence à te faire confiance ! Alors, laisse-moi te poser directement la question, puisque tu sembles tenter de l'esquiver par tous les moyens. »
Elle s'arrête de marcher et se plante face à lui, à quelques centimètres seulement, ses yeux sombres plongés fixement dans les siens.
« Est-ce que tu as appris des choses sur lui que la Commission devrait savoir ? »
Nerveux, Hawks soutient son regard mais il est incapable d'ouvrir la bouche. Des choses, il en a appris oui... bien plus qu'elle ne pourrait l'imaginer. Désormais, il connaît l'identité du vilain, ses objectifs, ses forces et ses faiblesses. Tant d'informations extrêmement précieuses pour les héros, qui pourraient leur permettre de neutraliser beaucoup plus efficacement l'un des piliers du Front et l'un des criminels les plus dangereux du Japon.
S'il leur révèle tout... Il serait à nouveau tranquille. Il remonterait immédiatement dans l'estime de ses employeurs, qui le féliciteraient pour sa contribution si efficace à la paix et à l'équilibre de la société. Oui, il a tout intérêt à le faire, surtout s'il veut dissiper les soupçons sur sa personne.
Sauf qu'entre le moment où il leur a annoncé enquêter sur le vilain et aujourd'hui, la situation a bien changé... Sa respiration s'accélère alors qu'il réalise : malgré tout son intérêt à révéler ce qu'il sait sur Tōya Todoroki. Malgré tout ça... Alors même qu'il a coupé les ponts avec lui...
Il hésite encore à le balancer.
Le jeune héros est complètement perdu. Face à lui, Void commence à se douter de quelque chose, et il a intérêt à répondre le plus vite possible. Il retrouve sa contenance, passant une main dans ses cheveux d'un air embarrassé.
« Désolé. Pour le moment, tout ce que je sais de lui est qu'il n'aime pas le poisson cru et qu'il tient mal l'alcool. Pas de quoi en faire tout un rapport, comme tu peux le voir... »
Void fronce les sourcils, très peu satisfaite de sa réponse et du sourire gêné qu'il lui renvoie. Elle s'approche de lui et, à sa grande surprise, elle le prend dans ses bras, comme deux vieux amis qui ne se sont plus vus depuis longtemps. Elle lui murmure alors à l'oreille, sa bouche tellement proche de son visage qu'il peut sentir son souffle chaud chatouiller sa peau et lui provoquer des frissons.
« Fais attention à toi. Ce n'est pas parce que Madame la Présidente a été assassinée et que la Commission est en restructuration qu'on ne garde pas un œil sur toi. Choisis bien tes amis, Keigo, ou le petit oiseau que tu es risque de finir en cage. »
Elle se sépare de lui et lui adresse un regard sombre, puis elle sort une petite enveloppe de la sacoche accrochée à sa ceinture. Hawks s'en empare sans parvenir à cacher les tremblements de sa main, ce qu'elle remarque. Face à son air indécis, elle lui explique avec un sourire cruel :
« Oh, ce n'est pas grand-chose, juste un petit ordre de mission d'assassinat de la part de nos supérieurs pour te rappeler ta place. À accomplir cette nuit. Ils m'ont dit de te faire savoir que tu n'as pas intérêt à les décevoir. »
Le cœur de Hawks se serre en même temps que sa poigne froisse le papier. Devant sa mine déconfite, Void ne peut s'empêcher de retenir un petit rire satisfait. Elle remet son casque sur ses oreilles et lève enfin le voile insonorisé qui les entourait, signe qu'elle s'apprête à prendre congé de lui. Elle se détourne et lui adresse quelques derniers mots avant de mettre les voiles :
« J'espère te revoir dans le bon camp, le jour de la bataille. On compte sur toi. »
Quelques heures plus tard, Hawks a accompli sa mission sans encombres. Il se sent tellement mal suite au meurtre qu'il vient de commettre qu'il a dû s'arrêter à plusieurs reprises sur le chemin du retour pour se retenir de vomir. Cela faisait longtemps qu'il n'avait pas dû se salir les mains pour la Commission, et il avait presque oublié la sensation que ça faisait.
Tout a été si facile, si rapide... Il lui a suffi de s'introduire dans l'appartement de sa victime et de l'égorger avec une plume dans son sommeil, sans qu'elle ne se doute de rien ni ne se débatte, sans laisser de trace de son passage. L'aisance avec laquelle il est capable de prendre la vie d'un autre être humain, peu importe qu'il s'agisse d'un ennemi de la société, le dégoûte tellement qu'il est pris de violentes nausées. Pourtant, cela ne lui posait pas autant de problèmes, avant. Quand il ne connaissait rien d'autre que la réalité du monde à travers les yeux de la Commission, tout cela lui paraissait même plutôt normal. À force d'avoir été endoctriné depuis ses dix ans à "préserver la paix et l'équilibre de la société", tuer des gens sous les ordres de ses supérieurs ne l'avait jamais vraiment choqué.
Mais il commence doucement à se rendre compte à quel point tout cela est dérangeant. Est-ce le fait de côtoyer des personnes en marge de la société qui commence à le faire réfléchir ? Est-ce normal qu'il doute de son employeur, de l'organisme qui l'a élevé ? Est-ce normal que le monde des héros, qui est le sien depuis ses dix ans, commence doucement à le dégoûter ?
Il va très mal en ce moment, et il est à deux doigts de faire une crise de panique en plein vol. Il accélère la cadence, ignorant sa fatigue et pressé d'aller se cacher dans un endroit sécurisé pour calmer ses nerfs. En vue du Manoir, il renonce au dernier moment à retourner à sa chambre par peur d'alerter quelqu'un, incapable d'y retourner de façon aussi discrète et furtive dans cet état. Alors, il bifurque pour se rendre au seul autre endroit isolé et sûr qu'il connaît ici, malgré tout ce qu'il représente : le point de vue sur la falaise où il a passé plusieurs soirées avec Tōya.
Le temps d'une minute, il arrive au-dessus du promontoire, mais son cœur s'emballe encore plus fort quand il constate qu'il n'est pas seul. Allongé sur le sol, les deux pieds pendus dans le vide, un jeune homme aux cheveux noirs semble s'être profondément endormi au bord du précipice.
Hawks n'en revient pas de le trouver là. Il atterrit silencieusement à ses côtés, soudain anxieux que quelque chose lui soit arrivé, mais il ne décèle rien d'anormal dans sa respiration. Cet imbécile s'est vraiment endormi paisiblement au bord d'un vide d'une dizaine de mètres, le corps à moitié dedans, ce qui provoque des sueurs froides au héros qui ne peut s'empêcher d'imaginer ce qui aurait pu se passer s'il avait bougé dans son sommeil. Hawks hésite un instant à l'abandonner là : il n'a aucune envie de le confronter maintenant, surtout dans son état de panique actuel. Mais, alors qu'il s'apprête à redécoller, il y renonce au dernier moment, incapable de se résoudre à le laisser dans une position aussi dangereuse.
Le plus doucement et précautionneusement possible, le héros soulève Tōya avec ses plumes en prenant soin de ne pas le réveiller, et il l'installe dos à la grosse pierre sur laquelle ils avaient pris l'habitude de déposer leurs packs de bières. Il souffle pour évacuer son stress, soulagé d'avoir au moins contribué à sauver quelqu'un cette nuit. Mais quand il s'apprête à nouveau à repartir, à son grand désarroi, il entend une faible voix dans son dos qui le cloue sur place.
« Hey... »
Hawks se tourne pour faire face à un Tōya encore à moitié endormi avec... un faible sourire aux lèvres ? N'étaient-ils pas en froid, aux dernières nouvelles ? Lui-même ne peut s'empêcher de lui répondre d'une voix sèche, faisant son possible pour la retenir de trembler sous l'effet de sa crise de panique toujours prête à éclater d'un instant à l'autre.
« Je te savais peu respectueux de ton bien-être, mais franchement, là tu bats tous les records... Ça aurait été une façon vraiment très stupide de mourir. »
Tōya ricane doucement. Sa voix est basse, encore enrouée par le sommeil.
« C'est peut-être ce que je mérite... Qui sait... »
Un silence s'installe entre eux. Hawks fixe le noiraud d'un regard sombre. Il désire rester fidèle aux dernières paroles qu'il lui a adressées : à savoir, qu'il ne veut plus rien avoir à faire avec lui. Pourtant, dans son corps se battent un tas d'émotions contradictoires, ce qui le paralyse sans parvenir à parler. De son côté, Tōya semble avoir repris pleinement conscience et s'être perdu dans ses pensées.
Gêné et toujours dans l'urgence de trouver un endroit où se calmer à l'abri des regards, Hawks se détourne, une nouvelle fois prêt à partir. Mais il entend Tōya appeler son nom et soupire d'agacement. Ce dernier gigote un peu pour s'installer plus confortablement contre son rocher et brise enfin le silence, plongeant ses deux magnifiques yeux bleus dans ceux de l'oiseau, qui l'a rarement vu aussi sérieux qu'en cet instant.
« Écoute. Je m'attendais pas à te croiser maintenant, mais puisque t'es là... C'est probablement pas le moment, mais je voulais m'excuser. T'as raison : je n'ai pas à reporter mes malheurs et mes frustrations sur toi, ni sur personne d'autre, et j'ai décidé d'assumer mes responsabilités. Alors, je... »
Il semble avoir du mal à continuer, trop peu habitué à se confier aussi sincèrement, ce qui surprend d'ailleurs fortement le héros. Ce dernier, qui était pourtant bien décidé à fuir la confrontation au plus vite, se sent soudain le besoin d'entendre la fin de sa phrase.
« Alors, tu... ? »
À sa stupéfaction, il observe Tōya détourner le regard et... rougir ? Est-ce que c'est vraiment le vilain qui se trouve assis devant lui ? Ce dernier prend une grande bouffée d'air pour se donner du courage, et termine enfin sa phrase.
« Alors, je te souhaite d'être heureux, Hawks. Loin de moi si c'est nécessaire. Mais si jamais t'as encore une place pour moi dans ta vie... Mmh, eh ben, n'hésite pas à me le dire... »
Il détourne le regard en fronçant les sourcils, les joues toutes rouges. Hawks ne comprend plus rien à ce qu'il se passe. Dire qu'il y a à peine quelques heures, il était à deux doigts de le balancer à la Commission... Il a vraiment failli le faire. Et le soir de la fête, il a été tellement violent avec lui. Pourtant, Tōya lui souhaite d'être heureux ? Et il lui dit ça... juste après qu'il ait horriblement assassiné quelqu'un ?
C'en est trop pour le fier héros à l'habituelle positivité inébranlable. Hawks craque, d'un coup, sans prévenir. De grosses larmes se mettent à couler sur ses joues alors que ses jambes se dérobent et qu'il tombe à genoux, et il enfouit son visage entre ses mains pour cacher maladroitement sa crise violente de sanglots. Tōya lui lance un regard éberlué : il ne s'attendait sûrement pas à une réaction pareille après avoir été aussi gentil avec lui pour la première fois de sa vie. Il hésite, pas trop sûr de sa responsabilité dans cette crise de larmes, puis se redresse maladroitement pour venir aider Hawks à se relever. Il prend sa main, l'accompagne à l'endroit où il était assis juste avant et installe l'oiseau, qui pleure toujours, à côté de lui.
Ce dernier se sent tellement bête de craquer comme ça devant le vilain, mais il n'en peut plus. Son rôle d'agent double, la pression de l'attaque imminente sur le repaire, les responsabilités qui pèsent sur ses épaules, le sang sur ses mains... Et puis, son cœur déchiré entre ses sentiments pour Yumei et Tōya et son obligation de se battre contre eux bientôt... Tout est bien trop lourd à supporter.
Hawks est reparti si loin dans sa spirale infernale de peurs et d'angoisses qu'il en a presque oublié son camarade. Il est brusquement ramené à lui quand il le sent se laisser tomber contre son épaule, la tête penchée dans le creux de son cou.
« Eh... T'as pas besoin de me parler, je comprends que c'est pas le moment... Mais tu peux te reposer sur moi, si tu veux. »
Hawks ne comprend plus rien à ce qui lui arrive, mais il remarque une douce chaleur au niveau de ses joues et dans le creux de son ventre. Il baisse piteusement la tête, calmant un peu ses sanglots et détourne le regard d'un air honteux.
« Je te signale que c'est toi qui es affalé sur moi pour le moment, idiot... »
Tōya est si étonné qu'il redresse la tête. Quand il voit que cette petite blague a réussi à atténuer légèrement les pleurs de son ami, il se met à rire de bon cœur. À la grande surprise de Hawks, il l'attrape alors par l'épaule pour le ramener vers lui afin d'échanger leurs positions. L'oiseau ne sait plus où se mettre, mais il ne le repousse pas. Au contraire, avoir l'impression d'être soutenu lui fait tellement de bien qu'il parvient enfin à relâcher complètement ses angoisses, pleurant de plus belle pour évacuer tout son stress alors que Tōya pose sa joue sur le sommet de sa tête.
Très vite, les deux garçons finissent par s'endormir quelques heures dans cette position. Cette nuit-là, Hawks a fait un rêve, et ce n'est pas le cauchemar d'un oiseau se débattant dans une cage qu'il lui arrive fréquemment de faire.
Cette nuit-là, il a rêvé de Tōya.
De Tōya , et de liberté.