Note : Dans ce chapitre, vous découvrirez Yatagarasu, un personnage original créé par @Xarokane pour sa fic "Sous l'aile du corbeau" (disponible sur Wattpad). Au départ, il s'agissait d'un simple caméo pour la surprendre, mais son héroïne s'est creusé une petite importance dans cette histoire et est devenue un personnage à part entière. Si vous voulez en savoir plus sur son passé, n'hésitez pas à aller lire ce qu'elle fait, c'est franchement super !
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« Dites. À chaud comme ça, c'est quoi la première chose que vous vous imaginez faire quand on aura renversé la société ? »
Yumei relève les yeux vers Mr. Compress, surprise par sa question soudaine. Elle est assise par terre entre les genoux d'Himiko, qui se concentre à coiffer ses longs cheveux rouges et blonds en deux chignons comme les siens, lui arrachant quelques petits gémissements de douleur quand elle tire un peu trop sur son cuir chevelu. Elle préfère laisser ses amis parler d'abord, et réfléchit en silence à ce qu'elle pourrait bien répondre à cette question piège.
C'est une fin d'après-midi très calme aujourd'hui, et tous les membres de l'ex-Alliance (à l'exception de Shigaraki, comme toujours) se sont rassemblés dans une pièce commune bordée de canapés pour glander, fatigués de leur travail pour le Front. Tōya est assis juste à la droite d'Himiko et d'elle, perdu dans son scrolling infini des réseaux sociaux, et Twice à leur gauche. Dans le canapé d'en face se trouvent Spinner et Compress, savourant une boisson fraîche et un assortiment de sushis posé sur la table basse devant eux.
« Toi, je parie que tu t'enfileras un gigantesque plateau de poisson cru, ronchonne Tōya pour répondre à Compress sans relever le nez de son téléphone. Je comprendrai jamais votre passion pour ces immondices... »
Spinner le pointe de ses baguettes d'un air accusateur.
« C'est plutôt toi qui as pas de goûts ! T'es jamais cap d'apprécier les bonnes choses de toute façon. »
Himiko et Twice gloussent en cœur alors que le manieur de flammes se renfrogne en s'enfonçant un peu plus dans le canapé.
« Bon, et sinon, quelqu'un parmi vous est assez sympa pour répondre à ma question sans me laisser faire un énorme bide ? Vous savez que mon égo de showman risque d'en prendre un coup. »
Tōya pousse un profond soupir alors que Twice lève la main, comme s'il demandait l'autorisation de prendre la parole.
« Je me lance ! Ou pas ! Je t'ai bien eu ! »
Sous les rires amusés des autres, il dissimule maladroitement son visage derrière sa main, gêné, puis tente de continuer son propos sans se faire à nouveau interrompre par lui-même.
« Hum... pardon. Pour ma part, j'organiserai une énorme fête ! Genre la plus grande qu'on ait jamais vue ! »
Tout le monde lui lance un regard amusé alors qu'il se justifie comme s'il venait de dire quelque chose d'absurde.
« Vous voyez, les fêtes ici c'est bien, mais imaginez avec le goût de la liberté en plus ? On pourrait aller en boîte, ou assister à un concert ! Donc ouais, quelque chose de grand et qui n'est pas clandestin pour une fois, ça me botte bien. Ça serait la meilleure manière de célébrer notre victoire entre amis ! »
Chacun acquiesce. Dans le monde idéal du Front, le Gouvernement actuel et la Commission n'existeraient plus. Il n'y aurait plus de système de héros, et chacun serait libre d'utiliser son alter dans la vie de tous les jours comme il l'entend. Tout cela n'est donc pas incompatible avec le fait de sortir entre amis.
Spinner réfléchit un instant, puis se lance à son tour.
« Je vais peut-être un peu loin... Mais moi, j'aimerais m'entourer d'autres hétéromorphes et organiser la nouvelle société ensemble. Il faudra mettre les choses en place très tôt si on veut s'assurer de ne plus subir de discriminations, même dans un monde où on repart à zéro. »
Face à la mine surprise de ses interlocuteurs, qui ne s'attendaient pas à tant de sérieux de sa part, il affiche un petit sourire.
« Mais bien sûr, ça ne m'empêchera pas de me greffer au plan de Twice et de faire la fête avec vous. »
Yumei et Himiko lâchent un petit rire, et Compress lève son verre pour le cogner à celui de Spinner, saluant ses initiatives. C'est lui qui continue ensuite à partager ses plans d'avenir.
« Pour ma part, après avoir dégusté mon "gigantesque plateau de poisson cru" (il lève son verre à l'adresse de Tōya qui détourne le regard en grognant), j'aurai aussi pas mal d'ambitions. En fait, même si je soutiens les objectifs du Front, mon vrai combat, ce sont les inégalités. Particulièrement celles des richesses. Même si on sera débarrassés des héros corrompus, tout ne sera pas réglé d'un jour à l'autre. Alors, j'aimerais devenir comme Oji Harima : un justicier qui vole aux privilégiés pour distribuer aux autres. L'avantage, c'est que dans notre nouvelle société, je ne serai pas considéré comme un criminel.
— Ah bon ? Tu nous as jamais parlé de ça !, s'exclame Twice.
— Il y a pas mal de trucs que je ne vous ai jamais dits. Mais c'est notre cas à tous, non ? On a chacun nos petits secrets... »
À ces mots, il lève les yeux vers Yumei et lui adresse un clin d'œil, un sourire énigmatique sur les lèvres. Cette dernière se contente de le fixer sans savoir comment réagir, inquiète de ses sous-entendus. Se doute-t-il de quelque chose ? A-t-il compris que Hawks et elle œuvrent dans leur dos pour les arrêter ? Non... Si c'était le cas, ça ferait déjà bien longtemps que les vilains les auraient enfermés pour les interroger. Mais cela ne signifie pas qu'elle peut relâcher sa garde pour autant...
Car oui, même si c'est très loin de lui plaire, Yumei est en train de monter un plan dans le dos de ses amis. Elle a prévu, pas plus tard que ce soir, de se rendre à UA avec Hawks pour parler de l'avenir des membres de l'ex-Alliance, et plus particulièrement de Tōya. Pas l'avenir dont ils peuvent discuter joyeusement autour d'un plateau de sushis, comme c'est le cas actuellement. Mais celui que les héros s'apprêtent à décider pour eux, à leur place.
Yumei déglutit en détournant le regard, alors que Himiko termine justement de la coiffer. Cette dernière en profite pour se lancer à son tour.
« Mmmh. Moi, je suis pas une vieille comme vous, j'ai aucune idée de ce que je veux faire de ma vie. Alors la première chose que je ferai... »
Elle ignore royalement les quelques regards assassins qui se posent sur elle, levant les yeux vers le plafond avec son index sur le menton.
« Je pense que quand on aura terminé, j'irai déclarer ma flamme !
— Ah ouais ? À qui ?, l'interroge Spinner.
— Je sais pas encore ! Ochaco ou Izuku, on verra déjà lequel survit à la bataille finale ! Et si je les aurai pas tués d'ici-là... »
Tout le monde éclate de rire, à l'exception de Tōya qui fait semblant d'ignorer la conversation, et de Yumei qui doit se forcer très fort pour feindre un sourire sur son visage. Cependant, la jeune femme remarque un malaise venant de Twice à sa gauche. Comme si ce dernier se forçait à rire avec les autres... ?
« Et toi, Dabi ? »
Mr. Compress adresse un regard fixe à son compère, impatient d'avoir sa réponse. Le jeune homme aux cheveux blancs relève le nez de son téléphone et, voyant tous les yeux braqués sur lui, il réalise qu'il ne va pas pouvoir continuer plus longtemps à faire semblant de ne pas écouter.
« Pff. Je sais pas, c'est quoi ça pour une question à la con...
— Tu vas nous faire croire que t'es avec nous juste pour tout détruire, mais que t'as jamais eu de plan pour la suite ? Personnellement, je suis sceptique. »
Tōya et Compress se taisent et s'échangent un long regard méfiant, comme s'ils menaient une bataille silencieuse, s'envoyant des éclairs avec les yeux. Mais le premier perd vite patience et cède rapidement, haussant les épaules d'un air désintéressé.
« Nan, j'ai vraiment pas d'idée. Alors j'irai faire la fête avec Twice. Ensuite, j'irai piller quelques banques avec toi. Et après toutes ces bonnes actions, je ferai le prêtre pour la cérémonie de mariage de Toga. Considérez-moi comme votre fidèle acolyte, toujours dispo pour vous assister dans vos plans foireux. »
Twice et Himiko gloussent en cœur et Mr. Compress, qui n'a pas l'air satisfait de cette réponse, fronce les sourcils en dévisageant toujours le jeune homme d'un regard insondable. Spinner, quant à lui, s'offusque.
« Bah, et moi tu comptes pas m'aider ?!
— J'ai l'air d'avoir une tronche d'hétéromorphe ?
— Non, m'enfin... Tu pourrais soutenir mes combats aussi, quoi !
— Très bien, je ferai tout ce que tu voudras, mon beau lézard. Même les choses les plus obscènes. »
Tōya se met à papillonner des cils pour bien se moquer de Spinner, qui rougit malgré lui en s'énervant davantage.
« Et toi, Yumei ? », lui demande Twice en ignorant les querelles des deux autres à côté d'eux.
En réalité, la réponse de Yumei est prête depuis un moment. Cependant, même si c'est ce que son cœur désire au fond d'elle, elle sait qu'elle s'apprête à réduire ses souhaits à néant quand elle se rendrea à UA. Réaliser ça lui fait plus de mal qu'elle n'aurait cru, et ses mots restent bloqués quelques instants dans sa gorge avant qu'elle ne parvienne enfin à les formuler.
« Je ne sais pas encore ce que je ferai, moi. Mais ce dont je suis sûre, c'est que je veux qu'on reste amis pendant longtemps. Alors je me battrai pour ne pas perdre ça. »
Nous voici quelques heures plus tard. Perdue dans ses pensées, Yumei rejoue dans sa tête cet après-midi avec ses amis vilains, la boule au ventre, rongée par la culpabilité. Avoir fait semblant de soutenir leurs ambitions alors qu'elle va bientôt négocier leur enfermement la met mal à l'aise au point de se dégoûter elle-même. Si elle l'avait pu, elle aurait réécrit le passé pour faire d'eux d'honnêtes citoyens. Des personnes que les héros et la police ne considèrent pas comme la menace numéro un du pays.
Ce moment qu'ils ont passé tous ensemble est peut-être l'un de leurs derniers. Dans dix jours, elle ne pourra plus jamais se la couler douce dans un canapé avec Spinner, Compress, Twice et Himiko comme elle l'a fait tout à l'heure. Elle ne sait même pas si elle pourra encore garder contact avec Tōya. Cette incertitude la ronge, pourtant, une petite voix dans sa tête lui murmure que tout va bien se passer.
Après tout, elle a vu le futur de Tōya. Elle s'est vue dedans, et elle y a également vu Hawks et Twice. Si leur plan se déroule à la perfection, c'est-à-dire qu'ils ne changent pas d'avis en cours de route et que Tōya ne décide pas de tout gâcher en retournant à ses idées de vengeance, elle sait déjà qu'eux quatre garderont contact pendant plusieurs années. Mais, aussi motivante que cette vision puisse être, elle ne doit pas trop s'en réjouir. Tout est encore incertain. Elle sait mieux que quiconque que les futurs alternatifs qu'elle montre ne sont pas tous voués à se réaliser. Elle peut juste prier de tout son cœur pour que celui-ci devienne leur réalité.
Tōya le mérite. Hawks le mérite. Twice... et moi, aussi. Oh, faites que tout aille bien.
Elle n'est pas spécialement croyante, mais elle joint ses deux mains dans un signe de prière en pensant très fort à ces mots. Ces derniers lui donneront la force nécessaire pour affronter ce qui l'attend maintenant.
Yumei ouvre les yeux et parcourt une nouvelle fois son environnement du regard. Elle est assise sur une chaise en plastique disposée contre le mur à côté d'autres chaises vides, dans une petite pièce à peine meublée qui sert de salle d'attente. Hawks et elle sont arrivés à UA il y a environ une demi-heure, et elle a été abandonnée ici alors que le héros procède à une première réunion avec le directeur de l'établissement. Puisqu'elle est encore considérée comme une criminelle et qu'elle est recherchée par la police, elle est étroitement surveillée. En face d'elle, bras croisés et adossée contre le mur à l'autre bout de la pièce, se trouve une enseignante du lycée. Malgré son passif de journaliste, Yumei est surprise de ne pas la reconnaître alors qu'il s'agit bien d'une héroïne.
Cette dernière est un peu plus âgée qu'elle. Elle possède une chevelure flamboyante comme la sienne, quoique plus rousse et beaucoup plus ébouriffée. Son costume est sobre et entièrement noir, garni de quelques plumes qui rappellent celles d'un corbeau, et elle possède un couteau à sa ceinture dans le cas où elle devrait user de la force. Mais Yumei a beau être catégorisée comme une vilaine, elle est absolument incapable de se battre : le couteau sert donc plus d'instrument d'intimidation qu'autre chose.
L'ex-journaliste remarque que la professeure la dévisage. Gênée et succombant à la tension croissante qui envahit la pièce, elle se risque à tenter la conversation avec elle.
« Je sais que ça fait une demi-heure qu'on est là sans rien dire... Mais je pourrais vous demander votre nom ? Je ne me rappelle pas vous avoir déjà vue dans la sphère héroïque... »
La femme ne répond pas et se contente de la fixer intensément, ce qui met Yumei encore un peu plus mal à l'aise. C'est normal... elle me prend pour une vilaine. Mais après quelques secondes de silence, elle doit arriver à la conclusion que son interlocutrice n'essaie pas de l'embobiner, et finit enfin par ouvrir la bouche.
« Yatagarasu. C'est mon nom d'héroïne.
— D'accord ! J'imagine que vous le savez déjà, mais moi c'est Yumei.
— Tu ne te présentes pas avec ton nom de famille ?
— Je n'aime pas trop le mentionner... Quand je le fais, j'ai régulièrement des remarques à propos de mon oncle. Vous savez, Sir Nighteye, le héros qui est décédé il y a quelques mois... »
L'héroïne semble très bien voir de qui elle parle, parce qu'elle baisse les yeux d'un air triste. Était-elle présente quand c'est arrivé ? L'a-t-elle connu ? Comme si elle lisait dans ses pensées, cette dernière finit par répondre :
« Je me suis battue aux côtés de ton oncle. C'était un grand homme, on est beaucoup à le regretter. Toutes mes condoléances.
— Merci... »
Finalement, son oncle Mirai a quand même fait irruption dans la discussion. Ce n'est pas grave, cela fait plusieurs mois que Yumei a eu le temps d'accepter sa mort, même si ça n'a vraiment pas été facile au départ. Elle n'était pas très proche de lui, elle le trouvait même un peu intimidant, mais Nighteye lui portait une attention particulière. Elle était celle de la famille qui possédait l'alter qui avait le plus d'intérêt à ses yeux, et il l'a souvent invitée au restaurant pour discuter de tout ça avec elle. Malheureusement, à la fin, ils avaient pratiquement perdu contact. L'incident avec le futur d'All Might avait déjà commencé à fissurer leur relation, mais c'est Kugo qui s'est chargé de les éloigner davantage en empêchant Yumei de sortir de chez elle de plus en plus régulièrement. À cause de lui, elle a à peine pu assister à son enterrement. Néanmoins, même si elle ne le voyait pas souvent, sa mort a provoqué un vide horrible dans son cœur et lui a permis de réaliser les véritables enjeux de la vie d'un héros.
Yatagarasu hésite à relancer la discussion, elle aussi un peu mal à l'aise d'avoir jeté un froid, mais les deux femmes sont interrompues par des coups discrets sur la porte. L'héroïne ouvre et laisse apparaître la silhouette d'un homme que Yumei est ravie de voir se tenir devant elle.
« Oh ! Bonjour, All Might ! »
Le grand homme blond est désormais bien loin de la stature qu'il arborait quand elle l'a rencontré la première fois. Si sa nouvelle apparence n'avait pas été rendue publique après son combat contre All For One, elle n'aurait jamais pu deviner que cet homme maigrichon aux cheveux ébouriffés, aux yeux enfoncés dans leurs orbites et à la veste de costume qui semble légèrement trop grande pour lui est bien l'ancien Symbole de la Paix. Ce dernier lui adresse un petit signe de la main amical et lui sourit, dévoilant de grandes dents blanches et deux rides de sourire sur ses joues émaciées.
« Bonjour, Yumei. Est-ce que je peux venir te déranger un instant ? Je profite que Hawks soit encore en train de s'entretenir avec Nezu et Eraser Head.
— Vous ne me dérangez pas du tout, au contraire. Je suis heureuse de vous revoir.
— Le plaisir est partagé. »
Le blond lui adresse un signe de tête entendu et prend place à côté d'elle. Il lance un regard à Yatagarasu pour qu'elle les laisse seuls, mais cette dernière secoue négativement la tête.
« Vous n'avez plus de pouvoirs, All Might, et la consigne est claire. On ne peut pas laisser une vilaine sans la surveillance d'un héros capable de la maîtriser. »
Yumei affiche une moue dubitative. Si elle savait... Même All Might dans son état actuel serait capable de me maîtriser facilement, vu la crevette sans condition physique que je suis. Et ce n'est pas mon alter qui va me permettre de m'évader d'ici. De toute façon, je n'en ai pas envie.
All Might pense probablement la même chose qu'elle, parce qu'il lui renvoie un regard embêté, mais elle hoche la tête pour lui signifier que la présence de l'héroïne ne la dérange pas. Il reprend alors la discussion.
« Si j'avais su qu'on se reverrait en de pareilles circonstances... »
Il s'affole aussitôt en voyant Yumei baisser piteusement la tête.
« Heu, je veux dire... ! J'aurais aimé que la vie soit plus tendre avec toi. La police attend encore ton témoignage concernant le crime que tu as commis, mais te connaissant, je suis convaincu qu'il s'agit de légitime défense. Et avoir été kidnappée le même soir par l'Alliance n'a pas dû être une partie de plaisir non plus. Tout cela, seulement quelques mois après le décès de... »
Elle relève un visage triste vers lui en secouant la tête pour lui signifier de ne pas en dire plus. Il a l'air à nouveau gêné d'avoir mis les pieds dans le plat, et sa maladresse avec le choix de ses mots amuse Yumei.
« Ne vous en faites pas pour moi. Je suis plus solide qu'il n'y paraît ! Et désormais, j'ai Hawks à mes côtés, alors rien ne pourra m'arriver. »
All Might lui renvoie son sourire. Il semble en même temps se détendre un petit peu.
« Je ne sais pas encore ce que Hawks et toi nous réservez tout à l'heure. Mais je n'ai aucun doute que si vous avez pris le risque de venir jusqu'ici, compte tenu des répercussions que ça pourrait avoir sur vous si ça se savait, c'est que vous avez une excellente raison. »
Yumei pince les lèvres, soudain indécise. À quel point peut-on qualifier leur raison "d'excellente" ? Après tout, il s'agit d'un désir égoïste : celui donner un avenir à Tōya, qui est certes leur ami, mais qui est surtout un meurtrier en série recherché. Qu'est-ce que UA ou même la société aurait à gagner en les aidant à le sauver ?
Un souvenir lui remonte alors. Une conversation qu'elle a eue avec Twice tout à l'heure, juste après leur après-midi sushis, quand les autres venaient de quitter la pièce. Le vilain s'est tourné vers elle avant de franchir la porte.
« Au fait, Yumy, je voulais te remercier.
— Ah bon ? En quel honneur ? »
Le vilain s'est alors penché vers elle, une main ouverte à côté de sa bouche comme s'il avait peur d'être entendu.
« Elle n'osera jamais l'admettre devant les autres, mais tes paroles ont beaucoup fait réfléchir Himiko. Ce matin, elle m'a confié qu'elle n'avait plus tué personne depuis que tu lui passes parfois du sang, et elle avait l'air de s'en réjouir ! »
Cette affirmation a beaucoup surpris Yumei et une explosion de sentiments positifs s'est aussitôt déclenchée creux de son ventre.
« C'est... c'est fantastique !
— Pas du tout !! Hum, pardon. Oui, ça l'est ! »
Les deux amis ont alors ri doucement en cœur à cette réaction inattendue.
« Sérieusement. Merci pour eux. Moi, je ne tue que si ça peut sauver la vie de mes amis, parce qu'ils sont ce qui est le plus précieux à mon cœur. Mais d'autres comme ma petite Himiko se cherchent encore. Et je crois que ça l'a rendue toute chose, de sentir que tu t'es inquiétée pour son bien-être. »
Il a accompagné ces mots d'une petite tape sur la tête de Yumei avant de s'apprêter à quitter la pièce. Puis il s'est tourné vers elle en la saluant d'un pouce en l'air.
« Alors, merci d'être là pour nous, Yumy ! »
Yumei revient à elle, regonflée à bloc par le souvenir des paroles de Twice. À présent sûre d'elle et de ses objectifs, elle adresse un regard déterminé à All Might.
« Je ne sais pas si notre raison est excellente. Mais je peux vous assurer que vous pourrez la comprendre, puisqu'on cherche à aider des personnes dans le besoin. »
Une lueur d'intérêt naît aussitôt dans les iris bleus de son interlocuteur, dont le sourire s'élargit.
« Je n'en attendais pas moins de ton âme d'héroïne, Yumei. »