Danse avec moi, loin de cet enfer || Le choix de Toya Todoroki

Chapitre 36 : Derniers préparatifs

4446 mots, Catégorie: T

Dernière mise à jour 30/08/2026 12:19

Note 1 : Petites précisions pour ce chapitre. J'ai fait le choix d'appeler Numéro 13 "Thirteen" comme en anglais, pour éviter toute confusion plus tard, puisque j'appelle régulièrement Hawks et Endeavor les "Numéro 1 & 2". De plus, je n'ai pas vraiment l'occasion d'expliquer en détail l'alter de Yatagarasu dans l'histoire, j'en profite donc pour le faire ici. Elle possède plus ou moins le même alter "Téléportation" que Gil Gollini (un vilain du film You're Next), dont elle est une parente. À la différence qu'elle peut se téléporter aussi dans des endroits qu'elle peut visualiser clairement dans sa tête, même si les longues distances la fatiguent rapidement.

Note 2 : On entre dans la partie sombre de l'histoire... J'espère que vous êtes mentalement prêt⸱es et que vous ne m'en voudrez pas trop... 😬🫣

Bonne lecture !

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[Musutafu, deux jours avant le raid, au milieu de la nuit]


Sur le toit d'un haut immeuble, englobés dans leur bulle insonorisée, Keigo adresse un sourire rayonnant à Void alors que sa collègue de la Commission le dévisage d'un air méfiant. Il a une main tendue devant lui, prêt à recevoir ce qu'elle a été chargée de lui amener.

« Je ne sais pas comment tu as fait pour négocier ça, Hawks. Mais je t'avoue, je suis surprise. Tu es beaucoup plus fourbe que tu n'y parais. »

En même temps qu'elle prononce ces mots, elle lui confie un flacon rempli d'une bonne dose d'inhibiteur d'alter non dilué, qu'il s'empresse de ranger avec précaution dans sa sacoche. Habituellement, ce produit est strictement interdit à la circulation en dehors des hôpitaux et des prisons, même pour les héros : sans l'aide d'un médecin, les risques de l'administrer à une mauvaise dose peuvent s'avérer beaucoup trop dangereux. Il a dû négocier longuement et compter sur l'aide de ses complices à UA pour parvenir à mettre la main dessus.

« Disons que j'ai d'excellents alliés.

— Et tu vas en faire quoi, de ce machin ? Il y a de quoi shooter au moins deux adultes avec une dose pareille.

— Tu te souviens de Dabi ? »

Elle roule des yeux d'un air franchement agacé.

« Tu veux dire, le dangereux criminel, ou le mec à qui tu es censé soutirer des informations qu'on n'a jamais reçues ?

— Le même. Et bien, j'ai un plan pour l'arrêter. La double dose, c'est juste une sécurité au cas où. »

Elle a l'air de tomber des nues et ne peut s'empêcher de hausser la voix.

« Un plan ??! Et ça ne t'est pas venu à l'esprit de mettre la Commission au courant ?? »

Keigo a terminé ce qu'il était venu faire, il se détourne donc déjà d'elle. Mais lui adresse tout de même un sourire espiègle par-dessus son épaule.

« Désolé, j'ai dû prendre quelques libertés. Vous comprendrez tout le jour de la bataille.

— Attends, Keigo ! Mais c'est n'importe quoi ! Tu es conscient que nos supérieurs ne laisseront pas facilement passer ça ?! »

Il soupire. Il déteste qu'elle se remette à l'appeler par son vrai nom quand elle s'emporte, mais il ne relève pas. Il sait très bien qu'il risque de s'attirer des ennuis, mais de toute façon, c'est déjà ce qui l'attend. Les membres du Front vont apprendre son double jeu et le haïront de tout leur être, sans parler de Tōya, qui lui en voudra peut-être pendant des années après le coup qu'il s'apprête à lui faire. Au moins, la Commission pourra le féliciter d'avoir écarté Dabi du champ de bataille...

Alors il se contente de hausser les épaules, sans même accorder un mot supplémentaire à sa collègue. Il fait quelques pas rapides en ignorant les protestations dans son dos, s'élance du bord du toit, et prend son envol pour aller récupérer Yumei qui l'attend à UA.



* * *



« Bien. Récapitulons comment vont se dérouler les événements d'après-demain. »

Yumei fronce les sourcils, concentrée à ne pas perdre une miette de la discussion qui se déroule autour d'elle. Ce soir, elle est de retour au prestigieux lycée, installée dans la même salle de réunion que lorsqu'elle avait défendu Tōya il y a une semaine. Cette fois-ci, la pièce est comble, tous ses sièges occupés par l'entièreté du corps professoral du lycée. Un seul invité manque à l'appel : Hawks, retenu ailleurs par d'autres obligations qui concernent la Commission. Même si son absence lui pèse, ils ont trouvé plus prudent d'organiser leurs deux rendez-vous au même moment afin d'éviter le risque d'être repérés en s'éclipsant trop souvent du Manoir.

Yumei est donc seule pour défendre leur plan. Alors, malgré sa peur de ne pas maîtriser la situation, elle s’efforce de penser à Tōya pour se rassurer.

Ce dernier est resté enfermé dans sa chambre toute la matinée, ignorant les messages et les tentatives de discussion, si bien que Hawks et elle ont cru pendant plusieurs heures qu'il refuserait leur proposition. Heureusement, il a fini par refaire surface au repas de midi et, une fois seuls, il leur a finalement exprimé son accord. Yumei et lui ont ensuite passé le restant de la journée ensemble à préparer les arguments qu'il voudra défendre devant les héros. Cependant, le vilain a râlé contre Hawks tout du long, à qui il semble en vouloir particulièrement de ne pas lui avoir fait confiance...

Et les choses ne vont pas aller en s'améliorant quand il tombera dans leur piège pour se faire arrêter par la police... Mais elle garde l'espoir qu'il pourra un jour les comprendre et leur pardonner. Après tout, elle a vu son futur. Elle sait qu'un avenir heureux à leurs côtés n'est pas juste un rêve utopique, mais bien une réelle possibilité.


Nezu est debout sur sa chaise, face à l'assemblée, les yeux rivés sur un document contenant tous les détails du plan de sauvetage de Dabi. Il continue sa lecture de sa petite voix de souris.

« L'attaque est prévue ce mercredi matin à neuf heures. Elle aura lieu simultanément au Manoir de la Montagne Gunga et à l'Hôpital Jaku. La grande majorité d'entre vous seront mobilisés contre le Front de Libération du Paranormal pour arrêter tous les vilains qui s'y trouvent. Le même jour et au même moment, nous avons prévu d'attirer Dabi à UA afin d'écarter sa menace et de le capturer lors d'une opération séparée. »

Jusqu'ici, personne n'a rien à rajouter, et tous écoutent attentivement les paroles de leur directeur.

« Selon Yumei Sasaki, ici présente, ce dernier a accepté cette rencontre de son plein gré. Il n'y aura pas besoin de faire preuve de force contre lui, est-ce correct, Yumei ?

— Oui. Je peux vous résumer ce qu'il sait et à quoi il s'attend. »

Elle se concentre pour ne rien mélanger, ne rien omettre. Elle sait à quel point cet instant est crucial et comme tout doit être parfaitement organisé.

« Dabi arrivera à la gare de Musutafu un peu avant neuf heures. Sur place, il retrouvera une équipe de quelques héros qui lui injecteront l'inhibiteur d'alter, lui passeront des menottes et confisqueront son téléphone. Le médicament fera effet assez rapidement, il sera donc inoffensif au moment d'arriver à UA. Il croit qu'il va assister à une simple rencontre où il pourra discuter de son avenir avec vous... Il n'est pas au courant de l'opération de police et de son arrestation. Le connaissant, il va essayer de se défendre, mais vous serez capables de le maîtriser facilement, menotté et sans son alter. »

Quelques murmures se font entendre dans l'assemblée, que Nezu décide d'ignorer pour se reconcentrer sur sa feuille. Mais avant qu'il puisse continuer, une question s'élève du côté des enseignants, posée par un grand homme musclé aux cheveux argentés que Yumei identifie comme Vlad King.

« Pourquoi n'est-il pas au courant de la seconde partie de l'opération ? »

Yumei mordille sa lèvre inférieure alors que le principal de UA l'invite à répondre, étant la mieux placée pour savoir de quoi elle parle.

« C'était impossible de tout lui dire... Si on lui avait parlé d'une arrestation, ce n'est pas sûr qu'il aurait accepté notre proposition. Même en sachant que c'est la meilleure solution pour lui, il y avait trop de risques qu'il refuse de nous faire confiance.

— Ça veut dire qu'il n'est pas prêt à quitter sa vie de vilain ?, renchérit Vlad King. Qu'il peut encore se retourner contre nous ? »

Quelques discussions discrètes mais animées s'élèvent dans la pièce, alors que Yumei commence à se sentir très mal à l'aise.

« Il est prêt, je peux vous l'assurer ! Mais il est encore trop fragile mentalement pour comprendre qu'on fait ça pour son bien. On compte l'en convaincre quand il sera entre les mains des autorités... Quand il sera définitivement écarté du monde des vilains. Puisqu'il va se rendre de lui-même à la police et qu'il sera absent du raid sur le Manoir, il allègera sa peine et il sera mieux accompagné lors de sa réhabilitation. »

La jeune femme commence légèrement à trembler, mais le regard confiant que lui adresse All Might l'aide à retrouver son courage.

« Merci pour tes précisions, Yumei, continue Nezu avant de reprendre sa lecture. La rencontre aura lieu en petit comité, puisque les risques de danger sont faibles et que nous avons besoin de toutes nos forces pour la double attaque sur le Manoir et sur l'Hôpital. Les héros qui resteront ici seront : All Might, Yatagarasu, Hawks, Thirteen, Recovery Girl et moi-même. Yumei sera également présente pour aider Dabi à nous faire confiance, et nous aurons l'inspecteur Naomasa Tsukauchi à nos côtés en tant que représentant de la police, prêt à faire intervenir ses hommes pour l'arrestation. Si quelque chose doit déraper, nous pourrons compter sur la polyvalence de l'alter de Hawks, et Yatagarasu se tiendra prête à téléporter Dabi à l'extérieur de UA en cas de besoin. »

Personne ne voit d'objection quant à cette partie du plan. La réunion se conclut avec quelques détails logistiques, puis Nezu invite tout le monde à aller prendre un repos bien mérité avant leur mission imminente.


Yumei s'attend à ce qu'All Might la raccompagne à la sortie comme la dernière fois, et quand elle l'aperçoit, elle est étonnée de voir Yatagarasu avec lui. L'héroïne rousse la salue d'un petit signe de la main, et ils se mettent à marcher à trois à travers les couloirs vides de l'école, laissant les autres professeurs derrière eux.

« Je ne connais pas Dabi, mais je dois dire que je suis impressionnée par ce que tu fais pour lui, commente la professeure. Peu de personnes sont capables de voir le bon dans le cœur d'un vilain. »

Yumei rougit légèrement face au compliment alors qu'All Might approuve d'un signe de tête.

« C'est peut-être un peu bizarre, mais c'est un de mes premiers vrais amis. Il n'a pas eu de chance dans la vie, et je voudrais réparer cette injustice en lui offrant un meilleur futur.

— C'est tout à ton honneur. Comme tu l'as entendu, j'ai été comme lui à une époque. On m'a arrachée à mes parents pour servir la cause de yakuzas qui s'intéressaient à mon alter. Je suis convaincue qu'un grand nombre de vilains possèdent une histoire similaire à la mienne et mériteraient une vraie réinsertion. »

Malgré elle, Yumei ne peut s'empêcher d'interrompre sa marche, à la fois touchée par l'histoire de Yatagarasu et un peu secouée.

« Je... Je vois. Bien sûr, je crois aussi que Dabi mérite une seconde chance, sinon je ne serais pas ici. Mais en même temps, plus l'échéance approche, plus je commence à douter et à avoir peur de la suite... Vous voyez, contrairement à vous, Dabi a choisi de devenir un vilain pour, mmh... pour faire payer son père. Il n'est pas aussi excusable que vous, Yatagarasu, c'est beaucoup plus compliqué de le défendre... Rien que le convaincre de venir ici a déjà été difficile... »

All Might fronce légèrement les sourcils.

« C'est la deuxième fois que tu mentionnes son père sans vraiment nous en dire plus, Yumei. Est-ce que c'est un élément important que nous devrions prendre en compte pour le bon déroulement de l'opération ? »

Yumei se fige et blêmit légèrement. Face à elle, Yatagarasu hoche doucement la tête, soudain soucieuse de sa réaction elle aussi, alors qu'All Might comprend tout de suite qu'il a touché un point sensible et la dévisage d'un air grave.

« C'est normal de vouloir protéger la vie privée de ton ami. Mais... tu sais que vous risquez gros, Hawks et toi, si vous nous cachez des informations qui peuvent compromettre la sécurité de tout le monde... »

Yumei se sent prise au piège par l'esprit trop vif de l'ancien Symbole de la Paix. Depuis leur dernière entrevue, elle n'a cessé de se demander si elle devait parler d'Endeavor et de la volonté de vengeance de Tōya, parce qu'il s'agit effectivement d'une donnée qui peut encore chambouler leurs plans. Elle voulait laisser son ami tout avouer lui-même... Mais elle repense maintenant à Hawks, qui a passé une semaine à mentir à son partenaire et qui a fini par profondément le décevoir. Peut-être qu'elle devrait éviter de commettre la même erreur...

« Vous... vous avez peut-être raison. En fait... Dabi a choisi volontairement la voie du meurtre parce que... parce que c’était le moyen le plus percutant de se faire entendre, vu que son père est... un héros... Et qu'il l'a maltraité dans son enfance. »

Elle ne parvient pas à cacher son malaise grandissant, de moins en moins sûre qu'elle devrait s'exprimer à ce sujet. All Might et Yatagarasu s'échangent un regard incrédule, soudain un peu stressés par cette révélation de dernière minute. L'homme ne parvient pas à dissimuler une angoisse croissante.

« Un héros qui a maltraité son fils ?? Je n'ai jamais entendu une histoire pareille !

— Justement... c'est parce que personne n'en parle qu'il voulait se faire connaître et... le dénoncer...

— Mais de qui est-ce que tu parles ? Yumei... c'est important pour la suite de l'opération ! Tu n'aurais pas dû cacher ça aux autres héros ! »

La jeune femme est désemparée. Elle a l'impression de bien faire, mais elle se sent aussi coupable de priver Tōya du droit de faire ces aveux lui-même. Elle baisse la tête honteusement, alors qu'elle ne peut plus se retenir de tout avouer à All Might.

« Son père... c'est Endeavor. »



* * *



[Le lendemain, veille du raid sur le Manoir]


Agité, Keigo parcourt les couloirs à la recherche de Yumei. Cette dernière n'a pas lu ses messages, et il ressent un besoin crucial de lui parler des dernières péripéties concernant leur plan de demain. Au bout de quelques minutes à arpenter la résidence, il finit enfin par l'apercevoir en compagnie de Twice, et il l'approche d'un pas rapide.

« Eh, Yumei ! Je te cherchais, je peux te parler une minute ?

— Heu... Ouais ? »

Elle le suit sans un mot de plus jusqu'à sa chambre, et il referme la porte après l'avoir invitée à s'installer sur son lit. Elle semble très nerveuse, et il peut bien la comprendre : il est dans le même état. L'approche du jour J est particulièrement difficile à vivre pour tous les deux.

« Ok, concernant demain... Y a un truc bizarre qui s'est passé. Ils ont réaffecté Endeavor pour le faire participer à notre rencontre. »

Elle blêmit, mais elle ne répond pas et se contente de dévisager le héros d'un air stressé. Keigo commence à faire les cent pas dans sa chambre, envahi d'une panique débordante qui l'empêche d'arrêter de bouger et qui contraste avec son habituelle attitude positive et réfléchie.

« Tu y comprends quelque chose, toi ?! Ils ont changé tous leurs plans pour qu'il quitte sa mission et se joigne à nous ! Mais les faire se rencontrer maintenant, c'est vraiment la pire idée de tous les temps ! Et il n'y a pas que lui, il y a son fils Shōto aussi.

— Et donc... Tu veux dire...

— Qu'ils savent d'une manière ou d'une autre qu'Endeavor est son père ! C'est toi qui leur as dit ? »

Yumei déglutit difficilement. Elle semble confuse et très mal à l'aise.

« Non. Je ne sais pas de quoi tu parles... »

Keigo la dévisage un instant d'un air méfiant, mais il constate vite qu'elle a l'air vraiment étonnée et sincère. Ce qui est peut-être pire : comment l'information a-t-elle pu fuiter, alors ? Est-ce qu'il existe une faille dans leur plan ? Il se frotte l'arrière de la nuque dans un geste d'impuissance, de plus en plus stressé par la situation.

« Quoi qu'il en soit, je leur ai écrit qu'il en est hors de question et que sa présence ne va faire qu'empirer les choses. Comme je ne peux pas parler clairement pendant ma patrouille, je n'ai pu que leur laisser un message. Je n'ai aucune garantie qu'ils prendront mon avis en compte... Aah, c'est la cata... Si Endeavor veut rencontrer Tōya, il doit le faire quand il sera derrière les barreaux... sinon, ça risque de faire foirer tout notre plan. »

Yumei se tortille nerveusement les doigts. Depuis tout à l'heure, elle a le regard fuyant et elle n'ose presque pas dire un mot. Keigo n'aime pas la voir dans cet état-là : d'habitude, il compte sur son sang-froid pour le calmer quand il perd ses moyens, mais il a l'impression que la situation s'est inversée aujourd'hui.

« Tōya... Derrière les barreaux... »

Elle répète ces mots d'une petite voix faible, comme si elle les imprimait dans son esprit, puis relève la tête vers lui.

« Hawks, est-ce qu'on doit vraiment faire ça ? »

Le héros tombe des nues. Pourquoi elle lui demande ça maintenant ? Elle doute de leur plan ? Elle regrette ?! Oh non, elle n'en a pas le droit... pas alors qu'ils sont aussi proches du but ! Désemparé, il s'avance vers elle pour poser ses mains sur ses bras et la secouer légèrement.

« Eh oh, Yumei ?! Redescends sur terre, s'il te plaît ! On n'a plus le choix, on en a déjà tellement discuté ! La seule manière d'aider Tōya, c'est de l'envoyer en prison pour le moment. La justice ne pourra jamais ignorer ses crimes, c'est inévitable ! Tout ce qu'on a fait de mal, c'est de ne pas avoir osé le mettre au courant, mais tu sais pourquoi on l'a fait... Comment tu peux remettre ça en doute maintenant ?! »

La jeune femme semble sur le point de succomber à la panique. Elle pousse légèrement le héros pour l'écarter d'elle, se relève du lit, et le contourne pour se diriger vers la porte.

« Déso, je suis trop stressée. Je sais plus quoi penser de tout ça. J'vais aller un peu m'allonger, ça ira mieux tout à l'heure.

— D'accord... »

Il la regarde partir, confus, étonné de sa réaction. Si Yumei craque maintenant, il ne sait pas comment lui-même va parvenir à garder sa contenance quand ils devront annoncer la vérité à Tōya demain...



* * *



En sortant de la pièce, elle se dirige directement vers la chambre du manieur de flammes. Son cœur va mal, très mal, il gronde et elle est en colère. Cela fait des jours qu'elle a un mauvais pressentiment, mais cette fois, elle ne va plus avoir le choix que d'agir. Elle marche tête baissée pour que personne ne fasse attention à elle, et elle emprunte les couloirs les moins fréquentés du Manoir pour éviter de croiser d'autres présences. Arrivée à destination, elle frappe trois petits coups et entre directement dans la pièce.

La chambre de Dabi est particulièrement spacieuse : un privilège accordé aux Officiers qui, en plus d'avoir des lits très larges, bénéficient du luxe d'un mobilier un peu plus fourni. Twice, Spinner et Mr. Compress sont installés en silence dans trois fauteuils de cuir, alors que Dabi a pris place sur son lit, jambes croisées et le regard sombre. Elle plonge ses yeux ambrés dans les prunelles bleu vif de son ami. Progressivement, le visage de Yumei change de forme alors que sa peau commence à fondre pour révéler ses propres yeux : ceux d'Himiko Toga.

Ils se détournent tous pour la laisser enfiler les vêtements qu'elle avait préparés d'avance sur un meuble, puis elle ouvre enfin la bouche.

« Alors, ça va pas te plaire. C'est même bien pire que ce qu'on croyait, Dabi. Ou plutôt, je dois dire, Tōya ? »

Elle penche la tête sur le côté, les sourcils froncés, alors qu'il la fixe sans émotion apparente sur le visage.

« Appelle-moi comme tu veux. Plus rien n'a d'importance maintenant.

— Ok. Mais faut quand même que je te raconte, parce que c'est grave. Ils veulent te faire rencontrer Endeavor, vu qu'apparemment, c'est ton cher papa ? Puis t'envoyer en prison. Ils ne t'ont pas parlé de ça, pas vrai ? »

Tous les muscles du jeune Todoroki se tendent tandis qu'il encaisse les informations de sa camarade. Après un instant de réflexion, il se lève de son lit, sous le regard intrigué des autres membres de l'Alliance qui digèrent silencieusement la nouvelle. Il se dirige vers sa penderie d'où il sort sa veste de vilain, qu'il n'a plus portée depuis qu'il a commencé à fréquenter Keigo, et l'enfile à nouveau par-dessus son t-shirt blanc. Quand il se tourne vers ses coéquipiers, il leur adresse un regard si glacial et bouillonnant de colère à la fois qu'il les fait tressaillir.

« Non, il ne m'ont pas parlé de ça. J'aurais dû écouter vos avertissements. Je me suis un peu égaré ces derniers temps, mais c'est fini maintenant. »



* * *



Quelques heures plus tard, Tōya s'apprête à aller se coucher quand il est surpris par des coups frappés à sa porte. Lorsqu'il aperçoit Keigo le dévisager avec un sourire niais, son premier réflexe est de la lui refermer au nez. Il laisse le héros protester quelques instants avant de lui ouvrir à nouveau, incapable de s'amuser de cette situation qui l'aurait pourtant fait rire dans d'autres circonstances.

« Eh ! Ne refais plus jamais ça, d'accord ?! Alors, prêt pour demain ? »

Le vilain ne sait pas. Il ne sait plus ce qu'il doit penser en cet instant. Depuis qu'il a envoyé Toga pour espionner son partenaire, il n'est plus prêt à rien et n'a plus envie de croire personne. Il est tellement déçu et en colère qu'il voudrait juste refermer une dernière fois cette porte et ne plus jamais adresser la parole au mec qui se tient devant lui. L'unique raison pour laquelle il ne lui a pas encore craché ses flammes à la gueule, c'est qu'il ne peut pas oublier si facilement qu'il est profondément amoureux de lui. Ce qui rend les choses encore plus compliquées.

Keigo remarque très vite son air maussade, toujours aussi vif pour comprendre les sentiments des autres.

« Qu'est-ce qui ne va pas, Tō ?

— Je... Rien. Je suis juste angoissé pour demain. »

L'oiseau lui renvoie un sourire attendri. Il jette plusieurs coups d'œil autour de lui pour vérifier que personne ne se trouve dans le couloir, puis se penche vers Tōya pour échanger un long baiser passionné. Le jeune Todoroki n'a même pas l'énergie de le repousser : c'est comme si la trahison dont il a pris conscience avait engourdi tous ses sentiments, faisant de lui un légume émotionnel pour qui plus rien n'a d'importance. Il profite tout de même un peu de ce contact physique avec Keigo... après tout, ce sera probablement le dernier.

Quand le héros détache sa bouche de la sienne, il farfouille dans sa poche et en sort un billet de train, qu'il lui tend avec un sourire.

« On t'attend à la gare de Musutafu à 8h43. Je serai là avec deux autres héroïnes pour t'administrer l'inhibiteur. On aurait aimé prendre le train avec toi... Mais à cause de nos surveillances à Yumei et moi, on n'a pas le choix d'y aller pendant la nuit avant que tu arrives...

— T'inquiète. C'est pas grave.

— Ça ira ? Tout est clair pour toi ? Je peux te faire confiance pour demain ? »


Me faire confiance... C'est toi qui oses me dire ça ? T'es vraiment qu'un gros enfoiré, Keigo.


« Mouais. T'inquiète, je t'ai dit. Allez, bonne nuit. »

Prêt à refermer la porte sur celui qu'il considère désormais comme un traître, Tōya est freiné dans son mouvement par le héros qui tend le bras pour lui caresser la joue.

« Ne stresse pas, tout va bien aller. Demain marquera le début de ta nouvelle vie. »

Keigo semble un peu déçu que Tōya ne lui ait pas accordé un seul sourire de la journée, mais ça ne l'empêche pas de lui en adresser un lui-même avant de prendre congé.

« Bonne nuit, Tōya !

— Bonne nuit... »

Le vilain ne termine sa phrase qu'une fois qu'il a refermé la porte pour le séparer de son partenaire.

« ... Hawks. »

Ses yeux se posent sur le billet entre ses doigts. Sa main tremble alors qu'il remet encore en question sa décision, malade à l'idée de se tromper, de ne pas faire ce qui aurait pourtant été le plus raisonnable. Mais même en sachant ce qui l'attend. Même s'il a eu les visions d'un avenir idéal grâce à Yumei. Même s'il sait que le choix qu'il s'apprête à faire risque d'anéantir ce futur à jamais. C'est au-delà de ses moyens.


La trahison est trop forte.


Alors il déchire le ticket en deux et le laisse tomber dans la corbeille de sa chambre avant d'aller se coucher.



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