Note : Depuis le temps que je vous tease cette fameuse bataille sur le Manoir... On y est enfin ! J'espère que vous êtes prêt·es pour la bagarre et pour tout le bordel qui va suivre... ça va être intense ! Et je vous rassure, même si nos héros vont passer par beaucoup de souffrance, je vous promets que ça ira mieux pour eux à la fin de cette aventure💕 Ils ont juste encore quelques épreuves à surmonter pour grandir et aller de l'avant...
J'espère que l'histoire vous plait toujours, et un immense merci d'être toujours là après 37 chapitres 💖
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[Le jour du Raid sur le Manoir, 4h30 du matin]
Au beau milieu de la nuit, une petite silhouette ouvre discrètement la porte d'une chambre qui n'est pas la sienne, d'où s'échappe le son régulier d'une respiration. En prenant soin de ne pas perturber le calme ambiant, elle se faufile à l'intérieur puis s'approche du lit à pas feutrés, sans émettre un seul bruit, aussi furtive qu'une ombre. Dans son dos, ses grandes ailes frémissent doucement, en alerte, prêtes à capter le moindre signe d'éveil chez le résident endormi.
C'est bon, rien à signaler pour le moment.
Un verre rempli d'un liquide transparent à la main, Keigo s'approche de Twice, plongé au beau milieu d'un rêve qui le fait pousser de petits grognements. Chaque fois que l'homme se retourne dans son sommeil, le héros s'arrête net. Même si cela fait quelques nuits qu'il espionne le grand blond pour comprendre ses habitudes, il n'en reste pas moins angoissé d'être pris sur le fait. Heureusement, grâce à ses observations, le plan de Keigo devrait être infaillible. Il sait que le vilain dort toujours avec un verre d'eau à côté de sa tête, qu'il boit au réveil pour prendre ses différents médicaments.
Arrivé au niveau de la table de chevet, l'oiseau passe à l'action. Il échange le verre déjà présent contre celui qu'il tenait en main, rempli d'inhibiteur d'alter légèrement dilué. Si tout se passe comme prévu, en émergeant de son sommeil, Twice boira d'une traite le produit qui le rendra complètement inoffensif lors du raid sur le Manoir.
La dose est chargée, peut-être un peu trop. Le héros aurait dû en discuter avec un médecin, mais il n'a malheureusement pas le loisir de le faire dans sa situation. Du flacon confié par Void, il a donc gardé la quantité recommandée par Recovery Girl pour Tōya, et a versé le reste dans le verre pour Twice. Cette dose risque malheureusement d'avoir des effets négatifs sur le vilain... mais c'est clairement mieux que de devoir l'assassiner pour neutraliser son alter.
Si Twice ne peut pas se battre, il sera écarté du danger, puisqu'il ne représentera plus une menace. De toute façon, aucun autre héros que lui (qui en a spécifiquement reçu l'ordre) n'est en droit de le tuer. Tout se passera bien.
Keigo observe un instant Twice, qui a l'air étonnamment paisible dans son sommeil. Il s'excuse silencieusement pour ce qu'il s'apprête à lui infliger, mais il reste soulagé d'avoir trouvé une alternative à sa mission. Comme Tōya, cet homme mérite de vivre, et il mérite une seconde chance. Il espère sincèrement pouvoir lui venir en aide à son tour une fois que tout cela sera terminé...
* * *
[Le jour du Raid sur le Manoir, 4h45 du matin]
Yumei est assise sur son lit. À ses pieds se trouve un sac de sport, rempli de toutes les affaires qu'elle a acquises lors de son séjour au Manoir de la Montagne Gunga. Elle a plié bagages, prête à quitter définitivement cet endroit qui a été sa maison pendant un mois. Dans sa tête, elle a pris le temps de faire ses adieux à ce lieu, aux personnes qu'elle y a côtoyées. C'est un peu étrange pour elle de se dire que, dans quelques heures à peine, il sera le théâtre d'une terrible bataille... Heureusement, elle s'apprête à partir avant que tout n'explose.
Elle relève le menton quand elle entend sa porte s'ouvrir doucement. La tête de Hawks apparaît dans l'entrebâillement, le sourire aux lèvres, puis il pénètre dans la chambre et referme derrière lui. Il a un sac à dos jeté sur l'une de ses épaules, prêt à partir définitivement lui aussi.
« Alors, tu as tout ? On y va ? »
Elle acquiesce en silence, à la fois excitée et angoissée par ce nouveau départ. Elle se sent un peu triste de laisser le Front, et surtout ses nouveaux amis, derrière elle. Même si elle reverra Tōya dans quelques heures, ce ne sera pas le cas d'Himiko, Twice, Spinner et Compress, qui finiront tous prochainement derrière les barreaux. Mais elle sait qu'elle n'y peut rien... elle a déjà bien assez retourné la question dans tous les sens. Alors elle se lève de son lit et empoigne le sac contenant ses affaires pendant que Hawks ouvre la fenêtre.
Et ils décollent à deux. Laissant définitivement le Manoir et leur vie parmi les vilains derrière eux, pour entamer un nouveau chapitre de leur histoire.
* * *
[Le jour du Raid sur le Manoir, 6h du matin]
Keigo et Yumei sont arrivés à UA. Ils ont été accueillis par Nezu, qui les a amenés à l'infirmerie pour qu'ils puissent récupérer encore quelques heures de sommeil. Mais le jeune homme est incapable de se rendormir, et il se contente d'observer le plafond, perdu dans ses pensées. À ses côtés, il remarque que c'est la même chose pour son amie. Pourtant, aucun des deux n'a le cœur à faire la conversation.
Après s'être retourné encore et encore dans son lit, un peu avant 7h, Keigo décide d'envoyer un message à Tōya, qui devrait bientôt monter dans son train.
« Bon voyage, mon beau Tōya ! On se retrouve vite <3 »
Vers 7h30 du matin, puisqu'ils ne dorment quand même pas, Keigo et Yumei ont déjà été installés dans la salle de réunion en compagnie d'All Might et Yatagarasu. Malgré eux, ils arborent de grosses cernes d'angoisse, déjà lessivés alors que la journée vient à peine de commencer. Ils échangent quelques discussions anodines avec les deux enseignants de UA, jusqu'à ce que la porte s'ouvre pour faire rentrer les premiers invités : l'inspecteur Naomasa Tsukauchi, accompagné d'un de ses collègues à la tête de chat. Les deux policiers saluent d'abord chaque héros un par un, puis les yeux de Tsukauchi finissent par rencontrer ceux de Yumei.
« Mademoiselle Sasaki. Nous nous rencontrons enfin. »
Yumei détourne nerveusement le regard, très mal à l'aise de se tenir devant l'inspecteur qui est à sa recherche depuis un mois et qui la considère comme une criminelle. Keigo capte immédiatement son stress et lui attrape la main, geste qu'elle accepte avec plaisir alors qu'elle enlace ses doigts autour des siens. Tsukauchi continue, lui aussi au fait de son malaise.
« Ne vous en faites pas, nous ne sommes pas là pour vous aujourd'hui. Et puis, maintenant que Kugo Nobuhisa est tiré d'affaire, les charges retenues contre vous seront beaucoup moins conséquentes. Vous n'avez tué personne, et vous avez visiblement fait preuve de légitime défense. »
Elle lui renvoie un signe de tête reconnaissant, encore un peu nerveuse mais tout de même apaisée.
À peine quelques minutes plus tard, la porte s'ouvre sur deux nouveaux invités. Le premier, au visage sévère et à la carrure intimidante, est vêtu d'un costume-cravate qui contraste nettement avec sa tenue de héros habituelle. Le second, beaucoup plus petit, a arrangé ses cheveux bicolores pour qu'ils lui tombent moins devant le visage, porte une chemise sur un pantalon de ville et semble perdu dans ses pensées. All Might s'empresse de les accueillir tous les deux d'un salut respectueux.
« Endeavor. Shōto Todoroki. Merci à vous d'être parmi nous. »
Alors, il est tout de même venu... Merde. Angoissé à son tour, Keigo ne sait pas vraiment comment réagir face à son collègue. Il aimerait se réjouir de revoir le Numéro 1 et de pouvoir à nouveau parler librement avec lui, chose qu'il n'a plus faite depuis environ deux mois. Mais depuis qu'il sait ce qu'il a fait à Tōya, et même à Shōto, ses sentiments sont désormais mitigés... d'autant qu'une partie de leur plan avec Yumei consiste à monter un procès contre lui.
Il se contente donc de l'accueillir avec un demi-sourire gêné. À côté de lui, Yumei a l'air véritablement abasourdie.
« En... Endeavor ? Enchantée de vous rencontrer... Je ne savais pas que vous seriez parmi nous... ? »
Elle se tourne vers Keigo avec des yeux ronds, et ce dernier comprend encore moins ce qu'il se passe.
« Mais enfin, Yumei... Je te l'ai dit hier, pourtant ?
— Hein ? J'en ai... j'en ai aucun souvenir !
— La fatigue, peut-être... ?
— S... Sans doute ? »
Les deux complices se dévisagent avec un air d'incompréhension. Keigo sent la boule de stress dans son ventre grossir d'un coup, pas trop sûr des conclusions qu'il doit en tirer, et sort son téléphone par réflexe. Ce dernier affiche bientôt 8h, et il n'a toujours pas reçu de réaction de Tōya à son message. Il se sent obligé d'en renvoyer un second : une réponse de son partenaire est tout ce qui pourra faire redescendre sa bouffée d'angoisse en cet instant.
« Tout va bien, Tō ? Hâte de te voir ! »
Endeavor et Shōto s'installent face à eux. Le premier est si imposant que la chaise semble ridiculement petite sous ses larges cuisses. Il a croisé les bras et dévisage tout à tour Keigo et Yumei, les sourcils toujours froncés.
« Alors comme ça, c'est vous qui propagez l'idée absurde que Dabi est mon fils ? »
Yumei a l'air de perdre de plus en plus ses moyens. Face à la suspicion du Numéro 1, Keigo sait qu'il n'a pas le choix que de jouer la carte "Hawks" pour le convaincre de leur honnêteté. Il lève deux de ses doigts en signe de paix, arborant son habituel sourire de héros formaté.
« Détends-toi, cher collègue ! Cette idée n'a rien d'absurde. Il n'y a aucune raison que nous ayons convoqué tout ce beau monde sur la base d'un mensonge ou d'une simple supposition ! Je peux t'assurer qu'il ne s'agit pas juste d'un plan d'arrestation déguisé.
— Tōya est mort il y a dix ans. Être mon collègue ne te donne pas le droit de jouer avec ce genre de sujet sensible, Hawks.
— Père... Ça ne sert à rien de refuser la situation en bloc. Écoutons ce que Dabi a à nous dire pour nous faire notre avis. J'y crois pas non plus pour le moment, mais je veux lui laisser une chance. »
Keigo adresse un signe de tête entendu à Shōto pour le remercier de son ouverture d'esprit. Ce gamin a beau avoir seize ans, il est celui des deux qui fait preuve du plus de maturité en cet instant. Pour seule réponse, Endeavor se contente de pousser un grognement en détournant son regard bleu.
L'espace d'une seconde, le héros ailé ne peut s'empêcher d'observer une grande similitude avec Tōya : le père et le fils aîné ont tous deux cette même manière arrogante de refuser d'écouter ce qui ne leur plaît pas. Il peut aisément imaginer le jeune vilain réagir exactement comme ça si on lui disait qu'il ressemble à son père.
En parlant de ce dernier... pourquoi ne répond-il pas à ses messages ?
[Le jour du Raid sur le Manoir, 8h40 du matin]
Keigo, Yatagarasu et Recovery Girl patientent à la gare de Musutafu, prêts à réceptionner Tōya qui devrait arriver d'une minute à l'autre. Le héros ailé se sent toujours plus stressé... Pourtant, il est certain que son cœur trépigne d'impatience à l'idée de revoir celui qui le fait battre aussi fort. Depuis de longues minutes, il tape nerveusement du pied sur le sol, téléphone en main, le nez rivé sur sa conversation avec son partenaire qui est restée sans réponse. Un très mauvais pressentiment le met mal à l'aise : comme s'il avait raté un signe, un indice que quelque chose risque de ne pas se passer comme prévu.
Et si Tōya ne s'est pas réveillé ? Et s'il s'est trompé de train ? Et si... il a changé d'avis au dernier moment ? Non, il n'y a pas de raison. Il n'a vraiment aucune raison de faire ça...
En relevant le menton, Keigo croise le regard de l'héroïne rousse, qui tente de lui sourire un peu maladroitement pour le détendre. Ça va aller...
Ça va aller.
8h43. Le train de Tōya entre en gare. Keigo, Yatagarasu et Recovery Girl se rendent sur le quai, scrutant la foule à la recherche d'un jeune homme vêtu de noir et encapuchonné. Le héros ailé se hisse sur la pointe des pieds, sa petite taille le perdant dans la foule, pour chercher son partenaire du regard. Un sentiment contradictoire emballe son cœur. Il se réjouit de revoir Tōya, bien sûr... Mais pourquoi cette horrible angoisse refuse-t-elle de le quitter ?
Les trois héros scannent attentivement les voyageurs. Tant qu'ils n'aperçoivent pas le vilain, ils ne peuvent qu'attendre. Chercher des yeux, et attendre.
Et attendre.
Malheureusement, après une bonne dizaine de minutes, ils sont forcés de se rendre à l'évidence.
Tōya n'est pas monté dans le train.
Mais Keigo n'abandonne pas. En fait, il ne veut pas y croire. Son cerveau refuse en bloc la situation. Alors que les deux enseignantes s'échangent des regards d'incompréhension, le jeune héros continue de parcourir les derniers voyageurs des yeux. Il ne tient plus en place, fait des allers-retours sur le quai. Il appelle en vain cet homme qu'il voudrait tant avoir auprès de lui maintenant, il appelle encore et encore, bousculant l'une ou l'autre personne sans même plus regarder dans quelle direction il marche. Il a l'impression de s'être perdu, que son repère lui a été brutalement arraché, et qu'il ne peut plus qu'errer avec impuissance dans un environnement qu'il ne reconnaît plus.
Tōya n'est pas monté dans le train. Il n'est pas là.
Il est resté avec l'Alliance.
La prise de conscience est brutale, elle le frappe comme un coup de poing violent dans la mâchoire. D'un coup, c'est le monde de Keigo tout entier qui lui donne l'impression de s'effondrer, au point que ses jambes manquent de le lâcher. Ses deux mains tremblent affreusement, sur le point de laisser tomber son téléphone sur le sol, alors que ses fières ailes ont perdu toute vigueur et pendent tristement dans son dos. Il n'entend plus ce qu'il se passe autour de lui. Il ne remarque plus les passants qui l'observent parce qu'ils reconnaissent son visage. Plus rien n'est important. Plus rien d'autre n'a d'importance que l'absence de Tōya.
Une absence qui fait mal, atrocement mal. Qui cause des dégâts à la fois à son esprit et à son corps. Qui empêche ses poumons de se remplir correctement d'air... et qui le plonge à deux pas de la crise de panique en plein lieu public.
Mais que s'est-il passé ?
Où es-tu, Tōya ?
En tournant fébrilement la tête, Keigo voit que Yatagarasu est déjà en train de passer un coup de fil pour avertir les autres héros. Oh non, tout mais pas ça... Il faut à tout prix qu'il règle la situation avant que l'opportunité pour Tōya, qui a été si dure à construire, ne vole en éclats. Alors il fait sonner son propre téléphone. Il appelle le manieur de flammes en boucle, encore et encore. Priant de tout son cœur pour que ce retard n'ait aucune conséquence grave.
* * *
[Le jour du Raid sur le Manoir, 8h50 du matin]
Dans sa chambre sans lumière, les rideaux fermés pour se cacher du monde, Tōya est assis sur son lit, vêtu de ses habits de vilain. De profondes cernes creusent son visage inquiet : elles témoignent de l'insomnie terrible à laquelle il a été confronté cette nuit. Il ne saurait plus dire depuis combien de temps il est assis là, les yeux rivés sur son téléphone. Trop longtemps... De trop nombreuses heures... Assez pour avoir vu le soleil se lever. Assez pour avoir vu défiler les messages de Keigo, qu'il n'a pas pris la peine de lire.
Maintenant, ce stupide téléphone est en train de sonner entre ses mains, encore et encore. Mais il n'a toujours pas l'intention de répondre. Il connaît la raison de ces appels, et putain, il n'a pas le cœur à en parler maintenant.
Parce que Tōya est blessé. Perdu. Complètement perdu. Dans son état, il est incapable de distinguer les bonnes décisions des mauvaises, les bonnes intentions des autres. Depuis son réveil au beau milieu de la nuit, il n'a fait que réfléchir à la situation de merde dans laquelle il se trouve, mais il n'est jamais arrivé à une conclusion satisfaisante. Son esprit est embrouillé, bien trop angoissé pour fonctionner de manière cohérente, et cette torture mentale est telle qu'il en aurait presque mal au crâne.
Trop de questions sans réponse se bousculent dans sa tête, à lui en donner la nausée. Sa réaction face à la trahison de Keigo et Yumei est-elle vraiment légitime ? Aurait-il dû monter dans ce fichu train ? Keigo allait-il vraiment l'envoyer tout droit en prison, ou est-ce une invention de Toga pour qu'il ne quitte pas l'Alliance ? Sa décision de ne pas se rendre au rendez-vous a-t-elle définitivement anéanti le futur heureux promis par Yumei ? Qu'est-ce qui l'attend, à présent ?
A-t-il encore gâché ses chances... tout seul, juste lui, et sa profonde, putain de paranoïa ?
Il est désemparé, désorienté, déçu de lui-même et des autres. Il est en colère aussi, contre lui, contre Yumei, contre Keigo. En repensant au héros ailé, il laisse s'échapper malgré lui un sanglot sans larmes, enfouissant son visage derrière sa grande main. Malgré tout le mal qu'il vient de lui faire, cet imbécile lui manque... cruellement. Son absence est douloureuse et l'idée qu'il aurait pu, à cette heure-ci, être en train de lui faire un câlin lui donnerait presque envie de se cogner violemment la tête au mur.
Mais pourquoi ? Pourquoi, alors que tout était si parfait entre eux, l'oiseau a-t-il eu besoin de le trahir ? Pourquoi ne pas lui avoir parlé de la police ? De Endeavor, putain... Franchement, qu'est-ce que ce connard de Keigo espérait en invitant son paternel à la rencontre ? Qu'ils boivent le thé tranquillement ensemble ? Qu'ils se tombent dans les bras ?! Il aurait dû le savoir, pourtant, à quel point Tōya se serait senti berné, humilié, d'entrer dans la salle de réunion et de voir l'enfoiré de Numéro 1 assis à la même table que lui. Est-ce qu'il n'a rien écouté, rien retenu de ses confidences ? Est-ce qu'il a fait semblant d'être touché par son histoire, pour mieux le manipuler ensuite... ?
Mieux le manipuler...
La simple idée que Keigo puisse avoir fait semblant de tomber amoureux de lui pour l'arrêter fait trembler Tōya de la tête aux pieds. Sa respiration s'accélère alors qu'un tas de scénarios horribles naissent dans son esprit. Et si Keigo... et si Hawks lui avait menti sur toute la ligne, comme il l'avait soupçonné dès le départ ? Et s'il avait toujours été un héros, et qu'il était infiltré au Front pour servir la Commission et non l'Alliance ? Et si son séjour au Manoir n'avait servi qu'à trouver un moyen de les arrêter, lui et ses camarades, pour les envoyer en prison ? Et si tout... TOUT était faux depuis le début... ?
Tōya hyperventile et la sonnerie incessante de son téléphone est à deux doigts de le faire péter un câble. La colère gronde dans sa poitrine, de plus en plus incontrôlable alors que son cœur et son corps s'emballent. Il s'apprête à jeter l'appareil à l'autre bout de la pièce en espérant que le choc l'éteigne définitivement, mais il se ravise au dernier moment. À la place, il décroche subitement.
« Ça suffit de me harceler, Hawks ! C'est pas assez clair pour toi que j'ai pas envie de te parler ?!
— Hawks ?? »
Le héros s'étrangle à moitié à l'autre bout du fil en entendant son pseudonyme, surpris par le changement de ton soudain de son partenaire. Mais Tōya n'en a absolument rien à faire : tellement rien à faire qu'il déballe tout son sac d'une traite, sans laisser un instant à l'oiseau pour intervenir.
« Ouais, Hawks, Monsieur le Numéro 2 des héros. T'espérais quoi en me mentant, hein ?! Que je te pardonnerais tout parce qu'on a couché ensemble ?? Écoute-moi bien, espèce de sale petit con ! Si je suis pas monté dans ton putain de train, c'est parce que j'ai plus aucune confiance en toi. C'est fini, on laisse tomber les "Keigo", les "Tōya" et toutes ces conneries. Je pourrai jamais te pardonner d'avoir voulu me forcer à rencontrer mon père sans me demander mon avis, t'entends ?? Et, oh, ça t'aurait coûté quoi de me prévenir pour l'aller simple en prison que t'as gentiment orchestré pour moi ?! Ça aussi, j'étais supposé l'apprendre au dernier moment, quand j'aurais plus eu mon mot à dire sur la question ?! »
Il s'arrête un instant pour reprendre son souffle. Sa colère n'est pas passée, mais c'est maintenant une profonde tristesse qui prend le pas sur ses émotions. Pourquoi, Keigo... ? C'était si compliqué de planifier tout ça ensemble... ?
« J'arrive pas à croire que je t'ai accordé ma confiance..., reprend Tōya d'une voix tremblante. Alors que je t'ai explicitement dit que c'était quelque chose de très compliqué pour moi. De très important. Alors, tout était faux ? Rien n'était vrai entre nous, c'est ça ? C'était bidon sur toute la ligne ? T'as juste fait semblant de t'intéresser à moi pour que je baisse ma garde et que tu puisses m'envoyer au putain de Tartare... ? T'as pas intérêt à me mentir, cette fois. Je pense que... que je mérite au moins la vérité à ce propos. »
Un silence s'installe. Un silence si pesant du côté de Keigo que Tōya vérifie s'il n'a pas raccroché l'appel par mégarde. Mais le héros finit par répondre, d'une voix si faible et si secouée que le vilain est sûr qu'il est en train de pleurer à l'autre bout du fil.
« Je suis tellement désolé, Tōya... »
Les lèvres de Tōya se mettent à trembler, touché par la tristesse de celui qu'il a aimé si brièvement mais si fort, palpable même à une distance aussi lointaine.
« Tu as raison. Au début, j'ai fait semblant pour me rapprocher de toi, parce qu'on me l'a demandé. Mais les sentiments qui sont nés petit à petit... oh, je peux te jurer qu'ils ont toujours été réels. Je... Je tiens tellement à toi, Tōya. Excuse-moi de ne pas t'avoir parlé clairement de notre plan, mais je... J'avais trop peur de ta réaction. Trop peur... de te perdre. »
Il leur faut quelques secondes pour calmer leurs émotions, puis Tōya répond enfin, d'une voix basse et rendue rauque par la boule logée dans sa gorge.
« Peur de ma réaction... laisse-moi rire. Eh bien, bravo : tu m'as perdu, Keigo. Pour une fois, c'est pas moi qui ai fini par tout gâcher... c'est toi. »
Une larme de sang coule d'une plaie sous son œil, puis une deuxième. Il grimace et s'apprête à raccrocher quand il entend la voix du héros le supplier de l'écouter.
« A... Attends ! Si on ne doit plus se revoir... S'il te plaît, j'aimerais que tu m'écoutes une dernière fois. Il faut absolument que tu quittes le Manoir, maintenant ! Fais tes bagages et barre-toi le plus loin que tu peux ! Je ne peux pas t'expliquer pourquoi... je suis vraiment, vraiment désolé. Mais je t'en supplie, fais-moi confiance, au moins pour cette fois ! »
Au moment où Tōya s'apprête à répondre, il est interrompu par une personne qui ouvre brutalement la porte de sa chambre et se précipite à l'intérieur. Il se lève de son lit aussitôt qu'il aperçoit l'expression paniquée sur le visage de Toga.
« Dabi ! C'est Twice, il a besoin d'aide ! Il a soudain l'air très malade, c'est trop bizarre ! »
Tōya – ou plutôt, Dabi – frotte ses joues ensanglantées et raccroche son téléphone sans prêter davantage d'attention au traître d'emplumé à l'autre bout du fil. Il suit Toga hors de la pièce sans un mot de plus, la boule au ventre, arpentant les longs couloirs du Manoir d'un pas rapide. L'avertissement de Hawks ne quitte pas son esprit : pourquoi lui demande-t-il de fuir ? Est-ce que ça a un rapport avec Twice ?
Il est brusquement tiré de ses pensées par une énorme détonation, puis une seconde. En même temps, les murs de la résidence se mettent à trembler alors que des bouts de plâtre et des morceaux de sol commencent à se détacher dangereusement autour d'eux.
Dabi ouvre grand les yeux, épouvanté, quand il comprend enfin.
Ce sont les héros.
Ils attaquent.