Note : Et nous entrons enfin dans le dernier quart de cette histoire avec le premier chapitre de la Partie 4, qui se déroule deux semaines après le raid sur le Manoir. Comme je vous l'ai dit la semaine passée, nos héros ont été laissés au fond du gouffre. Ce qui veut dire que désormais, tout ne peut qu'aller mieux pour eux, lentement mais sûrement ✨
Je peux également vous dire que la structure de l'histoire jusqu'au grand final est désormais bouclée, et qu'elle se finira en 54 chapitres + un long épilogue (enfin, sauf si je rajoute des scènes de dernière minutes, ce qui est arrivé un paquet de fois dans la conception de cette fic ahah). Ça me fait quelque chose de commencer à entrevoir la fin de cette aventure... 🥹 il ne me reste que quelques chapitres à écrire, et j'ai hâte de vous partager tout ça !
Pour l'heure... Profitez de ce regain d'espoir aux côtés de Yumei !
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Le Raid du Manoir de la Montagne Gunga s'acheva peu après le départ du géant Gigantomachia, redoutable arme de guerre au service du Roi du Mal et de son héritier. Ce dernier emporta avec lui les quatre membres restants de l'Alliance des Super-Vilains pour les réunir avec Tomura Shigaraki.
Les 16 929 partisans ainsi que quatre Officiers du Front, présents ce jour-là au repaire pour assister à son Assemblée générale, furent tous arrêtés comme prévu par le plan orchestré par Hawks et la Commission de Sécurité Publique Héroïque. Simultanément, d'autres branches sympathisantes du mouvement, disséminées un peu partout dans le pays, firent l'objet d'importantes descentes de police.
Seuls 132 membres demeurent encore en liberté, ayant fui grâce à l'intervention du monstre géant, et sont activement traqués par les autorités. Parmi eux figure Tōya Todoroki, encore connu du public sous son nom de criminel Dabi.
Le Front de Libération du Paranormal n'est plus. Sa structure a été démantelée, son existence et sa chute révélées à la population dans l'espoir de créer un regain d'engouement pour le travail des héros. Malheureusement, le Raid ne s'est pas déroulé sans sacrifices et les pertes sont nombreuses, aussi bien dans les deux camps que parmi les civils.
Le Raid de l'Hôpital Jaku, qui s'est déroulé simultanément à celui du Manoir, a été bien plus lourd de conséquences. De nombreux héros, dont le Numéro 6, Crust, y ont laissé la vie. D'autres, comme la Numéro 5, Mirko, sont loin d'en être ressortis indemnes. Leur mission était de capturer et de mettre hors d'état de nuire les deux personnes les plus dangereuses du Front : Tomura Shigaraki, et le fidèle associé d'All For One, le docteur Garaki. Bien que le second ait été neutralisé et soit actuellement derrière les barreaux, l'équipe de héros n'est pas parvenue à maîtriser le dangereux successeur du Roi du Mal. Celui-ci s'est réveillé de sa stase et a déclenché son terrible pouvoir de destruction sur les alentours de l'hôpital, anéantissant toute vie à plusieurs kilomètres à la ronde.
Une fois réuni avec Gigantomachia et le reste de ses camarades de l'Alliance, Shigaraki a pris la fuite après un combat acharné contre plusieurs héros et apprentis héros. Malgré l'intervention inattendue du Numéro 3, Best Jeanist, les vilains s'en sont tous sortis indemnes, couverts par la puissance démesurée de leur leader. Les motifs de sa retraite, alors qu'il dominait largement le combat, demeurent à ce jour encore à éclaircir.
Il est difficile de déterminer si la présence du Numéro 1 au Raid de l'Hôpital Jaku aurait pu faire pencher la balance du côté des héros. Pendant que ses collègues se battaient contre Shigaraki, ce dernier a été officiellement envoyé en mission d'infiltration secrète pour tenter d'arrêter un autre partisan d'All For One, dont l'identité ne peut être divulguée au public. Son absence totale de blessures, alors que la majeure partie des héros professionnels du Top 10 sont actuellement hospitalisés dans un état grave, fait bien sûr beaucoup parler d'elle. Néanmoins, cela n'a pas été suffisant pour entacher sa réputation de façon irréversible. Suite à quelques conférences de presse, il est parvenu à apaiser les tensions et continue à rallier les foules à sa cause.
Mais cela ne reste pas facile. Certes, la population n'a pas subi le chamboulement que Dabi avait originellement prévu pour elle, s'il avait pu diffuser la vidéo qu'il avait pourtant soigneusement préparée. Mais elle reste néanmoins terrifiée et sceptique quant à la réelle capacité des héros à la protéger. Gigantomachia, ce monstre de plus de vingt mètres de haut, a causé des dégâts incommensurables à de nombreuses villes du pays dans sa course pour rejoindre son maître. Les pertes civiles sont colossales, du jamais vu pour la population depuis l'arrivée d'All Might.
Çà et là dans le pays, de nombreux mouvements de protestation commencent à voir le jour contre les héros, et la perte de foi dans le système commence doucement à gangrener les esprits. Plusieurs héros raccrochent silencieusement leur cape et quittent leurs fonctions, dépassés par les événements, alors que la Commission fait tout pour effacer les taches afin de préserver le semblant de paix qui maintient encore difficilement le pays à flots.
Mais tout aurait pu être pire. Et ça, personne ne peut s'en douter. Sauf ceux qui ont entrevu un autre futur au début de cette histoire : Tōya Todoroki et Yumei Sasaki.
Concernant le jeune Todoroki, son identité reste cachée aux yeux du public. Seules les personnes qui devaient le rencontrer à UA sont au courant du lien entre Dabi et Endeavor. Le secret est lourdement gardé, y compris auprès de la famille Todoroki elle-même, puisque sa mère Rei, son frère Natsuo et sa sœur Fuyumi n'ont pas été mis au courant de la vérité. Il est particulièrement difficile et cruel pour Enji et Shōto de garder le silence, mais il a été décrété que cela sera nécessaire tant que le criminel n'aura pas refait surface. De toute façon, la décision de laisser croire à la famille que leur cher Tōya est mort leur évite certainement des souffrances inutiles.
Concernant Yumei, cette dernière vit désormais planquée dans un petit appartement rudimentaire à quelques kilomètres de Musutafu, une propriété du lycée UA qui sert aux professeurs quand ils partent en déplacement pour des missions externes. Ce n'est pas encore le moment pour elle de réapparaître en public : elle est encore considérée comme une criminelle et, malgré les paroles rassurantes de l'inspecteur Naomasa Tsukauchi à son égard, elle s'est à présent rendue coupable du fiasco qui a écarté le Numéro 1 de sa mission à l'Hôpital Jaku.
Seuls quelques enseignants du lycée savent où elle se trouve et viennent lui rendre visite : Nezu, Thirteen, Present Mic (qui lui apporte des nouvelles d'Eraser Head, actuellement alité après avoir perdu une jambe lors de son affrontement contre Shigaraki) et quelques fois, Recovery Girl. All Might se joint à eux de temps en temps, quand ce dernier n'est pas sur le terrain à la recherche de la planque de l'Alliance en compagnie d'Izuku Midoriya. Quant à Yatagarasu, elle aurait aimé pouvoir être présente elle aussi, mais elle a été temporairement mise à l'écart pour la punir de son insubordination qui a failli coûter la vie à Hawks.
Comme la jeune Sasaki est toujours recherchée par la police et qu'elle doit éviter de mettre le nez dehors, les héros passent lui apporter des courses, des nouvelles du monde extérieur, ou simplement vérifier comment va son moral. Et il va sans dire que ce dernier est au plus bas... Puisque désormais, avec la culpabilité de la mort de Twice et sans Tōya à ses côtés, elle n'est plus qu'une coquille vide qui ne sait plus vraiment pourquoi elle est encore en vie.
Tous les soirs, quand elle se retrouve seule, Yumei rejoue dans sa tête sa dernière confrontation avec son ami. Celle où il lui a admis qu'il regrettait de ne pas l'avoir tuée. Et tous les soirs, son cœur saigne en repensant à ce souvenir effroyable, qui lui donne chaque fois l'impression de recevoir une nouvelle gifle au visage. Mais cela fait longtemps qu'elle ne pleure plus. Elle n'en a plus l'envie, ni la force. De la tristesse est née l'incompréhension, et de l'incompréhension, la colère. Alors qu'elle a tant essayé de bien faire, tout s'est brusquement retourné contre elle. Elle a d'abord beaucoup culpabilisé, bien sûr... Mais désormais, c'est un horrible sentiment d'injustice qui grouille au plus profond de son être.
Tōya n'a aucun droit de lui avoir dit ça. Alors qu'il a essayé de la tuer deux fois, elle lui a quand même sorti la tête de l'eau. Elle a dédié un mois entier de sa vie à l'aider à guérir, à grandir. Ils ont passé tellement de journées et de soirées ensemble, au point où ça devenait bizarre pour eux de ne pas être collés l'un à l'autre. Et elle a même sacrifié sa promesse de ne plus jamais montrer de futur alternatif à qui que ce soit, rien que pour lui. Il avait toutes les clés en main pour que tout se passe bien. Mais il a choisi, tout seul, de tout gâcher.
Elle ne peut pas croire qu'il regrette d'avoir souri. D'avoir ri, d'avoir trouvé la force de développer des sentiments pour quelqu'un d'autre et de le lui avoir avoué. Elle ne peut pas croire qu'il était incapable d'aller mieux et incapable de rechercher le bonheur. Elle a peut-être dérapé en parlant d'Endeavor à All Might, c'est vrai, mais il n'était pas censé être au courant de ça. C'est lui qui a choisi de se méfier d'eux et d'envoyer Toga espionner Hawks.
Alors, si Yumei n'a désormais plus aucune raison de vivre et plus aucune envie de le faire, elle peut affirmer sans honte et sans retenue que tout est entièrement de la faute de Tōya.
Car oui, sans son ami, Yumei ne sait plus du tout ce qu'elle compte encore faire de sa vie. Quand elle a fui les coups de Kugo, elle était incapable de penser à la suite. Elle venait de perdre son foyer, son couple, son travail en quelques minutes à peine, et mourir était finalement la seule issue qu'elle était capable d'entrevoir. Ce soir-là, c'est Tōya qui en a décidé autrement, en la ramenant au Front. C'est pour cette raison qu'elle a décidé de vivre pour lui, et plus pour elle-même. Mais maintenant, que faire ?
Elle ne peut plus sortir librement. Si elle se rend à la police, elle devra se lancer dans des procédures judiciaires qui l'épuisent rien qu'à y penser. Elle risquera l'incarcération, parce qu'elle a tout de même poignardé quelqu'un. Mais surtout... elle n'a plus aucun objectif de vie. Qu'elle fasse de la prison ou non, finalement, rien n'est plus important pour elle...
Elle pensait qu'en renouant avec son alter, en lui trouvant une réelle utilité, elle changerait son regard sur le monde et sur elle-même. Malheureusement... les derniers événements lui ont prouvé une nouvelle fois que son don est une malédiction. Et même si elle déteste l'admettre, elle pense au fond que Tōya a raison. Sans son alter, et donc sans elle, tout aurait probablement été plus facile pour beaucoup de monde.
Son séjour au Manoir aura donc été un fiasco total. La seule chose qu'elle ne regrette pas, c'est sa rencontre avec Hawks. Lui qui était son idole avant qu'elle ne le côtoie... Il a été un véritable rayon de soleil dans sa vie, et sa présence à ses côtés lui manque à présent cruellement.
Ne plus pouvoir parler au héros ailé est une autre terrible épreuve à laquelle est désormais confrontée Yumei. Quand le Raid s'est terminé, Hawks a été hospitalisé quelques jours dans un établissement non connu du public. Durant cette période, elle est restée à son chevet non-stop, lui rendant visite sous une fausse identité et constamment masquée pour éviter qu'on la reconnaisse.
Le départ de Tōya et la mort de Twice l'ont sacrément anéanti, mais au début, il montrait encore ses émotions à Yumei et elle pouvait lui servir de soutien. Malheureusement, elle a vite remarqué les allers-retours de plus en plus fréquents d'agents de la Commission : et plus ils lui rendaient visite, plus Hawks semblait se renfermer sur lui-même. Les dernières fois qu'elle l'a vu, c'était comme si elle se trouvait face à une autre personne. Plus rien ne semblait important pour lui. Il a fini par emmurer ses émotions, ne laissant du jeune homme jovial et positif qu'il était qu'une âme vidée et fatiguée.
Et puis un jour, elle a reçu ce simple message de sa part :
« Je ne vais plus pouvoir te parler pendant un moment. Désolé. »
Et puis, plus rien.
Deux semaines se sont maintenant écoulées, depuis la destruction du Manoir de la Montagne Gunga. Deux semaines que Yumei erre sans savoir quoi faire de sa vie, sans objectif, sans occupation autre que de voir de temps en temps un enseignant de UA débarquer chez elle avec des provisions et une bonne humeur un peu forcée.
Elle est fatiguée. Hawks lui manque. Tōya lui manque, malgré tout.
La capacité de sourire lui manque.
Mais ce soir, alors qu'elle est en train de couper des légumes dans un silence de mort pour se faire un bouillon, éclairée par une unique lumière tamisée qui rend sa pièce un peu lugubre, Yumei est surprise par le bruit de sa sonnette. Il n'est pas rare qu'un des héros de UA la visite à l'improviste, mais ça n'est jamais arrivé à une heure aussi tardive. Elle se frotte les mains sur un torchon, coupe le feu de la cuisinière pour empêcher l'eau de déborder de sa casserole, et se dirige vers l'entrée, de plus en plus intriguée par cette visite qu'elle n'attendait pas.
D'un coup d'œil par le judas de sa porte, elle vérifie d'abord qu'il ne s'agit pas d'un agent de police ou d'un héros. À sa grande surprise, elle voit une femme qu'elle ne connaît pas se tenir sur le paillasson, un sac en carton à la main et la mine triste. Même si elle est certaine de ne jamais avoir adressé la parole à cette inconnue, un étrange sentiment de familiarité l'envahit en observant son visage. Si bien qu'elle ouvre la porte avant même de laisser le temps à son esprit de prendre une réelle décision.
La visiteuse sursaute légèrement en se retrouvant face à Yumei. Elle cache vite son air mélancolique en forçant un petit sourire amical, qui la rend plutôt mignonne sous ses lunettes rectangulaires et sa tignasse volumineuse blanche et parsemée de mèches rouges.
« Bon... Bonjour ! Je ne vous dérange pas ? Vous êtes bien Yumei... ? »
La propriétaire de ce nom est tellement surprise qu'il lui faut quelques secondes pour réagir. Quand elle revient à elle, elle jette des regards affolés à gauche et à droite du palier pour s'assurer que personne ne les a entendues, puis attire l'inconnue à l'intérieur et referme la porte derrière elle. Face à la mine confuse de son invitée, l'ex-journaliste se justifie aussitôt :
« Désolée pour cette entrée précipitée, c'est juste que mes voisins ne connaissent pas mon identité...
— Oh, je m'excuse mille fois ! Je n'ai pas réfléchi du tout... je ne voudrais vraiment pas vous attirer d'ennuis !
— Pas de souci pour ça... Mais oui, je suis bien Yumei. Et je pense qu'on peut se tutoyer... on a l'air d'avoir environ le même âge. »
La jeune femme aux cheveux blancs acquiesce, puis un petit moment de gêne s'installe entre elles, qu'elle s'empresse de combler en lui tendant son sachet en carton.
« J'ai amené ça pour m'excuser de ma visite impromptue. Ce sont des takoyaki, j'espérais qu'on puisse les manger ensemble ! »
Yumei est hautement perturbée. Elle prend le sachet sans pouvoir masquer sa confusion, raide dans son hall d'entrée, ne comprenant pas ce que lui veut cette personne. Cette dernière semble soudain réaliser qu'elle fait les choses dans le désordre et, très gênée, elle pose ses deux mains sur ses joues rougissantes.
« Je suis confuse, tu ne dois rien comprendre à ce que je fais là ! Je suis Fuyumi Todoroki, enchantée de faire ta connaissance ! »
Fuyumi s'incline respectueusement en même temps, un peu trop bas pour tenter de masquer maladroitement son embarras. Yumei est clouée sur place à l'entente de ce nom de famille. Elle comprend immédiatement que la sœur de Tōya se tient devant elle dans son appartement, et elle ne sait pas quoi faire de cette information. Alors elle bredouille un « allons nous installer », amenant les takoyaki encore chauds dans sa cuisine qu'elle pose sur son plan de travail, pendant que Fuyumi se tient debout à côté de la petite table au fond de la pièce. Yumei lui demande si elle veut boire quelque chose, puis les deux femmes s'installent l'une en face de l'autre avec des verres d'eau, une gêne encore palpable entre elles.
Depuis qu'elle a révélé son identité, la jeune Todoroki a le regard fuyant. Elle joue nerveusement avec ses ongles, et Yumei ne peut pas s'empêcher d'observer une similitude avec la façon dont Tōya exprimait son impatience. C'est si étrange, de voir à quel point le frère et la sœur se ressemblent. Sans pouvoir s'en empêcher, la rouquine détaille chez Fuyumi tout ce qui lui fait penser à Tōya. La même tignasse blanche indomptable, dans laquelle on aurait envie de passer ses doigts pour caresser sa texture soyeuse. Les mêmes longs cils qui entourent des yeux fiers et mélancoliques, même si ceux de Fuyumi sont gris sombre. Le même nez droit, les mêmes traits délicats et, globalement, la même beauté envoûtante. Si elle ne lui avait pas donné son nom, Yumei aurait sans doute fini par comprendre toute seule le lien de parenté entre son ami et sa sœur. Et cette ressemblance troublante la met un peu mal à l'aise...
Parce que cela fait deux semaines qu'elle tente d'oublier Tōya. Et l'arrivée abrupte de Fuyumi dans sa vie est en train de chambouler tous les nouveaux repères qu'elle essaie désespérément de se construire.
Fuyumi se décide enfin à briser le silence, consciente que sa présence ne plait peut-être pas à son hôte.
« Yumei... Je ne vais pas passer par quatre chemins, parce que tu dois te poser mille questions à mon propos. Mais je suis venue te demander quelque chose. »
En prononçant ces mots, elle pose son petit sac à main sur ses genoux et en sort un masque en tissu noir, qu'elle garde entre ses mains en le présentant à son hôte. Yumei est de plus en plus confuse.
« Il y a quelques semaines, Hawks s'est infiltré dans mon jardin. Mon frère Natsuo est tombé sur lui, et quand je les ai rejoints, il nous a posé des questions bizarres... Des questions à propos de mon grand frère disparu, Tōya. Et peu après qu'il soit parti, j'ai retrouvé ce masque accroché au buisson à côté duquel on a discuté. »
Elle plonge son regard gris dans les yeux ambrés de Yumei, qui commence doucement à comprendre alors que les battements de son cœur s'accélèrent.
« Je ne suis qu'une humble institutrice et je suis loin d'avoir la capacité d'enquêter moi-même, alors j'ai décidé de garder ça pour moi. Je crois que j'avais peur... De comprendre, et puis, de créer des problèmes en fourrant mon nez dans des affaires qui me dépassent... Mais aujourd'hui, c'est différent. Mon père et mon petit frère sont revenus chamboulés de leur dernière mission... Shōto a passé plusieurs jours à l'hôpital à cause de brûlures sur son corps. Même s'ils sont tenus par le secret professionnel et qu'ils m'ont assurée qu'il n'ont rien à me dire, j'ai bien vu que quelque chose de particulièrement grave s'est produit. »
Yumei respire un peu plus vite et un peu plus fort. Elle ne peut rien avouer à Fuyumi, on lui a interdit de le faire... Mais pourtant, la détresse de cette sœur qui a besoin de connaître la vérité sur son frère décédé la prend vivement à la gorge. La jeune Todoroki serre le masque un peu plus fort entre ses doigts alors qu'elle continue.
« Je ne peux me fier qu'à mon intuition, Yumei. Je n'ai aucune preuve tangible, et aucune légitimité auprès des héros pour qu'on me mette dans la confidence... Mais depuis que Hawks a demandé à mon frère quelle serait sa réaction si Tōya était encore en vie, je... j'y pense tous les jours ! Et ce masque qui est apparu au même moment... Ça ne peut pas être une coïncidence, pas vrai ? Est-ce que Tōya est encore là, quelque part ? Est-ce qu'il est... ? »
Des larmes commencent à perler au coin de ses yeux alors qu'elle marque une légère pause pour calmer ses émotions qui s'emballent.
« Alors j'ai essayé de confronter Shōto. Je lui ai posé directement la question... et il s'est mis à pleurer en s'excusant d'être tenu au secret. J'ai trouvé ça si injuste que je me suis énervée sur lui... Je n'aurais pas dû lui crier dessus, oh, je m'en veux encore... Mais le lendemain, il est revenu me voir. Et il m'a donné juste deux informations : ton nom et ton adresse, puis il m'a dit que tu étais dans une meilleure position que lui pour m'en dire plus. »
Yumei est de plus en plus chamboulée par ce témoignage. Face à elle, Fuyumi Todoroki est au bord des larmes, et même si la rouquine aimerait confirmer tous ses soupçons, elle n'est pas plus supposée pouvoir le faire que le jeune Shōto. La seule chose qui différencie leur situation, c'est que l'ex-journaliste est cachée aux yeux du reste du monde, et qu'on contrôle donc un peu moins ce qu'elle dit et ce qu'elle fait...
« Voici donc ma question pour toi, Yumei. Qui que tu sois pour lui, est-ce que as côtoyé Tōya ? Est-ce que tu sais s'il est vivant ? J'ai besoin de le savoir... Je t'en supplie. »
Une larme coule le long de la joue de Yumei. Elle qui s'efforçait depuis deux semaines à en vouloir de tout son cœur au manieur de flammes, elle se retrouve désormais face à un énorme dilemme. Doit-elle rester fidèle à sa parole envers les héros, et les laisser gérer le cas "Dabi" de leur côté, sans plus jamais s'immiscer dedans, quitte à briser le cœur de Fuyumi en lui mentant ?
Ou au contraire, devrait-elle saisir cette chance ? Cette chance d'avoir à nouveau quelqu'un qui a besoin d'elle... d'avoir à nouveau une raison de vivre en partageant son secret ?
En réalité, sa décision est rapidement prise. Sans Tōya, sans Hawks et sans ses amis de l'Alliance, Yumei ne sait pas combien de temps elle tiendra encore. Fuyumi Todoroki vient de tendre une main par-dessus les flots déchaînés dans lesquels elle est en train de boire la tasse, et il est hors de question qu'elle se laisse sombrer sans saisir cette lueur d'espoir.
Alors Yumei attrape cette main. Et elle sort enfin la tête de l'eau.
Elle se lève brusquement de sa chaise et, sans prévenir, elle se penche à côté de Fuyumi pour la prendre dans ses bras. Et elle relâche toute la pression, pleurant les larmes qu'elle gardait enfouies depuis plus d'une semaine alors qu'elle avoue tout :
« Oui, Tōya est vivant ! Il va mal, Fuyumi... mais il est en vie ! J'ai tout fait pour le sauver... J'y ai mis tant d'efforts... mais je n'ai pas réussi... Je suis tellement, tellement désolée ! J'aurais tellement voulu te ramener ton frère ! »
La jeune femme aux cheveux blancs encaisse la révélation en silence, les yeux ronds, puis elle se lève pour mieux rendre son étreinte à Yumei qui se serre contre elle comme s'il s'agissait d'une vieille amie qu'elle n'avait plus revue depuis longtemps. Mais il n'y a plus de gêne entre elles, désormais : seuls persistent une immense tristesse et un profond soulagement de pouvoir enfin se confier à quelqu'un qui comprend. Alors Fuyumi se met à pleurer, elle aussi, et elles évacuent tout leur stress ensemble.
Puis, quand l'émotion redescend enfin un peu, toujours l'une contre l'autre, Fuyumi murmure à l'oreille de la rouquine :
« Alors je veux t'aider, Yumei. On va le retrouver, toi et moi, ensemble... On va ramener Tōya à la maison. »